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Les débuts de l’ère chrétienne : le mithraïsme dans l’armée romaine

Mithra est une ancienne divinité indo-iranienne apparue aux alentours de 1 500 av-JC. Elle naît d’un rocher, tout comme Adam est fait à partir de poussière ou d’argile, situé sous un arbre sacré, à proximité d’une source sacrée, ce qui évoque immanquablement Siddartha Gautama, le Bouddha, ainsi que le paradis terrestre. Il porte un bonnet phrygien, qui ressemble au pileus des esclaves romains affranchis, tient une torche dans une main, il apporte la lumière comme Jésus qui naît au moment du solstice d’hiver, et dans l’autre un couteau. Une autre représentation le fait sortir d’un anneau zodiacal en forme d’œuf qui pourrait l’identifier à l’Eros primordial grâce à qui naissent le temps et l’univers. Il serait donc également le dieu de la création qui se met à l’œuvre par amour.

Il boit l’eau de la source, puis coupe le fruit de l’arbre et se vêt de ses feuilles, tout comme Adam et Eve éprouvent le besoin de s’habiller après avoir goûté au fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Il rencontre plus tard le taureau primordial en train de paître, le saisit par les cornes et le chevauche, mais il est désarçonné sans qu’il ne lâche les cornes de la bête sauvage. Il se laisse traîner jusqu’à ce que l’animal tombe d’épuisement. Il lui lie les pattes arrières, le charge sur son dos et l’amène dans une grotte, symbole de la voûte céleste (il est aussi parfois représenté transportant un rocher, tel Atlas, vêtu d’une cape dont l’intérieur figure le ciel nocturne). Les Romains imprégnés de culture grecque ont pu l’assimiler au mythe de la caverne de Platon. Un corbeau envoyé par le soleil lui demande alors de pratiquer un sacrifice. Mithra s’exécute avec compassion pour le taureau. Il plante son couteau dans le flanc de l’animal. De la blessure coule le vin, le blé s’échappe de sa colonne vertébrale et de sa semence recueillie par la lune arrivent les animaux utiles à l’Homme. Surgissent un chien qui mange le blé, un scorpion qui serre les testicules avec ses pinces, un serpent et parfois un lion, ainsi qu’une coupe. La scène, appelée tauroctonie, se déroule en présence de Cautès et Cautopatès, porteurs de flambeaux situés de part et d’autre à la manière du soleil levant et couchant.

Cela donne lieu à plusieurs interprétations. L’une associe Mithra à Ahriman ou Angra Mainyu, esprit du mal opposé à celui du bien Ahura Mazda dans le zoroastrisme. Ahriman sacrifie un taureau dont les chairs sanglantes donnent naissance à tous les êtres vivants. Une autre assimile le sacrifice à la libération de l’énergie de la nature, le serpent symbolisant le cycle de la vie comme l’Ouroboros (symbole très ancien et très répandu, de la Chine, en passant par l’Inde, l’Egypte jusqu’à la Scandinavie et à l’Amérique du nord et du sud, représenté sous la forme d’un dragon ou d’un serpent à pattes se mordant la queue. Le serpent est condamné à ramper par Dieu pour avoir incité Adam et Eve à goûter au fruit défendu), le chien est quant à lui l’Humanité et le scorpion, la victoire de la mort. Une autre encore propose une interprétation astrologique, le passage de l’ère du taureau à celle du bélier, les autres animaux représentant les constellation placées à l’équateur durant cette ère, le petit chien, l’hydre, le corbeau, le lion et le verseau.

Peut être vais-je vous surprendre, mais l’astrologie permet vraiment de prédire l’avenir. Mais seulement pour le voyageur qui se déplace dans le désert, la steppe ou sur la mer. Non seulement les étoiles lui indiquent-elles le chemin à suivre mais encore les conditions météorologiques qu’il va rencontrer. Par exemple, si le soleil se lève en même temps que Sirius ou Alpha Canis Majoris, dite encore canicula, on risque d’être confronté à de fortes chaleurs, la canicule. Pour ce qui est de l’influence des astres sur nos vies, ce n’est que foutaises, foutage de gueule et billevesées. Les chinois qui croient à l’astrologie meurent plus jeune que les autres. Ceux qui prétendent que c’est une science sont des escrocs. Le crépi est un aussi bon support que les étoiles. Une prédiction fiable est pourtant un avantage décisif, c’est ce qui a permis aux premières bactéries pratiquant la photosynthèse capables de ce prodige de s’imposer en remontant à la surface uniquement lorsqu’il faisait jour, alors qu’elles passaient la nuit dans les profondeurs à réunir ce qu’il leur fallait comme ingrédients pour fabriquer protéines, lipides et glucides, et ce il y a 3,8 milliards d’années.

Pour ma part, je préfère l’interprétation qui relie le sacrifice du taureau par Mithra à l’une des plus anciennes œuvres littéraires connues, l’épopée de Gilgamesh, écrite entre 2 700 et 2 500 ans avant notre ère, et plus particulièrement à son combat avec le Taureau Céleste, qui devait plutôt être un aurochs, envoyé par Anu à la demande de sa fille, Innana ou Ishtar (qui donnera Aphrodite et Vénus) éconduite par Gilgamesh. L’aurochs était de loin l’animal le plus dangereux de l’époque, comparable à ce qu’est aujourd’hui le buffle en Afrique, devant l’hippopotame et bien avant les carnivores comme les fauves ou les ours de l’Europe préhistorique, si l’on excepte mouches et moustiques, vecteurs de maladies infiniment plus meurtrières. Cette dangerosité a valu à l’aurochs d’être vénéré de l’Inde à l’Europe depuis le paléolithique supérieur.

Dans ce cas, il s’agit d’une parabole de la transition de la vie de chasseur-cueilleur à celle d’agriculteur-éleveur qui permet à la civilisation d’émerger. Anu accepte d’envoyer le Taureau ravager Uruk, mais il reproche en même temps à sa fille d’avoir provoqué Gilgamesh. Aussi doit-elle d’abord pourvoir aux besoins des habitants en leur permettant d’amonceler le grain et d’abonder la verdure pour qu’il puissent faire face aux sept années de famine qui résulteront du passage du Taureau (les sept années de vaches grasses suivies de sept années de vaches maigres se retrouvent aussi chez les Egyptiens et dans la Bible). Le Taureau arrive, provoque la sécheresse en s’abreuvant dans le fleuve, puis un tremblement de terre en s’ébrouant. Enkidu, l’ami de Gilgamesh, tombe jusqu’à la taille dans une des crevasses ainsi créées, mais il bondit et saisit le Taureau par les cornes, puis il appelle son ami qui plonge sa lame entre les cornes et la nuque du Taureau alors qu’Enkidu le tient par la queue. Ils offrent le cœur de l’animal à Shamash, le Soleil, garant de la justice de part sa capacité à tout éclairer et à tout voir. L’ancien dieu des chasseurs-cueilleurs est mort pour laisser place au règne de celui des agriculteurs-éleveurs.

Le sacrifice du taureau par Mithra résume cette histoire en une image, un degré de violence en-dessous, le dieu accomplissant le rituel avec compassion pour la bête féroce qu’il a soumise. Le changement de rapport que l’Homme entretien avec la nature est explicité, de manière évidente pour le grain, quant aux animaux, il se pourrait qu’ils en soient catégorisés, le chien représentant les animaux domestiques, le serpent, ceux fuyant l’Homme et le scorpion pour les nuisibles. Cela n’est pas très éloigné de la démarche de Dieu qui demande à Adam de nommer les animaux qu’il lui présente. Deux autres choses rapprochent encore le mithraïsme du monothéisme, le banquet rituel où les novices sont chargés du service sans y participer, un peu comme chez les esséniens, mais surtout le dernier repas de Mithra en compagnie d’Apollon qui n’est pas sans rappeler la Cène puisque le départ des deux dieux sur le char d’Apollon offre une perspective de vie après la mort. Pour finir, la principale fête de ce culte se déroulait le 25 décembre, ce qui en a incité certains à dire que les chrétiens ont fixé la date de naissance de Jésus à ce jour à cause de cela, mais la célébration du solstice d’hiver était un lieu commun dans toutes les civilisations centrées sur l’agriculture qui attendaient impatiemment le signal du retour des beaux jours, perspective d’abondance rassurante en cette période où les stocks de nourriture ne faisaient que diminuer. Rien ne permet donc d’affirmer que Noël ait un lien spécifique avec le mithraïsme.

La présence de ce culte dans l’armée est formellement attestée à partir de 71-72 en Pannonie supérieure, située en Europe centrale. Il se répand ensuite partout où les soldats romains sont présents, surtout aux frontières, de la (Grande-)Bretagne à la Numidie en passant la vallée du Rhin, mais aussi à Rome. Au troisième siècle, il évolue vers un syncrétisme de plusieurs cultes solaires venus d’Orient qui prend le nom de Sol Invictus, le soleil invaincu. Il acquiert un caractère officiel sous Adrien qui espérait que l’instauration d’un culte solaire serait assez neutre pour cimenter un empire qui avait failli se désintégrer. Cette religion aurait très bien pu s’imposer face au christianisme, mais elle souffrait toutefois d’un gros handicap, les femmes en étant exclues, ce qui explique peut être que Constantin lui ait préféré l’adoration de Jésus alors qu’il était adepte de Sol Invictus au début de son règne, comme en témoignent des pièces de monnaie où il est représenté en compagnie du dieu solaire. La pratique du mithraïsme est interdite 80 ans seulement après ce revirement, en 391.

Contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, la crise religieuse de la seconde moitié du premier siècle ne concerne donc pas exclusivement les Juifs, mais aussi les Romains et même les Perses qui, avec le zoroastrisme, adopteront le monothéisme comme religion d’état près d’un siècle avant Rome, en 224 lorsque les Sassanides remplacent les Arsacides. A l’heure où nous allons probablement être confrontés au plus grand bouleversement depuis le passage de l’état de chasseur-cueilleur à celui d’agriculteur-éleveur causé par l’arrivée massive des robots, il va certainement falloir inventer une nouvelle histoire pour accompagner cette transition. Pour ma part, je fais une proposition qui vaut ce qu’elle vaut dans « Fondation », où je m’inspire de l’établissement d’une colonie de fourmis champignonnistes ou éleveuses de pucerons comme modèle d’une éventuelle colonisation de Mars (le rôle des fourmis serait joué par les robots, tandis que nous prendrions celui des pucerons). L’idée est d’adapter l’expulsion d’Adam et Eve du paradis terrestre et l’histoire d’Abel et Caïn à un monde où le travail n’aura plus le même sens que celui de la Bible (il ne faudra plus souffrir pour subsister, mais uniquement produire des idées qui seront mises en œuvre par des robots). Il faut le compléter par « Progrès mes fèces ». Ces deux textes sont très imparfaits, mais je vais essayer de faire mieux. Toute suggestion est bienvenue.

De l’apport génétique du zoroastrisme aux mutations religieuses de l’antiquité

Contrairement au judaïsme de l’époque achéménide où le temple de Jérusalem jouait un rôle essentiel, le religion Perse n’avait besoin ni de lieu de culte, ni d’autel ou d’image pour être pratiquée, aussi a-t-elle laissé très peu d’éléments archéologiques qui permettent de l’appréhender. Il n’est pas impossible que le culte ait été pratiqué en plein air, dans des jardins, les paridaida d’où nous viennent le mot « paradis ». Les écrits ont quant à eux été en grande partie détruits lors de l’invasion par Alexandre le Grand dans un premier temps au IV ème siècle av JC, bien qu’il ait pris soin de faire traduire beaucoup d’ouvrages avant d’incendier les bibliothèques, puis par les Arabes avec l’arrivée de l’Islam au VII ème siècle. De nombreux philosophes Grecs tels Platon, Aristote ou Pythagore ont ainsi été influencés par la pensée zoroastrienne, de même que les Arabes qui reconnaissent les zoroastriens comme Gens du livre; les fêtes zoroastriennes sont encore célébrées de nos jours en Iran même par les musulmans. Les chrétiens ont eux aussi récupéré les fêtes païennes préexistantes en leur donnant une autre signification, est-ce un hasard si la naissance de Jésus correspond au solstice d’hiver, au retour de la lumière qui annonce les beaux jours à venir?, si le carême a lieu au moment de la soudure, période à laquelle les réserves de nourriture sont presque épuisées avant les nouvelles récoltes?, ou si Pâques arrive avec la naissance des agneaux signe de l’abondance retrouvée? La Renaissance européenne, qui a à la fois redécouvert les penseurs de l’antiquité et bénéficié des connaissances des Arabes (comme le zéro par exemple qui a donné le mot chiffre, de l’arabe sifr, bien qu’il ait été découvert par les Indiens), par l’intermédiaire des Juifs chassés d’Espagne par Isabelle la Catholique, s’est donc elle aussi appuyée sur la pensée zoroastrienne. Si l’Europe était un arbre qui n’avait que des racines chrétiennes, il serait tombé au premier coup de vent; elles sont bien plus nombreuses et profondes qu’ « on » voudrait nous le faire croire et « on » le sait bien.

                                                                                                                                     Zarathoustra aurait tout d’abord été un prêtre du mazdeïsme, mais il a vite rompu avec les rituels de cette religion. Il n’appréciait particulièrement pas les sacrifices de taureaux auxquels il fallait se livrer pour honorer les dieux. Il conserve cependant le culte du feu, l’incarnation terrestre de la puissance du Soleil, ce qui rappelle étrangement le culte d’Aton voulu par Akhénaton. Pour le Zoroastre (au delà du personnage historique, on peut l’envisager comme un état de conscience, au même titre que le Bouddha est celui qui a atteint l’Eveil) un seul dieu prédomine tous les autres qui ne jouent plus q’un rôle secondaire. C’est Ahura Mazda, qui a donné naissance à deux principes opposés, Spenta Mainyu, l’Esprit sain ou le bon choix et Angra Mainyu, esprit incréé, le mauvais choix. (dans le zervanisme, Ahura Mazda, fils de Zurvan, le temps, dieu primordial qui a pendant longtemps pratiqué le sacrifice d’animaux pour avoir une descendance sans aucun résultat, est le Spenta Mainyu, mais il a un frère jumeau né avant lui, Ahriman, l’Angra Mainyu qui n’a pas été reconnu par son père. Ahriman étant arrivé le premier, il put dominer le monde. Ahura Mazda doit lutter contre lui pour que son règne vienne. Dans cette doctrine, les femmes sont dotées d’une nature mauvaise, l’épouse de Zurvan, Khashizagh ayant d’abord engendré le Mal, bien que selon d’autres Zurvan ait mis tout seul ses fils au monde comme Zeus pouvait le faire.)

                                                                                                                                                           Ce sont ces deux principes opposés qui influencent toutes nos actions, nous devons donc choisir en exerçant le libre arbitre dont nous a doté Ahura Mazda. Il faut bien sûr tendre vers le Spenta Mainyu car on ne récolte que ce que l’on sème. Cet aspect ressemble comme deux gouttes d’eau à la notion de karma enseignée par Bouddha, il se nomme fravahr. Zarathoustra qui serait né quelque part dans les montagnes du nord de l’actuel Afghanistan et Siddharta Gautama qui aurait vu le jour sur les hauteurs du Népal ont d’ailleurs « vécu »à peu près à la même période s’ils ont existé, entre 1000 et 400 av JC. Aussi ne peut-on pas savoir lequel a inspiré l’autre. Leurs histoires sont plus vraisemblablement le résultat d’un échange entre ces deux cultures, de même que le mazdéisme et l’hindouisme ont de forts liens de parenté. Le commerce entre les deux régions remonte à la nuit des temps, et même s’il a varié en fonction de leur prospérité (il a pratiquement cessé 1900 ans av JC suite à la chute de la civilisation de l’Indus qui est peut être due à un tremblement de terre qui a détourné le cours du fleuve), les marchands ont dû colporter les nouvelles de l’autre bout du monde en les adaptant au public local, comme cela se fait dans la tradition orale, à la manière des histoires racontées par Sinbad le marin dans les 1001 nuits. Avec Marco Polo, la route de la soie reprendra ce rôle de voie d’échange qui a alimenté la Renaissance autant sur le plan commercial que culturel.

                                                                                                                                                    Outre le monothéisme, le zoroastrisme met en avant les 4 éléments, l’eau, l’air, la terre et le feu, et il incite au respect de la nature, ce qui se traduit par l’interdiction des sacrifices, un autre point commun avec le bouddhisme. (les premiers autels chrétiens trouvés en Turquie témoignent de leur reconversion, ils ont encore la rigole qui permettait l’écoulement du sang.) Il reconnaît aussi les femmes à l’égal de l’homme, tout comme Akhénaton avait donné un pouvoir d’intercession avec Aton à Néfertiti. Il me semble donc que les progrès accomplis à cette époque trouvent leur inspiration dans les cultures passées, tout comme ce fut le cas pour la Renaissance européenne. Avec le culte du respect de la nature et de celui des femmes qui était en vigueur avec les vénus paléolithiques, le zoroastrisme renoue avec les traditions ancestrales des chasseurs/cueilleurs d’avant l’invention de l’agriculture pour les remettre au goût du jour.

                                                                                                                                                         Les contraintes auxquelles nous avons à faire face actuellement remettent cette démarche d’actualité. Non seulement le droit des femmes a-t-il légitimement évolué après qu’elles aient joué un rôle déterminant pendant la première guerre mondiale (je ne sais plus qui a dit que la guerre aurait été perdue si les femmes s’étaient mises en grève ne serait-ce que deux heures. Ce qui n’a pas empêché qu’elles soient à nouveau très vite renvoyées à leur rôle de pondeuses/éleveuses d’enfants par la politique nataliste qui visait à remplacer le million et demi de soldats français tombés au front), mais le problème climatique et l’épuisement des ressources énergétiques font penser à un contexte similaire à celui qu’a dû connaître Zarathoustra. Aujourd’hui on oppose le charbon et le pétrole, sources d’énergie noires extraites des profondeurs infernales de la terre qui favorisent l’Angra Mainyu à la lumière de l’héolien fourni par l’air, celle du photovoltaïque produite par le feu solaire, celle de l’hydroélectricité que nous donne l’eau et celle de la géothermie du sol qui sont, elles, des formes d’énergie respectueuses de la nature et favorisent l’avènement du règne du Spenta Mainyu.

                                                                                                                                                    Alors qu’Akhénaton avait subi un échec cuisant 7 siècles auparavant avec la tentative d’imposer le culte du Dieu unique Aton qui n’a pas survécu au-delà de son règne, les Perses vont peu à peu adopter ce mode de pensée novateur. Ils n’ont pas commis les mêmes erreurs que le Pharaon égyptien. Akhénaton voulait essentiellement reprendre le pouvoir sur le clergé qui accaparait une grande partie des richesses de l’Egypte au détriment des instances politiques. Les nombreuses offrandes faites aux temples étaient alors une forme d’impôt qui faisait des prêtres les principaux acteurs de la vie économique du pays. Comme ils empêchaient ses desseins de se réaliser, le Pharaon a décidé d’autorité d’abolir le culte de tous les autres dieux autres qu’Aton, l’incarnation du Soleil. Ce faisant, il s’est non seulement mis à dos les responsables religieux qui y ont perdu tous leurs revenus, mais aussi le peuple a vu disparaître ses plus gros employeurs alors qu’il bénéficiait par cet intermédiaire de la redistribution des richesses qu’il produisait. La population est donc devenue très réticente à payer l’impôt destiné aux dépenses somptuaires du Roi, telle la construction du sanctuaire dédié à Aton à Karnak et celle de la nouvelle capitale à Amarna au détriment de Thèbes. Cela a suffi à rendre Akhénaton et sa réforme très impopulaires. De plus, l’introduction du culte d’état du Dieu unique risquait de menacer l’unité de l’empire par un autre aspect purement théologique, elle privait l’Egypte de la mythologie de sa fondation sous l’égide des puissances divines, comme si les Grecs avaient subitement renoncé à enseigner l’Illiade et l’Odyssée ou les Indiens au Mahâbârata. Aton seul avait créé le monde mais on ne savait plus comment on en était arrivé là. Ce n’est pas pour rien ou par pur mysticisme qu’il y a écrit « in God we trust » sur le dollar américain. L’argent n’a aucune valeur en soi, pour qu’il vale quelque chose, il faut être sûr qu’il sera échangé partout où l’on va contre une quantité de marchandises à peu près équivalente à l’endroit d’où l’on vient, tout dépend de la confiance qu’on lui accorde. (les problèmes que l’Euro connait en ce moment sont dus à la disparité des capacités de production des différents pays qui le composent et les doutes quant à la solidarité des plus riches pour compenser le volume de marchandises nécessaires au remboursement de la dette des plus pauvres. Il risque fort de se scinder en deux, l’un pour le nord solide économiquement et l’autre pour le sud moins industrialisé, plutôt que de retourner aux monnaies nationales.) Les américains n’ayant pas forcément confiance dans la pérennité de l’état fédéral dans le temps et l’espace, un Dieu intemporel et omniprésent est la meilleure garantie que leur argent ne perdra pas subitement toute sa valeur selon le lieu où ils résident. Avec sa nouvelle foi, Akhénaton a mis à mal cette confiance qui unissait la haute et la basse Egypte.

                                                                                                                                                         Les Achéménides perses (556-330 av JC) ont procédé différemment, ils n’ont pas essayé d’imposer leur religion aux peuples conquis. Cyrus II a aussi bien ordonné la reconstruction du temple de Jérusalem que le rétablissement du culte de Mardouk à Babylone. Ils se posaient en protecteurs des traditions locales tout en laissant une assez grande indépendance politique aux satrapies, les gouvernements des provinces auxquels ils demandaient avant tout de payer l’impôt pour subvenir aux besoins de la cour et d’agrandir l’empire le cas échéant. Leur souci principal était de bâtir une entité économiquement puissante. Pour cela ils ont fait construire de nombreuses routes qui étaient alors mises sous la protection de l’armée, mais aussi fini de remettre en état le canal de Suez à la suite du pharaon Nékao II. Les Achéménides étaient donc particulièrement tolérants du point de vue de la religion, il n’y a d’ailleurs que peu d’informations relatives à celle qu’ils pratiquaient eux-mêmes. L’historien grec Hérodote écrit au 5ème siècle av-JC:«  les Perses n’ont pas d’images de Dieu, pas de temples ni d’autels, et considèrent leur utilisation comme une folie. » On ne sait que le Grand Roi était placé à la tête de l’empire par Ahura Mazda, le dieu du ciel, dans le but d’accomplir sa volonté, vraisemblablement reconstituer le paradis originel sur terre. Ils semblent avoir pratiqué un syncrétisme qui réunissait à la fois certains principes du zoroastrisme comme le dualisme entre le bien et le mal et la notion de « fravahr », mais mêlé aux pratiques et à l’adoration des dieux anciens tels la déesse Anahita (Ishtar pour les Assyriens, les Babyloniens et les Sumériens, Aphrodite pour les Grecs et Vénus pour les Romains) ou son fils Mithra, le dieu solaire, comme le prouve la perpétuation des sacrifices contraires aux enseignements de Zarathoustra.

Premiers pas vers le monothéisme

Pour certains archéologues comme Jacques Cauvin ou Ian Hodder, le passage d’une société de chasseurs/cueilleurs à la sédentarité organisée autour de l’agriculture s’explique avant tout par un bouleversement culturel et non par une évolution de la technique. Cette approche met en exergue l’aspect subjectif des recherches au lieu de s’attacher uniquement aux preuves matérielles (démarche à laquelle je ne puis que souscrire, le manque d’informations concernant la préhistoire et l’antiquité laisse forcément place à une interprétation personnelle de l’histoire. Le problème est le même avec la surabondance de témoignages de notre époque, il n’y a qu’à voir le volume délirant de documents à propos de l’assassinat de J.F Kennedy ou le 11 septembre 2001 pour être convaincu qu’il est impossible de prétendre à une vérité absolue. La fiction est alors le meilleur moyen pour se faire une idée, James Ellroy avec sa trilogie « Underworld USA » ou Don DeLillo avec « Libra » ont fait un travail remarquable en ce qui concerne les enjeux des années 1960; nous n’avons pas encore assez de recul pour 2001. Le Moyen Age est la période la plus facile à étudier, il y avait assez de supports d’écriture pour garder tous les documents important, mais pas suffisamment pour vouloir conserver les faits insignifiants.) Comme je l’ai dit dans « la domestication: un processus d’apprivoisement mutuel », les humains savaient depuis belle lurette qu’il faut semer une graine pour obtenir une nouvelle plante ou bouturer un arbre pour avoir des fruits identiques, mais cela n’était pas au centre de leur conception du monde comme en témoignent les peintures rupestres qui représentent essentiellement des scènes de chasse où les animaux tiennent la vedette. Leur affirmation se base sur la découverte de statuettes féminines qui précèdent les premières traces d’agriculture de plusieurs siècles. Elles sont les premiers témoignages connus de la cuisson de l’argile bien avant que cette technique ne serve à fabriquer des objets utilitaires. La statue de la « déesse mère » de Çatal Höyük, en Anatolie, dans l’actuelle Turquie, en est un exemple. Les représentations de « vénus paléolithiques » existaient déjà depuis des dizaines de milliers d’années, mais elles semblent devenir l’objet d’un culte exclusif lors de la transition vers le néolithique. Elles sont accompagnées par une représentation masculine incarnée par des crânes d’aurochs ou bucranes.

 

Cette approche ne manque pas d’intérêt, mais elle ne fait qu’entretenir un débat stérile qui ressemble à celui entre l’inné et l’acquis alors que ce ne sont que les deux faces d’une seule et même dynamique, celle de l’information. De plus, cela laisse croire que le passage du culte des forces naturelles au profit de celui de l’esprit humain qui se doit de se les approprier pourrait être dû à une certaine forme de révélation divine faite à une seule personne qui se serait répandue par la suite grâce à sa supériorité manifeste. C’est d’autant plus étonnant que le mouvement « post-processualiste » ne cache pas qu’il trouve son inspiration dans les travaux des anthropologues marxistes français pour qui la religion représente « l’opium du peuple » (ou alors cela ne l’est pas car cela confirme que le marxisme est un succédané de religion en plus d’être une théorie économique). Revenons donc sur la genèse des saintes écritures à l’origine des monothéismes pour constater qu’elles n’ont pas été révélées d’un seul coup mais qu’elles ont évolué au fil du temps en fonction des circonstances, le mécanisme qui a présidé au passage de l’animisme au polythéisme doit être relativement similaire à celui qui a conduit du polythéisme au monothéisme, seuls les humains étant restés les mêmes entre ces deux époques. Nous sommes encore les mêmes aujourd’hui car depuis la révolution néolithique nous n’avons plus besoin d’évoluer pour nous adapter au changements du monde, c’est nous qui le changeons pour qu’il s’adapte à nous. Avec la révolution industrielle nous avons peut être poussé le bouchon un peu trop loin, aussi devrons nous le laisser vivre sa vie indépendamment en nous isolant dans des structures telles que la pyramide de Shimizu ou les Lilypads si nous voulons continuer à aller de l’avant et non retourner à l’âge de pierre.

 

La première tentative d’instaurer un monothéisme remonte à 1350 ans av-JC avec le culte d’Aton voulu par Aménophis IV, qui se fera alors appeler Akhénaton, en Egypte, à la suite des réformes entreprises par son père Aménophis III pour s’affranchir de la tutelle des prêtres de Thèbes. Aton a alors été placé au dessus des autres Dieux, il suffisait de trouver sous le soleil pour pratiquer son culte, il n’y avait plus besoin de rendre au temple et de faire des offrandes pour lui demander ses faveurs. Ce qui n’empêchera pas Akhénaton de dépenser des fortunes pour ériger de nouveaux temples dans le but d’imposer le nouveau culte d’état et même de déplacer la capitale pour affirmer sa puissance. Toutes ces réformes finiront par le rendre très impopulaire. Cela n’a pas duré bien longtemps, moins de vingt ans, les prêtres n’étant pas prêts à abandonner leurs pouvoirs d’intercession avec les différents Dieux, et les richesses qui vont de pair, au profit du seul Pharaon, et de sa femme, en l’occurrence Néfertiti, une autre nouveauté. (l’art égyptien de cette époque est lui aussi atypique, la courte période amarnienne se caractérise par une grande volonté de réalisme alors que l’art traditionnel représente toujours les personnages d’une manière idéalisée). Les cathares ont eu le même genre de problèmes lorsqu’ils ont voulu s’affranchir du pouvoir de l’Eglise et du Pape, il faudra attendre la Réforme pour voir émerger une organisation décentralisée de la religion chrétienne avec le succès qu’on lui connaît, surtout en matière de colonisation.

 

Si cette nouvelle religion n’a pas rencontré le succès escompté en Egypte, elle a pu inspirer les tribus israélites, la première mention d’Israël datant d’une centaine d’années après le règne d’Aménophis IV sur la stèle de Mérenptah qui fait état de sa victoire sur les peuples du pays de Canaan aux alentours de 1200 av JC. Israël désignait alors plutôt un ensemble de tribus nomades plus qu’un lieu géographique. Il n’était alors pas rare qu’elles migrent vers la fertilité du delta du Nil lorsque la famine sévissait au pays de Canaan. Ce n’est qu’à cette époque qu’on retrouve les premières traces de sédentarisation de ces groupes sur les hautes terres de Cisjordanie, lors de leurs installations précédentes ils avaient toujours fini par reprendre un mode de vie nomade, certainement à cause des variations climatiques. Ils n’adoraient pas encore tous le même Dieu, ils pratiquaient le culte de Dieux cananéens tel que Baal, mais aussi celui de Dieux locaux rattachés à des éléments du paysage comme une rivière ou une montagne. Par contre, ils avaient déjà en commun de ne pas consommer de viande de porc, contrairement aux Philistins qui peuplaient alors les basses terres de la côte. Cette coutume indique une volonté de leur part de se distinguer du reste de la population cananéenne qu’ils jugeaient certainement corrompue par le commerce auquel elle se livrait avec l’occupant égyptien. Le culte de l’une de ces divinités locales, YHWH soit Yahvé pour les chrétiens, va prendre de l’ampleur au fur et au mesure que les cités états cananéennes vont péricliter. Il semble que cette nouvelle religion ait été adoptée par deux modestes royaumes aux alentours de 900 av JC, Israël et Juda, mais aucune donnée archéologique ne vient confirmer leur unification sous l’égide du roi David, pas plus qu’il n’a été retrouvé de vestiges de constructions qui pourraient être attribuées sans conteste à son fils Salomon. L’adoption du même alphabet un siècle plus tard témoigne toutefois du rapprochement entre les deux communautés. Il faut attendre 700 av JC pour que Jérusalem devienne un centre important dans la région.

 

Les enjeux politiques actuels rendent difficile l’étude de cette période. De nombreux faux qui se voulaient de confirmer les récits bibliques ont été produits, ils ont pendant un temps trompé les meilleurs experts mondiaux avant que la supercherie ne soit découverte. « Les marchands d’histoire » est un documentaire qui vient en faire la démonstration.

 

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Le livre de Marek Halter, « Les mystères de Jérusalem », est aussi très utile pour comprendre que la recherche à ce sujet est sous l’influence de plusieurs parties aux intérêts divergents. Pour couper court à toute polémique, il est absurde de chercher une quelconque légitimité à l’état d’Israël dans une occupation antique du territoire ou de vouloir démontrer que le peuple juif n’est pas à l’origine du monothéisme pour le discréditer. Il est tout aussi absurde de chercher l’origine de la France dans la résistance de Vercingétorix aux troupes romaines et de se voir comme descendant direct des gaulois ou même de s’imaginer successeur de ceux qui ont bouté l’anglois hors de France avec Jeanne d’Arc. L’unité actuelle de la France remonte au mieux à la « patrie en danger » de 1792, mais plus sûrement encore aux combats dans les tranchées de 1914-1918 auxquels ont participé ensemble les appelés venus de toutes les régions de l’hexagone. Le coq gaulois descend en ligne directe des dinosaures mais il est vain de chercher l’explication de son comportement dans celui des « terribles lézards ».

Israël tient sa légitimité incontestable de sa victoire militaire face aux troupes arabes coalisées en 1948 à laquelle personne ne croyait. Sa constitution guerrière est similaire à celle de la plupart des états dans le monde (par exemple les Francs qui ont donné leur nom à la France sont à l’origine des peuples germaniques qui ont conquis une partie du territoire de la Gaule alors sous le contrôle de Rome). Cela ne justifie pas pour autant sa politique de colonisation ultérieure, condamnée par les institutions mondiales. La survie à long terme de l’état d’Israël est loin d’être garantie, cette région à la jonction des continents européen, asiatique et africain est en proie à l’instabilité depuis des milliers d’années, elle à tour à tour été occupée par les peuples de la mer ou Phéniciens qui donneront les Cananéens, les Egyptiens, les Hébreux, les Assyriens, les Perses, les Grecs, les Romains, les Byzantins, les Arabes, Les Croisés, les Ottomans et les Britanniques. Tous les grands empires sont passés sur le corps de cette pauvre terre, Israël n’en est pas responsable. Si cet état arrivait à stabiliser la région durablement, ce serait un grand progrès pour l’humanité toute entière. Cela ne se fera que grâce au dialogue et non par la violence, ce qui restera extrêmement compliqué tant que les pays arabes voisins verront en Israël la source de tous leurs maux car pour dialoguer il faut être deux. Le printemps arabe que nous vivons leur ouvrira peut être les yeux. En attendant, le peuple palestinien souffre terriblement de cette situation inextricable.

 

Le judaïsme ne prendra sa forme définitive que lorsqu’il sera devenu la première religion du Livre, certains de ses chapitres les plus importants seront écrits après la victoire de Nabuchodonor II sur le royaume de Juda vers 600 av JC, pendant l’exil à Babylone. Là, les israélites rencontreront d’autres pionniers du monothéisme qui ont pu avoir vent de l’expérience égyptienne, les disciples de Zarathoustra… (suite au prochain article)