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Les débuts de l’ère chrétienne : sous Néron, guerre en Arménie

Claude meurt à son tour, probablement assassiné, en 54. Néron, son fils adoptif, lui succède, non sans avoir éliminé Britannicus, le fils naturel de Claude alors âgé de quatorze ans. A ce moment, l’Arménie est à nouveau l’objet de tensions entre les Parthes et Rome. Cela commence en 51, lorsque le roi d’Ibérie, Pharsman Ier lâche son frère Mithridate et que son fils Rhadamiste s’empare du trône d’Arménie après avoir assassiné son oncle dont il a épousé la fille, Zénobie. Le procurateur de Cappadoce, Julius Paelignus, envahit aussitôt l’Arménie, mais il finit par reconnaître la légitimité de Rhadamiste qui l’a certainement acheté. Le gouverneur de Syrie réagit en envoyant à son tour une légion s’occuper du cas de Rhadamiste, mais il la rappelle aussi sec pour ne pas provoquer les Parthes qui estiment qu’ils ont eux aussi leur mot à dire. Leur nouveau roi, Vologèse Ier, s’empare des deux plus grandes villes d’Arménie, Artaxate et Tigranocerte, et installe son frère Tiridate sur le trône. Néron charge Gnaeus Domitius Corbulo de régler le contentieux. Ce dernier envisage tout d’abord une solution diplomatique. Conjointement avec le gouverneur de Syrie, il envoie des ambassades qui demandent des otages à Vologèse en signe de bonne volonté et de dialogue. Mais Vologèse doit bientôt retirer ses troupes pour s’occuper de la révolte menée par son fils Vardanès et les envoyés romains sont faits prisonniers. Le roi soupçonne sans doute Rome de soutenir son fils rebelle. Le vide laissé permet à Rhadamiste de revenir. Il entreprend de punir les membres de la noblesse qui ont coopéré avec les Parthes, ce qui provoque une révolte. Rhadamiste sauve sa vie en prenant la fuite. En chemin pour l’Ibérie, Zénobie, enceinte et épuisée, lui demande de mettre un terme à ses souffrances. Il s’exécute et jette son corps dans l’Araxe. Mais elle n’est pas morte. Recueillie par des bergers, elle est livrée à Tiridate à qui les nobles arméniens ont remis la couronne. Elle est traitée avec tous les égards dus à son rang.

Nous sommes alors en 55. La situation n’évolue plus jusqu’en 58. Corbulo met se temps de répit à profit pour aguerrir ses troupes ; il licencie les soldats trop vieux ou trop ramollis par la douceur de vivre orientale, et oblige le reste à passer l’hiver à passer sous la tente pour les préparer aux rigueurs du plateau arménien. Il partage ces conditions de vie spartiates avec ses hommes. Parallèlement à ces préparatifs militaires, il demande à Tiridate de se rendre à Rome pour être reconnu par l’empereur. Le Parthe refuse, sûr du soutien de son frère, mais il accepte par contre de livrer des otages. La tension s’accroît lorsqu’il lance des opérations contre les nobles arméniens partisans de Rome. Le conflit ouvert devient inévitable. Il s’engage mal pour Corbulo. L’un de ses lieutenants prend l’initiative de lancer un raid à la frontière avec ses troupes composées d’auxiliaires inexpérimentés qui sont mis en déroute et sèment la panique dans les rangs romains dans leur retraite. Corbulo punit sévèrement les responsables du fiasco, puis lance une offensive de grande ampleur sur plusieurs fronts avec ses trois légions et l’appui des rois alliés de la région pour contraindre Tiridate à engager la bataille rangée qu’il souhaitait à tout prix éviter. Sachant Vologèse trop occupé par la sédition de Sanabarès sur sa frontière est, Tiridate joue à son tour la carte diplomatique. Il envoie des ambassadeurs qui demandent à Corbulo de rencontrer leur roi pour qu’il s’explique sur les raisons de l’agression romaine alors que des otages ont été livrés. Rendez-vous est pris. Les deux protagonistes doivent s’y rendre accompagnés de mille soldats seulement, mais Corbulo doute de la loyauté de Tiridate, aussi amène t-il avec lui une légion et demie. Lorsqu’il aperçoit ces troupes dix fois plus nombreuses que prévu, rangées en ordre de bataille, Tiridate stoppe et rebrousse chemin à la faveur de la nuit, puis lance des raids pour tenter de couper l’approvisionnement romain ; sans succès.

Corbulo décide quant à lui de s’en prendre aux forteresses pour démontrer aux populations locales que les Parthes sont incapables de les protéger. Il obtient assez facilement quelques victoires qui provoquent la reddition de plusieurs villes et villages. Il marche ensuite sur Artaxate. Là, Tiridate ne peut plus éviter l’affrontement direct. Il ne risque cependant pas de voir son armée entièrement anéantie dans une bataille en ligne, mais se contente de harceler la formation romaine avec sa cavalerie qui lance de brefs assauts avant de feindre la fuite dans l’espoir de provoquer une poursuite qui isolerait une partie des légionnaires et créerait une brèche dans le dispositif adverse. Le stratagème ne prend pas, les Romains ne rompent pas les rangs. La nuit tombant, les assaillants établissent leur campement sur place. Tiridate renonce. Il part discrètement avec son armée avant l’aube. Artaxate se rend, ses habitants sont évacués, puis la ville est réduite en cendres, les effectifs de Corbulo ne lui permettant pas de laisser une garnison suffisante pour la défendre.

L’année suivante, Corbulo marche sur l’autre capitale arménienne, Tigranocerte. En chemin, les soldats souffrent du manque d’eau de ces contrées arides, puis, une fois en vue de l’objectif, un complot de nobles locaux visant à tuer Corbulo est découvert. La tête de l’un d’entre eux est catapultée par dessus les murs de la ville en guise d’avertissement pour ceux qui sont mêlés à l’affaire. L’effet est radical : Tigranocerte capitule aussitôt sans livrer combat. Pendant ce temps, une tentative d’incursion de Vologèse est bloquée à la frontière. Désormais, les Romains sont maîtres du pays. Ils nomment roi Tigrane VI, un arrière petit-fils d’Hérode le Grand. Corbulo rentre en Syrie, province dont il vient d’être nommé gouverneur en récompense pour sa victoire, ne laissant en Arménie que 1000 légionnaires, 3000 auxiliaires et autant de cavaliers.

Les choses auraient pu en rester là, mais en 61, Tigrane envahit l’Adiabène, certainement pas sans l’aval de Rome, mais tout aussi certainement sans celui de Corbulo. Vologèse ne peut demeurer sans réaction. Il chasse Tigrane d’Adiabène, puis pénètre en Arménie. Corbulo est contraint d’intervenir, mais il craint que les Parthes attaquent la Syrie. Aussi n’envoie t-il que deux de ses légions au secours de Tigrane, tandis que les trois autres dont il dispose sont chargées de renforcer les défenses sur l’Euphrate. Parallèlement, il demande à Rome de nommer un gouverneur en Cappadoce et de le charger du problème arménien. Les troupes parthes poursuivent quant à elles Tigrane qui se retranche dans Tigranocerte où se trouvent les soldats romains. Les Parthes ne parviennent pas à prendre la ville. Corbulo leur enjoint de quitter les lieux, faute de quoi ses légions viendront les déloger. En échange du retour dans leur pays, il s’engage à ce que ses soldats reviennent en Syrie et à reconnaître Tiridate comme légitime souverain. L’accord entre Corbulo et Vologèse est conclu, mais Rome ne s’en satisfait pas. Néron répond aux attentes de Corbulo, nomme Lucius Caesennius Paetus légat de Cappadoce et le charge de ramener l’Arménie aux Romains. La guerre reprend en 62.

Corbulo donne la moitié de ses six légions à Paetus, dont une fraîchement arrivée. Il garde pour lui les trois meilleures. Paetus se positionne d’entrée en rival de Corbulo dont il dit : »qu’il n’avait ni tué d’ennemis ni enlevé de butin ; que les villes qu’il avait forcées se réduisaient à de vains noms ; qu’il saurait, lui, imposer aux vaincus des lois, des tributs, et, au lieu d’un fantôme de roi, la domination romaine. » (Tacite, « Annales », XV §6). Il pénètre en Arménie avec deux légions et quelques éléments de la nouvelle, pendant que Corbulo continue à renforcer la frontière sur l’Euphrate avec la construction d’une flottille armée de catapultes et de scorpions dont la portée est supérieure à celle des archers parthes, puis d’un pont qui lui permet de prendre pied sur la rive gauche et d’empêcher l’ennemi d’approcher. Les Parthes renoncent à leur projet d’invasion de la Syrie et redirigent toutes leurs forces vers l’Arménie. Aussi quand Paetus revient après avoir commis quelques ravages, se retrouve t-il encerclé par un force considérable dans Rhandeia. Non seulement n’est-il pas à l’abri des flèches parthes dans cette ville insuffisamment fortifiée, mais il ne peut également pas tenter de sortie à cause de la présence de nombreux cataphractaires, unités de cavalerie lourde dont hommes et montures étaient recouverts de cottes de maille. Averti de la situation délicate dans laquelle se trouve son collègue, Corbulo ne se presse pas pour venir à son secours, tant et si bien qu’il est soupçonné de retarder intentionnellement son départ. Peut être souhaite t-il réellement la défaite de son arrogant confrère, mais il a aussi sûrement en tête le désastre de la bataille de Carrhes au siècle précédent. Plus rien n’empêcherait les Parthes de s’emparer de la Syrie si cela devait se reproduire. Il franchit donc l’Euphrate avec une légion et demie, récupère en route les soldats de Paetus qui ont réussi à s’échapper du piège, mais ne parvient pas à Rhandeia avant que Paetus ait été contraint de capituler pour éviter l’anéantissement total de ses légions, de signer le traité qui laisse l’Arménie aux Parthes et de faire un triomphe à Vologèse. Les deux chefs romains se retrouvent à Melitene où il s’accusent mutuellement d’être responsable de l’humiliation subie. Corbulo refuse de relancer la campagne arguant de ce qu’il n’en a pas reçu mandat et que l’armée n’est de toute façon pas en état de poursuivre les hostilités.

Paetus s’abstient cependant d’informer Rome de l’ampleur du désastre. Le Sénat n’en prend conscience qu’au printemps de l’année suivante (63), lorsque la délégation parthe arrive à Rome pour lui présenter ses revendications. Paetus est aussitôt démis de ses fonctions. Le commandement de l’armée revient à Corbulo, assorti d’un impérium exceptionnel qui le place au-dessus de tous les légats romains et rois alliés de la région. Il regroupe toutes ces forces du côté de Melitene puis passe en Arménie où il entreprend de soumettre tous les notables locaux pro-parthes. Vologèse ne souhaite pas l’affronter. Il préfère organiser des pourparlers de paix. Les deux partis se retrouvent à Rhandeia. A son arrivée au camp romain, Tiridate dépose sa couronne aux pieds d’une statue de Néron et dit qu’il n’acceptera de la reprendre que des mains de l’empereur en personne, comme les Romains le lui demandaient depuis le début. Il accepte donc de devenir le vassal de Rome. Une garnison romaine s’établira de plus de façon permanente en Sophène, en échange de quoi les Romains participeront à la reconstruction d’Artaxate qui sera d’ailleurs rebaptisée Néronia. Les termes de ce traité permettent aux Parthes et aux Romains d’entretenir de très bonnes relations pendant cinquante ans. Tiridate effectuera le voyage à Rome en 66. Ce nouvel équilibre permettra aux Romains de convertir les royaumes clients d’orient (Pont, Colchide, Commagène, Cilicie et Arménie mineure) en provinces sans qu’ils n’aient à craindre que les nationalistes trouvent du soutien chez les Parthes.

Cette guerre qu’il a mené avec grande intelligence confère à Corbulo un prestige équivalent à ceux de Lucullus ou de Pompée, surtout auprès de l’armée, ce qui en faisait un rival potentiel pour Néron. Sa plus jeune fille, Domitia Longina, épousera d’ailleurs le futur empereur Domitien en 71. Néron ne peut que l’honorer dans un premier temps, mais il l’écarte de la région lors du début de la révolte en Judée en 66 pour le nommer en Grèce où il contraint Corbulo au suicide sous l’accusation d’avoir trempé dans la conjuration de Pison. Peut être faut-il voir là l’origine de la relative prise de distance de l’armée vis à vis de l’empereur. En effet, du long contact des soldats avec la culture orientale, un nouveau culte va émerger puis se répandre au sein des armées, celui de Mithra, alors qu’on s’attendrait plutôt qu’elles soient avant tout adeptes de celui de l’empereur. Bien qu’il s’inscrive dans un cadre résolument polythéiste, ce culte revêt pourtant certaines des caractéristiques du monothéisme.

Les débuts de l’ère chrétienne : Sous Néron, Boadicée, incendie de Rome

Pendant que Corbulo est aux prises avec les Parthes en Orient, d’autres événements se déroulent en (Grande-)Bretagne où la conquête se poursuit. Elle est calquée sur celle de la Gaule par Jules César. Deux faits marquants ont lieu aux alentours de l’année 60, sous la gouvernance de Caius Suetonius Paulinus. Il commence par se rendre sur l’île de Mona (Anglesey), au nord-ouest de l’actuel Pays de Galles, connue pour être un sanctuaire pour les druides, mais aussi une base arrière pour les rebelles celtes. Il se montre impitoyable. Toute la population est massacrée, femmes et enfants compris.

Au même moment, l’insurrection gagne le côté nord-est de la (Grande-)Bretagne. Une femme, la reine Boadicée (ou Boadicéa, Boudicca) est à sa tête. Elle fait partie de la tribu des Iceni. Le roi, Antedios, avait pourtant fait alliance avec Rome dès l’arrivée des légions en 43, politique poursuivie par son successeur Prasutagos, mari de Boadicée. Un accord tacite prévoyait que son territoire devait revenir aux Romains à la mort de ce dernier. Cela se produit en 59-60. Il lègue en effet ses terres à l’empire, mais pas toutes, il en octroie une partie à sa femme. Le procurateur Catus Decianus en est fort contrarié. Aussi augmente t-il les impôts, saisi arbitrairement les biens des gens, ainsi qu’il exige qu’une partie de la population lui soit livrée pour travailler dans les mines à l’état d’esclaves. S’en est trop pour Boadicée qui refuse catégoriquement de s’exécuter, annule le testament de son mari et déclare caducs tous les traités passés avec Rome. Catus Decianus se rend sur place avec ses soldats, fait flageller Boadicée en place publique pendant que ses deux filles sont violées. Ces exactions insupportables poussent le peuple à la révolte. Boadicée le mène à la guerre.

La reine commence par rallier à sa cause les Trinovantes, les Catuvellauni, les Dobunni et les Atrebates, puis elle se lance dans un périple sanglant où les civils Romains sont exterminés de manière abominable. Elle réduit en cendres la colonie de Camulodunum (Colchester), fait le même sort à Verulamium (St Albans), puis à Londinium. Plus de dix mille Romains trouvent la mort au cours de ces événements. Néron ordonne à Paulinus d’intervenir d’urgence et de lui ramener la reine barbare morte ou vive. Il part avec deux légions. La bataille à lieu dans la plaine de Mancetter, toute l’armée de Boadicée périt au combat. Elle même blessée, elle est faite prisonnière et meurt peu après, soit de maladie, soit elle se suicide en absorbant du poison. Peut être une de ses filles a-t-elle survécu. Quoi qu’il en soit, Boadicée devient le symbole de la résistance à l’envahisseur, à l’image de ce qu’est Vercingétorix en France.

Tant que nous y sommes, ne pourrait-on pas imaginer que cette reine guerrière ait pu servir de modèle à la construction d’un autre personnage célèbre de l’histoire de France : Jeanne d’Arc. En effet, on sait que les Annales de Tacite, où Boadicée est mentionnée, étaient connus à cette époque. Le passage où il mentionne Christ a même été « découvert » (peut être ajouté à ce moment ou par les Romains lors de l’adoption du christianisme) précisément en 1429 par Poggio Bracciolini. Il se pourrait donc que les Anglais aient récemment appris l’existence de cette reine rebelle qui a perpétré un massacre de grande ampleur et que les Français aient jugé opportun de faire courir le bruit que leur armée était menée par une femme pour semer la terreur dans les rangs ennemis. Les Français auraient alors pu judicieusement superposer l’image de la guerrière rebelle à celle de la vierge Marie pour lui donner en plus une caution divine, et voilà Jeanne d’Arc. Ce n’est encore une fois qu’une hypothèse funky, qu’il m’est impossible de plus étayer et que je ne défendrai pas outre mesure.

Le 18 juillet 64, une catastrophe se produit : le grand incendie de Rome. Il fait rage pendant six jours, ne laissant que quatre quartiers intacts sur les quatorze que comptait la ville, trois ayant été réduits à néant. Lorsqu’il se déclenche, Néron est à Antium. Les incendies n’étaient pas rares à Rome, les rues étroites et les maisons accolées avec des étages en bois qui s’avançaient jusqu’à presque toucher leurs vis à vis favorisant leur propagation. Aussi, l’empereur tarde t-il à rentrer. Il n’aurait daigné se déplacer qu’à partir du moment où il aurait été informé que les flammes menaçaient son palais, nous dit Tacite (« Annales » livre XV, § 39). Il ne parvient toutefois pas à le sauver, mais il prend aussitôt des mesures pour aider la population désemparée en lui ouvrant le Champ de Mars, ainsi que ses propres jardins où il fait ériger des abris de fortune. Il ordonne de surcroît que le prix du blé soit réduit au minimum, trois sesterces le modus (40,1 litres). Mais comme toujours lors de ce genre d’événement traumatisant, il est vite accusé d’avoir lui-même organisé la destruction de la ville (tout comme le gouvernement américain est accusé d’avoir planifié le 11 septembre). Tacite relate que des gens, pillards ou agents de l’état, auraient empêché l’extinction du feu à son déclenchement, puis qu’il aurait été réactivé à partir de la maison de Tigellin alors que les travaux de sape étaient sur le point d’en venir à bout, et finalement que Néron aurait été vu en train de jouir du spectacle destructeur, qu’il aurait joué de la lyre en déclamant le poème sur la destruction de Troie vêtu de son habit de spectacle (d’ap. Suétone qui dresse de lui un portrait fort hostile, l’empereur n’ayant pour lui organiser le déblaiement des décombres uniquement pour s’approprier les biens des particuliers qui avaient été épargnés).

Ces soupçons n’ont pu être que renforcés par sa décision de s’approprier une grande partie des zones ravagées pour y construire un ensemble à la hauteur de sa mégalomanie, la Domus Aurea, composée d’un palais aussi vaste que somptueux (Vespasien le fera par la suite enterrer ; sa redécouverte au XVème siècle est à l’origine du mot « grotesque », en référence aux scènes qui ornaient ses murs), mais aussi de jardins gigantesques où se côtoyaient cultures, pâturages, vignobles et forêts, avec animaux domestiques et sauvages, plus des villages pour reconstituer un paysage de campagne, mais aussi un immense lac, et pour couronner le tout, une statue monumentale du maître de céans qui contemplait son ouvrage. A sa décharge, on peut dire que ces travaux somptuaires sont à l’origine d’un renouveau artistique et architectural, mais aussi qu’il opère une modernisation de Rome en imposant la construction de rues larges et droites pour favoriser la circulation, qu’il limite la hauteur des habitations qui devront dorénavant être bâties en pierre et non en bois, sans qu’elles n’aient de murs mitoyens, et enfin qu’elles soient dotées de cours intérieures et de galeries en façade pour abriter les piétons des intempéries ou du soleil, qu’il se propose de financer sur ses propres deniers. Des aqueducs doivent également desservir toutes les parties de la ville. Des mesures similaires seront prises après le grand incendie de Londres de 1666. Hausmann s’en inspirera pour sa modernisation de Paris qui devait empêcher la propagation des incendies, des épidémies, ainsi que des révoltes en permettant à la troupe de faire usage de ses canons.

Néron cherche bien entendu à se défaire de ces accusations. Il désigne ceux que Tacite appelle « chrétiens » comme coupables. Bien que les « Annales » disent explicitement qu’ils portaient ce nom en référence à « (…)Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus » (livre XV, § 44), ce nom ne désigne peut être pas ceux que nous pensons, mais un autre courant messianiste. La confusion vient peut être de Tacite lui-même, qui, lorsqu’il écrit ses Annales en 110, a pu avoir vaguement entendu parler du christianisme, mais n’a pas eu accès aux écrits qui le définissent, ceux-ci n’ayant commencé à circuler qu’une trentaine d’années plus tard avec l’arrivée de Marcion de Sinope à Rome. Au moment où il écrit, la transmission du christianisme ne se faisait que de manière orale. Il a donc pu penser que c’était la doctrine au nom de laquelle agissaient cette « (…) classe d’hommes détestés pour leurs abominations » (ibid.), sans vraiment la connaître. Une fois connue, l’amalgame avec le mouvement terroriste qu’il veut désigner a pu être entretenu par le pouvoir impérial ; un ennemi intérieur étant toujours politiquement utile pour détourner l’attention du pékin moyen des problèmes fondamentaux. Sinon, la mention de Christ et Pontius Pilatus a pu être ajoutée ultérieurement par les copistes romains du IVème siècle, après l’adoption du christianisme par Constantin, à la fois pour témoigner de la présence précoce de cette religion à Rome, ainsi que pour justifier de l’abandon du culte impérial par le martyr et les accusations injustes de l’empereur de l’époque. Finalement, c’est peut être Poggio Bracciolini lui-même, le découvreur du passage au XVème siècle qui l’a ajoutée, pour que des casse couilles dans mon genre ne viennent pas lui dire que le terme « chrétien » ne revêtait pas la même signification au Ier siècle.

Qui étaient alors ces hommes détestés pour leurs abominations, convaincus de haine pour le genre humains, coupables et qui eussent mérité les dernières rigueurs ? Il s’agit vraisemblablement de sicaires, qui tiennent leur nom de la sica, le poignard qu’ils utilisaient pour commettre des assassinats politiques en Judée. S’agissant ici d’un incendie, les caractériser par cette arme n’aurait pas eu de sens. Tacite emploie donc un terme plus générique qui fait sans doute référence aux juifs que Claude avait expulsé de Rome en 49 pour prosélytisme car il les soupçonnait de vouloir organiser un parti anti-impérial. Ce mouvement a certainement pris naissance après 44, au moment où l’espoir d’un retour à la souveraineté nationale s’est éloigné, quand les territoires d’Hérode Agrippa, qui avait réussi à reconstituer le royaume d’Hérode le Grand, ont été intégrés à la province romaine de Syrie au lieu de revenir au jeune Agrippa II. C’est alors qu’a dû germer l’idée de rassembler tous les peuples qui aspiraient à se libérer de la domination romaine, en premier lieu ceux des royaumes orientaux, les « Grecs », mais aussi peut être des Gaulois, des Bretons, des Ibères, des Maurétaniens et des Illyriens, voire des Romains qui en espéraient un enrichissement personnel. Ces gens issus de différentes cultures ont pu se retrouver autour du concept de dieu unique, par l’intermédiaire de philosophes grecs, comme Aristote et Platon, qui voyaient dans chaque dieu du panthéon l’émanation d’un seul et même principe. Pour qu’ils puissent y adhérer plus facilement, les règles du judaïsme, comme la circoncision et les interdits alimentaires, devaient être assouplies.

Leur dogme s’appuyait sur le fait qu’ils pensaient que le règne de ce dieu unique ne deviendrait possible qu’après le passage sur terre du Messie, le Christ qui signifie l’Oint en grec, qui ne viendrait lui-même qu’après que l’Apocalypse se soit produite. Ils se devaient donc de faire en sorte que cet événement, qu’ils assimilaient à la destruction du pouvoir romain, se produise aussi tôt que possible. Comme ils ne devaient pas être très nombreux, ils choisissent de commettre des actes terroristes pour y arriver. Ces attentats devaient soit inciter les peuples à une insurrection spontanée, soit les pousser à rejoindre les rangs nationalistes, suite à la répression que Rome ne manquerait pas d’exercer. Le terrorisme est encore basé sur la même théorie de nos jours. Dès lors, rien d’étonnant à ce que ces chrétiens qui voulaient hâter la venue du Messie, soient qualifiés d’hommes détestés pour leurs abominations, qu’ils aient été convaincus de haine pour le genre humain et reconnus comme coupables qui eussent mérité les dernières rigueurs. Pour les Romains de cette époque, chrétien était synonyme d’Al-Qaïda, et cela regroupait d’ailleurs des groupuscules d’origine aussi diverses, parfois opposés, sans réelle organisation centrale. Il n’est donc pas totalement exclu que ces extrémistes aient effectivement été responsables de l’incendie de Rome, bien que l’hypothèse accidentelle reste beaucoup plus probable.

Si rien n’atteste de la présence de sicaires à Rome en 64, ils sont en revanche actifs en Judée. Le premier meurtre retentissant qu’ils commettent remonte à 56, avec l’assassinat du Grand Prêtre Jonathan ben Hanan, peut être à l’instigation du procurateur de Judée, Antonius Felix, selon Flavius Josèphe (les Américains ont eux aussi financé les moudjahidin en Afghanistan pendant la guerre contre les Russes avant qu’ils ne se retournent contre eux sous le nom d’Al-Qaïda). Cela démontre deux choses. Premièrement que les motivations des sicaires ne sont pas uniquement politiques, mais qu’ils sont aussi intéressés par l’argent (comme certains groupes se réclamant d’Al-Qaïda), ce qui les distingue des zélotes, et deuxièmement que les Romains utilisent une fois de plus la stratégie de la division interne pour qu’ils puissent intervenir et imposer leur autorité, comme César l’a peut être fait avec Vercingétorix en Gaule. Les sicaires assassinent des Romains ou des Juifs qui s’accommodent de la présence de l’occupant. Ce climat d’insécurité pousse les grandes familles sacerdotales à s’entourer de milices pour assurer leur protection.

Nul doute que Néron fait référence à ces meurtres commis en Judée lorsqu’il accuse les chrétiens d’avoir incendié Rome. Il fait avouer leur croyance au Messie aux juifs qu’il arrête, puis tous ceux que ces gens dénoncent sous la torture. 300 personnes auraient ainsi été condamnées à mort. Néron fait un spectacle de leur supplice. Certains sont dévorés par des chiens, d’autres crucifiés, et d’autres encore enduits de poix puis brûlés vifs. La calamité qui s’est abattue sur la ville n’empêche toutefois pas Néron de s’amuser comme à son habitude. Il assiste aux jeux du cirque en se mêlant à la population sous un déguisement et participe aux courses de chars. Ce manque d’affliction manifeste provoque une vague de compassion pour les chrétiens qu’il fait martyriser, plus pour son propre plaisir que pour protéger la population d’après les sinistrés.

Les débuts de l’ère chrétienne : la grande révolte des juifs

En 66, la grande révolte des Juifs commence. Le contexte dans lequel elle se déclenche est assez compliqué. A la mort d’Hérode Agrippa en 48, son fils, Agrippa II, n’hérite pas des territoires de son père qui avait réussi à reconstituer le royaume d’Hérode le Grand. Ils sont intégrés à la province romaine de Syrie. Agrippa II reçoit quand même le petit royaume de Chalcis à la mort de son oncle l’année suivante, ainsi que la prérogative de nommer le Grand Prêtre du Temple de Jérusalem. Les nationalistes juifs qui voient la perspective d’un retour à la souveraineté s’éloigner se radicalisent. Ils forment alors un nouveau courant du judaïsme, les zélotes, qui attendent impatiemment la venue du Messie pour que justice leur soit rendue. Les tensions entre ces fondamentalistes et les païens, les « Grecs », s’accroissent et tournent à plusieurs reprises à l’affrontement en Judée, en Galilée et en Samarie. Les Romains répriment violemment les fauteurs de trouble ; l’empereur Claude doit même à deux reprises rendre un arbitrage, des citoyens romains étant concernés. Il consulte Agrippa II dans les deux cas. Les zélotes en viennent également aux mains avec les pharisiens et les sadducéens, partisans de l’entente avec Rome. Tout cela se déroule sur fond de crise qui oppose Romains et Parthes pour le trône d’Arménie depuis 51. Les Parthes ont certainement contribué à ce désordre en soutenant financièrement les nationalistes, tout comme les Romains soutenaient les opposants parthes.

A la mort de Claude, en 54, Néron pense pouvoir apaiser la situation en donnant les anciens territoires de Philippe le Tétrarque, la Batanée, l’Aurantide et la Trachontide, ainsi que l’Iturée et la Gaulantide à Agrippa II. Gnaeus Domitius Corbulo a sans doute contribué à cette décision qui devenait urgente à prendre, les Parthes ayant envahi l’Arménie à cette date. En 61, Agrippa II recevra en plus une partie de la Galilée et de la Pérée. La majorité des zélotes a dû être plutôt satisfaite de ce retour d’un souverain juif dans la région, mais une fraction d’entre eux, qui deviendront les sicaires, ont dû estimer qu’ils ne pouvaient pas faire confiance à ce roi à la botte de Rome où il avait été élevé. Les sicaires assassinent le Grand Prêtre Jonathan ben Hanan en 56, peut être à l’instigation du procurateur de Judée, Antonius Felix. Le remplaçant que nomme Agrippa II, Ishmael ben Phabi, ne fait pas l’unanimité, il est contesté par certains des prêtres du bas clergé attachés au Temple, les lévites. La querelle semble avoir porté sur la collecte de l’impôt. Agrippa II commet ensuite une autre erreur, il se fait aménager un appartement au sommet de son palais de Jérusalem d’où il peut observer ce qui se passe dans le Temple. Cette intrusion du roi dans les affaires religieuses étant insupportable à Ishmael ben Phabi, il fait ériger un mur pour échapper au regard d’Agrippa, qui ordonne en retour la destruction dudit mur. Ishmael part à Rome pour plaider sa cause auprès de l’empereur. Néron tranche en sa faveur, mais il le garde néanmoins comme otage à la demande d’Agrippa. Celui-ci nomme alors Joseph Qabi ben Simon Grand Prêtre, sur ordre de Rome. Agrippa a perdu tout crédit auprès des Juifs. Aussi durant cette même année 63, le remplace t-il par Hanan ben Hanan, puis par Josué ben Damnée et enfin par Josué ben Gamla (fiancé à Martha, fille de Boëthos). Qu’ils soient des familles Phabi, Hanan ou Boëthos, plus aucun ne parvient à obtenir le consensus. Mattatiah ben Théophile, originaire de Galilée, qui leur succède de 65 à 66 n’y parvient pas plus.

Le cas de Hanan ben Hanan est particulièrement instructif pour se faire une idée de ce que le terme « chrétien » recouvrait à cette époque. Agrippa II, qui désire marquer son indépendance vis à vis de Rome, profite de ce que le procurateur Porcius Festus vient de mourir et de ce que son successeur, Lucceius Albinus tarde à arriver pour le nommer. Sitôt en poste, Hanan fait condamner à mort Jacques, frère de Jésus (« frère » peut aussi bien signifier qu’il était le fils de Joseph et Marie, que le fils de Joseph issu d’un précédent mariage et même qu’il était seulement cousin de Jésus). Ce Jacques était un « chrétien » qui reconnaissait Jésus comme étant le Messie, mais ce n’est pas le motif de sa condamnation. Hanan le fait lapider car il lui reproche de s’être trop rapproché des zélotes, eux aussi considérés comme « chrétiens », mais qui attendent encore la venue du Messie. Hanan se fonde sur ce que Jacques a eu une attitude hostile envers Paul de Tarse lors de son passage à Jérusalem en 58. Paul de Tarse est lui aussi « chrétien », il reconnaît Jésus comme le Messie, mais contrairement à Jacques, il prône le rejet partiel des lois de Moïse, c’est à dire le refus de la circoncision et l’abandon des interdits alimentaires, ce qui permettrait d’intégrer plus facilement les Grecs « craignant dieu » par un simple baptême. Le terme « chrétien » désigne donc plusieurs courants, celui des zélotes qui attendent l’arrivée du Messie et qui estiment qu’elle ne se fera qu’à condition que la terre sainte soit rendue aux seuls Juifs, celui des nazaréens que représente Jacques, qui pensent que Jésus était le Messie mais qui sont attachés au strict respect de la loi mosaïque, celui de Paul de Tarse, qui correspond à notre conception de « chrétien », qui reconnaît Jésus comme le Messie et veut intégrer les étrangers en abandonnant certains préceptes de la Loi, et peut être encore les sicaires, qui ne sont pas adeptes de Jésus, mais attendent eux aussi la venue du Messie et qu’il faut non seulement chasser pour cela les étrangers, mais aussi éliminer les « mauvais » Juifs qui ont collaboré avec les Romains, ce qui correspond à la définition de l’Apocalypse. Une chatte n’y retrouverait pas ses petits, un peu comme dans les divers courants de l’écologie qui ressemble elle aussi peu ou prou à une forme de religion. L’exécution de Jacques, frère de Jésus sert de prétexte à Lucceius Albinus pour demander le limogeage de Hanan ben Hanan à Agrippa II.

En 66, la situation du Levant est donc on ne peut plus explosive. La question du statut de la ville de Césarée va être l’étincelle qui va mettre le feu aux poudres. Là, les tensions déjà vives entre Juifs et païens grecs s’enveniment encore lorsqu’un homme est pris à sacrifier des oiseaux à l’entrée de la synagogue un jour de shabbat. Une émeute éclate entre ces deux parties de la population. Une délégation de Juifs, se rend ensuite à Sébaste pour demander justice au procurateur Gessius Florus. Il se déclare incompétent ; pour lui, la question relève de l’autorité de l’empereur qui seul peut trancher. Néron déclare alors que Césarée est une cité exclusivement grecque, ce qui déchoit de facto les Juifs de la citoyenneté romaine. Fort de ce jugement, Florus s’enhardit. Il prélève d’autorité dix-sept talents sur le trésor du Temple de Jérusalem pour le service de l’empereur. L’agitation gagne aussi cette ville. Florus la réprime durement, les contestataires, dont des femmes et des Juifs de l’ordre équestre qui ont la citoyenneté romaine et relèvent donc de la justice impériale selon l’usage, sont condamnés à être flagellés avant d’être crucifiés. Les notables sont de plus humiliés, contraints d’ovationner les troupes qui viennent de sévir. Agrippa II est à ce moment en déplacement à Alexandrie, mais sa femme Bérénice est présente. Elle tente d’intercéder en faveur des accusés ; sans aucun succès. Suite à ce déni de justice, les troubles s’étendent à d’autres villes, non seulement en Judée, mais aussi à d’autres au-delà des frontières où la diaspora est présente, dont Alexandrie.

Ces provocations sont si grossières qu’on peut se demander si les Romains ne cherchent pas délibérément le conflit, sans qu’on puisse pour autant leur reprocher d’en avoir pris l’initiative, un peu comme Bismarck cherche à « exciter le taureau français » avec sa formulation outrageante de la dépêche d’Ems (voir Naissance du dernier empire européen 1, 2, 3). Il ne faut pas oublier que 66 est l’année où Tiridate se rend à Rome pour recevoir la couronne d’Arménie des mains de Néron. La non ingérence des Parthes dans les affaires romaines alors que des opérations militaires s’annonçaient à leur porte étaient un gage de bonne entente autrement plus important qu’une simple allégeance qui ne repose que sur des mots. L’importante communauté juive de Babylone devait pourtant faire tout ce qu’elle pouvait pour que Vologèse intervienne.

Au moment où les violences éclatent à Alexandrie, Tiberius Julius Alexander vient d’être nommé préfet d’Egypte. Issu d’une famille puissante, neveu du célèbre Philon d’Alexandrie, il a le privilège d’avoir la citoyenneté romaine, ce qui lui a permis de suivre le cursus honorum et d’entrer dans l’ordre équestre. Il est juif, mais loin d’être un fervent pratiquant, il prend au contraire beaucoup de liberté par rapport à la Loi, ce que lui reproche Flavius Josèphe lors de leur rencontre. Quand les troubles atteignent Alexandrie, il tente tout d’abord une conciliation entre Juifs et Grecs, lance des appels au calme, mais il prévient que c’est là la l’unique chance d’arriver à une résolution pacifique du conflit et qu’il fera intervenir la troupe si les émeutes ne cessent pas. Le calme ne revenant pas, il s’exécute. Des milliers (50 000, d’après Flavius Josèphe) de Juifs sont massacrés ; leurs maisons sont pillées et incendiées, comme en 38.

Pendant ce temps, la situation ne s’améliore pas non plus en Judéé. Révoltes et répressions se succèdent amenant toujours plus de Juifs à s’insurger contre le pouvoir romain, tant et si bien que Florus est dépassé ; il se retire à Césarée alors que les rebelles ont réussi à s’emparer de l’esplanade du Temple. Agrippa II essaie à son tour de dissuader le peuple d’entrer en guerre, avec l’appui des notables sadducéens et pharisiens. Il y parvient momentanément arguant de ce que seul Florus était à blâmer pour les souffrances occasionnées et que l’empereur saurait se montrer juste suite aux plaintes qu’il lui avait envoyées et que les révoltés seraient assurément pardonnés s’ils garantissaient leur loyauté à Rome en collectant l’impôt comme à l’accoutumée, faute de quoi le pire était à prévoir. Il perd cependant la confiance du peuple lorsque, une fois l’argent récolté, il exhorte les gens à se soumettre à l’autorité de Florus en attendant que son remplaçant soit nommé. Les insurgés l’expulsent manu militari de Jérusalem suite à ce discours. Les sacrifices à l’empereur sont alors interdits au Temple, ce qui équivalait à une déclaration de guerre.

Elle commence bien pour les Juifs. Les sicaires parviennent par surprise à s’emparer de la forteresse de Massada où toute la garnison romaine est massacrée. La guerre s’annonce comme une lutte à mort où les vainqueurs se montreront sans pitié pour les vaincus. Agrippa prend conscience qu’il doit agir. Comme il sait qu’il n’a aucune chance de garder le pouvoir si les nationalistes l’emportent, il envoie son armée reprendre Jérusalem. Elle est battue par les insurgés, puis c’est au tour de la garnison romaine de la forteresse Antonia d’être défaite et massacrée. Plus rien ne peut empêcher une intervention militaire romaine de grande ampleur. Le gouverneur de Syrie, Cestius Gallus, part mater la rébellion avec une de ses légions et un grand nombre d’auxiliaires. Il parvient à reprendre Beït-Shéarim où siège le Sanhédrin, réussit à pénétrer dans Jérusalem par le faubourg nord, mais il échoue dans sa tentative contre le Temple. Il se retire de la ville, puis il est pris dans une embuscade près de Beït-Horon. Lui-même parvient à s’enfuir pour Antioche, mais sa légion est totalement anéantie, 5 000 soldats romains et 400 cavaliers sont tués lors de la bataille ou de la retraite. Cette victoire juive change la donne. Pharisiens, sadducéens, esséniens et prêtres du Temple rejoignent les zélotes pour faire front commun contre les Romains (toutes proportions gardées, le gouvernement actuel réussit le même exploit de réunir toutes les tendances de l’extrême droite à l’extrême gauche avec des mouvements comme les bonnets rouges. Le passage sous les 20% de soutien au président indique que nous sommes entrés dans une zone de danger où tout devient possible. Sous l’ancien régime, ce signal aurait certainement révélé qu’il était temps de convoquer les états généraux, pour le meilleur ou pour le pire. Un autre que François Hollande s’en serait retrouvé exactement au même point).

Cela n’empêche toutefois pas les dissensions entre ces différentes factions qui s’affrontent entre elles à l’occasion. Certains sont soupçonnés de n’avoir pris qu’un engagement de façade pendant qu’ils œuvrent pour Rome en sous-main. C’est le cas pour Flavius Josèphe que le Sanhédrin a nommé commandant militaire pour la Galilée, malgré l’opposition du zélote Jean de Gischala et de Juste de Tibériade, un Juif hellénisé que Josèphe fait un temps emprisonner. La suite des événements démontre que cette suspicion était peut être fondée. En effet, en 67, Néron charge Flavius Vespasien et trois légions de la suite des opérations. Le général romain attaque en Galilée où il reprend les villes les unes après les autres, dont Tibériade où Juste est fait prisonnier et Gischala dont Jean parvient à s’échapper pour rejoindre Jérusalem. Josèphe se retranche quant à lui dans la forteresse de Jotapata où il est assiégé sans aucun espoir de pouvoir s’en sortir. Les soldats juifs qui ne sont pas tués par les Romains préfèrent le suicide à la captivité. Ce n’est pas le cas de Josèphe. Selon ses dires, il se retrouve piégé dans une grotte avec 40 de ses frères d’armes qui choisissent tous de se donner la mort plutôt que d’être pris, à l’exception d’un seul et de lui qui sort et donne sa reddition à Vespasien. Ce faisant, il aurait prédit au Romain qu’il serait un jour empereur d’après les prophéties des livres saints judaïques. Grâce à cela, il aurait obtenu son affranchissement en 69 avant de servir d’intermédiaire avec les Juifs l’année suivante. En 71, il obtient la citoyenneté romaine et prend le nom de Flavius en honneur de son protecteur. Juste de Tibériade, qui a lui aussi survécu, donne une toute autre version des faits dans sa « guerre des Juifs ». Il accuse Josèphe d’avoir incité les siens à prendre les armes contre Rome pour provoquer la guerre, puis de les avoir abandonnés dans la défaite. Josèphe fera tout ce qui est en son pouvoir pour que ce livre disparaisse, avec succès, vu qu’il ne nous est connu qu’à travers les références qu’y font Eusèbe de Césarée et Jérôme de Stridon.

La version de Juste de Tibériade est néanmoins tout à fait plausible, et n’est pas sans rappeler l’attitude d’un certain Vercingétorix pendant la guerre des Gaules (voir Vercingétorix entre en scène, Face à la crise, la Gaule se rassemble autour d’un chef, De Gergovie à Alésia 1 et 2). Rien que le moment du déclenchement de l’insurrection paraît le plus mal choisi dans les deux cas. Nous avons déjà vu qu’en 66, les Juifs ne pouvaient plus compter sur un soutien parthe, ils ne pouvaient donc plus négocier de meilleures conditions avec les Romains en brandissant la menace de passer à l’ennemi, un isolement qui a aussi bien pu les convaincre qu’ils devaient agir par eux-mêmes, mais parallèlement, ils ne pouvaient ignorer que le pouvoir de Néron était de plus en plus contesté aussi bien à Rome que dans les provinces (défiance du peuple après l’incendie de Rome, conjuration de Pison, augmentation du tribut des provinces) et que le désordre qui ne pouvait aller que croissant devait leur bénéficier s’ils savaient se montrer patients. Pour Vercingétorix, c’est encore plus évident. Lorsqu’il lance son insurrection générale en 52 av-JC, il savait qu’il ne restait plus que deux ans de mandat à Jules César, mais encore que l’équilibre avec Pompée était rompu comme Crassus venait d’être tué par les Parthes à la bataille de Carrhes l’année précédente. Il me semble qu’il aurait dès lors été beaucoup plus judicieux d’attendre la dernière année du mandat de César pour prouver que sa conquête de la Gaule était un échec, et de harceler l’armée romaine avec des attaques éclair comme le faisait Sertorius pour faire traîner la campagne en longueur et démoraliser les soldats, au lieu d’aller s’enfermer à Alésia. Les Gaulois auraient alors été en bonne position pour négocier une paix avantageuse avec Pompée et les trois quarts d’entre eux n’auraient pas été réduits en esclavage, sauf bizarrement les Arvernes qui étaient pourtant à l’origine du soulèvement. Au lieu de cela, Vercingétorix donne deux ans à César qui lui permettent de revendiquer une victoire totale et de pousser sa popularité au plus haut. Dans les deux cas, c’est à se demander si ceux qui déclenchent le conflit, soi disant pour libérer leur peuple, n’agissent pas plutôt dans l’intérêt des Romains en échange de la promesse d’obtenir le pouvoir contre leurs opposants, s’ils menaient bien leurs troupes à la défaite.

Suite à la perte de la Galilée, Jean de Gischala et les zélotes rejoignent Jérusalem. Ils y retrouvent des pharisiens refroidis par cette défaite qui envisagent à présent de négocier la paix avec Rome. Il en résulte une guerre civile. Le sicaire Simon Bargiora et ses Iduméens, qui ont participé à la victoire de Beït Horon, arrivent de Massada. L’ancien Grand Prêtre Josué ben Gamla tente de s’opposer à leur entrée dans la ville. Il sera exécuté un peu plus tard pour cette traîtrise, tout comme Hanan ben Hanan et Mattatiah ben Théophile, le Grand Prêtre en fonction. Les combats, qui voient les plus radicaux s’imposer, font plusieurs milliers de morts. Les zélotes occupent le Temple, mais ils sont encerclés par les sicaires qui contrôlent le reste de Jérusalem. Pendant ce temps, Vespasien continue sa reconquête. Il reprend la Pérée, traverse la Samarie pour marcher sur Jéricho. Mais il interrompt ensuite sa campagne, lorsqu’il apprend que Néron s’est suicidé (le 9 juin 68) et que le pouvoir est vacant. C’est le début de l’année des quatre empereurs.

Les débuts de l’ère chrétienne : l’année des quatre empereurs

En 68, le pouvoir de Néron est à bout de souffle. Ses frasque exaspèrent tout le monde, il passe plus de temps à s’amuser qu’à gouverner, il revient par exemple d’un voyage uniquement artistique en Grèce, le peuple lui reproche de s’être approprié une grande partie de Rome pour construire sa domus aurea après le grand incendie de 63, ainsi que les dépenses somptuaires qui en découlent, les provinces sont écrasées d’impôts après les augmentations qu’il a décrétées et son image pâtit des nombreux meurtres qu’il a commis dans sa famille. Il a de plus organisé une répression féroce après la conjuration de Pison de 65 en se basant plus sur la délation que sur des faits avérés, faisant entre autres pour victime Gnaeus Domitius Corbulo, le très populaire général vainqueur des Parthes.

Le coup d’envoi de la fronde est lancé par Gaius Julius Vindex, un Gaulois gouverneur de Gaule Lyonnaise qui a eu accès à cette fonction grâce à son père qui était sénateur romain. En mars 68, il convoque les délégués des cités des trois provinces impériales gauloises pour les appeler à se soulever contre l’empereur pour le renverser. Eduens et Séquanes adhèrent au projet, mais les Lingons et les Trévires refusent de s’engager à ses côtés. Il prend ensuite contact avec ses homologues des provinces d’Europe occidentale pour leur faire part de son projet. Tous le dénoncent à Néron, sauf Servius Sulpicius Galba, gouverneur d’Hispanie Tarraconaise. Le déclenchement de la guerre civile est initié par le gouverneur de Germanie supérieure, Lucius Verginius Rufus, qui marche quant à lui contre Vindex. Fin mai, début juin, les deux armées se rencontrent aux alentours de Vesontio (Besançon), capitale des Séquanes. Vindex et les Gaulois sont battus à plate couture. Vindex se suicide. Néron ordonne l’assassinat du traître Galba, ce qui laisse présager d’une nouvelle vague d’exécutions sommaires sur simple suspicion. Cela provoque la réaction de Lucius Clodius Macer, gouverneur d’Afrique, qui suspend les livraisons de blé Nord-Africain à Rome, ainsi que d’Othon, gouverneur de Lusitanie qui rejoint Galba, mais encore de Nymphidius Sabinus, préfet du prétoire qui convainc la garde prétorienne d’apporter son soutien à Galba en échange de la promesse d’une récompense en espèces sonnantes et trébuchantes. Néron s’enfuit dans sa résidence de Phaon où il se suicide le 9 juin après avoir appris qu’il avait été démis par le Sénat et condamné à mort pour parricide. Il est par la suite condamné à la damnatio memoriae qui visait à effacer toute trace du passage sur terre de la personne visée, ce qui a paradoxalement contribué à la conservation d’une partie de la domus aurea, enterrée lors du réaménagement de l’immense domaine impérial au profit du peuple.

Néron mort, Galba se proclame aussitôt empereur et part pour Rome avec son armée. Il n’y arrive qu’en octobre. Durant ce long délai, la ville éternelle est plongée dans le chaos. Des bandes d’anciens partisans de Néron pillent et volent tout ce qu’elles peuvent faisant régner la terreur. Nymphidius Sabinus profite de cette atmosphère d’insécurité pour tenter de prendre le pouvoir. Il prétend être un fils illégitime de Caligula pour se donner une certaine légitimité. Les prétoriens, qui attendent leur récompense de Galba, le lâchent et le tuent en juillet 68. L’autorité de Galba est partout reconnue, mais il devient vite impopulaire une fois à Rome. Cela commence dès son arrivée, lorsqu’il fait exécuter tous les partisans de Néron qui refusent de reprendre leur statut d’esclave. Or nombre d’entre eux sont d’anciens marins respectés de l’armée qui en éprouve un certain dégoût. Il finit de sa la mettre à dos par son refus de payer la prime promise à la garde prétorienne et aux soldats ayant contribué à son accession au pouvoir. Par conséquent, le premier janvier 69, les deux légions de Germanie supérieure qui avaient battu Vindex refusent de lui jurer fidélité. Elles sont rejointes le 2 par celles de Germanie inférieur. Elles acclament ensemble empereur leur chef, Vitellius. En réponse, le vieux Galba adopte et désigne comme son héritier Lucius Calpurnius Piso Frugi Licinianus, petit fils du Pison qui avait organisé la conspiration contre Néron. Non seulement le peuple y voit-il un signe de faiblesse, mais il s’attire de plus la colère d’Othon qui pensait être appelé à lui succéder. Ce dernier achète la garde prétorienne qui assassine Galba en plein forum le 15 janvier 69. Lucius Pison est lui aussi tué. Othon se rend immédiatement au Sénat pour être reconnu empereur.

Vitellius et ses légions marchent sur l’Italie pour le contester au début du printemps. Vitellius a aussi le soutien des soldats de Belgique, de Bretagne, d’Espagne et de Rhétie, tandis qu’Othon a celui de ceux d’Orient, d’Afrique et du Danube. L’armée du Danube, la plus proche, n’est pas encore arrivée lorsqu’Othon doit partir affronter les troupes de Vitellius qui viennent de franchir les Alpes début mars. Othon remporte tout d’abord deux petites victoires dans le nord de l’Italie, mais il est sévèrement battu le 14 avril à la bataille de Bedriacum, près de Crémone. Il se suicide deux jours plus tard pour éviter l’extension de la guerre civile. Le Sénat reconnaît Vitellius empereur le 19, mais il se rend lui aussi très vite impopulaire, ses troupes se livrant au pillage durant sa descente sur Rome.

Le 1er juillet, les troupes d’Orient acclament Vespasien empereur à Alexandrie. Les légions du Danube, soit de Mésie, Pannonie et de Dalmatie lui prêtent serment dans la foulée. Marcus Antonius Primus, légat de Pannonie, prend l’initiative de marcher sur l’Italie, sans l’aval de Vespasien qui lui avait donné pour consigne de s’arrêter à la frontière, à Aquilée. Il occupe plusieurs villes du nord-est de l’Italie, ainsi que le col du Brenner que doivent emprunter les légions de Germanie dont Vitellius attend le secours. Cinq autres légions de l’armée du Danube le rejoignent l’une après l’autre à Vérone. Seul capable de faire cesser la contestation des chefs dans deux d’entre elles, il prend naturellement le commandement général. En face de lui, se trouvent huit légions commandées par Alienus Caecina, l’un des deux vainqueurs d’Othon. Ce dernier à ordre d’attaquer, mais il hésite malgré son avantage, parlemente, pour finir par rallier Vespasien. Ses soldats refusent de trahir Vitellius, le destituent et l’emprisonnent, puis se replient sur Crémone. Antonius les suit. Il tombe en route sur l’avant garde des fidèles à Vitellius le 24 octobre qui ne peut soutenir le choc et se retire vers Crémone, puis rencontre le gros des troupes dans la poursuite. Une bataille aussi indécise qu’acharnée s’engage. Elle dure toute la nuit. La décision se fait à l’aube, lorsque le Legio III Gallica se tourne vers le levant pour saluer la renaissance du soleil selon la coutume qu’elle a adopté lors de son service en orient. Les vitelliens interprètent mal ce geste. Ils croient à l’arrivée de renforts, se démoralisent et sont repoussés jusque dans leur camp qui est bientôt pris. Antonius s’avance ensuite vers Crémone qu’il livre au pillage de ses troupes pendant quatre jours, bien que la cité se soit rendue. Il prend alors le temps pour que ses hommes se reposent et organiser la défense du territoire qu’il contrôle.

A Rome, Vitellius tente de dissimuler l’ampleur de la défaite des troupes de Caecina. Il compte encore sur le second vainqueur d’Othon, Fabius Valens, stationné en Italie centrale. Valens profite du répit dont il croit pouvoir bénéficier à l’approche de l’hiver pour aller en Gaule où il espère pouvoir trouver du renfort. Il s’embarque avec un petit détachement, arrive à Monaco où il apprend que les flottes d’Adriatique et de Méditerranée sont passées du côté de Vespasien. Il essaie de contourner cette dernière qui demeure à Fréjus, mais s’échoue sur les îles d’Hyères où il est fait prisonnier. Cette capture pousse les légions d’Espagne et de Gaule dans les bras de Vespasien. Vitellius ne peut plus cacher qu’il a subi un désastre, les troubles resurgissent dans la ville éternelle. Il entame des négociations qui portent sur les conditions de son abdication avec Titus Flavius Sabinus, préfet de Rome et frère aîné de Vespasien qu’il a étrangement cru bon de laisser en poste. Pendant se temps et malgré le froid, Antonius franchit les Appenins pour pénétrer en Ombrie. Il souhaite s’arroger tout le mérite de la victoire en précédant Mucien, qui arrive avec les légions d’Orient et le mandat de Vespasien pour pendre la tête des opérations. Antonius fait exécuter Valens pour exhiber sa tête aux vitelliens qui perdent dès lors tout espoir et se rendent sans combattre. A la mi-décembre, alors que les négociations qui lui octroyaient une retraite dorée en Campanie étaient sur le point d’aboutir, Vitellius renonce subitement à l’abdication sous la pression de la garde prétorienne et de la population qui craignaient peut être qu’Antonius leur fasse subir le même sort qu’à Crémone. S’ensuivent des affrontements entre les prétoriens et la garde de Flavius Sabinus qui se réfugie dans la forteresse du Capitole où il est assiégé. Apprenant la dégradation de la situation, Antonius se précipite vers la capitale, mais les vitelliens le prennent de vitesse et donnent l’assaut. Sabinus est capturé, puis mis en pièces par la foule avant d’être exposé aux Gémonies, malgré la volonté de Vitellius de l’épargner. Le Capitole et le temple de Jupiter sont en flammes losqu’Antonius arrive, sans qu’on puisse dire qui est à l’origine de l’incendie. Il balaye les prétoriens qui tentent de résister, puis pourchasse impitoyablement tous ceux qui sont soupçonnés d’avoir été partisans de Vitellius, qui est lui-même capturé et exécuté sommairement le 20 ou 25 décembre. La guerre civile est terminée. Le lendemain, le Sénat proclame Vespasien empereur. Son fils Domitien, qui reçoit le titre de princeps iuventus, le représente en attendant son retour. Mucien arrive à son tour ; il évince Antonius du pouvoir.

Peut être encore plus qu’une fête du solstice d’hiver, faut-il voir là l’origine réelle des célébrations autour de cette date, qui marque le rétablissement de la période de stabilité politique connue sous le nom de Pax Romana. En tout cas, cette année des quatre empereurs n’est pas étrangère au déclin du culte de l’empereur et à l’introduction du mithraïsme au sein des armées romaines. Il sert bien sûr à ressouder les légions qui ont servi différents prétendants au trône, mais il est encore renforcé par la décision de Vespasien de faire du jour de son acclamation à Alexandrie le dies imperii (jour de l’empereur) qui met au premier plan la légitimité conférée par les militaires et relègue au second l’investiture par le Sénat. Il se rapproche ainsi du peuple et s’éloigne de l’aristocratie, lui-même étant d’origine plébéienne. Une religion propre à l’armée souligne son pouvoir de choisir son maître. Vespasien a d’ailleurs du mal à se glisser dans la peau de l’élu des dieux conféré par le titre d’Auguste ; il se consacrera plus aux dieux d’Alexandrie au début de son règne, avant d’accepter de l’incarner pleinement, mais sans y croire pour autant, à sa mort il dira ironiquement : « Malheur, je crois que je deviens dieu ! » (d’après Suétone).