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Les débuts de l’ère chrétienne : les esséniens

Il faut noter que dans sa « Guerre des Juifs (livre II, chap. VIII)», Flavius Josèphe ne fait que mentionner très brièvement l’apparition de cette nouvelle branche du judaïsme (les sicaires – voir article précédent) qui jouera pourtant un rôle déterminant pour l’avenir de son peuple. Par contre, il s’attarde très longuement sur un autre courant minoritaire, les esséniens, dont il fait l’apologie. Le portrait qu’il brosse d’eux ne peut que faire penser à des moines. Ils vivent en communauté, dans des endroits isolés, comme sur les bords de le mer Morte, aussi bien qu’en ville. Pour en devenir membre, il faut renoncer aux biens matériels et faire don de tout ce que l’on possède à la communauté. Pour être admis, le candidat doit tout d’abord s’astreindre à respecter les préceptes de l’ordre pendant une année, tout en restant à l’extérieur, puis son caractère est encore éprouvé pendant deux années durant lesquelles il participe aux rites, avant qu’il ne puisse accéder à la salle où les esséniens à part entière prennent leur repas dans le silence, une seule personne à la fois étant autorisée à parler. Ce lieu se devant de rester pur, il convient de se laver et de revêtir un pagne de lin avant d’y pénétrer. Ils rendent grâce à Dieu pour la nourriture qu’Il leur donne, à la fois au début et à la fin du repas. Ils se lèvent avant l’aube et s’abstiennent de toute parole, sauf pour prier ensemble Dieu de leur faire encore une fois la grâce de faire paraître le soleil. Ils vont ensuite travailler chacun de leur côté pendant cinq heures, avant de se retrouver pour manger, puis ils retournent à leurs occupations jusqu’au soir. Ils pratiquent le shabbat de manière très rigoureuse. Ils se doivent de pourvoir aux besoins des esséniens de passage comme s’ils faisaient partie de leur propre communauté et d’aider les nécessiteux qui le demandent. Leur vie doit être guidée par la vertu ; il leur est bien sûr interdit de voler, de mentir, de porter atteinte à autrui ou d’engranger des bénéfices déraisonnables, et encore de cacher des choses aux autres membres ou de révéler l’organisation de la communauté aux profanes, même sous la torture. Ils se doivent aussi de respecter les autorités, car ce n’est que par volonté divine qu’un homme arrive au pouvoir. Ceux qui commettent des délits graves sont exclus. Ils s’engagent à conserver avec respect les livres, ainsi que le nom des anges, et à transmettre l’enseignement qu’ils ont suivi exactement comme ils l’ont reçu. Ils n’hésitent pas à puiser leur savoir dans les cultures étrangères, en matière de médecine, par exemple, mais cela a également pu influencer leur doctrine, comme avec les édits d’Ashoka (l’empereur indien du IIIème siècle av JC dont le territoire s’étendait de l’actuel Afghanistan au Bangladesh qui, après sa guerre meurtrière contre le Kalinga, a prôné la non violence ou ahimsâ, traité à égalité les différentes religions, interdit les sacrifices et encouragé le végétarisme, ainsi qu’exhorté son peuple à se plier à la justice, en même temps qu’il l’éduquait et le sensibilisait au sens du devoir ou dharma. Pensant que ces principes moraux pouvaient avoir un portée universelle à la façon des droits de l’Homme 2 000 ans plus tard, il a ensuite envoyé des émissaires en faire la promotion jusqu’en Grèce, en Egypte et en Syrie, où ses édits ont été traduits à la fois en grec et en araméen, et devaient donc se trouver dans la bibliothèque des esséniens. Sous son règne, son pays a connu une période de prospérité et de paix qui a inspiré les fondateurs de l’Inde moderne, comme en témoigne la présence du symbole de son pouvoir, le dharmacakra, sur le drapeau et l’adoption de son chapiteaux aux lions comme emblème national. Son empire ne lui a toutefois pas survécu suite à la querelle entre ses héritiers, à l’image de ce qui s’est passé avec celui de Charlemagne). Les esséniens refusent par contre d’adopter les coutumes venues d’ailleurs, comme celle de l’onction traditionnelle des Grecs. Ceux d’entre eux qui exercent des responsabilités ne doivent pas en tirer vanité, ni se distinguer par leurs vêtements, toujours blancs, qu’ils gardent jusqu’à qu’ils tombent en lambeaux. Ils ne prêtent jamais serment au nom de Dieu, ce qu’ils estiment pire que le parjure.

Ils croient que si la chair est périssable, l’âme est quant à elle immortelle ; que ceux qui auront mené une vie vertueuse iront séjourner au paradis qu’ils situent au-delà de l’océan, tandis que subiront des tourments éternels dans des abîmes ténébreux. Flavius Josèphe, soucieux de montrer sa culture sous son meilleur jour aux Romains qui considèrent les Juifs comme un peuple barbare prêt à se révolter et à commettre les pires exactions pour un oui ou pour un non, en profite lorsqu’il évoque cette croyance pour souligner que cette conception se rapproche étroitement de celle des vénérables Grecs qui promettent une éternité de douceur dans les îles des bienheureux aux vaillants, tandis que les méchants subissent d’infinis tourments dans l’Hadès. Il attribue également à certains d’entre eux le pouvoir de prédire l’avenir grâce à l’étude des écritures saintes et des paroles des prophètes. Il faut en effet savoir que Flavius Josèphe était partisan de la négociation avec les Romains, qu’il a été soupçonné de trahison en 66 alors qu’il était commandant militaire de Galilée et qu’il a été l’un des deux seuls survivants de la prise de la forteresse de Jotapata pendant la Première guerre judéo-romaine quand ses compagnons d’arme qui n’avaient pas été tués au combat avaient préféré se suicider plutôt que de se rendre. Il avait alors obtenu la protection de Vespasien en lui prédisant qu’il deviendrait empereur d’après un oracle extrapolé des livres judaïques. Cela lui a valu d’être élargi et affranchi dès 69, puis de devenir négociateur entre Juifs et Romains lors du siège de Jérusalem de 70 et d’être considéré comme un traître par les siens. Il reste malgré tout très attaché à sa religion, dont il désire montrer la supériorité dans ses livres, tous écrits après la destruction du Temple de Jérusalem. Sa démarche est donc similaire à celle des évangélistes qui écrivent eux aussi à la même époque, à la différence que l’orthodoxe Josèphe ne considère pas Jésus comme le messie. La seule mention du nom de Jésus dans un ouvrage historique antique se trouve d’ailleurs dans ses « Antiquités Judaïques », mais elle a très probablement été rajoutée plus tard par les chrétiens, après le IVème siècle, en tout cas la phrase qui dit « Celui-là était le Christ. ».

-A propos de falsification, dans le « Secret d’histoire » sur le Vatican diffusé sur France 2, il est dit que Saint-Pierre de Rome a été construite au-dessus de la tombe dudit Pierre, avec pour preuves une riche pierre tombale supposée suggérer qu’un homme important se trouve derrière et le nom de Petros gravé dans la roche. Comme si les autorités romaines de l’époque avaient été assez stupides pour laisser la sépulture d’une personne qu’ils auraient considéré comme les Américains considèrent Oussama Ben Laden devenir un lieu de pèlerinage pour ses adeptes. Il s’agit à l’évidence d’un faux qui a été placé là au quatrième siècle sous Constantin, lorsque le christianisme est devenu la religion officielle de l’empire romain et qu’il a fallu justifier cette décision en l’appuyant par des preuves d’une présence multi-séculaire construite de toutes pièces. Il en est de même pour la soi-disant maison de Pierre en Palestine, comme pour la majorité des reliques, comme par exemple la couronne d’épines conservée à Notre Dame de Paris, dont l’authenticité est justifiée par le prix exorbitant (40 000 livres tournois, soit 330 kg d’or fin environ) payé par Louis IX pour son acquisition. Il suffit de lire « Baudolino » de l’excellent Umberto Eco pour se rendre compte du trafic invraisemblable généré par ces objets contrefaits à l’époque. Et dire qu’une émission de ce genre a été payée avec nos impôts.-

Pour en revenir aux esséniens, si les différentes communautés semblent toutes avoir appliqué les règles énoncées plus haut, elles sont en revanche, d’après Josèphe, divisées sur un point : celui du mariage. Une partie d’entre eux le pratique afin d’obéir au commandement divin qui ordonne aux Hommes de croître et prospérer. Ceux-ci ont pour originalité de n’épouser leurs femmes qu’après une période d’essai de trois mois ou plutôt trois cycles menstruels censés prouver leur capacité à avoir des enfants. Ils s’abstiennent d’avoir des relations sexuelles une fois qu’elles sont enceintes. L’autre courant prône quant à lui le célibat, non seulement pour démontrer la tempérance et la capacité à résister aux passions de ses membres, mais aussi parce qu’ils pensent que les femmes sont par nature dévergondées et incapables d’être fidèles à un seul homme. Ces derniers ont par contre recours à l’adoption d’enfants en bas âge, à l’esprit encore malléable, à qui ils inculquent leurs préceptes (on peut imaginer que nombre de ces gamins ont dû se faire inculquer par des voies plus que douloureuses). On peut donc constater que les femmes sont au mieux réduites à des ventres, utiles à condition qu’ils soient fertiles pour les uns, tandis que les autres ne voient pas en elles autre chose qu’une incarnation de la tentation et du mal. A leur décharge, on peut dire que les femmes n’avaient pas une place plus enviable dans les autres cultures de l’antiquité et se féliciter des quelques progrès accomplis à notre époque, même si tout est encore loin d’être parfait (attention toutefois à ne pas faire n’importe quoi, n’importe comment ; si les hommes prennent peur, ils pourraient réagir par la violence.Un retour en arrière brutal est toujours possible. On l’a bien vu avec le mariage pour tous où il aurait mieux valu opter pour une union civile qui aurait donné les mêmes droits que le mariage et serait passée comme une lettre à la poste, et remettre à 5 ou 10 ans l’utilisation du terme « mariage » plutôt que de mettre en danger les homosexuels qui craignent à nouveau de se tenir par la main dans la rue).

-Tant que nous y sommes, ce contexte de très forte misogynie ne serait-il pas à l’origine de l’invraisemblable histoire de la virginité de Marie et une tentative pour améliorer un peu la condition de la femme ? Après tout, Jésus aurait tout aussi bien pu être un orphelin abandonné, tout comme Moïse, le personnage qu’il était sensé remplacer en tant que guide du peuple de Dieu. Même à l’époque, il ne devait pas y avoir grand monde pour croire qu’elle ait pu tomber enceinte sans la participation d’un homme de chair et de sang. Qu’elle ait malgré tout été choisie par le Tout Puissant pour être la mère du Messie serait alors plutôt le message qu’il ne faut pas systématiquement rejeter la faute sur les femmes, comme cela a encore récemment été le cas pour la Norvégienne condamnée pour relation sexuelle hors mariage aux Emirats Arabes Unis après qu’elle ait eu l’idée saugrenue de dénoncer son viol aux autorités. Le résultat n’a certes pas été fulgurant, mais il a néanmoins permis aux femmes d’accéder à des fonctions religieuses. En son temps, le pharaon Aménophis IV, plus connu sous le nom d’Akhénaton, avait lui aussi associé sa femme Néfertiti aux rites entourant le culte solaire d’Aton, lors de sa tentative d’instauration du monothéisme en Egypte, restée sans lendemain.-

-Si l’interprétation féministe que je livre est à coup sûr un peu trop marquée par nos idées contemporaines, il est en revanche beaucoup plus probable que l’introduction d’une figure féminine de première importance dans la religion hébraïque ait été destinée à opérer un rapprochement avec les autres cultures antiques dont les Juifs avaient subi l’influence, si ce n’est dans le but de séduire ces peuples, tout du moins pour se placer sur un pied d’égalité avec elles. En effet, Marie évoque irrésistiblement l’Aphrodite des Grecs ou la Vénus des Romains, au moins pour la composante qui fait d’elle(s) la déesse de l’amour spirituel, chaste et pure dans sa beauté, et peut être même pour son autre face, plus terrestre, qui la relie aux plaisirs de la chair, étant donné que la mystérieuse grossesse de Marie pourrait très bien être le fruit d’une relation charnelle avec l’homme dont elle était amoureuse, mais qui lui aurait été interdit d’épouser pour x raisons, ou encore qui serait mort avant d’avoir pu la marier, par exemple pendant la période d’essai évoquée plus haut ; à moins que ce n’ait été un banal salaud qui aurait pris ses jambes à son cou après avoir obtenu ce qu’il voulait sans en assumer les conséquences. Toujours est-il que l’Eternel n’y a rien trouvé de déshonorant. Sinon, Marie pourrait aussi s’apparenter à l’Isis des Egyptiens, mais elle se rapproche encore plus de l’ancêtre des deux premières déesses, l’Inanna des Sumériens, ou l’Ishtar des Babyloniens qui avait quant à elle de plus un aspect hermaphrodite qui lui permettait par conséquent d’enfanter toute seule. Cette dernière est elle-même à n’en pas douter la descendante des Vénus de la préhistoire dont on a retrouvé des représentations jusqu’en France. La figure de Marie donnait donc au monothéisme une portée universelle qui était propre à être adoptée par tout le monde, sans que ce n’en soit pour autant le but.-

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