Logique écolo

Récemment, j’ai entendu une jeune femme de 21 ans à qui l’on demandait ce qu’elle ferait si elle avait le pouvoir de changer ce qu’elle veut dans le monde dire qu’elle s’occuperait de sauver les animaux et les plantes. Jusqu’ici tout va bien, c’est le discours que pourrait tenir le première candidate aux miss France venue.

Cette banalité ne mérite évidemment pas d’être relatée, ce qui n’est pas le cas de ce qu’elle ajoute tout de suite après : « No matter what » en version originale, la personne étant Anglaise, « coûte que coûte » en français. Elle s’explique immédiatement en disant que la réalisation de cet objectif impliquera à coup sûr la mort d’un certain nombre de gens, qu’il faudra les tuer, mais que le jeu en vaut la chandelle à partir du moment où cela assurera la survie du plus grand nombre, right ?, s’interroge t-elle dans la forme purement rhétorique de la langue de Shaekspeare.

Ce raisonnement me glace le sang. Il ne provient pas d’un néo-fasciste qui voit dans l’étranger la source de tous ces maux, ni d’un fanatique religieux qui promet le paradis sur Terre à condition que tous les impies soient éradiqués de sa surface, mais d’une jeune femme on ne peut plus ordinaire par ailleurs même beaucoup plus tolérante que la majorité d’après ce que j’en sais. Elle a tout simplement été biberonnée aux idées écologistes depuis sa plus tendre enfance et en a tiré toute seule la conclusion logique, sans que personne n’ai jamais eu besoin de l’orienter dans cette direction.

Dans 20 ans, sa génération sera au pouvoir, et ce n’est pas la seule à penser comme cela. Que va t-elle faire quand son tour d’agir sera venu ?

Les écologistes ne cessent de nous parler de nos responsabilités. Qu’ils prennent les leurs. Ils ont créé des monstres.

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Un gouvernement d’experts

On nous annonce aujourd’hui que, pour faire face aux problèmes que rencontre la France, le premier ministre s’est entouré d’un gouvernement d’expert. Mais qu’est-ce qu’un expert ? C’est une personne qui maîtrise parfaitement son sujet, qui connaît sur le bout des doigts toutes les méthodes pour venir à bout des problèmes qui le concerne.

Très bien, cela paraît séduisant à priori, mais en même temps, c’est aussi un idiot qui s’ignore. Je m’explique. Si l’expert est en effet imbattable pour résoudre les problèmes qu’il connaît, c’est à dire ceux qu’il a déjà rencontré, ceux du passé, pour lesquels il peut mettre en œuvre une méthode aussi éprouvée qu’infaillible, il est en revanche fort dépourvu lorsqu’il est confronté à un problème nouveau, prisonnier qu’il est desdites méthodes miracle. Cela a été scientifiquement prouvé, un sujet dit naïf, inexpérimenté, trouve plus rapidement la solution à un problème inédit pour l’expert que ce dernier.

Dans un monde où le changement s’opère à vitesse grand V, il eût donc certainement été plus judicieux de nommer un gouvernement d’amateurs, au sens étymologique du terme, qui aime son sujet, sans toutefois en connaître toutes les ficelles. C’est sans doute pourquoi les Grecs dans leur grande sagesse préféraient que les responsables politiques soient tirés au sort sans qu’ils aient besoin d’avoir démontré de compétences particulières lorsqu’ils ont inventé ce beau système de gouvernement qu’est la démocratie.

La peste et le choléra

Pendant l’entre deux tours de cette élection présidentielle, nous avons beaucoup entendu dire que le choix entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron n’était pas celui entre la peste et le choléra. Je suis tout à fait d’accord avec ce diagnostic, mais ce n’est pas pour autant que la maladie inoculée par le nouveau président doit être considérée comme bénigne alors que, de par sa nouveauté, nous n’avons aucune idée de son mode d’action et de son éventuelle nocivité.

En effet, peste et choléra sont des maladies bien connues maintenant. Elles sont de même nature, toutes deux provoquées par des infections bactériennes, qui, soit dit en passant ne sont plus mortelles depuis la découverte des antibiotiques. Si le Front National peut leur être comparé avec sa volonté affichée de détruire notre organisme, en particulier notre appartenance à l’Union européenne, il n’en est pas de même avec la République En Marche qui prétend au contraire s’y intégrer parfaitement. Ce dernier comportement s’apparenterait plutôt à celui d’un virus dont le mode d’action est totalement différent de celui d’une bactérie. Il n’est pas question pour moi de dire que le parti de M Macron serait alors obligatoirement plus dangereux que celui de Mme Le Pen, il y a nombre de virus qui ne provoquent qu’une gêne temporaire qui ne porte pas à conséquence, voire capables d’insérer des gènes nouveaux très utiles à notre survie dans notre ADN, mais il y en a aussi de très insidieux qui savent avancer masqués jusqu’à ce que leur vraie nature se révèle, comme, par exemple, celui du SIDA. Il conviendrait donc de s’en méfier un minimum avant qu’il n’affecte le fonctionnement de notre corps dans son ensemble.

Le choix du SIDA comme exemple, n’est pas vraiment un hasard. Tout d’abord il s’attrape en prenant du plaisir. Soit sexuel, il me paraît assez évident que les supporters sont plus amoureux du personnage Macron qu’ils ne sont convaincus intellectuellement par ses idées, ou par injection de drogue avec une seringue contaminée, ce qui concerne ceux qui ont voté pour lui guidés par le doux sentiment de sauver la République de la destruction par l’extrême droite. Bon, nous sommes d’accord pour dire que cette comparaison n’a rien de très convaincant, mais elle me paraît plus pertinente lorsqu’on s’attache à observer quelles sont ses cibles. En l’occurrence le système immunitaire, soit les contre pouvoirs sensés protéger la démocratie de la dérive vers un pouvoir absolu.

Commençons par celui qu’on appelle quatrième pouvoir, les médias. En filant la métaphore, leur rôle dans l’organisme démocratique consiste à marquer les nuisibles pour qu’ils soient identifiés comme tel pour être pris en charge et éliminés par les cellules prévues à cet effet. Ils ne semblent pas ou très peu avoir identifié En Marche comme potentiellement dangereux. Deux éléments auraient pourtant, à mon avis, dû donner matière à sonner l’alarme.

Le premier, l’intention qu’aurait eu ce parti de faire signer un engagement à ceux qui se présenteraient sous sa bannière aux élections législatives de voter toutes les propositions faites par le gouvernement quelles que soient les réserves que ces représentants pourraient éventuellement émettre. Ce procédé est pourtant absolument anti-démocratique. Les médias en ont cependant très peu, voire pas du tout parlé. Et ceux qui ont évoqué le sujet l’ont très vite évacué en disant que le conseil constitutionnel déclarerait immédiatement ce document invalide car inconstitutionnel. On ne peut pas douter que cela aurait été le cas, mais un autre parti quel qu’il soit aurait-il affiché son intention de violer la constitution de manière aussi flagrante avant même le premier tour qu’il se serait à coup sûr attiré les foudres de toute la classe médiatique. Nous aurions certainement mérité d’être plus amplement informés à ce sujet, mais c’est là une des caractéristiques de ce virus, il sait se faire très discret.

Le second, le désir de faire adopter au plus vite la réforme du code du travail par ordonnances. Le cas est un peu différent, car les médias en ont en effet un peu parlé, mais après le second tour seulement, alors que cela s’est su dans les quinze jours de l’entre deux tours. La raison pour laquelle cette information n’a pas été mise en exergue au moment où elle a été apprise est assez évidente. Elle aurait pu dissuader certaines personnes de se rendre aux urnes car déjà réticentes à la politique de M Macron et donc favorisé le Front National qui, au pire aurait risqué d’être élu, et au mieux aurait fait un score plus élevé et affaibli la légitimité du nouveau président. Ce retard a permis au virus de s’implanter fermement dans notre ADN.

J’en viens naturellement aux syndicats, autre élément de notre système immunitaire. Celui-là aussi pourrait être détruit. Avec son intention d’utiliser les ordonnances, même la CFDT, pourtant qualifiée de réformiste, c’est à dire convertie au libéralisme, a annoncé qu’elle devrait en ce cas appeler ses militants à descendre dans la rue pour protester contre ces méthodes expéditives. Mais qu’à cela ne tienne, M Macron estime de toute façon que les syndicats ne sont pas représentatifs des salariés, il est vrai très peu syndiqués dans notre pays. Il préfère à cela les accords d’entreprise, le rapport direct entre un patron et ses salariés, plus démocratique selon lui, alors que le rapport de force entre l’entrepreneur (utilisons la langue nouvelle) qui donne le choix entre une dégradation des conditions de travail ou la fermeture et la mise à la porte de tout le monde est bien évidemment complètement déséquilibré. Un des représentants d’En Marche disait d’ailleurs aux ouvriers de Whirlpool qui luttent pour le maintien de leur usine qu’ils ne devraient pas s’engager dans un mouvement trop radical, car ceux qui l’ont fait chez Goodyear, qualifiés d’enragés, n’ont pas retrouvé d’emploi par la suite comme leur engagement effrayait leurs potentiels employeurs. Le message est clair : surtout ne vous défendez pas trop ou vous serez détruits.

Alors certes, le gouvernement engagera des discussions de façade avec les syndicats avant de faire passer sa réforme du travail, mais bien vite il arguera de l’urgence, qu’elles prennent trop de temps et en rejettera la faute sur les partenaires sociaux. L’argument pour justifier le recours aux ordonnances n’est-il pas que « deux ans pour faire adopter une loi, ce n’est pas la démocratie ». Fort de ses 66%, M Macron décrétera qu’il a été élu par les Français avant tout pour faire passer cette réforme et aura certainement à cœur de montrer qu’il ne cède pas à la pression de la rue, comme en son temps Mme Thatcher. Ou alors blâmera t-il son premier ministre d’avoir mal expliqué les bienfaits de sa réforme avant de revenir à la charge.

Reste maintenant les partis politiques. Bon, le cas du Parti Socialiste est quasiment réglé. Nombre de ses représentants se sont déjà présentés sous la bannière de la République En Marche, quant à ceux qui, comme Manuel Valls, ne se voient pas présenter contre eux de candidats issus de ce nouveau parti, seront rapidement marginalisés au sein de ce qui reste du PS, et n’auront d’autre choix que de le rallier en ayant perdu toute crédibilité ou de créer un nouveau parti totalement insignifiant inféodé à la REM, comme l’est le MODEM.

Pour ce qui est de la droite, la nomination de M Edouard Philippe au poste de premier ministre est bien entendu une tentative de scinder au moins en deux Les Républicains. Avec d’un côté ceux qui sont tentés par un rapprochement avec le Front National, et de l’autre, ceux qui penchent pour une entente avec le nouveau pouvoir en place. Ces derniers se retrouveront bien vite dans une situation intenable, sommés de marquer une différence claire et nette avec les premiers, soit par le ralliement pur et simple, ou la création d’un nouveau mouvement faiblard, comme pour le PS. Une fois ce processus achevé, il ne restera plus qu’un seul parti de gouvernement crédible, la République En Marche.

Avec une partie du PS et une autre de LR repoussées aux extrêmes s’ouvrira alors une autoroute pour les prochaine présidentielles pour REM qui pourra s’afficher comme le seul rempart contre le chaos extrémiste. Je leur suggère de se rebaptiser les Raisonnables à cette occasion, pour bien enfoncer le clou. La recomposition du paysage politique voulue par M Macron ressemble comme deux gouttes d’eau à la création d’un parti unique, comme en Chine, le paradis dont rêvent tous les capitalistes depuis des années.

Bon, pour revenir à plus de tempérance, peut être que je me trompe, que je fais une allergie violente à ce libéralisme à tout crin qui engendre selon moi la pauvreté et l’accroissement des inégalités alors que je suis fier de ce que la France soit un des pays où elles sont les moins grandes, mais dans le doute, je préfère toutefois me protéger de ce virus intellectuel qui s’en prend à nos défenses immunitaires. Car une fois celles-ci détruites, le corps de la Nation pourrait se retrouver en grand danger face à la maladie la plus insignifiante en temps ordinaire, alors je ne vous dit pas si ça devait être la peste ou le choléra.

Les enjeux des législatives

Après ce second tour des élections présidentielles, les médias semblent avoir subitement découvert que Monsieur Macron souhaite faire passer sa réforme du code du travail par ordonnances. Pour aller vite. D’après son porte parole, il faut deux ans pour faire adopter une loi par la voie parlementaire, ce qui, dit-il, n’est pas la démocratie (sic). On dirait que cela sort de 1984 de George Orwell, un archétype de novlangue (« la guerre, c’est la paix », qui devient ici, la démocratie, c’est le pouvoir d’un seul).

Que faire si on est opposé à cette manière de gouverner ? Pour qu’il puisse arriver à ses fins, il lui faut avoir une majorité à l’assemblée nationale. Il nous vend donc comme une nouvelle façon de faire de la politique l’investiture de 50% de gens venus de la vie civile qui n’ont jamais fait de politique auparavant. Avec près de 19 000 candidatures, il n’est pas difficile de choisir les plus dociles. Leur vote lui est donc acquis, vu que ces gens lui devront tout, point de risque de fronde avec ceux-là.

Quant à ceux qui ont déjà une expérience, il leur demande de se présenter sous l’étiquette de son tout nouveau parti, La République En Marche. Pourquoi cela ? Pour la simple et bonne raison que pour chaque voix exprimée au premier tour des élections législatives l’Etat verse à peu près 1 euro au parti qui l’a obtenue, que le candidat soit présent ou pas au second tour. Son parti sera ainsi financé sans problème grâce à vos impôts, et ceux susceptibles de s’y opposer se retrouveront sans le sou.

Si vous n’êtes pas d’accord avec cette façon de procéder, réfléchissez bien avant de glisser votre bulletin dans l’urne en Juin prochain.

Ce que cache la manie des commémorations

Depuis l’élection de Jacques Chirac à la présidence de la République, nous assistons à une inflation des commémorations historiques. A quoi servent-elles ? Je pose cette question, car on peut constater que plus on commémore, moins on s’attache à la vérité historique, mais qu’on s’en sert comme instrument politique.

Tout d’abord, qu’est-ce qu’une commémoration ? C’est une cérémonie qui vise à rappeler à la communauté un épisode de l’Histoire pour raviver son esprit et pour montrer que celui qui y assiste adhère aux valeurs alors défendues. Mais c’est aussi un moyen de forger une mémoire collective nouvelle à force de répétition annuelle. En effet, la mémoire humaine est plutôt bizarre, lorsqu’on se rappelle un fait, on ne se contente pas de consulter une banque de données inaltérable, mais on le remet à sa place sous la forme dont on s’en est rappelé avec toutes les transformations que son évocation lui a fait subir.

Ainsi, en ce 8 mai, nous célébrons la victoire contre le fascisme et avec elle, la Résistance qui en est le symbole. Mais au fil du temps, seul le Gaullisme est devenu synonyme de Résistance, comme si résister avait été le seul fait des gens de droite. Comme si socialistes, syndicalistes de gauche, et surtout communistes n’y avaient joué aucun rôle, ce qui est totalement faux. Alors bien sûr, il n’est pas question pour moi de passer sous silence l’attitude du Parti Communiste Français qui, inféodé à Moscou, n’a pas appelé à résister avant la rupture de l’infâme pacte germano-soviétique par l’attaque d’Hitler sur l’URSS en juin 1941, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut négliger ce qu’ils ont par la suite apporté en terme de contingent, mais surtout de réseaux qui, établis de longue date, permettaient à la fois de diffuser les ordres et de faire remonter les informations sur l’ennemi. Par ailleurs, nombre de communistes, anciens de la Guerre d’Espagne, n’ont pas attendu les ordres du Parti pour commencer à résister. Peut être cette exclusion de la gauche des mouvements de résistance sert elle d’ailleurs à faire oublier que ceux qui se sont les premiers engagés contre le fascisme, précisément en Espagne, n’étaient pas majoritairement de droite, mais plutôt communistes et anarchistes. Et au-delà, cela permet surtout de magnifier la fibre social du général De Gaulle, en occultant le fait qu’il agissait sous la menace d’une prise de pouvoir communiste et que ce rapport de force l’y contraignait par conséquent.

Cette modification de l’Histoire ne touche pas que la deuxième guerre mondiale, mais aussi la première. Ainsi, ai-je entendu dire lors des commémorations du 11 novembre que les soldats avaient soutenu jusqu’au bout la politique du gouvernement et la stratégie des responsables militaires, la preuve en étant apportée par les lettres qu’ils écrivaient à leurs familles. Cela correspond parfaitement avec le dogme actuel des historiens, le document, rien que le document. Et c’est aussi parfaitement vrai, les soldats approuvaient la parole politique et militaire dans leurs lettres. Mais il y a un léger détail qui vient moduler la crédibilité de ce soutien inébranlable. Il s’appelle la censure. En effet, le premier troufion venu dans sa tranchée savait pertinemment que son courrier serait relu par les organes de la censure militaire avant qu’il ne soit expédié à ses proches. Et qu’il ne le serait pas, au moindre signe de défaitisme, de pacifisme ou de remise en cause de la validité de la stratégie militaire. Aussi, pour maintenir le lien vital avec ceux qu’il aimait, le poilu s’abstenait-il de leur faire part de ses doutes quant à la manière dont la guerre était conduite, voire de sa raison d’être. Pas fou le gars, il préférait de loin se faire chier comme un rat dans sa tranchée où rien ne se passait plutôt que de risquer d’être soudainement réaffecté à une unité chargée de mener la première vague d’assaut d’un énième offensive aussi inutile que meurtrière à cause d’un mot malheureux adressé à ses parents. Ainsi, les Croix de bois du Français Dorgelès ou A l’ouest rien de nouveau de l’Allemand Remarque de l’horreur que leur inspirait le champ de bataille, et la chanson de Craonne (« nous sommes les sacrifiés ») de ce que les soldats n’étaient pas dupes de la politique menée. Le gouvernement de l’époque offrait 1 million de francs or, une vraie fortune pour l’époque, à celui qui dénoncerait l’auteur des paroles de cette chanson. Preuve s’il en est que la censure était bien à l’oeuvre pendant cette guerre.

Bientôt, ce sera au tour de l’abolition de l’esclavage d’être célébré. Et avec elle, la grandeur d’âme de Victor Schoelcher, libérateur des populations noires opprimées. Cette vision des choses nous conforte dans l’idée de l’homme blanc (Français de préférence) pétri des valeurs humanistes qui apporte la liberté au Monde. Mais nous dira t-on que les esclaves des Français doivent avant tout leur libération à eux mêmes et à personne d’autre ? En effet, nous n’avons pas l’habitude en métropole de mettre l’accent sur l’action déterminante des nègmarrons dans cette affaire. Ces gens sont les esclaves qui s’étaient enfuis pour échapper à leur funeste condition. Ils ne se contentaient pas de se cacher pour survivre, ils se sont organisés pour attaquer certaines plantations et libérer leurs frères et sœurs. Les maîtres blancs avaient peur de se déplacer et de tomber dans une embuscade. Certes l’abolition de l’esclavage proprement dite ne pouvait venir que du législateur blanc qui l’avait instauré, mais elle valait toujours mieux que de prendre le risque de voir une révolte de grande ampleur prendre naissance et de perdre purement et simplement les colonies concernées, ou d’avoir à y envoyer des troupes à grand frais pour les conserver.

Une dernière chose encore que j’ai entendu sur un plateau de télévision aux alentours du premier mai et qui n’a amené aucune contestation de la part des protagonistes présents. Tout d’abord le contexte : la personne en question parlait de la peur de la raréfaction du travail due à l’arrivée massive des robots dans un avenir proche et la comparait avec celle des machines au 19ème siècle, avec pour exemple la grève des ouvriers du textile à Lyon qui disaient qu’ils n’auraient plus d’emploi avec cette technologie nouvelle. Elle a alors affirmé que cela avait fait baisser les prix des vêtements, une chose plutôt vraie, mais aussi que la révolution industrielle avait amené la prospérité, un foutage de gueule monumental auquel, encore une fois, personne n’a réagi. Primo, on m’a toujours dit que l’histoire ne se répète pas deux fois de la même manière, et secundo, ce journaliste ne doit pas être au courant de l’existence d’un petit auteur inconnu, Emile Zola, qui décrit dans son œuvre les conditions de vie des ouvriers de cette époque bénie. On est à des années lumière de la prospérité dont il parle. Pendant longtemps, il n’y a guère que la bourgeoisie dont il fait partie qui a profité de la manne. Ce n’est qu’avec les débuts du syndicalisme à la fin du 19ème siècle que les conditions de vie des petites gens ont commencé à s’améliorer. Avant cela, ils crevaient comme des chiens dans l’indifférence totale de la classe dirigeante. Et encore ont-ils acquis quelques droits de haute lutte, au prix du sang. En 1905, le vénérable Georges Clémenceau a fait donner la troupe contre des mineurs grévistes qui avaient vu 1500 de leurs camarades mourir suite à un coup de grisou parce que le propriétaire avait fait fermer le puit pour circonscrire l’incendie. La cavalerie, sabre au clair, contre les femmes, les veuves des mineurs qui étaient en première ligne de la manifestation ! Voilà le vrai visage de la prospérité dont parle ce petit monsieur.

Alors, pourquoi suis-je aussi remonté contre ces modifications insidieuses de l’Histoire ? que du temps des romains, j’aurais qualifiées de damnatio memoriae. Parce qu’elles ont ceci en commun de vouloir faire disparaître de nos mémoires le rôle primordial de la masse des gens ordinaires dans l’évolution de la société. La belle affaire, me direz vous, ce n’est après tout qu’une histoire qui ne change pas les faits. Je vous répondrai que oui, ce n’est qu’une histoire, mais que quand on élimine une partie de la population du passé, c’est qu’on souhaite qu’elle ne joue plus aucun un rôle à l’avenir. Tel est l’objectif de nos dirigeants actuels, dont je vous le rappelle, le milliardaire Warren Buffet a dit qu’ils étaient sur le point de remporter la lutte des classes.

Peur contre peur

Le reproche communément adressé, à juste titre, à Marine Le Pen et au Front National est de faire son lit sur la peur des gens. Cependant, depuis que beaucoup d’électeurs disent qu’ils refusent de faire le choix entre elle et M. Macron, on ne cesse de nous ramener aux années 1930 et à la montée du fascisme pour nous forcer à aller voter. Peur contre peur, voilà à quoi se résume ce second tour de l’élection présidentielle. Comment ne pas être dégoûté de la politique après ça ?

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Mûre pour la dictature

Avec le choix qui nous est donné au deuxième tour de cette élection présidentielle, tout indique que la France est mûre pour la dictature. Si, malgré les tentatives de dédiabolisation du Front National, la dérive vers un régime autocratique en cas de victoire de Marine le Pen semble évidente, la manière d’envisager l’exercice du pouvoir d’Emmanuel Macron n’en est pas moins inquiétante, et le silence assourdissant des médias qui entoure ses intentions le sont encore plus.

En effet, lorsque le chef d’En Marche émet le souhait de faire signer un engagement à voter toutes les propositions de lois qu’il fera à ceux qui se présenteront aux élections législatives sous sa bannière, personne ne s’en émeut plus que ça, alors qu’il annonce purement et simplement la fin du régime parlementaire par le musellement du pouvoir législatif (après les primaires de gauche et de droite, on voit bien qu’une signature n’engage à rien, mais quand même). Pourtant, lorsque Recep Tayyip Erdogan s’engage peu ou prou sur la même voie avec son référendum (certes complètement déséquilibré, le non n’ayant pas eu le droit de faire campagne, mais où le peuple a quand même été consulté, lui donnant une victoire étriquée), toutes les voies se sont élevées pour dénoncer à juste titre la mort de la démocratie en Turquie.

Et voilà que ce matin, nous apprenons que M Macron souhaite gouverner par ordonnance aussitôt qu’il sera élu pour aller vite. Là encore, aucune réaction. C’est pourtant encore un degré au-dessus de Manuel Valls, qui a quant à lui été pointé du doigt pour son utilisation de l’article 49.3, le parlement n’étant même pas consulté en cas d’ordonnance décrétée par le chef de l’Etat. Le si détestable Donald Trump n’a t-il procédé de même sitôt élu et été moqué pour sa mise en scène grotesque avec son brandissement au bureau ovale desdites ordonnances portant sa signature (leurs applications ont d’ailleurs été bloquées, d’une part par les juges pour celle concernant l’interdiction d’entrer sur le territoire des certains citoyens étrangers, et d’autre part par le Congrès qui a tout bonnement refusé de mettre aux voies sa décision d’abolir l’Obamacare).

Quand on ajoute à cela que le seul argument avancé par les partisans du sympathique Macron est que s’abstenir ou voter blanc revient à voter Le Pen, au lieu de dire qu’il tiendra bien entendu compte de ce qu’il sera élu avec les voies de gens qui n’adhèrent pas à ses idées et qu’il mettra par conséquent de l’eau dans son vin, la patrie des Droits de l’Homme semble bel et bien être mûre pour la dictature. Soft ou hard, au choix. Avec ces deux candidats, nous resterons certes en République, mais en aucun cas en Démocratie.

Pour ma part, j’irai m’asseoir sur le trottoir d’à côté comme le suggère Alain Souchon. N’y aura t-il que moi ?