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La théorie du complot

Cette semaine, nous avons eu droit à de nombreux commentaires à propos d’un sondage qui dit que 79% des gens croient à au moins une théorie du complot, qu’ils sont donc cons…pirationnistes. Et les commentateurs de tout mettre dans le même sac, la terre est en réalité plate, l’homme n’a jamais mis le pied sur la lune, le sida a été créé en laboratoire, et d’autres délires dans le genre, mais j’ai aussi entendu dire que les abrutis que nous sommes croient qu’il y a une entente entre le gouvernement et les laboratoires pharmaceutiques pour vendre des vaccins. Sous entendu que ça n’a bien évidemment jamais été le cas, les pouvoirs publics ne se souciant que de la santé de nos concitoyens, tout comme les subventions du diesel étaient destinées à permettre aux gens de changer de voiture à moindre frais et non à soutenir les ventes de PSA et Renault.

Il me semblait pourtant que des journalistes dont le sérieux du travail ne peut remis en cause avaient démontré il y a quelques années que des textes de loi écrits par des lobbyistes de l’industrie pharmaceutique avaient été adoptés tels quels par nos députés. Ce genre de pratiques pourrait cependant bien être à l’origine de la perte de confiance de nos concitoyens envers les autorités sanitaires.

Revenons un instant sur cette histoire de vaccins. Pour moi, elle commence avec le vaccin contre l’hépatite B et la décision de vacciner toute la population alors qu’une partie des professionnels de santé préconisaient plutôt de cibler les populations à risque, comme les drogués par injection ou les homosexuels qui n’utilisent pas systématiquement le préservatif qui sont particulièrement soumis au risque de contamination, ainsi qu’à ceux qui peuvent éventuellement entrer en contact avec le sang de personnes contaminées, comme les personnels de santé, les pompiers ou encore les policiers. Cela a introduit le doute quant à la pertinence de notre politique vaccinale. Ce doute a ensuite été renforcé par celle menée avec le vaccin contre le papillomavirus destiné à lutter contre le cancer de l’utérus. Non seulement le nombre de cas de cancer de l’utérus n’est pas très élevé, un peu plus de 3 000 cas par an en France contre près de 50 000 cancers du sein, mais en plus le vaccin n’est efficace qu’à 70%. Bon, ce ne sont pas des résultats terribles, mais on peut toujours dire que la vaccination des filles entre 12 et 14 ans reste une politique somme toute raisonnable. Mais ne voilà t-il pas que des génies se sont mis à dire qu’il fait aussi vacciner les garçons pour éviter que les filles soient contaminées. Dans la tête du citoyen lambda cela donne l’équation : faible prévalence + efficacité relative + vaccination d’une population qui n’est à l’évidence pas concernée = foutage de gueule. Peut-on vraiment lui donner entièrement tort ? On ajoute à cela le fiasco de l’achat délirant de vaccin contre la grippe H1N1, la France est le pays qui en a acheté le plus, et on obtient la situation actuelle de remise en cause de tous les vaccins, qui est évidemment stupide. A qui la faute ? Aux gens qui ont l’impression d’être pris pour des cons ou aux laboratoires qui ont poussé le bouchon un peu trop loin ?

Passons maintenant au succès des théories du complot. N’y a t-il vraiment rien qui vienne les accréditer dans l’histoire récente ou plus ancienne ? Personne ne se souvient-il d’un certain Colin Powell agitant une fiole de poudre blanche à l’ONU pour accréditer la thèse des armes de destruction massive possédées par l’Irak et justifier son invasion ? Thèse à l’époque confirmée par le MI6, l’espionnage militaire anglais, qui jurait ses grands dieux que Saddam Hussein en possédait alors qu’on n’en a jamais trouvé trace après la guerre. Ou encore de cette jeune femme qui, toujours à l’ONU, nous racontait avec des trémolos dans la voix et des larmes plein les yeux qu’elle avait été témoin de ce que les soldats irakiens, toujours eux, avaient sortis des bébés de leur couveuse pour les laisser crever au Koweït en 1991, alors qu’il s’est avéré qu’elle était la fille d’un responsable politique koweïtien et qu’elle n’y avait jamais foutu les pieds. Autant l’histoire des vaccins ne relève t-elle que de la simple collusion entre deux partis qui en attendent des bénéfices, autant ici avons nous affaire à une chose qui commence à ressembler à s’y méprendre à un complot qui a fini par plonger le Moyen-Orient dans le chaos le plus total et détourné l’attention du public occidental de ses problèmes internes au profit d’une menace extérieure qui paraît avec le recul avoir été construite de toutes pièces.

Pour finir, remontons encore un peu plus loin dans le temps pour arriver à l’origine de la prolifération de toutes ces élucubrations conspirationnistes. Cela commence avec Fortitude, l’opération d’intoxication des services de renseignement allemands pour leur dissimuler les plans du débarquement de Normandie. Non seulement les alliés ont-ils choisi de diffuser de fausses informations auprès de l’ennemi, mais aussi à la population britannique par l’intermédiaire des journaux qui annonçaient par exemple qu’une rencontre sportive avait eu lieu à tel endroit alors que lesdites unités étaient en réalité ailleurs ou qu’elles étaient tout bonnement fictives. Le problème est que cette pratique, tolérable en temps de guerre, s’est prolongée après, avec la guerre froide pour justification.

En effet, des américains de l’OSS, ancêtre de la CIA, ont été les témoins de Fortitude et ils se sont vite retrouvés en situation d’appliquer les mêmes méthodes chez eux, à l’occasion du crash de Roswell. Un paysan retrouve des débris d’un engin volant dans son champ, la base militaire voisine est avertie, son commandant déclare dans un premier temps qu’il s’agit d’une soucoupe volante qui devient le lendemain un ballon sonde. Le cas est simple ; l’armée a perdu un prototype expérimental dont elle ne veut pas révéler la nature pour que les russes ne sachent pas sur quoi elle travaille. Mais elle ment à l’évidence, aussi la CIA décide t-elle qu’il convient de nier l’origine extra terrestre de l’aéronef pour éviter d’avoir à présenter des preuves qu’ils n’ont pas, mais qu’il est en parallèle judicieux d’alimenter cette rumeur pour orienter les curieux sur une fausse piste. Et ça marche.

Je connais encore une autre histoire du même acabit pour laquelle la CIA a fait appel à Howard Hughes. Pendant la guerre froide, un sous-marin soviétique lanceur d’engins atomiques a coulé au beau milieu du Pacifique. Les américains ont alors forgé le projet de le récupérer au fond de l’océan dans l’espoir de trouver les appareils de communication utilisés par les russes et de casser leur code, tout comme la prise d’une machine Enigma avait permis aux anglais de casser celui des allemands. Mais voilà, ils ne pouvaient pas le dire. Ils ont donc fait appel à Howard Hughes pour couvrir l’opération. L’excentrique milliardaire s’est donc mis à construire un bateau tout a fait spécial, destiné selon ses dires à récolter les nodules métalliques sur le plancher océanique alors qu’il était en réalité équipé d’énormes pinces destinées à saisir le submersible rouge. Je me souviens particulièrement bien de cette anecdote parce que la récolte des nodules métalliques m’a été enseignée au collège, avec la photo du navire du brave Howard à l’appui, ça m’avait fait un choc.

Et ça me rappelle encore une autre histoire de sous-marin. Celle des DSRV, des sous-marins de poche qu’on nous a présenté comme des véhicules de secours pour les équipages de gros sous-marin qui couleraient, alors qu’ils sont principalement destinés à poser des dispositifs d’écoute sur les câbles sous-marins ou à faire débarquer des commandos en toute discrétion.

Tous ces mensonges ne sont-ils pas à même de pousser les gens vers les théories du complot ? Prenons maintenant l’affaire Clearstream. Au départ, c’est une enquête de Denis Robert, dont la justice a déclaré qu’elle avait été menée avec toute la rigueur journalistique voulue, qui pointait l’utilisation des outils mis à disposition par cette entreprise à des fins malhonnêtes, avec sa complicité. Un listing de personnes susceptibles d’avoir eu recours à ces pratiques venait à l’appui de ces affirmations fort embarrassantes pour le milieu de la finance. Et ne voilà t-il pas que bientôt sort un nouveau listing, faux celui là, qui fait apparaître les noms de Nagy et Bocsa, qui dissimulent on ne peut plus mal le soi disant vrai bénéficiaire de ces comptes, Nicolas Sarkozy. A partir de ce moment là, affaire Clearstream est devenu synonyme de règlement de compte entre Villepin et Sarkozy dans la bouche de toute la classe journalistique. Ont-ils jeté le discrédit sur le travail exemplaire de Denis Robert en toute conscience ? Je ne sais pas, peut être pas, mais toujours est-il qu’il ont l’air d’avoir participé à une sorte de complot pour nous enfumer, alors qu’il me semble qu’il aurait été plus judicieux de s’attacher au fond de l’affaire, les dérives de la finance, ce qui leur aurait peut être permis de nous avertir sur la dangerosité des produits subprime avant que ça nous pète à la gueule. Et ce sont les mêmes qui nous disent que nous sommes complètement cons à croire à certaines des théories du complot.

Conclusion : Entre les fumeuses théories conspirationnistes et les douteuses vérités officielles, démerdez vous. On ne peut plus croire personne, voilà bien le drame de notre époque.

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Nagui la science

Ce midi, j’ai entendu Nagui dire dans Tout le monde veut prendre sa place que l’être humain n’était pas fait pour manger de la viande, qu’il a lu dans un bouquin de je ne sais plus qui, que ni la mâchoire humaine, ni ses intestins ne sont faits pour la digérer correctement. C’est absolument vrai. La dentition humaine n’est pas caractéristique des carnivores, notre mâchoire n’est pas très puissante et nos intestins sont trop longs, ce qui faits que la viande y séjourne trop longtemps par rapports aux animaux qui eux sont strictement faits pour ce régime.

C’est vrai, vrai et encore vrai. Pour la viande crue. Je répète, pour la viande CRUE. Cependant, une invention toute récente nous permet de beaucoup mieux assimiler la viande, elle s’appelle le feu. En effet, la cuisson de la barbaque nous permet à la fois à nos mâchoires de la réduire en bouillie et à nos intestins de la digérer avec efficacité. Soit dit en passant, nous ne sommes de même absolument pas faits pour manger des céréales comme le blé, le riz, le maïs, etc, qui elles aussi doivent subir ce même traitement thermique pour que nous puissions les assimiler.

Ce raisonnement est donc tout simplement idiot car tronqué, il relève plus du sophisme que de la pensée dûment organisée. Il a de plus une dimension créationniste, le corps humain n’a pas les caractéristiques du carnivore, la viande est donc nocive pour lui, alors que c’est beaucoup plus subtil que ça, primo, tous les animaux n’ont pas un régime strictement carnivore ou végétarien, prenons les ours par exemple que nous voyons comme un carnivore par excellence alors qu’un grizzly se nourrit presque exclusivement de fruits pendant une grande partie de l’année, ou plus proche de nous, un chimpanzé, qui a quant à lui un régime très végétarien, mais qui ne crache pas sur de la viande quand il en a l’occasion, voire tue parfois avec sauvagerie pour s’en procurer.

Et secundo, cela donne des espèces animales une vision très étriquée qui renie toute notion d’évolution et les enferme dans un seul mode d’alimentation sans possibilité d’en changer, alors qu’on a constaté que certaines d’entre elles étaient passés d’une nourriture très majoritairement carnée, à une alimentation majoritairement d’origine végétale. Je pense ici au cas des renards anglais, qui sont essentiellement carnivores à la campagne, mais devenus essentiellement végétariens pour ceux qui ont été contraints de s’installer dans les rue de Londres dont ils font les poubelles. Et je ne parle même pas des sangliers, les cochons sauvages dont on nous dit qu’ils sont si proches de nous, qui eux ont un régime omnivore, comme nous, et ne sont donc ni strictement faits pour être végétariens, ni strictement carnivores. Le passage d’un mode d’alimentation à l’autre est donc possible, tout autant qu’un panachage des deux.

Conclusion : il en est de même pour l’alimentation et l’information, toutes deux doivent être mâchées et digérées pour qu’elles soient assimilables par l’être humain. Certains n’ont ni les mâchoires intellectuelles, ni les intestins cérébraux pour décomposer efficacement les aliments informationnels qu ‘ils ingèrent. Mais je ne désespère pas, ils peuvent s’adapter s’ils y sont contraints, c’est certain, même Nagui.

L’ami du président

Pour faire taire la polémique suite à sa sortie sur le président Kaboré parti pour réparer la climatisation, Emmanuel Macron a déclaré qu’il s’agissait d’un trait d’humour qu’il s’était permis en raison du lien d’amitié qu’il entretient avec le chef de l’état burkinabé, ce qu’il n’aurait jamais fait avec Angela Merkel avec qui il n’est pas assez intime, au contraire de Jean-Claude Juncker avec qui il n’aurait pas hésité à se livrer au même genre de familiarité.

JEAN-CLAUDE JUNCKER. L’ancien premier ministre du Luxembourg, actuel président de la Commission européenne, impliqué dans le scandale des LuxLeaks qui permettait à des centaines d’entreprise d’échapper au régime fiscal de leurs pays d’origine en domiciliant leurs bénéfices au Grand Duché en échange d’une très modeste contribution. Et pas un journaliste pour relever l’information. Dommage, pour une fois qu’il révélait le fond de son orientation politique.

Catalogne: l’indépendance, et après?

Le principal argument employé contre l’indépendance de la Catalogne est celui de la sortie de l’Union Européenne, renforcé par la menace d’avoir à passer derrière le Kosovo avant de pouvoir envisager son éventuelle réintégration. Quelle stratégie les indépendantistes pourraient-ils adopter pour éviter ce fatal isolement ?

Si j’étais l’un d’entre eux, voilà ce que je ferais. Je m’adresserais aux autres régions qui réclament de s’émanciper du pouvoir central, en priorité l’Ecosse qui elle désire se retirer du Royaume-Uni, précisément parce qu’elle souhaite rester au sein de l’Union Européenne en dépit du Brexit, mais à qui on dit la même chose : réintégration, après le Kosovo, peut être. Si j’étais Catalan, je proposerais donc aux Ecossais une alliance commerciale immédiate au cas où ils décideraient à leur tour de franchir le pas. Une petite Union, en « attendant » de retourner à la grande. Puis, je me tournerais vers l’Angleterre avec qui j’entamerais des discussions en vue d’un traité de libre échange. Nos amis Anglais ne devraient pas hésiter longtemps à accepter ces discussions, comme tout ce qui pourrait perturber l’Union Européenne leur permettrait de négocier à la baisse les conditions de leur sortie.

Ensuite, je dirais aux autres régions tentées par la prise d’autonomie, en priorité la Flandre belge (partie des anciens Pays-Bas espagnols) et le nord de l’Italie qu’ils seraient accueillis à bras ouvert dans cette nouvelle structure qui commencerait alors à peser un peu du point de vue économique. Etape suivante, les Pays-Bas, qui eux n’ont pas l’air de vouloir se séparer, mais qui par contre sont enclins à se tourner vers le nationalisme. Je leur dirais, nous aussi nous le sommes, pas comme l’Europe, venez donc nous rejoindre. Si cela devait marcher, d’autres régions devraient commencer à s’interroger, vaut-il mieux continuer avec la vieille Union, ou intégrer la nouvelle ? Je viserais principalement celles situées sur ce qu’on a appelé l’axe Londres-Milan, la plus importante route commerciale d’Europe. Je dirais par exemple aux Alsaciens, dont je suis, voyez la France, elle ne respecte pas votre histoire particulière, elle vous a noyé dans la région Grand-Est, soyez assurés que cela se passera différemment avec nous, que votre identité sera respectée. Il n’est pas impossible que les länder allemands concernés se montrent intéressés, refroidis qu’ils ont été par l’impression qu’ils ont eu de devoir payer pour le manque de rigueur des pays du sud suite à la crise économique de 2008.

Si cela devait aboutir, l’Union Européenne serait coupée en deux, « en attendant », la France et l’Allemagne séparées par un corridor, comme les Américains envisageaient de le faire à la fin de la seconde guerre mondiale pour éviter tout nouveau conflit entre ces deux pays. En parlant d’eux, les Etats-Uniens verraient certainement cette initiative d’un bon œil, la presse américaine étant une de celle qui a le plus chaudement soutenu les démarches d’indépendance catalanes. Je tenterais donc un rapprochement avec la Californie, première puissance économique régionale mondiale, très violemment opposée à Donald Trump, ainsi qu’aux états de la côte est, New York en tête. Comme les Chinois accueillent aussi très favorablement tout ce qui peut affaiblir l’Union Européenne, j’essaierais également de trouver un accord d’exportation avantageux avec Shangaï, premier port du monde.

Pour résumer, ma stratégie est simple : redonner aux régions ou aux villes, aux cités, qui ont l’impression d’avoir été mis à l’écart par le pouvoir central de leur pays l’importance qu’elles ont pu avoir par le passé, comme c’est par exemple le cas pour Barcelone, Venise, Milan, Turin, Anvers, Bruges, Strasbourg, Cologne, Hambourg, Edimbourg ou encore Marseille, et bien d’autres encore. Toute l’astuce se trouve là, rappeler à ces cités leur glorieux passé. Au Moyen Age,par exemple, avec la ligue hanséatique pour celles du nord, les banquiers Lombards, et la République de Venise pour le sud.

Voilà ce que je ferais, mais bon, je ne suis ni Catalan, ni indépendantiste. Pour moi, exposer ce scénario devrait suffire à faire réfléchir l’Union Européenne qui se croit pour le moment aussi incontournable qu’indépassable, dans le but qu’elle fasse évoluer ses institutions vers plus de démocratie et de considération envers toutes ses composantes, fussent-elles régionales. Elle pourrait sinon disparaître au profit d’une autre organisation, avec tous les risques de conflit que cela comporte.

Le pays des lumières s’éteint

Je viens de faire la connaissance d’une jeune femme formidable. Elle est née et a grandi au Liban, pays très francophile, dans une famille qui l’est plus encore, ce qui a fait qu’elle a passé un bac bilingue, à la fois en arabe et en français. De toute la soirée que j’ai eu la chance de passer avec elle, je ne l’ai entendu commettre que deux fautes de français, dans la même phrase, quand elle a dit qu’elle était la bébé dans la photo. Et encore était-ce à une heure avancée de la nuit alors qu’elle a l’habitude de se coucher avec les poules et de se lever à l’aube. Bref, rien de bien choquant par rapport à ce qu’on entend à longueur de journée dans la bouche de nos journalistes nationaux.

Elle a ensuite passé dix ans sur les bancs de la fac a étudier la littérature, non seulement française, mais aussi arabe et encore arménienne, sa famille étant arrivée au Liban contrainte et forcée dans l’horreur du génocide perpétré contre son peuple pendant la première guerre mondiale. Ses diplômes en poche, elle est devenue maîtresse d’école pendant trois ans, avant de suivre l’homme qu’elle avait épousé au Nigéria. La vie n’étant pas un long fleuve tranquille, elle a divorcé et s’est remariée, à un Français cette fois-ci. Cela fait qu’elle habite en France depuis dix ans maintenant. N’ayant décidément pas de chance dans sa vie sentimentale, elle a divorcé derechef, l’homme charmant qu’elle avait rencontré au Liban n’ayant eu de cesse de la rabaisser une fois revenu en France.

Cette année, elle va passer le concours pour devenir professeur des écoles. Pour la cinquième fois. Oui, pour la cinquième fois. Dix ans d’université, trois ans d’enseignement, cinq langues parlées couramment, une expérience de vie incroyable marquée par la guerre civile et le souvenir du massacre des siens, une ouverture d’esprit qui s’étend de l’Afrique à l’Inde en passant par l’Europe et par quatre fois déjà on lui dit qu’on ne veut pas d’elle pour enseigner le B-A, BA à nos enfants, sans qu’elle ne sache exactement pourquoi. What the fuck is wrong with us ?

Ne parlons même pas de sa déception vis à vis de la France, le pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité qu’elle n’imaginait que par la grande culture produite par le passé, mais de l’avenir qu’un tel mépris de l’autre nous réserve. Quelle meilleure préparation à la mondialisation peut-on avoir que d’être confronté à d’autres cultures dès le plus jeune âge ? Je n’en vois aucune. C’est l’antidote suprême contre la peur de l’autre, le meilleur vaccin contre la haine.

Personnellement, j’ai eu l’immense privilège d’avoir une nourrice vietnamienne. Aujourd’hui encore, j’ai un a priori très positif envers les asiatiques, personne ne pourra jamais me faire croire qu’ils ne sont pas comme nous malgré l’immense différence culturelle. Cette femme ne m’a laissé que de bons souvenirs, à la fois ceux de l’odeur de sa cuisine, mais encore plus de ceux de son affection. Ce qui n’est pas le cas de ma première maîtresse de maternelle, une Française bien de chez nous qui ne savait imposer son autorité qu’en terrorisant des gamins de trois ans.

Maintenant, je ne m’en fais pas trop pour mon amie libanaise, quand elle en aura assez d’être considérée comme la cinquième roue du carrosse malgré tous les efforts qu’elle fournit, elle partira s’installer ailleurs, elle en a vu d’autres. Mais je constate qu’à force d’entendre que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, notre pays se rabougrit et se montre tout aussi incapable d’accueillir la richesse du monde. Ah oui, j’oubliais, bien que Libanaise, elle n’est pas musulmane, mais chrétienne pur sucre, ni migrante économique, son train de vie au Liban était bien supérieur à celui qu’elle a ici et elle a de surcroît une carte d’identité française. Quand je vois ce qu’est devenu mon pays, j’ai envie de vomir, ou de pleurer, ça revient au même.

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Logique écolo

Récemment, j’ai entendu une jeune femme de 21 ans à qui l’on demandait ce qu’elle ferait si elle avait le pouvoir de changer ce qu’elle veut dans le monde dire qu’elle s’occuperait de sauver les animaux et les plantes. Jusqu’ici tout va bien, c’est le discours que pourrait tenir le première candidate aux miss France venue.

Cette banalité ne mérite évidemment pas d’être relatée, ce qui n’est pas le cas de ce qu’elle ajoute tout de suite après : « No matter what » en version originale, la personne étant Anglaise, « coûte que coûte » en français. Elle s’explique immédiatement en disant que la réalisation de cet objectif impliquera à coup sûr la mort d’un certain nombre de gens, qu’il faudra les tuer, mais que le jeu en vaut la chandelle à partir du moment où cela assurera la survie du plus grand nombre, right ?, s’interroge t-elle dans la forme purement rhétorique de la langue de Shaekspeare.

Ce raisonnement me glace le sang. Il ne provient pas d’un néo-fasciste qui voit dans l’étranger la source de tous ces maux, ni d’un fanatique religieux qui promet le paradis sur Terre à condition que tous les impies soient éradiqués de sa surface, mais d’une jeune femme on ne peut plus ordinaire par ailleurs même beaucoup plus tolérante que la majorité d’après ce que j’en sais. Elle a tout simplement été biberonnée aux idées écologistes depuis sa plus tendre enfance et en a tiré toute seule la conclusion logique, sans que personne n’ai jamais eu besoin de l’orienter dans cette direction.

Dans 20 ans, sa génération sera au pouvoir, et ce n’est pas la seule à penser comme cela. Que va t-elle faire quand son tour d’agir sera venu ?

Les écologistes ne cessent de nous parler de nos responsabilités. Qu’ils prennent les leurs. Ils ont créé des monstres.

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La peste et le choléra

Pendant l’entre deux tours de cette élection présidentielle, nous avons beaucoup entendu dire que le choix entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron n’était pas celui entre la peste et le choléra. Je suis tout à fait d’accord avec ce diagnostic, mais ce n’est pas pour autant que la maladie inoculée par le nouveau président doit être considérée comme bénigne alors que, de par sa nouveauté, nous n’avons aucune idée de son mode d’action et de son éventuelle nocivité.

En effet, peste et choléra sont des maladies bien connues maintenant. Elles sont de même nature, toutes deux provoquées par des infections bactériennes, qui, soit dit en passant ne sont plus mortelles depuis la découverte des antibiotiques. Si le Front National peut leur être comparé avec sa volonté affichée de détruire notre organisme, en particulier notre appartenance à l’Union européenne, il n’en est pas de même avec la République En Marche qui prétend au contraire s’y intégrer parfaitement. Ce dernier comportement s’apparenterait plutôt à celui d’un virus dont le mode d’action est totalement différent de celui d’une bactérie. Il n’est pas question pour moi de dire que le parti de M Macron serait alors obligatoirement plus dangereux que celui de Mme Le Pen, il y a nombre de virus qui ne provoquent qu’une gêne temporaire qui ne porte pas à conséquence, voire capables d’insérer des gènes nouveaux très utiles à notre survie dans notre ADN, mais il y en a aussi de très insidieux qui savent avancer masqués jusqu’à ce que leur vraie nature se révèle, comme, par exemple, celui du SIDA. Il conviendrait donc de s’en méfier un minimum avant qu’il n’affecte le fonctionnement de notre corps dans son ensemble.

Le choix du SIDA comme exemple, n’est pas vraiment un hasard. Tout d’abord il s’attrape en prenant du plaisir. Soit sexuel, il me paraît assez évident que les supporters sont plus amoureux du personnage Macron qu’ils ne sont convaincus intellectuellement par ses idées, ou par injection de drogue avec une seringue contaminée, ce qui concerne ceux qui ont voté pour lui guidés par le doux sentiment de sauver la République de la destruction par l’extrême droite. Bon, nous sommes d’accord pour dire que cette comparaison n’a rien de très convaincant, mais elle me paraît plus pertinente lorsqu’on s’attache à observer quelles sont ses cibles. En l’occurrence le système immunitaire, soit les contre pouvoirs sensés protéger la démocratie de la dérive vers un pouvoir absolu.

Commençons par celui qu’on appelle quatrième pouvoir, les médias. En filant la métaphore, leur rôle dans l’organisme démocratique consiste à marquer les nuisibles pour qu’ils soient identifiés comme tel pour être pris en charge et éliminés par les cellules prévues à cet effet. Ils ne semblent pas ou très peu avoir identifié En Marche comme potentiellement dangereux. Deux éléments auraient pourtant, à mon avis, dû donner matière à sonner l’alarme.

Le premier, l’intention qu’aurait eu ce parti de faire signer un engagement à ceux qui se présenteraient sous sa bannière aux élections législatives de voter toutes les propositions faites par le gouvernement quelles que soient les réserves que ces représentants pourraient éventuellement émettre. Ce procédé est pourtant absolument anti-démocratique. Les médias en ont cependant très peu, voire pas du tout parlé. Et ceux qui ont évoqué le sujet l’ont très vite évacué en disant que le conseil constitutionnel déclarerait immédiatement ce document invalide car inconstitutionnel. On ne peut pas douter que cela aurait été le cas, mais un autre parti quel qu’il soit aurait-il affiché son intention de violer la constitution de manière aussi flagrante avant même le premier tour qu’il se serait à coup sûr attiré les foudres de toute la classe médiatique. Nous aurions certainement mérité d’être plus amplement informés à ce sujet, mais c’est là une des caractéristiques de ce virus, il sait se faire très discret.

Le second, le désir de faire adopter au plus vite la réforme du code du travail par ordonnances. Le cas est un peu différent, car les médias en ont en effet un peu parlé, mais après le second tour seulement, alors que cela s’est su dans les quinze jours de l’entre deux tours. La raison pour laquelle cette information n’a pas été mise en exergue au moment où elle a été apprise est assez évidente. Elle aurait pu dissuader certaines personnes de se rendre aux urnes car déjà réticentes à la politique de M Macron et donc favorisé le Front National qui, au pire aurait risqué d’être élu, et au mieux aurait fait un score plus élevé et affaibli la légitimité du nouveau président. Ce retard a permis au virus de s’implanter fermement dans notre ADN.

J’en viens naturellement aux syndicats, autre élément de notre système immunitaire. Celui-là aussi pourrait être détruit. Avec son intention d’utiliser les ordonnances, même la CFDT, pourtant qualifiée de réformiste, c’est à dire convertie au libéralisme, a annoncé qu’elle devrait en ce cas appeler ses militants à descendre dans la rue pour protester contre ces méthodes expéditives. Mais qu’à cela ne tienne, M Macron estime de toute façon que les syndicats ne sont pas représentatifs des salariés, il est vrai très peu syndiqués dans notre pays. Il préfère à cela les accords d’entreprise, le rapport direct entre un patron et ses salariés, plus démocratique selon lui, alors que le rapport de force entre l’entrepreneur (utilisons la langue nouvelle) qui donne le choix entre une dégradation des conditions de travail ou la fermeture et la mise à la porte de tout le monde est bien évidemment complètement déséquilibré. Un des représentants d’En Marche disait d’ailleurs aux ouvriers de Whirlpool qui luttent pour le maintien de leur usine qu’ils ne devraient pas s’engager dans un mouvement trop radical, car ceux qui l’ont fait chez Goodyear, qualifiés d’enragés, n’ont pas retrouvé d’emploi par la suite comme leur engagement effrayait leurs potentiels employeurs. Le message est clair : surtout ne vous défendez pas trop ou vous serez détruits.

Alors certes, le gouvernement engagera des discussions de façade avec les syndicats avant de faire passer sa réforme du travail, mais bien vite il arguera de l’urgence, qu’elles prennent trop de temps et en rejettera la faute sur les partenaires sociaux. L’argument pour justifier le recours aux ordonnances n’est-il pas que « deux ans pour faire adopter une loi, ce n’est pas la démocratie ». Fort de ses 66%, M Macron décrétera qu’il a été élu par les Français avant tout pour faire passer cette réforme et aura certainement à cœur de montrer qu’il ne cède pas à la pression de la rue, comme en son temps Mme Thatcher. Ou alors blâmera t-il son premier ministre d’avoir mal expliqué les bienfaits de sa réforme avant de revenir à la charge.

Reste maintenant les partis politiques. Bon, le cas du Parti Socialiste est quasiment réglé. Nombre de ses représentants se sont déjà présentés sous la bannière de la République En Marche, quant à ceux qui, comme Manuel Valls, ne se voient pas présenter contre eux de candidats issus de ce nouveau parti, seront rapidement marginalisés au sein de ce qui reste du PS, et n’auront d’autre choix que de le rallier en ayant perdu toute crédibilité ou de créer un nouveau parti totalement insignifiant inféodé à la REM, comme l’est le MODEM.

Pour ce qui est de la droite, la nomination de M Edouard Philippe au poste de premier ministre est bien entendu une tentative de scinder au moins en deux Les Républicains. Avec d’un côté ceux qui sont tentés par un rapprochement avec le Front National, et de l’autre, ceux qui penchent pour une entente avec le nouveau pouvoir en place. Ces derniers se retrouveront bien vite dans une situation intenable, sommés de marquer une différence claire et nette avec les premiers, soit par le ralliement pur et simple, ou la création d’un nouveau mouvement faiblard, comme pour le PS. Une fois ce processus achevé, il ne restera plus qu’un seul parti de gouvernement crédible, la République En Marche.

Avec une partie du PS et une autre de LR repoussées aux extrêmes s’ouvrira alors une autoroute pour les prochaine présidentielles pour REM qui pourra s’afficher comme le seul rempart contre le chaos extrémiste. Je leur suggère de se rebaptiser les Raisonnables à cette occasion, pour bien enfoncer le clou. La recomposition du paysage politique voulue par M Macron ressemble comme deux gouttes d’eau à la création d’un parti unique, comme en Chine, le paradis dont rêvent tous les capitalistes depuis des années.

Bon, pour revenir à plus de pondération, peut être que je me trompe, que je fais une allergie violente à ce libéralisme à tout crin qui engendre selon moi la pauvreté et l’accroissement des inégalités alors que je suis fier de ce que la France soit un des pays où elles sont les moins grandes, mais dans le doute, je préfère toutefois me protéger de ce virus intellectuel qui s’en prend à nos défenses immunitaires. Car une fois celles-ci détruites, le corps de la Nation pourrait se retrouver en grand danger face à la maladie la plus insignifiante en temps ordinaire, alors je ne vous dit pas si ça devait être la peste ou le choléra.