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La révolte des Maccabées

Une période de troubles débute en Judée en 175 av JC avec la nomination de Jason au poste de Grand Prêtre à la place de son frère Onias III. Elle n’a pris fin qu’en 140 av JC, à l’avènement de la dynastie des Hasmonéens. Jason n’a pas obtenu sa charge avec l’assentiment de la communauté juive comme cela devait certainement se pratiquer depuis l’époque de la Grande Assemblée, il a directement manoeuvré auprès de son suzerain, Antiochos IV, pour que cela se fasse. A priori on pourrait penser qu’il n’a agi que par ambition personnelle, mais à sa décharge, son frère Onias avait mis la Judée dans une position très délicate après qu’il ait refusé de contribuer plus fortement au remboursement de la dette astronomique contractée après la défaite perse à Magnésie contre les troupes romaines. Onias était en effet soupçonné de détenir une grosse somme déposée dans les caisses du Temple par Hyrcan le Tobiade, un opposant favorable aux Lagides égyptiens. Il ne faut pas oublier que le refus de s’acquitter de l’impôt réclamé par la puissance dominante avait eu pour conséquence l’exil à Babylone quelques siècles auparavant. De plus, Héliodore, le ministre chargé du recouvrement, venait d’assassiner le roi Séleucos III, le frère d’Antiochos, juste à son retour de Judée et sa fortune faite. Cela ne pouvait qu’alimenter l’idée d’un complot entre Onias et Héliodore pour s’emparer du pouvoir. Le coup d’état s’étant soldé par un échec, l’intervention du nouveau souverain dans les affaires de la Judée devait sembler inévitable. Dans cette situation, Jason ne pouvait faire autrement que de prouver son allégeance au pouvoir séleucide perse. Aussi Jason et Onias, qui ne devait certainement pas se faire beaucoup d’illusions quant à son avenir politique, ont-ils peut être opté pour ce qu’ils pensaient être le moindre mal, à savoir l’éviction d’Onias, l’augmentation de la contribution de la Judée au remboursement de la dette et la transformation de Jérusalem en polis sur le modèle grec, ce qui devait lui garantir son autonomie.

Mais, comme la politique est un art qui a toujours été compliqué, Jason s’est attiré les foudres d’une partie de la population de Judée par ses décisions. D’une part, encore aujourd’hui personne n’aime voir ses impôts augmenter, d’autant plus s’il s’agit de financer l’étranger, il n’y a qu’à voir la réaction initiale des allemands lorsqu’il a fallu mettre en place le plan de sauvetage de la Grèce. Et d’autre part, l’hellénisation de Jérusalem, la construction d’un gymnase et d’un éphébéion, le lieu de formation des futurs citoyens de la polis, a eu l’heur de déplaire à la frange la plus radicale qui craignait de voir la culture juive se dissoudre dans le paganisme, certains ayant renoncé à la circoncision de leurs fils pour qu’ils n’aient pas à se fabriquer de prépuce pour fréquenter le gymnase, la porte d’accès à la citoyenneté. Toutefois, la majorité des judéens trouvait avantage à adopter les mœurs de la culture grecque qu’ils admiraient et à l’ouverture sur le monde qu’elle leur procurait, sans pour autant renier leur religion. La discorde est venue de la manière dont Jason est parvenu à son poste. Elle a réveillé les ambitions de quelques individus dont la naissance leur en interdisait jusqu’alors l’accès, de Ménélas en particulier. En 172 av JC, ce dernier intervient auprès d’Antiochos en lui promettant d’être un helléniste encore plus zélé que Jason et bien sûr de le rétribuer en échange de ses faveurs, ce qui lui vaut sa nomination immédiate. Il fait alors assassiner Onias. Il s’ensuit une guerre civile entre les factions de Ménélas et de Jason dont le peuple est la principale victime, comme toujours.

Des gens fuient la région. D’autres fomentent une révolte scandalisés par le fait que Lysimachus, le frère de Ménélas, ait volé des objets sacrés au Temple avec l’assentiment du Grand Prêtre. Lysimachus s’est fait lyncher par la foule en colère après avoir été démasqué et son frère a été traduit en justice devant Antiochos, mais il a réussi à se faire libérer moyennant finances. Ménélas en a alors été réduit à faire appel aux troupes perses pour tenter de rétablir l’ordre. Antiochos qui n’avait d’autre intérêt que de faire rentrer le maximum d’argent dans ses caisses ne s’intéressait guère aux affaires internes de la Judée, mais il commence à s’inquiéter des troubles qui l’agitent car il projette d’attaquer l’Egypte en 169 av JC; il ne peut donc pas se permettre de prendre le risque de voir ses lignes d’approvisionnement coupées par les rebelles juifs. (cette campagne a été couronnée de succès, mais Antiochos s’est mis Rome à dos. Le Sénat ne supportait pas de voir s’installer la volatilité des prix des marchandises agricoles dans son grenier à blé. Aussi dût-il rapidement se retirer sous la menace de la puissance romaine devenue dominante grâce à la supériorité de sa machine de guerre.) Malgré cela, Jason revient au poste de Grand Prêtre en 168 av JC. Frustré de voir son poulain Ménélas évincé et comme il ne comprenait rien à la situation, Antiochos a pris une décision classique lorsqu’il y avait du désordre dans une province sous domination des hellènes: abolir la loi locale et imposer la loi grecque. Mais dans ce cas cela revenait aussi à interdire toutes les pratiques religieuses du peuple hébreux, c’est à dire l’abattage rituel des animaux, la circoncision et même le Shabbat ainsi les fêtes. Il est allé jusqu’à piller le temple et le faire consacrer à Zeus. La population, jusqu’alors relativement passive, s’insurge contre le diktat grec et de nombreuses personnes n’hésitent pas à s’offrir au martyr en continuant à suivre les prescriptions de la Loi de la Torah.

En conséquence, Mattathias prend la tête de ce que nous connaissons comme la Révolte des Maccabées, du surnom donné à la famille de son organisateur. Ses troupes combattent à la fois tous les Juifs partisans de l’hellénisation et les armées perses; elles mènent avant tout une guérilla urbaine contre laquelle les armées classiques, qui ont l’habitude de se battre en formation en rase campagne, sont démunies. Les américains ont été récemment confrontés au même problème en Somalie, en Irak et en Afghanistan. Mattathias meurt en 166 av JC, son fils Judas Maccabée prend sa relève alors que les révoltés commencent à remporter des victoires à Beth Horon et à Emmaüs. En décembre 165 av JC, ils reprennent le Temple de Jérusalem et le rendent au culte de YHWH, ce qui est à l’origine de la fête de Hanoucca, célébrée pour la première fois l’année suivante. Les troupes perses continuent cependant à occuper la citadelle de la ville, elles empêchent que les Juifs hellénisants soient persécutés; elles ne la quitteront qu’en 141 av JC. En 164, Antiochos IV meurt à son tour, son fils âgé de neuf ans Antiochos V lui succède, ce qui attise à nouveau les querelles de succession et sème la discorde chez les Séleucides. Le régent, Lysias, ouvre alors des négociations avec Judas qui a réussi de son côté à obtenir le soutien diplomatique des Romains; il obtient l’abrogation du décret qui interdisait les lois juives mais les combats ne cessent pas pour autant en Judée. En 161 av JC, Judas est tué à la bataille d’Elasa, son frère Jonathan le remplace; il s’emploie à renforcer ses liens avec les Romains pour contrer le général Bacchidès qui avait repris Beth Horon et Emmaüs et mis en place Alcide, un hellénisant modéré, comme Grand Prêtre depuis 162 av JC.

Pendant ce temps, Démétrios Ier, fils de Séleucos IV, est revenu de Rome où il était détenu en otage, ce qui avait permis à son oncle Antiochos IV de monter sur le trône à sa place, et il fait assassiner le jeune Antiochos V pour pouvoir régner. Il ne parvient pas plus que ses prédécesseurs à faire cesser les troubles en Judée jusqu’en 152 av JC. Jonathan profite alors de la déliquescence à la tête de l’état séleucide pour se faire nommer Grand Prêtre, poste laissé vacant depuis la mort d’Alcime en 159 av JC. Démétrios doit en effet faire face à Alexandre Ier Balas qui prétend être le fils d’Antiochos IV. Ce dernier est l’instrument du pouvoir lagide égyptien qui profite de la situation pour prendre l’avantage sur son ennemi séleucide. Dans un premier temps, Démétrios a passé un accord avec Jonathan qui lui permet de retourner à Jérusalem et d’avoir une armée, mais Jonathan se retourne contre Démétrios après que le pharaon Ptolémée VI lui ait fait une offre encore plus avantageuse. Démétrios Ier est tué par la coalition formée par l’Egypte en 150 av JC, mais Jonathan est fait prisonnier puis assassiné par Diodote Tryphon, un général d’Alexandre Ier Balas, sous prétexte d’avoir refusé de payer l’impôt; son frère Simon prend sa suite. Alexandre Ier Balas tombe rapidement en disgrâce auprès des égyptiens qui soutiennent dorénavant Démétrios II, le fils de Démétrios Ier. La Judée peut alors être considérée comme un état indépendant dirigé par Simon, le premier représentant de la dynastie hasmonéenne, bien qu’elle ne sera effective qu’en 140 av JC avec la nomination de Simon au poste de Grand Prêtre, stratège et ethnarque à titre héréditaire. Elle se perpétuera jusqu’en 40 av JC après être elle aussi tombée dans le travers grec des querelles de succession. Les revendications autour de l’héritage de De Gaulle et Mitterrand ne laissent rien présager de bon.


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L’Histoire du Moyen-Orient: une tragédie grecque qui prend racine dans l’Antiquité

La tolérance religieuse voulue par la dynastie perse des achéménides a continué sous le règne des Grecs Séleucides puis des Parthes. Elle a pris fin avec l’avènement des Sassanides (de 224 ap JC jusqu’à l’invasion arabe de 651) qui se sont employés à unifier le clergé alors que le zoroastrisme était officiellement devenu religion d’état. Les juifs, chrétiens, manichéens et autres membres de religions dissidentes ont par conséquent été persécutés par le pouvoir en place sous leur autorité. Toutes les religions sans exception sont passées par des phases d’intolérance à l’encontre des autres croyances, particulièrement lorsque le pouvoir politique se trouve en état de faiblesse, comme c’est le cas en ce moment. (pouvoir fort ne veut pas dire autoritaire mais qui sait assurer le développement de toutes les régions qu’il contrôle lorsque le pays est prospère et qui sait redistribuer équitablement les ressources pour permettre à chacun de survivre en période de pénurie. Le pouvoir ne devient autoritaire que lorsqu’il est en état de faiblesse.)

                                                                                                                                                      Mais la tolérance est encore de mise lorsqu’Alexandre le Grand envahit le pays en 330 av JC alors qu’il pensait rencontrer un peuple qu’il croyait barbare suite à l’incendie d’Athènes ordonné par Xerxès Ier un siècle et demi auparavant. C’est pourquoi il a trouvé une forme de théocratie en Judée, la pays suivait à ce moment les règles édictées par les sages de la Grande Assemblée, le pouvoir s’étant retrouvé dans les mains des Grands Prêtre après l’extinction de la lignée du roi David. Ces deux civilisations vont avoir une grande influence l’une sur l’autre.

                                                                                                                                                    D’une part beaucoup de Grecs ont été séduits par le monothéisme hébraïque qui correspond mieux aux enseignements de Platon ou d’Aristote que le polythéisme et en retour beaucoup de Juifs ont accueilli très favorablement les progrès intellectuels de la philosophie grecque qui a elle même puisé son inspiration dans le zoroastrisme perse. L’échange a été particulièrement fructueux au sein de la diaspora qui se trouvait en Egypte ou à Babylone, ce qui a donné naissance au courant du judaïsme hellénistique. En revanche il a été nettement moins bien perçu en Judée encore très attachée au Temple de Jérusalem, surtout depuis qu’Ezra, de retour de son exil à Babylone en 458 av JC, a constaté que nombre de ses coreligionnaires avaient épousé des femmes païennes et les a incité à s’en séparer dans une stricte application de la loi mosaïque. Par conséquent les Grecs attirés par le judaïsme, les craignant-Dieu, ont éprouvé de grandes difficultés pour se convertir bien qu’ils aient bénéficié d’une traduction de la Torah dans leur langue commandée par le Pharaon grec Ptolémée II (283-246 av JC) connue sous le nom de Septante. Malgré cela, la circoncision restait le principal obstacle à leur intégration.

                                                                                                                                                          Les Septante porte ce nom car Ptolémée II aurait confié le soin de traduire la Torah de Moïse à 72 anciens, 6 de chacune des 12 tribus d’Israël, qui auraient tous employé exactement les mêmes mots au résultat grâce à l’inspiration divine. C’est rigoureusement impossible une traduction étant toujours une trahison, cela laisse plutôt entrevoir une volonté du souverain d’être reconnu comme tel par les immigrés juifs qui ne parlaient plus hébreu depuis belle lurette. (Suivant l’exemple de Cyrus II, le roi Perse, et dans la continuité de la politique d’Alexandre le Grand qui avait honoré les Dieux égyptiens pour renforcer son aura de libérateur du joug perse, son père, Ptolémée Ier avait quant à lui cherché à se faire accepté du peuple en restituant les objets sacrés volés dans les temples et emmenés à Babylone par Xerxès Ier lors de sa campagne de 484 av JC. Il avait aussi fait célébrer sa fête-Sed, son jubilé à la mode égyptienne; et confié à un prêtre égyptien, Manéthon, le soin d’écrire en grec l’histoire de l’Egypte en trente volumes qui recense tous les Pharaons par ordre chronologique. Cet ouvrage a plus été conçu pour correspondre à des cycles qui reflètent un ordre divin que par souci d’objectivité historique.)

                                                                                                                                                           La cohabitation entre Grecs, Lagides d’Egypte ou Séleucides de Perse, et Juifs, de la diaspora ou de Judée, se passait donc harmonieusement; jusqu’à ce que les Romains viennent semer le trouble dans la région. En effet, c’est à cette époque que Jérusalem est passée du stade de modeste village de montagne à celui de grande ville prospère grâce à l’artisanat et au commerce, que la Judée a connu son réel essor économique alors qu’elle avait été plus ou moins négligée sous la domination des Achéménides au profit des plaines côtières aux mains des Phéniciens. Mais depuis la mort d’Alexandre le Grand aucun des diadoques en charge d’administrer une partie des vastes territoires conquis ne peut prétendre à imposer son autorité sur tout l’empire. Les côtes entre le nord de l’Egypte et le sud de la Turquie qui commandent l’accès au commerce en Méditerranée sont par conséquent devenues un enjeu capital pour les deux dynasties grecques qui se disputent le contrôle de la région au cours des six guerres de Syrie qui s’étalent sur plus d’un siècle à partir de 274 av-JC. Ces conflits incessants vont contribuer à leur affaiblissement.

                                                                                                                                                           La Perse des Séleucides en a été particulièrement affectée sous le règne de Séleucos II (246-226 av JC). Il succède à son père Antiochos II, assassiné par sa mère Laodicé Ière qui a été répudiée, mais sa légitimité est contestée dans une grande partie du territoire qui lui préfère le fils de la seconde femme d’Antiochos, Bérénice Syra, sœur du Lagide Ptolémée III. Ils sont tous deux rapidement assassinés par ordre de Laodicé. Son fils reste alors l’unique héritier, mais cela provoque l’intervention du Pharaon qui déclenche la troisième guerre de Syrie. Elle se conclut en 241 av JC par un traité qui fait perdre de nombreux territoires aux Perses à l’ouest. Dans le même temps, Séleucos perd le contrôle de l’Anatolie au profit de son frère Antiochos Hiérax et il voit plusieurs régions de l’est faire sécession, telle la Bactriane et la Parthie; il tente de les recouvrer sans succès et meurt en 226 av JC après une chute de cheval. Nous avons là tous les ingrédients d’une véritable tragédie grecque. Avec la personnalisation du pouvoir à outrance, nos partis politiques subissent encore aujourd’hui les mêmes mécanismes lorsqu’aucun leader ne sait imposer son autorité, les assassinats en moins. Nos élites devraient pourtant être assez informées pour ne pas tomber dans ce piège.

                                                                                                                                          Antiochos III, second fils de Séleucos II, arrive au pouvoir en 223 av JC après la mort de son frère Séleucos III qui s’est montré tout aussi impuissant à rétablir l’intégrité de l’empire. Malgré quelques déboires, Antiochos III s’en est beaucoup mieux tiré, il a récupéré la Bactriane et la Parthie ainsi que l’Arménie, il rétablit son pouvoir en Anatolie et malgré sa défaite lors de la quatrième guerre de Syrie (221-217 av JC) face à Ptolémée IV, il dispose à nouveau d’un port dans la région. Il profite des troubles dont l’Egypte est à son tour victime, le nationalisme égyptien s’est réveillé suite à la victoire à laquelle ils ont participé et la Haute-Egypte a pris son indépendance (nous avons eu le même problème en France suite à la libération du territoire national à l’aide des troupes venues d’Afrique du Nord lors de la seconde guerre mondiale), puis de la mort de Ptolémée IV et du conflit qui s’ensuit à l’occasion de sa succession en 204 av JC pour déclencher la cinquième guerre de Syrie (202-195 av JC). Il y gagne toute la Cœlé-Syrie qui comprend la Judée où les Juifs l’ont aidé à conquérir la citadelle de Jérusalem (il rendra ces territoires a Ptolémée V lorsque celui-ci épousera sa fille Cléopâtre Ière en 193 av JC). En revanche, il a eu beaucoup moins de succès lorsqu’il s’est retrouvé confronté aux troupes romaines. Il intervient en Grèce continentale en 192 av JC suite à la défaite de son allié Philippe V de Macédoine en 196 av JC, mais il ne reçoit guère de soutien, aussi est-il battu aux Thermopyles en 191 av JC par les armées du consul Manius Acilius Glabrio et du tribun Marcus Porcius Cato et il doit se retirer en Asie, dans l’actuelle Turquie, où il subit une défaite écrasante à Magnésie face aux troupes de Scipion l’Asiatique en 189 av JC. La phalange grecque est alors totalement dépassée par la puissance de l’armée romaine. Il est donc obligé de signer la paix d’Apamée en 188 av JC; il y perd une grande partie de l’Anatolie ainsi que la quasi totalité de sa flotte et tous ses éléphants de guerre. De plus, il est contraint de livrer un tribut exorbitant de 12 000 talents d’argent, soit une bonne trentaine de tonnes payables en 12 annuités. Son second fils, le futur Antiochos IV, est alors pris en otage à Rome comme garantie du remboursement de la dette.

                                                                                                                                          Antiochos III est tué en 187 av JC alors qu’il tente de piller le trésor du temple de Belus à Elymaïs dans le but de s’acquitter de sa créance d’après l’historien grec Strabon. Son fils aîné, Séleucos IV lui succède. Tout son règne est marqué par ses difficultés à satisfaire les exigences financières romaines, tant et si bien qu’il est contraint d’envoyer son jeune fils Démétrios comme otage à Rome en remplacement de son frère Antiochos en 176/175 av JC. Il charge alors son ministre Héliodore de se rendre à Jérusalem pour prendre possession des réserves d’argent détenues au sein même du Temple par le Grand Prêtre Onias III, unique détenteur du pouvoir en Judée. Cette intervention n’arrive pas par hasard, mais après la dénonciation d’Onias par Simon le Benjamite aux représentants locaux du pouvoir séleucide; il s’était vu refuser une charge importante par le Grand Prêtre. Il avait alors affirmé qu’Onias avait reçu en dépôt des fonds du pro-lagides Hyrcan le Tobiade. A son retour auprès de Séleucos IV, Héliodore prétend ne rien avoir obtenu du Gardien du Temple de Jérusalem. Cependant Héliodore dispose d’assez d’argent pour tenter de suborner une partie de l’armée et il assassine Séleucos dans l’espoir de se faire nommer à sa place, ce qui laisse à supposer qu’il a conclu un accord secret avec Onias III. Mais sa tentative de putsch échoue et Antiochos IV prend le pouvoir, ce qui pose à nouveau un problème de légitimité, la couronne aurait dû revenir à Démétrios Ier otage à Rome. Antiochos élimine à son tour Héliodore. Dans le même temps, Onias accompagné de son frère Jason avait quant à lui décidé de se rendre à Antioche pour donner au roi sa version des faits. Au lieu de soutenir son frère, Jason va jouer sa carte personnelle pour prouver son attachement au souverain séleucide. En l’échange de sa nomination à la charge de Grand Prêtre, il propose Antiochos de transformer Jérusalem sur le modèle grec de la polis, de la cité-Etat autonome, mais surtout, il lui promet d’augmenter sa contribution financière au remboursement de la dette. Cet argument ne peut que convaincre Antiochos d’accepter la proposition. La Judée va alors sombrer dans la guerre civile…

De l’apport génétique du zoroastrisme aux mutations religieuses de l’antiquité

Contrairement au judaïsme de l’époque achéménide où le temple de Jérusalem jouait un rôle essentiel, le religion Perse n’avait besoin ni de lieu de culte, ni d’autel ou d’image pour être pratiquée, aussi a-t-elle laissé très peu d’éléments archéologiques qui permettent de l’appréhender. Il n’est pas impossible que le culte ait été pratiqué en plein air, dans des jardins, les paridaida d’où nous viennent le mot « paradis ». Les écrits ont quant à eux été en grande partie détruits lors de l’invasion par Alexandre le Grand dans un premier temps au IV ème siècle av JC, bien qu’il ait pris soin de faire traduire beaucoup d’ouvrages avant d’incendier les bibliothèques, puis par les Arabes avec l’arrivée de l’Islam au VII ème siècle. De nombreux philosophes Grecs tels Platon, Aristote ou Pythagore ont ainsi été influencés par la pensée zoroastrienne, de même que les Arabes qui reconnaissent les zoroastriens comme Gens du livre; les fêtes zoroastriennes sont encore célébrées de nos jours en Iran même par les musulmans. Les chrétiens ont eux aussi récupéré les fêtes païennes préexistantes en leur donnant une autre signification, est-ce un hasard si la naissance de Jésus correspond au solstice d’hiver, au retour de la lumière qui annonce les beaux jours à venir?, si le carême a lieu au moment de la soudure, période à laquelle les réserves de nourriture sont presque épuisées avant les nouvelles récoltes?, ou si Pâques arrive avec la naissance des agneaux signe de l’abondance retrouvée? La Renaissance européenne, qui a à la fois redécouvert les penseurs de l’antiquité et bénéficié des connaissances des Arabes (comme le zéro par exemple qui a donné le mot chiffre, de l’arabe sifr, bien qu’il ait été découvert par les Indiens), par l’intermédiaire des Juifs chassés d’Espagne par Isabelle la Catholique, s’est donc elle aussi appuyée sur la pensée zoroastrienne. Si l’Europe était un arbre qui n’avait que des racines chrétiennes, il serait tombé au premier coup de vent; elles sont bien plus nombreuses et profondes qu’ « on » voudrait nous le faire croire et « on » le sait bien.

                                                                                                                                     Zarathoustra aurait tout d’abord été un prêtre du mazdeïsme, mais il a vite rompu avec les rituels de cette religion. Il n’appréciait particulièrement pas les sacrifices de taureaux auxquels il fallait se livrer pour honorer les dieux. Il conserve cependant le culte du feu, l’incarnation terrestre de la puissance du Soleil, ce qui rappelle étrangement le culte d’Aton voulu par Akhénaton. Pour le Zoroastre (au delà du personnage historique, on peut l’envisager comme un état de conscience, au même titre que le Bouddha est celui qui a atteint l’Eveil) un seul dieu prédomine tous les autres qui ne jouent plus q’un rôle secondaire. C’est Ahura Mazda, qui a donné naissance à deux principes opposés, Spenta Mainyu, l’Esprit sain ou le bon choix et Angra Mainyu, esprit incréé, le mauvais choix. (dans le zervanisme, Ahura Mazda, fils de Zurvan, le temps, dieu primordial qui a pendant longtemps pratiqué le sacrifice d’animaux pour avoir une descendance sans aucun résultat, est le Spenta Mainyu, mais il a un frère jumeau né avant lui, Ahriman, l’Angra Mainyu qui n’a pas été reconnu par son père. Ahriman étant arrivé le premier, il put dominer le monde. Ahura Mazda doit lutter contre lui pour que son règne vienne. Dans cette doctrine, les femmes sont dotées d’une nature mauvaise, l’épouse de Zurvan, Khashizagh ayant d’abord engendré le Mal, bien que selon d’autres Zurvan ait mis tout seul ses fils au monde comme Zeus pouvait le faire.)

                                                                                                                                                           Ce sont ces deux principes opposés qui influencent toutes nos actions, nous devons donc choisir en exerçant le libre arbitre dont nous a doté Ahura Mazda. Il faut bien sûr tendre vers le Spenta Mainyu car on ne récolte que ce que l’on sème. Cet aspect ressemble comme deux gouttes d’eau à la notion de karma enseignée par Bouddha, il se nomme fravahr. Zarathoustra qui serait né quelque part dans les montagnes du nord de l’actuel Afghanistan et Siddharta Gautama qui aurait vu le jour sur les hauteurs du Népal ont d’ailleurs « vécu »à peu près à la même période s’ils ont existé, entre 1000 et 400 av JC. Aussi ne peut-on pas savoir lequel a inspiré l’autre. Leurs histoires sont plus vraisemblablement le résultat d’un échange entre ces deux cultures, de même que le mazdéisme et l’hindouisme ont de forts liens de parenté. Le commerce entre les deux régions remonte à la nuit des temps, et même s’il a varié en fonction de leur prospérité (il a pratiquement cessé 1900 ans av JC suite à la chute de la civilisation de l’Indus qui est peut être due à un tremblement de terre qui a détourné le cours du fleuve), les marchands ont dû colporter les nouvelles de l’autre bout du monde en les adaptant au public local, comme cela se fait dans la tradition orale, à la manière des histoires racontées par Sinbad le marin dans les 1001 nuits. Avec Marco Polo, la route de la soie reprendra ce rôle de voie d’échange qui a alimenté la Renaissance autant sur le plan commercial que culturel.

                                                                                                                                                    Outre le monothéisme, le zoroastrisme met en avant les 4 éléments, l’eau, l’air, la terre et le feu, et il incite au respect de la nature, ce qui se traduit par l’interdiction des sacrifices, un autre point commun avec le bouddhisme. (les premiers autels chrétiens trouvés en Turquie témoignent de leur reconversion, ils ont encore la rigole qui permettait l’écoulement du sang.) Il reconnaît aussi les femmes à l’égal de l’homme, tout comme Akhénaton avait donné un pouvoir d’intercession avec Aton à Néfertiti. Il me semble donc que les progrès accomplis à cette époque trouvent leur inspiration dans les cultures passées, tout comme ce fut le cas pour la Renaissance européenne. Avec le culte du respect de la nature et de celui des femmes qui était en vigueur avec les vénus paléolithiques, le zoroastrisme renoue avec les traditions ancestrales des chasseurs/cueilleurs d’avant l’invention de l’agriculture pour les remettre au goût du jour.

                                                                                                                                                         Les contraintes auxquelles nous avons à faire face actuellement remettent cette démarche d’actualité. Non seulement le droit des femmes a-t-il légitimement évolué après qu’elles aient joué un rôle déterminant pendant la première guerre mondiale (je ne sais plus qui a dit que la guerre aurait été perdue si les femmes s’étaient mises en grève ne serait-ce que deux heures. Ce qui n’a pas empêché qu’elles soient à nouveau très vite renvoyées à leur rôle de pondeuses/éleveuses d’enfants par la politique nataliste qui visait à remplacer le million et demi de soldats français tombés au front), mais le problème climatique et l’épuisement des ressources énergétiques font penser à un contexte similaire à celui qu’a dû connaître Zarathoustra. Aujourd’hui on oppose le charbon et le pétrole, sources d’énergie noires extraites des profondeurs infernales de la terre qui favorisent l’Angra Mainyu à la lumière de l’héolien fourni par l’air, celle du photovoltaïque produite par le feu solaire, celle de l’hydroélectricité que nous donne l’eau et celle de la géothermie du sol qui sont, elles, des formes d’énergie respectueuses de la nature et favorisent l’avènement du règne du Spenta Mainyu.

                                                                                                                                                    Alors qu’Akhénaton avait subi un échec cuisant 7 siècles auparavant avec la tentative d’imposer le culte du Dieu unique Aton qui n’a pas survécu au-delà de son règne, les Perses vont peu à peu adopter ce mode de pensée novateur. Ils n’ont pas commis les mêmes erreurs que le Pharaon égyptien. Akhénaton voulait essentiellement reprendre le pouvoir sur le clergé qui accaparait une grande partie des richesses de l’Egypte au détriment des instances politiques. Les nombreuses offrandes faites aux temples étaient alors une forme d’impôt qui faisait des prêtres les principaux acteurs de la vie économique du pays. Comme ils empêchaient ses desseins de se réaliser, le Pharaon a décidé d’autorité d’abolir le culte de tous les autres dieux autres qu’Aton, l’incarnation du Soleil. Ce faisant, il s’est non seulement mis à dos les responsables religieux qui y ont perdu tous leurs revenus, mais aussi le peuple a vu disparaître ses plus gros employeurs alors qu’il bénéficiait par cet intermédiaire de la redistribution des richesses qu’il produisait. La population est donc devenue très réticente à payer l’impôt destiné aux dépenses somptuaires du Roi, telle la construction du sanctuaire dédié à Aton à Karnak et celle de la nouvelle capitale à Amarna au détriment de Thèbes. Cela a suffi à rendre Akhénaton et sa réforme très impopulaires. De plus, l’introduction du culte d’état du Dieu unique risquait de menacer l’unité de l’empire par un autre aspect purement théologique, elle privait l’Egypte de la mythologie de sa fondation sous l’égide des puissances divines, comme si les Grecs avaient subitement renoncé à enseigner l’Illiade et l’Odyssée ou les Indiens au Mahâbârata. Aton seul avait créé le monde mais on ne savait plus comment on en était arrivé là. Ce n’est pas pour rien ou par pur mysticisme qu’il y a écrit « in God we trust » sur le dollar américain. L’argent n’a aucune valeur en soi, pour qu’il vale quelque chose, il faut être sûr qu’il sera échangé partout où l’on va contre une quantité de marchandises à peu près équivalente à l’endroit d’où l’on vient, tout dépend de la confiance qu’on lui accorde. (les problèmes que l’Euro connait en ce moment sont dus à la disparité des capacités de production des différents pays qui le composent et les doutes quant à la solidarité des plus riches pour compenser le volume de marchandises nécessaires au remboursement de la dette des plus pauvres. Il risque fort de se scinder en deux, l’un pour le nord solide économiquement et l’autre pour le sud moins industrialisé, plutôt que de retourner aux monnaies nationales.) Les américains n’ayant pas forcément confiance dans la pérennité de l’état fédéral dans le temps et l’espace, un Dieu intemporel et omniprésent est la meilleure garantie que leur argent ne perdra pas subitement toute sa valeur selon le lieu où ils résident. Avec sa nouvelle foi, Akhénaton a mis à mal cette confiance qui unissait la haute et la basse Egypte.

                                                                                                                                                         Les Achéménides perses (556-330 av JC) ont procédé différemment, ils n’ont pas essayé d’imposer leur religion aux peuples conquis. Cyrus II a aussi bien ordonné la reconstruction du temple de Jérusalem que le rétablissement du culte de Mardouk à Babylone. Ils se posaient en protecteurs des traditions locales tout en laissant une assez grande indépendance politique aux satrapies, les gouvernements des provinces auxquels ils demandaient avant tout de payer l’impôt pour subvenir aux besoins de la cour et d’agrandir l’empire le cas échéant. Leur souci principal était de bâtir une entité économiquement puissante. Pour cela ils ont fait construire de nombreuses routes qui étaient alors mises sous la protection de l’armée, mais aussi fini de remettre en état le canal de Suez à la suite du pharaon Nékao II. Les Achéménides étaient donc particulièrement tolérants du point de vue de la religion, il n’y a d’ailleurs que peu d’informations relatives à celle qu’ils pratiquaient eux-mêmes. L’historien grec Hérodote écrit au 5ème siècle av-JC:«  les Perses n’ont pas d’images de Dieu, pas de temples ni d’autels, et considèrent leur utilisation comme une folie. » On ne sait que le Grand Roi était placé à la tête de l’empire par Ahura Mazda, le dieu du ciel, dans le but d’accomplir sa volonté, vraisemblablement reconstituer le paradis originel sur terre. Ils semblent avoir pratiqué un syncrétisme qui réunissait à la fois certains principes du zoroastrisme comme le dualisme entre le bien et le mal et la notion de « fravahr », mais mêlé aux pratiques et à l’adoration des dieux anciens tels la déesse Anahita (Ishtar pour les Assyriens, les Babyloniens et les Sumériens, Aphrodite pour les Grecs et Vénus pour les Romains) ou son fils Mithra, le dieu solaire, comme le prouve la perpétuation des sacrifices contraires aux enseignements de Zarathoustra.

L’exil à Babylone

L’exil à Babylone a joué un rôle très important dans l’avènement de la religion du livre. A cette époque, il était assez courant que le vainqueur force une partie de la classe dirigeante du parti adverse à le suivre dans sa capitale de manière à soumettre le territoire conquis à son autorité et à s’assurer de sa loyauté au lieu de les massacrer purement et simplement. Thoutmôsis III avait déjà employé ce procédé en 1457 av JC avec les enfants et les femmes du roi de Qadesh après qu’il eût pris Megiddo au terme d’un siège qui dura 7 mois. Il aurait pu remporter la victoire bien plus vite si ses troupes ne s’étaient pas livrées au pillage du camp de leurs ennemis au lieu de les poursuivre afin de les empêcher de se retrancher dans la forteresse. Il décida donc d’être clément avec le roi de Qadesh qui l’implorait de laisser la vie sauve à ses proches en le laissant en place et en emmenant sa famille à Thèbes, à la fois comme otages, mais aussi pour que ses héritiers soient éduqués à l’égyptienne avant d’être renvoyés chez eux.

 

Cet épisode est peut être en rapport avec la légende de Moïse, bien que celle-ci soit datée du règne de Ramsès II 200 ans plus tard. Mais ce dernier ayant lui aussi livré bataille à Qadesh, la confusion reste possible. L’adoption de Moïse par la famille de Pharaon pourrait quant à elle faire référence à la domination des Hyksos, venus de Canaan, sur le delta du Nil. Ils ont fondé les XV ème et XVI ème dynasties qui ont régné sur la basse et moyenne Egypte entre 1674 et 1548 av JC. Il ne faut pas oublier que l’Histoire était alors transmise de façon orale uniquement, il n’était pas rare que des évènements finissent par être confondus en un seul au fil des transmissions successives, comme c’est également le cas pour notre mémoire avec les évènements de notre vie. Nombre des souvenirs que nous croyons fidèles à la réalité sont tout bonnement inventés pour économiser la place qu’ils prennent dans notre mémoire, ils sont compressés comme dans un vulgaire disque dur et ils finissent par se chevaucher.

 

Lorsque viendra le temps des croisades 2500 ans plus tard, l’Eglise catholique procèdera à l’inverse en envoyant les hommes vers des destinations lointaines, ce qui lui permettait d’une part de s’occuper de l’éducation des enfants restés au pays et d’asseoir son autorité sur l’organisation de la vie publique à long terme, et d’autre part de s’enrichir en s’emparant des biens qu’elle gérait en leur absence, les possessions des nobles qui ne revenaient pas de Terre Sainte tombaient alors de facto dans son escarcelle. Cela lui permit d’entreprendre la construction de nombreuses cathédrales, Thoutmôsis quant à lui avait fait agrandir le temple de Karnak pour commémorer ses victoires et affirmer sa puissance.

 

En 597 av JC, Nabuchodonosor II, roi de Babylone, prend Jérusalem après l’avoir assiégée en réponse au roi de Juda, Joaqim, qui refusait de lui payer le tribut qu’il réclamait. La ville et le temple sont pillés et le roi Joachin, fils de Joaqim décédé en cours d’année, ainsi qu’une partie des élites sont obligés de quitter Jérusalem pour Babylone. Nabuchodonosor II place alors sur le trône le frère de Joaqim, Sédécias, mais ce dernier ne se montre pas beaucoup plus coopératif que son aîné. Aussi dix ans plus tard le roi de Babylone fait-il complètement raser la ville en représailles et fait exécuter Sédécias et sa famille, entraînant de facto la fin du royaume de Juda. S’ensuit une nouvelle vague de déportation des notables. Selon la Bible il y en aura encore une troisième 5 ans après cet épisode. Toutes les élites politiques, religieuses et économiques se trouvent par conséquent regroupées à Babylone. Les paysans ne sont pas concernés, contrairement à ce qu’il s’est passé pour le royaume d’Israël lors de sa conquête par les Assyriens en 722 av JC. Là, les populations avaient été déplacées pour être remplacées par d’autres venues d’ailleurs. Ils deviendront les samaritains qui ne seront pas reconnus comme Juifs authentiques par les judéens lorsque ceux-ci reviendront de leur exil mésopotamien (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui pour l’état d’Israël).

 

En effet, loin de sa terre natale et de ses temples, le culte de YHWH a évolué. Sans royaume à administrer ni rituel à accomplir, les exilés se sont repliés sur leur religion pour conserver leur identité. Le même principe est encore à l’œuvre de nos jours lorsqu’on ne renvoie leur image aux immigrés que par leur religion. On invente d’abord le Conseil Français du Culte Musulman, puis quelques années plus tard on trouve urgent qu’ait lieu un débat sur la laïcité. Les arabes qui vivent en France n’ont pas choisi tout seuls de parler de leurs racines par ce biais.

Des archives montrent que la classe dirigeante prisonnière du palais de Nabuchodonosor recevait de quoi subvenir à ses besoins, mais il n’y a guère que les artisans et les marchands qui pouvaient continuer à exercer leurs activités en ville. Les élites ont donc dû trouver un moyen de maintenir leur influence sur la communauté, elles ont adapté le dogme aux conditions dans lesquelles elles se trouvaient. La rédaction du Pentateuque qui comprend la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome aurait été largement revisitée à cette période pour aboutir deux siècles plus tard à la version que nous connaissons de nos jours. La première préoccupation était d’établir la présence de YHWH au sein même du melting pot polythéiste de Babylone. Pour ce faire Il a dû quitter la montagne sur laquelle Il avait élu domicile d’où il pouvait veiller sur son peuple pour s’élever jusqu’au ciel. En témoigne le lieu où Moïse à vu s’inscrire dans la roche les Tables de la Loi, Son pouvoir est alors devenu transportable dans une boîte, l’Arche d’Alliance, qu’il ne valait mieux pas ouvrir sous peine d’être foudroyé comme le premier alpiniste venu. La présence divine n’était dès lors plus reliée à un endroit précis, mais elle se trouvait partout où le texte se trouvait. Ainsi naquit la religion du Livre. Elle sera formalisée ultérieurement par la Grande Assemblée qui s’est tenue entre 410 et 310 av JC à Jérusalem.

 

La fin de la captivité des Judéens arrive en 538 av JC, après que le roi Perse Cyrus II ait pris Babylone. Il ordonne que le temple de Jérusalem soit reconstruit ainsi qu’il rétablit le culte de Mardouk à Babylone, ce qui démontre son ouverture d’esprit et sa volonté de laisser la liberté de culte aux peuples vaincus. Aussi les exilés qui ont refait leur vie à Babylone ne sont-ils pas pressés de retourner en Judée, désormais province Perse qui prend le nom de Yehoud Medinata, contrairement à ce que prétend la Bible. Cette région anéantie par les babyloniens reste encore pauvre, essentiellement tournée vers l’agriculture, et Jérusalem n’est alors guère plus qu’un village de montagne sans grande influence. Cyrus ne voit pas d’intérêt à ce qu’elle se développe, elle ne lui sert que de grenier destiné à alimenter ses ambitions de conquête de l’Egypte, il préfère favoriser le développement du commerce maritime dévolu aux Phéniciens qui peuplent la plaine côtière. La Judée ne prendra une importance stratégique qu’après la perte de l’Egypte au cours de IV ème siècle av JC, de nombreuses forteresses y seront construites de manière à sécuriser la frontière, le pouvoir achéménide y sera alors beaucoup plus présent, ce qui a certainement réveillé le sentiment nationaliste parmi les habitants juifs. Pendant ce laps de temps, l’empire Perse a adopté un culte proche du zoroastrisme comme religion.

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Premiers pas vers le monothéisme

Pour certains archéologues comme Jacques Cauvin ou Ian Hodder, le passage d’une société de chasseurs/cueilleurs à la sédentarité organisée autour de l’agriculture s’explique avant tout par un bouleversement culturel et non par une évolution de la technique. Cette approche met en exergue l’aspect subjectif des recherches au lieu de s’attacher uniquement aux preuves matérielles (démarche à laquelle je ne puis que souscrire, le manque d’informations concernant la préhistoire et l’antiquité laisse forcément place à une interprétation personnelle de l’histoire. Le problème est le même avec la surabondance de témoignages de notre époque, il n’y a qu’à voir le volume délirant de documents à propos de l’assassinat de J.F Kennedy ou le 11 septembre 2001 pour être convaincu qu’il est impossible de prétendre à une vérité absolue. La fiction est alors le meilleur moyen pour se faire une idée, James Ellroy avec sa trilogie « Underworld USA » ou Don DeLillo avec « Libra » ont fait un travail remarquable en ce qui concerne les enjeux des années 1960; nous n’avons pas encore assez de recul pour 2001. Le Moyen Age est la période la plus facile à étudier, il y avait assez de supports d’écriture pour garder tous les documents important, mais pas suffisamment pour vouloir conserver les faits insignifiants.) Comme je l’ai dit dans « la domestication: un processus d’apprivoisement mutuel », les humains savaient depuis belle lurette qu’il faut semer une graine pour obtenir une nouvelle plante ou bouturer un arbre pour avoir des fruits identiques, mais cela n’était pas au centre de leur conception du monde comme en témoignent les peintures rupestres qui représentent essentiellement des scènes de chasse où les animaux tiennent la vedette. Leur affirmation se base sur la découverte de statuettes féminines qui précèdent les premières traces d’agriculture de plusieurs siècles. Elles sont les premiers témoignages connus de la cuisson de l’argile bien avant que cette technique ne serve à fabriquer des objets utilitaires. La statue de la « déesse mère » de Çatal Höyük, en Anatolie, dans l’actuelle Turquie, en est un exemple. Les représentations de « vénus paléolithiques » existaient déjà depuis des dizaines de milliers d’années, mais elles semblent devenir l’objet d’un culte exclusif lors de la transition vers le néolithique. Elles sont accompagnées par une représentation masculine incarnée par des crânes d’aurochs ou bucranes.

 

Cette approche ne manque pas d’intérêt, mais elle ne fait qu’entretenir un débat stérile qui ressemble à celui entre l’inné et l’acquis alors que ce ne sont que les deux faces d’une seule et même dynamique, celle de l’information. De plus, cela laisse croire que le passage du culte des forces naturelles au profit de celui de l’esprit humain qui se doit de se les approprier pourrait être dû à une certaine forme de révélation divine faite à une seule personne qui se serait répandue par la suite grâce à sa supériorité manifeste. C’est d’autant plus étonnant que le mouvement « post-processualiste » ne cache pas qu’il trouve son inspiration dans les travaux des anthropologues marxistes français pour qui la religion représente « l’opium du peuple » (ou alors cela ne l’est pas car cela confirme que le marxisme est un succédané de religion en plus d’être une théorie économique). Revenons donc sur la genèse des saintes écritures à l’origine des monothéismes pour constater qu’elles n’ont pas été révélées d’un seul coup mais qu’elles ont évolué au fil du temps en fonction des circonstances, le mécanisme qui a présidé au passage de l’animisme au polythéisme doit être relativement similaire à celui qui a conduit du polythéisme au monothéisme, seuls les humains étant restés les mêmes entre ces deux époques. Nous sommes encore les mêmes aujourd’hui car depuis la révolution néolithique nous n’avons plus besoin d’évoluer pour nous adapter au changements du monde, c’est nous qui le changeons pour qu’il s’adapte à nous. Avec la révolution industrielle nous avons peut être poussé le bouchon un peu trop loin, aussi devrons nous le laisser vivre sa vie indépendamment en nous isolant dans des structures telles que la pyramide de Shimizu ou les Lilypads si nous voulons continuer à aller de l’avant et non retourner à l’âge de pierre.

 

La première tentative d’instaurer un monothéisme remonte à 1350 ans av-JC avec le culte d’Aton voulu par Aménophis IV, qui se fera alors appeler Akhénaton, en Egypte, à la suite des réformes entreprises par son père Aménophis III pour s’affranchir de la tutelle des prêtres de Thèbes. Aton a alors été placé au dessus des autres Dieux, il suffisait de trouver sous le soleil pour pratiquer son culte, il n’y avait plus besoin de rendre au temple et de faire des offrandes pour lui demander ses faveurs. Ce qui n’empêchera pas Akhénaton de dépenser des fortunes pour ériger de nouveaux temples dans le but d’imposer le nouveau culte d’état et même de déplacer la capitale pour affirmer sa puissance. Toutes ces réformes finiront par le rendre très impopulaire. Cela n’a pas duré bien longtemps, moins de vingt ans, les prêtres n’étant pas prêts à abandonner leurs pouvoirs d’intercession avec les différents Dieux, et les richesses qui vont de pair, au profit du seul Pharaon, et de sa femme, en l’occurrence Néfertiti, une autre nouveauté. (l’art égyptien de cette époque est lui aussi atypique, la courte période amarnienne se caractérise par une grande volonté de réalisme alors que l’art traditionnel représente toujours les personnages d’une manière idéalisée). Les cathares ont eu le même genre de problèmes lorsqu’ils ont voulu s’affranchir du pouvoir de l’Eglise et du Pape, il faudra attendre la Réforme pour voir émerger une organisation décentralisée de la religion chrétienne avec le succès qu’on lui connaît, surtout en matière de colonisation.

 

Si cette nouvelle religion n’a pas rencontré le succès escompté en Egypte, elle a pu inspirer les tribus israélites, la première mention d’Israël datant d’une centaine d’années après le règne d’Aménophis IV sur la stèle de Mérenptah qui fait état de sa victoire sur les peuples du pays de Canaan aux alentours de 1200 av JC. Israël désignait alors plutôt un ensemble de tribus nomades plus qu’un lieu géographique. Il n’était alors pas rare qu’elles migrent vers la fertilité du delta du Nil lorsque la famine sévissait au pays de Canaan. Ce n’est qu’à cette époque qu’on retrouve les premières traces de sédentarisation de ces groupes sur les hautes terres de Cisjordanie, lors de leurs installations précédentes ils avaient toujours fini par reprendre un mode de vie nomade, certainement à cause des variations climatiques. Ils n’adoraient pas encore tous le même Dieu, ils pratiquaient le culte de Dieux cananéens tel que Baal, mais aussi celui de Dieux locaux rattachés à des éléments du paysage comme une rivière ou une montagne. Par contre, ils avaient déjà en commun de ne pas consommer de viande de porc, contrairement aux Philistins qui peuplaient alors les basses terres de la côte. Cette coutume indique une volonté de leur part de se distinguer du reste de la population cananéenne qu’ils jugeaient certainement corrompue par le commerce auquel elle se livrait avec l’occupant égyptien. Le culte de l’une de ces divinités locales, YHWH soit Yahvé pour les chrétiens, va prendre de l’ampleur au fur et au mesure que les cités états cananéennes vont péricliter. Il semble que cette nouvelle religion ait été adoptée par deux modestes royaumes aux alentours de 900 av JC, Israël et Juda, mais aucune donnée archéologique ne vient confirmer leur unification sous l’égide du roi David, pas plus qu’il n’a été retrouvé de vestiges de constructions qui pourraient être attribuées sans conteste à son fils Salomon. L’adoption du même alphabet un siècle plus tard témoigne toutefois du rapprochement entre les deux communautés. Il faut attendre 700 av JC pour que Jérusalem devienne un centre important dans la région.

 

Les enjeux politiques actuels rendent difficile l’étude de cette période. De nombreux faux qui se voulaient de confirmer les récits bibliques ont été produits, ils ont pendant un temps trompé les meilleurs experts mondiaux avant que la supercherie ne soit découverte. « Les marchands d’histoire » est un documentaire qui vient en faire la démonstration.

 

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Le livre de Marek Halter, « Les mystères de Jérusalem », est aussi très utile pour comprendre que la recherche à ce sujet est sous l’influence de plusieurs parties aux intérêts divergents. Pour couper court à toute polémique, il est absurde de chercher une quelconque légitimité à l’état d’Israël dans une occupation antique du territoire ou de vouloir démontrer que le peuple juif n’est pas à l’origine du monothéisme pour le discréditer. Il est tout aussi absurde de chercher l’origine de la France dans la résistance de Vercingétorix aux troupes romaines et de se voir comme descendant direct des gaulois ou même de s’imaginer successeur de ceux qui ont bouté l’anglois hors de France avec Jeanne d’Arc. L’unité actuelle de la France remonte au mieux à la « patrie en danger » de 1792, mais plus sûrement encore aux combats dans les tranchées de 1914-1918 auxquels ont participé ensemble les appelés venus de toutes les régions de l’hexagone. Le coq gaulois descend en ligne directe des dinosaures mais il est vain de chercher l’explication de son comportement dans celui des « terribles lézards ».

Israël tient sa légitimité incontestable de sa victoire militaire face aux troupes arabes coalisées en 1948 à laquelle personne ne croyait. Sa constitution guerrière est similaire à celle de la plupart des états dans le monde (par exemple les Francs qui ont donné leur nom à la France sont à l’origine des peuples germaniques qui ont conquis une partie du territoire de la Gaule alors sous le contrôle de Rome). Cela ne justifie pas pour autant sa politique de colonisation ultérieure, condamnée par les institutions mondiales. La survie à long terme de l’état d’Israël est loin d’être garantie, cette région à la jonction des continents européen, asiatique et africain est en proie à l’instabilité depuis des milliers d’années, elle à tour à tour été occupée par les peuples de la mer ou Phéniciens qui donneront les Cananéens, les Egyptiens, les Hébreux, les Assyriens, les Perses, les Grecs, les Romains, les Byzantins, les Arabes, Les Croisés, les Ottomans et les Britanniques. Tous les grands empires sont passés sur le corps de cette pauvre terre, Israël n’en est pas responsable. Si cet état arrivait à stabiliser la région durablement, ce serait un grand progrès pour l’humanité toute entière. Cela ne se fera que grâce au dialogue et non par la violence, ce qui restera extrêmement compliqué tant que les pays arabes voisins verront en Israël la source de tous leurs maux car pour dialoguer il faut être deux. Le printemps arabe que nous vivons leur ouvrira peut être les yeux. En attendant, le peuple palestinien souffre terriblement de cette situation inextricable.

 

Le judaïsme ne prendra sa forme définitive que lorsqu’il sera devenu la première religion du Livre, certains de ses chapitres les plus importants seront écrits après la victoire de Nabuchodonor II sur le royaume de Juda vers 600 av JC, pendant l’exil à Babylone. Là, les israélites rencontreront d’autres pionniers du monothéisme qui ont pu avoir vent de l’expérience égyptienne, les disciples de Zarathoustra… (suite au prochain article)