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Les débuts de l’ère chrétienne : l’héritage d’Hérode le Grand

Pendant son règne, Hérode Ier le Grand avait réussi à instaurer un calme précaire en Judée après plus d’un siècle de guerres civiles, tant par la violence contre l’aristocratie sacerdotale, à commencer par l’élimination des représentants de la dynastie hasmonéenne, dont sa propre femme, Mariamne, et les deux fils qu’il a eu d’elle, Alexandre et Aristobule, que par une politique accommodante avec les non-juifs, tels les Grecs, anciens maîtres de la région, ou les populations des territoires nouvellement conquis et convertis, comme les Samaritains, et l’entreprise de grands travaux destinés à moderniser le pays. Tout cela avec l’appui des Romains qu’il n’hésitait pas à arroser généreusement pour consolider son pouvoir. Mais à sa mort en 4 av-JC, les tensions n’ont pas disparu. Elles resurgissent avec force à la minute même où la période de deuil s’achève. La naissance de Jésus aurait eu lieu à peu près à ce moment.

Sitôt le décès du roi annoncé, son fils, Hérode Archélaos (ou Archélaüs) avait pourtant été acclamé comme nouveau souverain par l’armée et le peuple, l’aîné des survivants, Hérode Boëthos, ayant été exclu de la succession par son père quelques jours seulement avant sa mort parce que sa mère, Mariamne II, avait été accusée d’avoir pris part à un complot pour prendre le trône. Archélaos refuse malgré tout de ceindre la couronne avant de s’être rendu à Rome où il doit recevoir la confirmation de l’empereur Auguste, désigné par son père comme exécuteur testamentaire. Il se comporte néanmoins comme un monarque en promettant de répondre aux doléances du peuple qui demande avant tout un allègement des contributions qui l’accablent, mais aussi la libération des prisonniers politiques. Il promet de répondre favorablement à leurs attentes, mais avant même son départ, certains se rassemblent pour honorer la mémoire de ceux qui ont été exécutés pour avoir mis à bas l’aigle d’or qui ornait le Temple en signe d’amitié avec les Romains, au mépris de la loi mosaïque qui interdisait toute représentation animal dans le lieu sacré, ainsi qu’ils réclament la destitution du Grand prêtre Yoazar, d’origine alexandrine, pour le remplacer par un homme plus pieux, c’est à dire issu de l’aristocratie sacerdotale de Jérusalem. Dans un premier temps, Archélaos préfère tenter de les persuader de se disperser plutôt que d’employer la force, mais rien n’y fait. Aussi, craignant qu’ils ne rallient plus de monde à leur cause, des milliers de gens affluant au Temple pour la Pâque, il se résout à faire donner la troupe qui opère à un sanglant massacre. Les survivants rentrent chez eux. Il s’en va ensuite à Rome. Le procurateur romain Sabinus prend possession du palais royal de Jérusalem quelques jours plus tard, ainsi qu’il tente de s’emparer des forteresses et de mettre la main sur le trésor du Temple, tout cela bien qu’il ait reçu l’ordre de se tenir à l’écart de la ville du gouverneur de Syrie, Varus (celui-là même qui se suicidera après avoir vu ses légions exterminées par les germains d’Arminius à la bataille de Teutoborg en 9, contraignant les Romains à se cantonner sur la rive droite du Rhin, derrière le limes).

A Rome, les choses ne se passent pas comme Archélaos l’espérait. Son frère, Hérode Antipas, avec le soutien de la sa tante, Salomé, conteste la légitimité de la succession. Il invoque la santé mentale vacillante de son père lors de la rédaction du codicille qui désigne Archélaos comme unique souverain et soutient que seule la précédente version du testament qui le désigne lui devrait par conséquent être retenue comme ayant une valeur juridique, bien que le droit d’aînesse soit en faveur de son frère. Il est appuyé par le fils de Salomé, Antipater, qui accuse Archélaos d’avoir opéré un quasi coup d’état pour s’être comporté en monarque sans attendre la confirmation d’Auguste et de gouverner en tyran vue la répression féroce contre ses opposants. De plus, les lettres qu’Auguste reçoit de Sabinus sont elles aussi en faveur d’Antipas. Nicolas de Damas prend quant à lui la défense d’Archélaos. Il affirme que ses accusateurs l’ont en fait encouragé à exercer le pouvoir sans délai et que l’usage de la force avait été rendue nécessaire, non seulement parce que les séditieux remettaient en cause la royauté, mais également la soumission à Rome et à Auguste. L’empereur remet sa décision définitive à plus tard.

Pendant qu’il réfléchit à la meilleure solution, l’insurrection en Judée s’amplifie. A Jérusalem, l’occupation est très mal vécue. A la Pentecôte, le procurateur romain se retrouve pris au piège dans le palais royal, accolé à la muraille Temple, encerclé par trois camps de Juifs hostiles, mais inexpérimentés. Il demande a Varus de venir l’épauler aussi vite que possible, puis demande à ses hommes de donner l’assaut sur le Temple lui-même. Les troupes romaines reprennent le saint des saints sans grande difficulté avant de se livrer au pillage du trésor. Cela ne fait que convaincre plus de gens de rejoindre la rébellion. Sabinus est à nouveau obligé de se replier dans le palais royal où il choisit de subir le siège en attendant Varus, malgré la proposition ennemie de quitter la ville en sécurité s’il le faisait de son plein gré. Des prétendants au trône prennent la tête d’insurrections dans toute la Judée. La révolte gagne aussi d’autres régions du royaume, comme en Idumée où les vétérans qui ont combattu pour Hérode prennent les armes, contraignant les troupes royales à se réfugier dans les places fortes, ou en Galilée, où un certain brigand, Judas, et ses partisans saccagent les arsenaux avant d’essayer de s’imposer au pouvoir. Cela touche également la Pérée où un esclave, Simon, coiffe la couronne et met à sac Jéricho et sa région avant que sa bande ne soit finalement exterminé par l’infanterie royale, ce qui n’empêche toutefois pas d’autres insurgés d’incendier le palais de Betharamphta. En Judée, un berger du nom d’Athrongéos se prend à son tour pour le roi, réunit une troupe et se met à harceler troupes royales et Romains qui mettront plusieurs mois avant d’en venir à bout. Ces soulèvements, avec à leur tête des individus de toutes conditions revendiquant la royauté, expliquent pourquoi Ponce Pilate condamnera à mort ce Jésus qui laissait planer le doute quant à sa volonté de ceindre la couronne (même ses apôtres y ont cru). Il n’était d’ailleurs -s’il a existé- qu’un parmi une flopée d’autres individus plus ou moins violents du même acabit, dont Barabbas, qui ont subi le même sort en cette époque où l’autorité de Rome était fortement contestée.

Seule l’intervention des deux légions de Varus, appuyées par sa cavalerie et les armées de tous les souverains de la région soumis à Rome, dont le Nabathéen Arétas IV qui espère voir sa légitimité reconnue, ainsi que de récupérer les territoires qu’il dispute à la Judée. Après qu’ils se soient tous rassemblés à Ptolémaïs, Varus envoie un détachement en Galilée, où la ville de Sepphoris est brûlée et ses habitants réduits en esclavage pour leur insubordination, tandis qu’il prend lui-même le chemin de la Samarie, où la capitale restée fidèle est épargnée, alors qu’Emmaüs est détruite par les Romains, pendant que les Arabes d’Arétas ravagent Arous et Sanipho ainsi que tous les villages sur leur passage. Ces deux régions reprises, Varus marche sur Jérusalem. Sa démonstration de force suffit à disperser les troupes juives. Il entre dans la ville sans avoir à combattre. Il fait poursuivre les insurgés dans la campagne et se les fait amener. La majorité est emprisonnée, alors que 2 000 des plus fortes têtes sont crucifiées pour l’exemple. Ne reste que l’Idumée. Arétas est congédié avant cette campagne, Varus jugeant ses méthodes empreintes de haine aussi violentes que contre-productives. Les 10 000 Iduméens en armes se soumettent sans livrer bataille. Varus leur accorde le pardon, à l’exception des chefs de sang royal qui sont envoyés à Rome pour être jugés, puis exécutés.

Pendant que ces événements se déroulent, Auguste reçoit une délégation de Juifs venus se plaindre des méthodes violentes que feu Hérode employait contre son peuple. Un autre de ses fils, Hérode Philippe, en fait partie ; elle a le soutien de la communauté juive de Rome. L’empereur rend ensuite sa décision. Il choisit de diviser le royaume en quatre parties. La moitié, composée de la Judée, de l’Idumée et de la Samarie, revient à Hérode Archélaos, avec le titre d’ethnarque tandis qu’Hérode Antipas reçoit la Galilée et la Pérée et le troisième des frères, Hérode Philippe ou Philippe le Tétrarque, la Batanée, la Gaulanitide, la Trachonitide et l’Auranitide qui son sujets de conflit avec la Nabathée. La quatrième part, à savoir les territoires de Jamina, d’Azotos et de Phasaëlis, reviennent à la sœur d’Hérode le Grand, Salomé, mais sous la dépendance d’Archélaos. Si ce partage peut paraître tout à fait raisonnable comme il évite le déclenchement d’une guerre de succession, nul doute qu’Auguste ne se fait guère d’illusion quant à la viabilité du système vue son expérience du triumvirat. Il désire simplement pour l’instant garder ses troupes afin de stabiliser la partie occidentale de l’empire plutôt que de les envoyer en orient où les Parthes pourraient interpréter ce mouvement comme une agression, mais il pense certainement déjà à transformer le royaume en province romaine. Pour cela, il lui suffira le cas échéant d’intervenir lorsque le conflit pour l’hégémonie éclatera pour imposer la domination de Rome, suivant l’exemple de ce que Jules César avait fait en Gaule.

Si Antipas et Philippe ne rencontrent pas de problème particulier dans leurs tétrarchies où résident essentiellement des « gentils » et des Juifs fraîchement convertis à l’écart des querelles fratricides entre sadducéens et pharisiens, il n’en va pas de même pour Archélaos qui n’arrive pas à imposer son autorité autrement que par la violence, sans parvenir à faire régner le calme et l’ordre. En 6, après 9 ans de ce régime autoritaire, une nouvelle délégation vient se plaindre à Auguste du traitement que la population subit. L’empereur choisit alors de destituer Archélaos et de l’exiler à Vienne, en Gaule. Il n’attribue pas pour autant la Judée et la Samarie à l’un ou l’autre de ses frères, mais il les rattache tout simplement à la province romaine de Syrie et nomme Coponius procurateur. En mettant un étranger à la tête du pays, il espère mettre un terme aux rivalités internes pour le pouvoir qui agitent la région. Mais il se trompe. Une révolte éclate aussitôt après que le gouverneur de Syrie, Quirinius, ait ordonné le recensement des habitants en vue de lever l’impôt. Le soulèvement se produit au prétexte que les Romains violent la Loi mosaïque, comme seul Dieu peut être comptable des âmes humaines d’après elle. La répression s’abat sur les insurgés, et avec elle s’envolent les espoirs d’Auguste de démontrer que l’administration romaine serait plus douce que celle de ses prédécesseurs locaux.

Le mouvement contestataire ne disparaît cependant pas. Ses leaders, Sadoq le Pharisien et Judas le Galiléen (ou de Gamala), s’appuient sur cette partie de la population pour fonder un quatrième courant du judaïsme, alternatif à ceux des sadducéens, des pharisiens et des esséniens, celui des zélotes. Il se caractérise par son fanatisme religieux et son nationalisme farouchement anti-romain qui va se radicaliser au fil du temps jusqu’à viser tous les étrangers, ainsi que les Juifs qui s’accomodent de leur présence et en tirent profit. Les zélotes les plus extrémistes finiront par former l’un des premiers groupes terroristes connu, les sicaires, que les Romains nomment ainsi en référence à la dague, la sica, qu’ils utilisent pour mener leur politique d’assassinats ciblés. Leurs action incessantes à partir des années 50 maintiennent le pays dans un climat d’agitation constante. Dans la Bible, Judas le Galiléen deviendra le prototype du Messie dévoyé au travers du discours de Gamaliel dans les Actes des Apôtres. Il est d’ailleurs fort probable que ce Judas qui s’illustre sur une période de plus de soixante ans désigne en fait plusieurs personnes différentes. Le nom de Judas pourrait bien être passé dans le langage courant dès cette époque en synonyme de traître, à la manière de celui du Norvégien Quisling (le ministre fasciste qui a décrété l’arrêt des combats et a mené la politique collaborationniste avec les nazis) dans les langues anglaise et scandinaves. Il n’est dès lors pas étonnant que la Bible ait donné le même nom à celui qui a trahi le « vrai » Messie ; son surnom d’Iscariote pourrait dériver de sicaire selon certains.

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  1. 04/12/2013 à 14:11

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