Catalogne: l’indépendance, et après?

Le principal argument employé contre l’indépendance de la Catalogne est celui de la sortie de l’Union Européenne, renforcé par la menace d’avoir à passer derrière le Kosovo avant de pouvoir envisager son éventuelle réintégration. Quelle stratégie les indépendantistes pourraient-ils adopter pour éviter ce fatal isolement ?

Si j’étais l’un d’entre eux, voilà ce que je ferais. Je m’adresserais aux autres régions qui réclament de s’émanciper du pouvoir central, en priorité l’Ecosse qui elle désire se retirer du Royaume-Uni, précisément parce qu’elle souhaite rester au sein de l’Union Européenne en dépit du Brexit, mais à qui on dit la même chose : réintégration, après le Kosovo, peut être. Si j’étais Catalan, je proposerais donc aux Ecossais une alliance commerciale immédiate au cas où ils décideraient à leur tour de franchir le pas. Une petite Union, en « attendant » de retourner à la grande. Puis, je me tournerais vers l’Angleterre avec qui j’entamerais des discussions en vue d’un traité de libre échange. Nos amis Anglais ne devraient pas hésiter longtemps à accepter ces discussions, comme tout ce qui pourrait perturber l’Union Européenne leur permettrait de négocier à la baisse les conditions de leur sortie.

Ensuite, je dirais aux autres régions tentées par la prise d’autonomie, en priorité la Flandre belge (partie des anciens Pays-Bas espagnols) et le nord de l’Italie qu’ils seraient accueillis à bras ouvert dans cette nouvelle structure qui commencerait alors à peser un peu du point de vue économique. Etape suivante, les Pays-Bas, qui eux n’ont pas l’air de vouloir se séparer, mais qui par contre sont enclins à se tourner vers le nationalisme. Je leur dirais, nous aussi nous le sommes, pas comme l’Europe, venez donc nous rejoindre. Si cela devait marcher, d’autres régions devraient commencer à s’interroger, vaut-il mieux continuer avec la vieille Union, ou intégrer la nouvelle ? Je viserais principalement celles situées sur ce qu’on a appelé l’axe Rome-Londres, la plus importante route commerciale d’Europe. Je dirais par exemple aux Alsaciens, dont je suis, voyez la France, elle ne respecte pas votre histoire particulière, elle vous a noyé dans la région Grand-Est, soyez assurés que cela se passera différemment avec nous, que votre identité sera respectée. Il n’est pas impossible que les länder allemands concernés se montrent intéressés, refroidis qu’ils ont été par l’impression qu’ils ont eu de devoir payer pour le manque de rigueur des pays du sud suite à la crise économique de 2008.

Si cela devait aboutir, l’Union Européenne serait coupée en deux, « en attendant », la France et l’Allemagne séparées par un corridor, comme les Américains envisageaient de le faire à la fin de la seconde guerre mondiale pour éviter tout nouveau conflit entre ces deux pays. En parlant d’eux, les Etats-Uniens verraient certainement cette initiative d’un bon œil, la presse américaine étant une de celle qui a le plus chaudement soutenu les démarches d’indépendance catalanes. Je tenterais donc un rapprochement avec la Californie, première puissance économique régionale mondiale, très violemment opposée à Donald Trump, ainsi qu’aux états de la côte est, New York en tête. Comme les Chinois accueillent aussi très favorablement tout ce qui peut affaiblir l’Union Européenne, j’essaierais également de trouver un accord d’exportation avantageux avec Shangaï, premier port du monde.

Pour résumer, ma stratégie est simple : redonner aux régions ou aux villes, aux cités, qui ont l’impression d’avoir été mis à l’écart par le pouvoir central de leur pays l’importance qu’elles ont pu avoir par le passé, comme c’est par exemple le cas pour Barcelone, Venise, Milan, Turin, Anvers, Bruges, Strasbourg, Cologne, Hambourg, Edimbourg ou encore Marseille, et bien d’autres encore. Toute l’astuce se trouve là, rappeler à ces cités leur glorieux passé. Au Moyen Age,par exemple, avec la ligue hanséatique pour celles du nord, les banquiers Lombards, et la République de Venise pour le sud.

Voilà ce que je ferais, mais bon, je ne suis ni Catalan, ni indépendantiste. Pour moi, exposer ce scénario devrait suffire à faire réfléchir l’Union Européenne qui se croit pour le moment aussi incontournable qu’indépassable, dans le but qu’elle fasse évoluer ses institutions vers plus de démocratie et de considération envers toutes ses composantes, fussent-elles régionales. Elle pourrait sinon disparaître au profit d’une autre organisation, avec tous les risques de conflit que cela comporte.

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Le pays des lumières s’éteint

Je viens de faire la connaissance d’une jeune femme formidable. Elle est née et a grandi au Liban, pays très francophile, dans une famille qui l’est plus encore, ce qui a fait qu’elle a passé un bac bilingue, à la fois en arabe et en français. De toute la soirée que j’ai eu la chance de passer avec elle, je ne l’ai entendu commettre que deux fautes de français, dans la même phrase, quand elle a dit qu’elle était la bébé dans la photo. Et encore était-ce à une heure avancée de la nuit alors qu’elle a l’habitude de se coucher avec les poules et de se lever à l’aube. Bref, rien de bien choquant par rapport à ce qu’on entend à longueur de journée dans la bouche de nos journalistes nationaux.

Elle a ensuite passé dix ans sur les bancs de la fac a étudier la littérature, non seulement française, mais aussi arabe et encore arménienne, sa famille étant arrivée au Liban contrainte et forcée dans l’horreur du génocide perpétré contre son peuple pendant la première guerre mondiale. Ses diplômes en poche, elle est devenue maîtresse d’école pendant trois ans, avant de suivre l’homme qu’elle avait épousé au Nigéria. La vie n’étant pas un long fleuve tranquille, elle a divorcé et s’est remariée, à un Français cette fois-ci. Cela fait qu’elle habite en France depuis dix ans maintenant. N’ayant décidément pas de chance dans sa vie sentimentale, elle a divorcé derechef, l’homme charmant qu’elle avait rencontré au Liban n’ayant eu de cesse de la rabaisser une fois revenu en France.

Cette année, elle va passer le concours pour devenir professeur des écoles. Pour la cinquième fois. Oui, pour la cinquième fois. Dix ans d’université, trois ans d’enseignement, cinq langues parlées couramment, une expérience de vie incroyable marquée par la guerre civile et le souvenir du massacre des siens, une ouverture d’esprit qui s’étend de l’Afrique à l’Inde en passant par l’Europe et par quatre fois déjà on lui dit qu’on ne veut pas d’elle pour enseigner le B-A, BA à nos enfants, sans qu’elle ne sache exactement pourquoi. What the fuck is wrong with us ?

Ne parlons même pas de sa déception vis à vis de la France, le pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité qu’elle n’imaginait que par la grande culture produite par le passé, mais de l’avenir qu’un tel mépris de l’autre nous réserve. Quelle meilleure préparation à la mondialisation peut-on avoir que d’être confronté à d’autres cultures dès le plus jeune âge ? Je n’en vois aucune. C’est l’antidote suprême contre la peur de l’autre, le meilleur vaccin contre la haine.

Personnellement, j’ai eu l’immense privilège d’avoir une nourrice vietnamienne. Aujourd’hui encore, j’ai un a priori très positif envers les asiatiques, personne ne pourra jamais me faire croire qu’ils ne sont pas comme nous malgré l’immense différence culturelle. Cette femme ne m’a laissé que de bons souvenirs, à la fois ceux de l’odeur de sa cuisine, mais encore plus de ceux de son affection. Ce qui n’est pas le cas de ma première maîtresse de maternelle, une Française bien de chez nous qui ne savait imposer son autorité qu’en terrorisant des gamins de trois ans.

Maintenant, je ne m’en fais pas trop pour mon amie libanaise, quand elle en aura assez d’être considérée comme la cinquième roue du carrosse malgré tous les efforts qu’elle fournit, elle partira s’installer ailleurs, elle en a vu d’autres. Mais je constate qu’à force d’entendre que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, notre pays se rabougrit et se montre tout aussi incapable d’accueillir la richesse du monde. Ah oui, j’oubliais, bien que Libanaise, elle n’est pas musulmane, mais chrétienne pur sucre, ni migrante économique, son train de vie au Liban était bien supérieur à celui qu’elle a ici et elle a de surcroît une carte d’identité française. Quand je vois ce qu’est devenu mon pays, j’ai envie de vomir, ou de pleurer, ça revient au même.

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Et la tendresse ? Bordel!

Il me paraît un peu court de traiter uniquement par le biais du vocabulaire employé l’épisode du « bordel » évoqué par le Guide Suprême de la Nation. En effet, pour une fois que le Grand Leader révèle le modèle de société qu’il veut instaurer, ce qu’il ne fait jamais, on ne retient qu’un mot, c’est con. Place au décryptage, comme on dit sur les chaînes de pub, euh pardon, d’info en continu.

Reprenons le déroulement des faits. Nous avons d’un côté un groupe de salariés qui a tissé des liens parce qu’ils travaillent ensemble depuis des années qui décide de manifester son mécontentement car il estime injuste le traitement qui lui est réservé et qui se retrouve avec les CRS comme seuls interlocuteurs, et de l’autre, son Altitude, le président de la république qui s’emporte contre eux et qualifie de bordel leur action. Il justifie son emportement par le fait qu’à quelques kilomètres une entreprise serait pourtant prête à embaucher une partie d’entre eux, « certains ont les qualifications pour le faire » ajoute t-il.

Le Génie Universel à la tête de l’état ne comprend donc pas pourquoi des gens préfèrent se montrer solidaires les uns des autres pour protéger au mieux les plus vulnérables d’entre eux au lieu de jouer leur carte individuelle, et au besoin de marcher sur la tronche des personnes avec qui ils ont cassé la croûte tous les jours pendant des années pour obtenir le meilleur poste possible. Il me semblait pourtant qu’une certaine équipe de France de football avait pour devise « on vit ensemble, on meurt ensemble » en 1998, ce qui les a d’ailleurs menés à la victoire.

Voilà donc le modèle de société voulu par le Grand Réformateur. Un individu seul qui doit se plier au système et se dédier tout entier à la Très Sainte Economie sans qu’il ne puisse jamais établir de relations durables avec ses frères humains, comme dirait le poète. C’est bien cet avenir cauchemardesque qu’il veut pour nous, le programme est clair, dans le futur, les gens devront changer d’emploi plusieurs fois dans leur vie et dans l’idéal, déménager autant, de manière à ce qu’ils n’aient jamais le temps se connaître vraiment les uns les autres et de les éloigner de leurs familles, pour que leur solitude soit la plus complète possible. Ce modèle est la négation même de ce qui a fait le succès de l’Humanité, la solidarité qui naît de la reconnaissance de soi en l’autre grâce aux neurones miroir qui nous permettent de ressentir les émotions des gens qu’on fréquente.

Eh ben Manu, ce modèle de société, on n’en veut pas, tu peux te le carrer bien profond dans le cul. Si tu savais écouter les jeunes, tu saurais qu’ils ont avant tout envie de vivre ensemble, de sucer la substantifique moelle de la vie qui réside avant tout dans les relations humaines qu’on établit avec ceux pour qui on éprouve de la tendresse. Ni l’argent, ni le pouvoir, tes tristes passions, ne permettent d’atteindre ce but. Personne n’est jaloux de ta vie de minable qui passe à côté de l’essentiel.

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Logique écolo

Récemment, j’ai entendu une jeune femme de 21 ans à qui l’on demandait ce qu’elle ferait si elle avait le pouvoir de changer ce qu’elle veut dans le monde dire qu’elle s’occuperait de sauver les animaux et les plantes. Jusqu’ici tout va bien, c’est le discours que pourrait tenir le première candidate aux miss France venue.

Cette banalité ne mérite évidemment pas d’être relatée, ce qui n’est pas le cas de ce qu’elle ajoute tout de suite après : « No matter what » en version originale, la personne étant Anglaise, « coûte que coûte » en français. Elle s’explique immédiatement en disant que la réalisation de cet objectif impliquera à coup sûr la mort d’un certain nombre de gens, qu’il faudra les tuer, mais que le jeu en vaut la chandelle à partir du moment où cela assurera la survie du plus grand nombre, right ?, s’interroge t-elle dans la forme purement rhétorique de la langue de Shaekspeare.

Ce raisonnement me glace le sang. Il ne provient pas d’un néo-fasciste qui voit dans l’étranger la source de tous ces maux, ni d’un fanatique religieux qui promet le paradis sur Terre à condition que tous les impies soient éradiqués de sa surface, mais d’une jeune femme on ne peut plus ordinaire par ailleurs même beaucoup plus tolérante que la majorité d’après ce que j’en sais. Elle a tout simplement été biberonnée aux idées écologistes depuis sa plus tendre enfance et en a tiré toute seule la conclusion logique, sans que personne n’ai jamais eu besoin de l’orienter dans cette direction.

Dans 20 ans, sa génération sera au pouvoir, et ce n’est pas la seule à penser comme cela. Que va t-elle faire quand son tour d’agir sera venu ?

Les écologistes ne cessent de nous parler de nos responsabilités. Qu’ils prennent les leurs. Ils ont créé des monstres.

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Un gouvernement d’experts

On nous annonce aujourd’hui que, pour faire face aux problèmes que rencontre la France, le premier ministre s’est entouré d’un gouvernement d’expert. Mais qu’est-ce qu’un expert ? C’est une personne qui maîtrise parfaitement son sujet, qui connaît sur le bout des doigts toutes les méthodes pour venir à bout des problèmes qui le concerne.

Très bien, cela paraît séduisant à priori, mais en même temps, c’est aussi un idiot qui s’ignore. Je m’explique. Si l’expert est en effet imbattable pour résoudre les problèmes qu’il connaît, c’est à dire ceux qu’il a déjà rencontré, ceux du passé, pour lesquels il peut mettre en œuvre une méthode aussi éprouvée qu’infaillible, il est en revanche fort dépourvu lorsqu’il est confronté à un problème nouveau, prisonnier qu’il est desdites méthodes miracle. Cela a été scientifiquement prouvé, un sujet dit naïf, inexpérimenté, trouve plus rapidement la solution à un problème inédit pour l’expert que ce dernier.

Dans un monde où le changement s’opère à vitesse grand V, il eût donc certainement été plus judicieux de nommer un gouvernement d’amateurs, au sens étymologique du terme, qui aime son sujet, sans toutefois en connaître toutes les ficelles. C’est sans doute pourquoi les Grecs dans leur grande sagesse préféraient que les responsables politiques soient tirés au sort sans qu’ils aient besoin d’avoir démontré de compétences particulières lorsqu’ils ont inventé ce beau système de gouvernement qu’est la démocratie.

La peste et le choléra

Pendant l’entre deux tours de cette élection présidentielle, nous avons beaucoup entendu dire que le choix entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron n’était pas celui entre la peste et le choléra. Je suis tout à fait d’accord avec ce diagnostic, mais ce n’est pas pour autant que la maladie inoculée par le nouveau président doit être considérée comme bénigne alors que, de par sa nouveauté, nous n’avons aucune idée de son mode d’action et de son éventuelle nocivité.

En effet, peste et choléra sont des maladies bien connues maintenant. Elles sont de même nature, toutes deux provoquées par des infections bactériennes, qui, soit dit en passant ne sont plus mortelles depuis la découverte des antibiotiques. Si le Front National peut leur être comparé avec sa volonté affichée de détruire notre organisme, en particulier notre appartenance à l’Union européenne, il n’en est pas de même avec la République En Marche qui prétend au contraire s’y intégrer parfaitement. Ce dernier comportement s’apparenterait plutôt à celui d’un virus dont le mode d’action est totalement différent de celui d’une bactérie. Il n’est pas question pour moi de dire que le parti de M Macron serait alors obligatoirement plus dangereux que celui de Mme Le Pen, il y a nombre de virus qui ne provoquent qu’une gêne temporaire qui ne porte pas à conséquence, voire capables d’insérer des gènes nouveaux très utiles à notre survie dans notre ADN, mais il y en a aussi de très insidieux qui savent avancer masqués jusqu’à ce que leur vraie nature se révèle, comme, par exemple, celui du SIDA. Il conviendrait donc de s’en méfier un minimum avant qu’il n’affecte le fonctionnement de notre corps dans son ensemble.

Le choix du SIDA comme exemple, n’est pas vraiment un hasard. Tout d’abord il s’attrape en prenant du plaisir. Soit sexuel, il me paraît assez évident que les supporters sont plus amoureux du personnage Macron qu’ils ne sont convaincus intellectuellement par ses idées, ou par injection de drogue avec une seringue contaminée, ce qui concerne ceux qui ont voté pour lui guidés par le doux sentiment de sauver la République de la destruction par l’extrême droite. Bon, nous sommes d’accord pour dire que cette comparaison n’a rien de très convaincant, mais elle me paraît plus pertinente lorsqu’on s’attache à observer quelles sont ses cibles. En l’occurrence le système immunitaire, soit les contre pouvoirs sensés protéger la démocratie de la dérive vers un pouvoir absolu.

Commençons par celui qu’on appelle quatrième pouvoir, les médias. En filant la métaphore, leur rôle dans l’organisme démocratique consiste à marquer les nuisibles pour qu’ils soient identifiés comme tel pour être pris en charge et éliminés par les cellules prévues à cet effet. Ils ne semblent pas ou très peu avoir identifié En Marche comme potentiellement dangereux. Deux éléments auraient pourtant, à mon avis, dû donner matière à sonner l’alarme.

Le premier, l’intention qu’aurait eu ce parti de faire signer un engagement à ceux qui se présenteraient sous sa bannière aux élections législatives de voter toutes les propositions faites par le gouvernement quelles que soient les réserves que ces représentants pourraient éventuellement émettre. Ce procédé est pourtant absolument anti-démocratique. Les médias en ont cependant très peu, voire pas du tout parlé. Et ceux qui ont évoqué le sujet l’ont très vite évacué en disant que le conseil constitutionnel déclarerait immédiatement ce document invalide car inconstitutionnel. On ne peut pas douter que cela aurait été le cas, mais un autre parti quel qu’il soit aurait-il affiché son intention de violer la constitution de manière aussi flagrante avant même le premier tour qu’il se serait à coup sûr attiré les foudres de toute la classe médiatique. Nous aurions certainement mérité d’être plus amplement informés à ce sujet, mais c’est là une des caractéristiques de ce virus, il sait se faire très discret.

Le second, le désir de faire adopter au plus vite la réforme du code du travail par ordonnances. Le cas est un peu différent, car les médias en ont en effet un peu parlé, mais après le second tour seulement, alors que cela s’est su dans les quinze jours de l’entre deux tours. La raison pour laquelle cette information n’a pas été mise en exergue au moment où elle a été apprise est assez évidente. Elle aurait pu dissuader certaines personnes de se rendre aux urnes car déjà réticentes à la politique de M Macron et donc favorisé le Front National qui, au pire aurait risqué d’être élu, et au mieux aurait fait un score plus élevé et affaibli la légitimité du nouveau président. Ce retard a permis au virus de s’implanter fermement dans notre ADN.

J’en viens naturellement aux syndicats, autre élément de notre système immunitaire. Celui-là aussi pourrait être détruit. Avec son intention d’utiliser les ordonnances, même la CFDT, pourtant qualifiée de réformiste, c’est à dire convertie au libéralisme, a annoncé qu’elle devrait en ce cas appeler ses militants à descendre dans la rue pour protester contre ces méthodes expéditives. Mais qu’à cela ne tienne, M Macron estime de toute façon que les syndicats ne sont pas représentatifs des salariés, il est vrai très peu syndiqués dans notre pays. Il préfère à cela les accords d’entreprise, le rapport direct entre un patron et ses salariés, plus démocratique selon lui, alors que le rapport de force entre l’entrepreneur (utilisons la langue nouvelle) qui donne le choix entre une dégradation des conditions de travail ou la fermeture et la mise à la porte de tout le monde est bien évidemment complètement déséquilibré. Un des représentants d’En Marche disait d’ailleurs aux ouvriers de Whirlpool qui luttent pour le maintien de leur usine qu’ils ne devraient pas s’engager dans un mouvement trop radical, car ceux qui l’ont fait chez Goodyear, qualifiés d’enragés, n’ont pas retrouvé d’emploi par la suite comme leur engagement effrayait leurs potentiels employeurs. Le message est clair : surtout ne vous défendez pas trop ou vous serez détruits.

Alors certes, le gouvernement engagera des discussions de façade avec les syndicats avant de faire passer sa réforme du travail, mais bien vite il arguera de l’urgence, qu’elles prennent trop de temps et en rejettera la faute sur les partenaires sociaux. L’argument pour justifier le recours aux ordonnances n’est-il pas que « deux ans pour faire adopter une loi, ce n’est pas la démocratie ». Fort de ses 66%, M Macron décrétera qu’il a été élu par les Français avant tout pour faire passer cette réforme et aura certainement à cœur de montrer qu’il ne cède pas à la pression de la rue, comme en son temps Mme Thatcher. Ou alors blâmera t-il son premier ministre d’avoir mal expliqué les bienfaits de sa réforme avant de revenir à la charge.

Reste maintenant les partis politiques. Bon, le cas du Parti Socialiste est quasiment réglé. Nombre de ses représentants se sont déjà présentés sous la bannière de la République En Marche, quant à ceux qui, comme Manuel Valls, ne se voient pas présenter contre eux de candidats issus de ce nouveau parti, seront rapidement marginalisés au sein de ce qui reste du PS, et n’auront d’autre choix que de le rallier en ayant perdu toute crédibilité ou de créer un nouveau parti totalement insignifiant inféodé à la REM, comme l’est le MODEM.

Pour ce qui est de la droite, la nomination de M Edouard Philippe au poste de premier ministre est bien entendu une tentative de scinder au moins en deux Les Républicains. Avec d’un côté ceux qui sont tentés par un rapprochement avec le Front National, et de l’autre, ceux qui penchent pour une entente avec le nouveau pouvoir en place. Ces derniers se retrouveront bien vite dans une situation intenable, sommés de marquer une différence claire et nette avec les premiers, soit par le ralliement pur et simple, ou la création d’un nouveau mouvement faiblard, comme pour le PS. Une fois ce processus achevé, il ne restera plus qu’un seul parti de gouvernement crédible, la République En Marche.

Avec une partie du PS et une autre de LR repoussées aux extrêmes s’ouvrira alors une autoroute pour les prochaine présidentielles pour REM qui pourra s’afficher comme le seul rempart contre le chaos extrémiste. Je leur suggère de se rebaptiser les Raisonnables à cette occasion, pour bien enfoncer le clou. La recomposition du paysage politique voulue par M Macron ressemble comme deux gouttes d’eau à la création d’un parti unique, comme en Chine, le paradis dont rêvent tous les capitalistes depuis des années.

Bon, pour revenir à plus de pondération, peut être que je me trompe, que je fais une allergie violente à ce libéralisme à tout crin qui engendre selon moi la pauvreté et l’accroissement des inégalités alors que je suis fier de ce que la France soit un des pays où elles sont les moins grandes, mais dans le doute, je préfère toutefois me protéger de ce virus intellectuel qui s’en prend à nos défenses immunitaires. Car une fois celles-ci détruites, le corps de la Nation pourrait se retrouver en grand danger face à la maladie la plus insignifiante en temps ordinaire, alors je ne vous dit pas si ça devait être la peste ou le choléra.

Les enjeux des législatives

Après ce second tour des élections présidentielles, les médias semblent avoir subitement découvert que Monsieur Macron souhaite faire passer sa réforme du code du travail par ordonnances. Pour aller vite. D’après son porte parole, il faut deux ans pour faire adopter une loi par la voie parlementaire, ce qui, dit-il, n’est pas la démocratie (sic). On dirait que cela sort de 1984 de George Orwell, un archétype de novlangue (« la guerre, c’est la paix », qui devient ici, la démocratie, c’est le pouvoir d’un seul).

Que faire si on est opposé à cette manière de gouverner ? Pour qu’il puisse arriver à ses fins, il lui faut avoir une majorité à l’assemblée nationale. Il nous vend donc comme une nouvelle façon de faire de la politique l’investiture de 50% de gens venus de la vie civile qui n’ont jamais fait de politique auparavant. Avec près de 19 000 candidatures, il n’est pas difficile de choisir les plus dociles. Leur vote lui est donc acquis, vu que ces gens lui devront tout, point de risque de fronde avec ceux-là.

Quant à ceux qui ont déjà une expérience, il leur demande de se présenter sous l’étiquette de son tout nouveau parti, La République En Marche. Pourquoi cela ? Pour la simple et bonne raison que pour chaque voix exprimée au premier tour des élections législatives l’Etat verse à peu près 1 euro au parti qui l’a obtenue, que le candidat soit présent ou pas au second tour. Son parti sera ainsi financé sans problème grâce à vos impôts, et ceux susceptibles de s’y opposer se retrouveront sans le sou.

Si vous n’êtes pas d’accord avec cette façon de procéder, réfléchissez bien avant de glisser votre bulletin dans l’urne en Juin prochain.