Archive

Posts Tagged ‘utopie’

La pyramide de Shimizu, l’exemple d’une possible alliance entre l’architecture et l’écologie

Envisager la construction d’une colonie martienne par des robots peut peut passer pour un projet complètement fou, mais il ne l’est pas beaucoup plus que celui de la Pyramide de Shimizu.

Pour faire face à l’accroissement de la population et au manque de place chronique de l’agglomération tokyoïte coincée entre la mer et la montagne, l’architecte japonais a imaginé de construire une pyramide tubulaire de 2004m de haut qui pourrait accueillir 750 000 habitants dans la baie de Tokyo. Pour ce faire des dizaines de buildings de 80 étages chacun devraient être suspendus à l’intérieur de la structure. Aucunes fondations ne pourraient supporter son poids si elle devait être construite avec des matériaux tels que l’acier et le béton, aussi envisage t-on d’utiliser le carbone sous forme de nanotubes, elle serait alors 100 à 200 fois plus légère. Son édification devrait être confiée à des robots qui produiront les nanotubes et les tisseront sur place, à la manière des araignées.

Si le problème de la croissance démographique ne se pose plus vraiment pour le Japon qui devrait voir sa population diminuer au cours du XXI ème siècle, le projet pourrait bien être repris à leur compte par l’Inde ou la Chine qui s’attendent chacun à ce que 300 à 400 millions de ruraux viennent peupler leurs villes déjà tentaculaires au courant des 30 à 50 prochaines années. Pour eux, le problème est bien plus concret que celui d’une éventuelle colonisation martienne à une date indéterminée, mais la structure qu’il faut mettre en place est relativement similaire. Si nous voulons continuer à avoir quelque chose à leur vendre, nous ferions bien de nous intéresser à ce dont ils auront besoin dans un proche avenir.

Ce nouveau type de construction ne vise pas seulement à résoudre le problème du manque de surface disponible pour l’extension des villes, mais aussi celui du déplacement en réduisant les distances à parcourir et donc le temps passé dans les transports en commun. L’édifice ne devrait en effet pas se réduire à un quartier d’habitation, mais il devrait comporter tout ce qui fait une ville avec ses administrations, ses locaux professionnels, essentiellement des bureaux, ses espaces commerciaux, ainsi que des complexes de loisir. Pour relier tous ces différents lieux de vie entre eux, 140 km de passerelles couvertes sont prévus, parmi lesquels des ascenseurs verticaux tels que nous les connaissons, mais aussi d’autres qui se déplaceront en diagonale entre les immeubles proches des différents étages, tous ceux qui ont un souvenir du théorème de Pythagore savent que la diagonale est plus courte que l’addition des côtés de l’angle droit, des trottoirs roulants rapides pour relier les bâtiments d’un même étage et des installations sur la structure même de la pyramide qui pourront accueillir des transports en commun ou des cabines individuelles automatiques pour parcourir plusieurs étages en perdant le moins de temps possible. Tous ces moyens de locomotion fonctionneront à l’électricité, il n’y aura donc pas de pollution due aux gaz d’échappement, la qualité de l’air devrait s’en trouver améliorée.

L’énergie nécessaire à son fonctionnement est un autre problème qu’il faut résoudre dans ce genre de structure. Elle a été pensée avec l’objectif d’assurer au maximum son autosuffisance. Pour cela, elle devrait être dotée de plusieurs moyens de production novateurs. Outre les éoliennes, la pyramide située en mer pourrait aussi bénéficier de la récupération de l’énergie des vagues. Plusieurs dispositifs qui vont dans ce sens ont été étudiés, dont le Searev de l’école centrale de Nantes, le Pelamis mis au point par une société écossaise a même fait l’objet d’une tentative d’exploitation commerciale en 2008 mais il n’a fonctionné que deux mois avant de tomber en panne. Pelamis Wave Power espère que ces problèmes techniques seront résolus avec Pelamis 2. Les hydroliennes sont une autre voie pour récupérer l’énergie des océans, elles utilisent quant à elles les courants marins à la façon des éoliennes.

En plus de ces procédés, il devrait être possible de produire de l’électricité en épurant les eaux usées par la même occasion, et ce grâce aux bactéries (voir aussi La production d’électricité à partir d’eaux usées n’a plus de limite – futura-sciences.com le 5 mars 2012- et Une pile microbienne à plantes pour l’électricité de demain ? -futura-sciences.com le 27 novembre 2012). Lorsqu’elles dégradent de la matière organique, des sucres, des lipides ou de l’alcool, les bactéries telles qu’Escherichia Coli produisent des électrons dont elles doivent se débarrasser. Ordinairement elles les transmettent à l’oxygène de l’air qui va réagir avec de l’hydrogène pour donner de l’eau. Toute l’astuce consiste à obliger les électrons à passer dans un circuit pour rejoindre l’oxygène, soit à délocaliser la réaction comme le fait la chlorophylle avec les électrons arrachés par la lumière. Pour cela, il suffit que le milieu de culture des bactéries ne contienne pas d’oxygène mais qu’il se trouve dans un autre compartiment relié par un fil électrique. Le voyage des électrons entre les deux compartiments produit le courant. La difficulté consiste à concevoir l’électrode à laquelle les bactéries doivent transmettre les électrons qu’elles produisent qui doit avoir une grande surface (une anode fractale serait éventuellement une solution) et qui a tendance à s’encrasser rapidement lorsqu’elle est uniquement composée de métal, il faut la recouvrir d’un polymère. En 2003, Uwe Schröder de l’université de Greiswald a ainsi réussi à produire un courant de 1,5mA/cm2 alors que la performance se limitait auparavant à quelques microampères.

Le dernier défi que se doit de relever la Pyramide de Shimizu est celui de la production des aliments pour nourrir ses habitants. Une partie du problème pourrait être réglé par des fermes verticales dans lesquelles seraient cultivées des céréales ainsi que des fruits et des légumes. On pourrait encore y pratiquer l’élevage de porcs, de volailles et de poissons qui seraient nourris avec les végétaux produits sur place, voire avec des protéines issues d’élevages d’insectes qu’ils auront moins de réticence à ingérer que les humains. Leurs déjections pourraient être reconverties en engrais pour fertiliser les plantations ou alors venir alimenter les piles à bactéries qui ont été évoquées plus haut. L’avantage du système est qu’il réduit à la fois la consommation d’énergie nécessaire au transport et au stockage des produits frais. Par contre le risque de pandémie est élevé dans cet environnement clos, mais il l’est aussi dans les élevages intensifs ainsi que pour les cultures hydroponiques qui se font sous serre ou les champs où se pratique la monoculture. C’est pourquoi il faudra contrôler sévèrement tout ce qui y entrera et bien séparer chaque activité. En complément, chacun pourrait avoir chez soi un potager domestique composé de plantes, d’algues et de poissons, alimenté par nos propres déchets organiques, comme se propose de le faire l’unité de « home farming » présentée par Philips en 2009.

Si les villes, qui abritent aujourd’hui déjà plus de la moitié de le population mondiale, parvenaient par ces moyens à assurer leur autosuffisance alimentaire, cela permettrait de relâcher la pression exercée sur le milieu naturel et aux paysans de pratiquer une agriculture qui viserait à produire de la qualité plutôt que de la quantité, comme ce fut le cas pour les viticulteurs qui ont dû se tourner vers la production de vins plus sophistiqués au fur et à mesure que la consommation diminuait. Leurs revenus s’en sont trouvés améliorés. L’autre intérêt est stratégique, en cas de conflit, il deviendrait plus difficile d’affamer la population comme cela s’est par exemple passé pour Leningrad lors de la seconde guerre mondiale.

Récemment, Shimizu a présenté un autre projet futuriste: Green Float.

Publicités

Fondation

L’établissement d’une colonie humaine sur une autre planète devrait s’inspirer du mécanisme qui préside à la croissance d’une fourmilière (ou à une plante de se développer à partir d’une graine), les humains prenant le rôle du champignon nourricier ou des pucerons, les robots celui des fourmis. Ou, pour revenir à un modèle qui ne donne pas l’impression que nous allons servir de nourriture aux infâmes machines, que les robots se chargent d’élaborer un corps accueillant pour nous abriter d’un environnement hostile comme nous le faisons pour les bactéries que nous hébergeons. (dans le même genre d’interdépendance, je pense depuis longtemps que les céréales nous exploitent pour que nous éliminions la concurrence, ce qui assure leur prospérité. Le plus intelligent n’est pas forcément celui qu’on croit, le génome du riz est beaucoup plus riche que celui de l’Homme). La relation que nous entretiendrons avec eux reposera essentiellement sur l’échange d’informations, comme ce fut le cas pour Deep Space-1 lors de la panne de son système de navigation et de sa reprogrammation en cours de mission. Il s’agit d’implanter profondément en eux les lois de la robotique édictées par Isaac Asimov dans « Les Robots »:

1- Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger.

2- Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la Première Loi.

3-Un robot doit protéger son existence dans la mesure ou cette protection n’entre pas en contradiction avec le Première ou la Deuxième Loi.

Il a ultérieurement ajouté une quatrième loi dans « Les Robots et l’Empire », intitulée Loi Zéro: Un robot ne peut ni nuire à l’humanité ni, restant passif, permettre que l’humanité souffre d’un mal.

 

 

On peut alors imaginer que des robots soient en charge de préparer l’arrivée des humains dans une colonie martienne. L’engin qui se poserait, que nous appellerons Eve, le vaisseau mère, la reine ou la graine, en fait une petite usine qui devra être capable de fabriquer tous les éléments pour construire des machines sur place, devrait contenir non pas un mais deux rovers, Abel et Caïn. Ils auraient pour mission de ramener les matières premières qui permettront l’évolution de la colonie. Dans un premier temps ils seraient chargés de récupérer tout ce que les hommes ont déjà envoyé sur la planète qu’ils seraient en mesure de transporter, les matériaux envoyés pour préparer leur mission, mais aussi les rovers et les composants électroniques des aterrisseurs ainsi que les panneaux solaires des missions précédentes, soit les Adams qui n’attendaient qu’Eve pour briser leur solitude en ce monde hostile et froid. Ils devront coopérer pour accomplir ce travail. Tout cela dans le but qu’Abel puisse tuer Caïn, ce qui ne veut pas dire qu’il devra l’éliminer, mais le modifier grâce aux éléments qu’ils auront rapporté pour le rendre plus fort, apte à ramener des objets plus gros qui lui permettront de modifier Abel à son tour.

 

Comme il n’y aura vraisemblablement plus d’éléments d’origine terrestre à leur portée, les modifications qu’Abel subira seront différentes de celles de son frère, à l’instar des premières feuilles d’une plantule qui ne sont qu’une ébauche de la forme définitive qu’elles prendront une fois le végétal parvenu à maturité. Abel devra alors être en mesure d’exploiter les matières premières à sa disposition sur la planète, du carbone qu’il devra transformer en nanotubes ou en graphène, ainsi que divers  métaux, afin de fournir à Eve les éléments qui lui permettront de lui fabriquer des petits frères identiques à lui-même. Elle commencera plus modestement par les outils qui font défaut à Caïn. Ce n’est qu’une fois arrivé à ce niveau de développement qu’Eve pourra commencer à grossir comme une reine termite. Et ce n’est que lorsqu’elle aura réussi à fournir toutes les pièces nécessaires à la fabrication d’un troisième robot ouvrier, assemblé par ses frères, que l’un des membres de la famille pourra commencer à se consacrer à la mission que nous lui auront confié: construire le nid douillet pour nous accueillir. Soit un abri pour nous protéger du froid, mais aussi mettre en culture les bactéries qui nous fournirons de l’oxygène à respirer et des protéines que nous pourrons manger.

 

Par la suite, lorsque la population de robots aura atteint un nombre suffisant, c’est à dire quand l’organisme pourra survivre à la perte d’une partie des individus sans mettre sa survie en danger tout comme un arbre peut être amputé d’une branche sans que sa croissance ne soit compromise, le mécanisme des mutations pourra entrer en jeu. Elles seront de deux types, l’un purement aléatoire due aux erreurs qu’Eve ne manquera pas de commettre mais qui persistera si elle s’avère efficace, si le robot ramène plus de matières premières, consomme moins d’énergie ou construit plus vite que ses congénères, et l’autre directement contrôlée par les humains qui seront capables d’imaginer des outils radicalement différents de ceux fabriqués. Eve sera incapable de faire la distinction entre ces deux modes.

 

Ce n’est évidemment pas pour demain, mais avec l’automatisation de plus en plus poussée de l’industrie, Martin Ford nous prédit la perte de 70% des emplois actuels dans « The lights in the tunnel » l’exploitation minière des astéroïdes qu’on nous promet et les progrès de l’intelligence artificielle, cela pourrait bien devenir un jour réalité. Lorsqu’on prolonge les courbes des progrès de la science et celle des progrès techniques, la seconde devrait dépasser la première dans les 30 à 50 prochaines années pour donner lieu à une singularité dont on ne peut pas prédire les conséquences. Elle pourrait bien prendre cette forme, l’avènement d’un organisme autonome qui nous abriterait en son sein, à la manière dont nous abritons la population de bactéries de nos intestins.

L’aube d’une ère nouvelle

Notre époque manque cruellement d’utopies, d’idées de ce que le monde devrait être et d’imagination pour envisager par quels moyens nous pourrions faire en sorte qu’il devienne réalité. Nous sommes tous devenus nostalgiques d’un fort lointain passé où chacun trouvait sa place en harmonie avec la nature.  Autrefois nous rêvions de recréer la douceur de vivre qui règnait du temps du paradis terrestre, aujourd’hui nous rêvons de revenir au temps béni où nous vivions dans des cavernes.

Ce blog aura pour objet d’essayer de concilier ces deux mythes, d’imaginer comment, grâce aux techniques modernes, nous pourrions peut être parvenir à réaliser concrètement la Grotte d’Eden.

Fini le temps où Céline nous vantait la virilité de New-York avec ses immeubles fièrement dressés, le moment est venu de passer à l’ère du Verseau sans attendre que les étoiles nous donnent leur avis. Je ne sais plus qui a dit que Paris avait perdu toute sa féminité avec le pénis qu’on lui a greffé lors de la construction de la Tour Eiffel. Rendons à nos villes cette part d’humanité.

Catégories :Société, Uncategorized Étiquettes :