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Les débuts de l’ère chrétienne : le melting pot du Levant

A propos de l’aspect physique de Jésus. En ce moment, certains n’hésitent pas affirmer qu’il était incontestablement de type méditerranéen, c’est à dire au teint mat, aux yeux bruns et aux cheveux noirs, bouclés de préférence. Cette éventualité, qui dépend entièrement du patrimoine génétique de ses parents, est bien sûr très probable, mais en faire une certitude reviendrait à ce qu’un historien du futur vienne à certifier que le général de Gaulle ne pouvait en aucun cas mesurer près de deux mètres, étant donné que la taille moyenne des Français ne dépassait pas 1m75 à l’époque (l’affaire de la petite fille blonde aux yeux bleus qui ne pouvait qu’avoir été enlevée à des Allemands ou à des Suédois et non être Rom est un autre exemple de ce raisonnement à deux balles). En effet, si ce raisonnement statistique pourrait s’appliquer sans trop de risque de se tromper à une population isolée du reste du monde, il devient beaucoup plus hasardeux lorsqu’il s’agit de l’utiliser à propos d’une région qui a vu passer une multitude de peuples différents, dont certains d’origine inconnue, sans parler de la variabilité que des individus revenus d’exil ont pu apporter. Tout d’abord, les termes « de type méditerranéen » restent flous et ne renvoient pas forcément aux caractères physiques cités plus haut, les Berbères ou les Illyriens (dont les Albanais sont les descendants les plus directs), implantés de fort longue date sur les bords de la Méditerranée, comptent parmi eux beaucoup d’individus à la peau claire, aux yeux bleus et aux cheveux blonds. Plus près de la Galilée, il faut aussi citer le cas de la Galatie, située dans l’actuelle Anatolie, qui a quant à elle été colonisée par des peuples celtes venus de Gaule Cisalpine à partir de 278 av-JC. En prenant -arbitrairement- les Irlandais comme référence celte, il n’est donc pas exclu que des individus à la peau diaphane, aux yeux d’azur et à la chevelure d’un roux flamboyant aient pu répandre leurs gènes jusque dans la région d’origine du Christ suite à leur migration ou à la descendance qu’ils ont pu avoir suite aux viols qu’ils ne devaient pas manquer de commettre lors des razzias dont ils étaient coutumiers.

Et le moins qu’on puisse dire est que le Levant a été le théâtre de nombreuses vagues d’immigration et d’invasions depuis des temps immémoriaux. Les premières traces d’occupation de la région par des hominidés remonte à plus d’un million d’années et les fossiles de l’homme de Galilée datent d’environ 140 000 ans. Si l’hybridation entre l’Homme de Néandertal et homo sapiens a bien eu lieu, il est assez probable qu’elle se soit produite dans les parages. Puis, la culture natoufienne s’y établit aux alentours du XIème millénaire. Elle sa caractérise par l’apparition des premiers villages qui témoignent du passage du nomadisme vers un mode de vie semi-nomade. La population aurait été composée de deux groupes distincts, avec d’une part les ancêtres des eurafricains qui peupleront l’Iran, l’Irak et l’Anatolie et d’autre part les ceux des méditerranéens. La sédentarisation s’achève dans la deuxième partie du IXème millénaire avec la domestication des plantes et des animaux et l’édification des premières villes comme Jéricho au VIIIème millénaire. A la fin du IVème millénaire, débutent les échanges avec l’Egypte. La région devient dès lors le lieu de passage des routes commerciales que tous les grands empires voudront contrôler par la politique ou la force. Les villages d’agriculteurs-éleveurs disparaissent, mais la région s’enrichit alors grâce à sa spécialisation dans le commerce de la céramique, ce qui constitue l’avènement de la civilisation cananéenne. Ce tissu socio-économique disparaît 2200 ans avant notre ère, lorsque l’affaiblissement du pouvoir central égyptien et la famine dans ce pays permet à des populations venues d’Asie de franchir le Jourdain. La région revient à l’élevage et les agglomérations sont détruites. Elles refont leur apparition 1900 ans av-JC et s’entourent de fortifications pour faire face aux invasion étrangères. Les cités-états émergent, mais leur organisation reste encore tribale.

Le XVII ème siècle av-JC voit l’arrivée des Hyksôs que nous connaissons par l’intermédiaire des écrits égyptiens. L’origine des ces « maîtres des terres étrangères » reste incertaine, mais, selon Hans Wolfgang Helck, il se pourrait que ce soient des Hourrites et des Indo-Aryens (peut être venus de l’actuel Afghanistan) qui vivaient dans l’empire Hatti en Anatolie avant de migrer. Toujours est-il que leur langue n’appartient pas à la famille des langues sémitiques d’après les études de Dominique Valbelle, bien que leurs noms fassent penser à des noms cananéens. Ils s’imposent grâce à leur supériorité en matière d’armement, notamment l’arc composite, ainsi que de nouveaux sabres, casques ou cottes de maille, mais surtout grâce à la grande mobilité des troupes qu’ils devaient au cheval et au char, alors inconnus des Egyptiens. Rien ne prouve cependant qu’ils aient employé la force pour établir leur domination, contrairement à ce qu’affirme Manéthon. Peut être les populations locales ont-elles trouvé plus judicieux de bénéficier de leur protection en échange d’un tribut plutôt que de les combattre. Ils s’installent dans le delta du Nil où ils règnent sur la Basse et Moyenne-Egypte avec le titre de pharaon, ce qui prouve plus leur volonté de s’intégrer que d’imposer leur culture. Après un siècle, ils sont néanmoins chassés par les princes de Thèbes qui vouaient une haine féroces à ces étrangers. Certains prennent la fuite par la mer tandis que les autres sont poursuivis par l’armée égyptienne jusqu’en Palestine.

De ce fait, certains auteurs de l’antiquité ont vu en eux le peuple de l’Exode. Manéthon dit même qu’ils ont fondé Jérusalem, ce que Flavius Josèphe réfute, bien qu’il soit lui aussi d’accord pour identifier les Hyksôs aux Israélites. Notons que l’éruption de Santorin, selon toute probabilité à l’origine des cataclysmes qui ont inspiré les dix plaies d’Egypte (et aussi le mythe de l’Atlantide), a eu lieu aux alentours de 1600 av-JC, pendant le règne des Hyksôs qui ont donc dû transmettre un souvenir précis de ces événements extraordinaires, non sans les attribuer à une colère divine. Le pharaon de l’exil est toutefois plus souvent identifié à Ramsès II qui a pourtant vécu quelques trois siècles plus tard, mais à peine une soixantaine d’années après la tentative d’Akhénaton d’instaurer le culte non pas tout à fait unique, mais très prépondérant d’Aton, le disque solaire. Dès lors, le « peuple » concerné par l’exil pourrait avoir été la partie de l’élite égyptienne favorable à la révolution atonienne qui, sous les règnes de Ramsès Ier puis de Séthi Ier, aurait voulu échapper aux persécutions et trouvé refuge aux confins de l’empire, là où l’armée était peu présente. Ils auraient alors pu y retrouver les descendants des Hyksôs qui partageaient avec eux la détestation du régime égyptien dont ils auraient voulu se distinguer, en refusant par exemple de manger du porc comme le faisait l’oppresseur (étant tenus à l’écart dans des régions inhospitalières, ils devaient de toute façon être trop pauvres pour être en mesure d’en élever). La transmission orale de leurs histoires, qui a tendance à s’emmêler les pédales quant aux événements anciens, a par la suite pu conduire à la confusion des deux vagues migratoires pour aboutir à la légende de Moïse lors de la rédaction du texte de l’Exode au VIIIème siècle, avant d’être remanié à partir du VIème siècle, pendant l’exil à Babylone des judéens, de façon à établir un parallèle avec cette période de captivité. L’invention du monothéisme procéderait ainsi moins d’une révélation à un peuple élu, mais plus à une lente construction intellectuelle visant à unir un peuple aux origines disparates (on a bien fait la même chose en France sous Napoléon III en sortant Vercingétorix du chapeau pour en l’ériger en fondateur historique de la nation française).

A la mort de Ramsès II, une crise dynastique couve en Egypte, avec pour cause probable l’exceptionnelle durée de son règne (66 ans) et sa nombreuse descendance qui menace de se déchirer pour le pouvoir. Mérenptah, son successeur, réussit cependant à imposer son autorité, mais il doit aussi faire face aux attaques de ses voisins libyens, alliés pour l’occasion aux mystérieux Peuples de la mer. Ces derniers ne formaient pas une entité unifiée, mais ils pouvaient se réunir ponctuellement, en fonction de leurs objectifs. Ils sont pour la plupart d’origine inconnue, à part pour les Lukkas, établis en Lycie, dans le sud-ouest de l’actuelle Turquie. D’autres semblent être venus de Grèce et des îles de la mer Egée, voire de Sicile et de Sardaigne comme les noms de Shekelesh, identifiés aux Sicules, et de Shardanes peuvent l’évoquer, mais il semble plutôt que se soit là le lieu de leur établissement ultérieur. A vrai dire, personne ne sait d’où ils sont arrivés, ni pourquoi ils se sont déplacés. Aussi peut-on imaginer à peu près n’importe quoi, même si leurs régions d’origine ne devaient vraisemblablement pas être très éloignées selon nos critères modernes. Mais on ne peut pas non plus totalement exclure qu’ils soient venus de beaucoup plus loin, comme cela s’est produit bien plus tard. Dans ce cas, certains de ces peuples pourraient avoir été originaires d’Europe de l’ouest, comme les fameux Galates mentionnés plus haut, ou encore de Scandinavie, l’art de ces contrées semblant avoir été influencé par les civilisations méditerranéennes, certainement par l’intermédiaire du commerce de l’ambre qu’ils ramassaient sur les côtes de la mer Baltique. Les scandinaves auraient donc pu se mettre dans la tête l’idée de migrer vers ces riches contrées du sud, suivant le chemin que les Vikings emprunteront aux environs de l’an 800 de notre ère.
Sinon, on pourrait aussi les faire venir des steppes asiatiques, comme les Mongols de Gengis Khan. Dans ce cas, ils auraient pu arriver sur les bords de la Mer Noire où ils se seraient convertis à la pêche en intégrant le savoir faire des populations locales pour profiter de la manne qu’ils étaient partis chercher. Puis la ressource halieutique venant à manquer, par exemple en raison de la turbidité des eaux provoquée par le défrichement massif des terres le long des fleuves par des populations d’agriculteurs en forte croissance qui aurait entraîné une importante érosion des sols, comme cela semble s’être passé avec les cours d’eau d’Europe à une période du moyen-âge, cela pour rappeler que le réchauffement climatique n’est pas la première catastrophe environnementale causée par l’Homme, ou alors pour une cause naturelle, comme des pluies diluviennes à répétition qui auraient eu le même résultat (le remplissage de la Mer Noire dans les suites de la dernière déglaciation pourrait quant à lui être à l’origine du mythe du déluge. La Mer Noire était alors un lac d’eau douce, situé 180m sous le niveau des mers, bénéficiant donc d’un climat plus doux que les terres plus hautes, séparé de la Méditerranée par un isthme qui aurait brutalement cédé sous la pression due à la montée des eaux. L’inondation rapide de la vallée aurait alors forcé les agriculteurs installés sur ses rives à fuir de tous côtés. Le souvenir de ce cataclysme aurait ensuite donné naissance à l’histoire du déluge, à la fois chez les Grecs avec les déluges d’Ogygès et de Deucalion et comme cause de la destruction de l’Atlantide, mais aussi chez les Sumériens où un épisode similaire est relaté dans l’épopée de Gilgamesh). Ils seraient alors arrivés en Méditerranée pour se joindre aux autres peuples de la mer et former une flotte considérable, comme celle de Kubilai Khan partie à la conquête du Japon avant d’être balayée par le Kamikaze, le vent divin (en fait, deux typhons qui ont occasionné de grandes pertes lors des tentatives d’invasion des îles nippones en 1274 et 1281).
On pourrait aussi émettre l’hypothèse qu’ils soient venus d’Inde, comme les Tziganes, comme Hérodote parle de le tribu nomade des Sigynnes dès le Vème siècle av-JC, ou encore, bien que les Egyptiens nous disent que c’étaient des gens du nord, d’Afrique, par exemple des Ethiopiens qui seraient remontés le long des côtes de la péninsule arabique pour arriver dans la région d’Eilat, une communauté juive vivant en Ethiopie depuis que, selon la légende, Ménélik et la reine de Saba y ont apporté l’arche d’alliance au Xème siècle av-JC.

Toutes ces hypothèses exotiques relèvent bien sûr plus du scénario de fiction que de la piste historique sérieuse, mais elles font écho à une autre histoire, celle des rois mages, parfois représentés dans l’iconographie l’un avec des traits asiatiques, l’autre comme un perse et le dernier avec la peau noire. Leur visite, qui symbolise l’ouverture du judaïsme aux gentils, apparaîtrait alors comme un retour aux sources.

Quoi qu’il en soit, Mérenptah réussit à repousser leurs attaques, ainsi qu’à ramener l’ordre dans les régions qui en avaient profité pour s’affranchir de l’autorité égyptienne.C’est à cette occasion qu’il est pour la première fois fait mention des Israélites, en tant que vaincus, sur la stèle qui porte le nom de ce pharaon. Quelques années plus tard, Ramsès III doit lui aussi affronter les Peuples de la Mer. S’il parvient à maintenir l’intégrité du territoire égyptien, il est cependant contraint d’abandonner sa domination sur le Levant, ne pouvant plus compter sur l’aide des Hittites dont l’empire s’était entre temps écroulé, les coups de boutoirs étrangers venant s’ajouter aux tensions internes. L’un des Peuples de la Mer, les Peleset, que nous connaissons mieux sous le nom de Philistins, en profitent pour s’installer sur la côte sud-ouest de Canaan, tandis que les Araméens, des tribus de pasteurs semi-nomades de langues sémitiques non affiliées aux Peuples de la Mer, se répandent en Palestine, en Syrie et au Liban. Il semble que d’autres Peuples de la Mer se soient implantés au Levant, mais leurs traces disparaissent rapidement, ce qui témoigne de leur fusion avec les populations locales. Le récit biblique nous dit que le royaume d’Israël aurait émergé un siècle et demi plus tard avec le règne de Saül, puis ceux de David et Salomon. Même si ces deux derniers ont pu exister, l’étendue du territoire qu’on leur a attribué a probablement été très exagérée par la suite et devait se limiter aux alentours du petit village de montagne qu’était Jérusalem. L’existence d’un état centralisé n’est attestée qu’à partir de 884 av-JC, avec la fondation du Royaume d’Israël par Omri, mais son pouvoir ne s’étend pas jusqu’à Jérusalem qui faisait quant à elle partie du Royaume de Juda. Le Royaume d’Israël prospère grâce aux échanges avec les Assyriens, tandis que celui de Juda vit du commerce des marchandises apportées par les caravanes venues d’Arabie qui sont payées en huile d’olive. Le Royaume d’Israël prend fin en 722 av-JC avec la chute de Samarie. D’importants mouvements de population, volontaires ou non, ont lieu. Beaucoup de ces déplacés sont accueillis par leur voisin du sud que dirigeait alors Ezéchias. Ce dernier est à l’origine d’une réforme religieuse : il interdit que les sacrifices se fassent ailleurs que dans le Temple de Jérusalem et détruit les lieux saints où ils se pratiquaient, certainement dans la perspective de donner une identité nationale aux peuples d’origines diverses qu’il dirige, sans remettre en cause le polythéisme pour autant. Comptant sur le soutien de l’Egypte, il refuse à son tour de payer le tribut aux Assyriens, ce à quoi le prophète Isaïe se serait opposé. Pour mener la guerre qui résulte de cette décision, il aurait reçu l’aide de soldats du pays de Koush, dont on ignore s’il se trouvait dans le sud de l’Egypte ou dans celui de la péninsule arabique, mais dont les habitants auraient eu une couleur de peau différente de ceux du Levant, selon Jérémie. Décimés par une épidémie lors du long siège de Jérusalem, mais ayant auparavant remporté de grandes victoires, les Assyriens préfèrent se retirer, aussi le Royaume de Juda garde t-il son autonomie, en échange du versement d’un lourd tribut et de la perte de ses meilleures terres agricoles.

Pour calmer le jeu avec les Assyriens, Manassé et Amon, les successeurs d’Ezechias, permettent à nouveau que les sacrifices aux divers dieux se fassent dans les « hauts lieux ». La situation change sous Josias avec la désintégration de l’empire assyrien qui ne résiste pas à la montée en puissance des Babyloniens et de leurs alliés mèdes. L’Egypte intervient pour défendre ses intérêts au Levant, mais Josias est déterminé à s’affranchir de toute domination étrangère. Il reprend la recette d’Ezéchias en allant beaucoup plus loin. Non seulement il interdit les sacrifices et fait détruire les « hauts lieux », mais il tente d’éradiquer les cultes idolâtres comme ceux des astres, de Baal et d’Ashera (déesse mère associée à YHWH, probablement vénérée comme son épouse) pour consacrer le Temple de Jérusalem au seul YHWH, qui passe ainsi de dieu national à Dieu unique. Il entreprend de rénover le Temple et prétend à cette occasion avoir trouvé le livre de la loi écrit par Moïse que certains identifient au Pentateuque, tandis que la majorité pense qu’il s’agissait plutôt d’une ébauche de son dernier livre uniquement, le Deutéronome. Il en fait une lecture publique et ordonne à son peuple de célébrer annuellement la fête de Pessa’h, y compris au royaume d’Israël où la déliquescence de l’autorité assyrienne lui a laissé le champ libre. Le monothéisme hébraïque était né.

Josias prend alors parti pour Babylone contre l’Egypte, mais il est défait par le pharaon Nékao II à Megiddo où il trouve la mort. Son fils et successeur, Joachaz, continue la guerre, mais il est capturé seulement trois mois après son accession au trône. Les vainqueurs imposent son frère Joaqim au pouvoir. Il se soumet à l’Egypte et paie le tribut exigé. La société judéenne se divise entre partisans de l’Egypte et ceux de Babylone. Les pro-égyptiens l’emportent, mais Nabuchodonosor II met l’armée égyptienne en déroute lors de la bataille de Karkemish en 605 av-JC. Les Babyloniens s’emparent des royaumes d’Israël et de Juda qu’ils dévastent méthodiquement afin que la région ne représente plus aucun intérêt et fasse tampon entre les deux grandes puissances. Jérusalem est rasée, le Temple détruit et un quart de la population judéenne, l’élite, est déportée à Babylone, tout comme une partie des Philistins. Là bas, les exilés, bien que prisonniers, sont traités avec tous les égards dus à leur rang. Avec l’éloignement de la montagne où leur dieu était censé demeurer, le Livre devient le lieu sacré où il élit domicile, ainsi que le ciment de la communauté. Les textes sont profondément remaniés, la Torah prend forme, non sans qu’elle ne subisse l’influence du zoroastrisme.

Le roi perse Cyrus II prend Babylone une soixantaine d’années plus tard. Il autorise les judéens qui le souhaitent à rentrer chez eux, leur permet de reconstruire le Temple et laisse une grande autonomie à cette province plutôt que d’imposer son administration et sa religion. Les exilés de retour se perçoivent à présent comme les seuls Juifs authentiques car ils considèrent ceux qui sont restés comme des païens étrangers, qu’ils appellent Samaritains, ayant colonisé leur pays suite aux déportations organisées par les Assyriens. La Judée tombe plus tard sous la domination des Grecs, suite aux conquêtes d’Alexandre le Grand. Une partie d’entre eux sont séduits par le monothéisme israélite car ils y trouvent une similitude avec les philosophies d’Aristote et de Platon qui voyaient l’incarnation d’un seul et même principe dans tous les dieux du panthéon. L’inverse est aussi vrai. Les Juifs appellent ces Grecs qui suivent les préceptes de leur religion « craignant Dieu », la circoncision restant un obstacle majeur à leur conversion pure et simple. Avec l’effondrement de l’empire grec consécutifs aux incessantes querelles de succession, arrive la révolte des Maccabées et la période d’indépendance sous le règne de la dynastie hasmonéenne, avant la domination romaine.

A la naissance de Jésus, des troupes romaines sont présentes dans le pays depuis plusieurs décennies, mais ce ne sont pas les seuls étrangers à être là. Les Romains emploient aussi des mercenaires venus de tout l’empire. Des Thraces, des Gaulois, des Germains, qui composaient par exemple la garde d’Hérode, et même des Nubiens venus de l’actuel Soudan. Le père de Jésus est donc susceptible d’être originaire d’à peu près toutes les parties du monde connu à cette époque. Affirmer qu’il avait tel ou tel aspect physique est par conséquent très hasardeux. Il pourrait effectivement avoir eu la peau plus claire que la moyenne des Levantins, avoir des yeux bleus ou des cheveux roux, ou encore avoir la peau café au lait et pourquoi pas des yeux un peu bridés dans l’hypothèse la plus folle. Même s’il devait avoir le type méditerranéen, comme c’est le plus probable, il me semble que l’absence de description physique du Christ correspond à une volonté des auteurs. Le message qu’ils voulaient envoyer pourrait tout d’abord avoir été un signe d’ouverture destiné aux Gentils, en premier aux Grecs déjà séduits par la religion juive, mais aussi aux autres peuples sous domination romaine désireux de s’en affranchir, avec dans l’idée qu’ils pourraient mieux réussir s’ils s’unissaient, mais encore aux Juifs eux-mêmes. En effet, si les esséniens se nourrissaient bien de toutes les cultures, sûrement sont-ils tombés sur des textes concernant leur propre histoire, comme ceux relatifs aux Hyksôs que nous savons connus d’au moins un de leurs contemporains, Flavius Josèphe. Aussi, en laissant planer le doute quant à l’origine ethnique du Messie, les rédacteurs des évangiles ont ils pu vouloir rappeler que le judaïsme et le peuple juif étaient nés de la rencontre entre des gens venus de différentes régions du monde, de manière à apparaître comme étant plus proches de l’esprit des fondateurs de leur religion que les pharisiens et les sadducéens, et surtout des zélotes.

A l’heure où nous sommes confrontés à la crainte de voir notre culture disparaître, comme c’était le cas à l’époque pour les Juifs, ce sont les mêmes alternatives qui se présentent. La plus grande tentation est celle du repli sur soi, d’imposer ses valeurs aux autres, ce qui donne aussi bien le nationalisme que nous voyons grandir en Europe que l’intégrisme religieux dans les pays musulmans, soit le plus sûr chemin pour aller à la guerre. Faire du personnage de Jésus un pur produit régional de Galilée ne fait qu’aller dans ce sens. Ou alors, on peut envisager qu’un rassemblement improbable de gens n’ayant en commun que d’avoir été rejetés aux marges de la société, nerds, hikikomori, tout comme écolos opposés à la société de consommation, bref, tous ceux que Coluche appelait à voter pour lui en 1981, saura trouver les principes qui nous permettront de vivre tous ensemble. Je crains hélas qu’il nous faille passer par la première phase avant d’atteindre la seconde.

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L’exil à Babylone

L’exil à Babylone a joué un rôle très important dans l’avènement de la religion du livre. A cette époque, il était assez courant que le vainqueur force une partie de la classe dirigeante du parti adverse à le suivre dans sa capitale de manière à soumettre le territoire conquis à son autorité et à s’assurer de sa loyauté au lieu de les massacrer purement et simplement. Thoutmôsis III avait déjà employé ce procédé en 1457 av JC avec les enfants et les femmes du roi de Qadesh après qu’il eût pris Megiddo au terme d’un siège qui dura 7 mois. Il aurait pu remporter la victoire bien plus vite si ses troupes ne s’étaient pas livrées au pillage du camp de leurs ennemis au lieu de les poursuivre afin de les empêcher de se retrancher dans la forteresse. Il décida donc d’être clément avec le roi de Qadesh qui l’implorait de laisser la vie sauve à ses proches en le laissant en place et en emmenant sa famille à Thèbes, à la fois comme otages, mais aussi pour que ses héritiers soient éduqués à l’égyptienne avant d’être renvoyés chez eux.

 

Cet épisode est peut être en rapport avec la légende de Moïse, bien que celle-ci soit datée du règne de Ramsès II 200 ans plus tard. Mais ce dernier ayant lui aussi livré bataille à Qadesh, la confusion reste possible. L’adoption de Moïse par la famille de Pharaon pourrait quant à elle faire référence à la domination des Hyksos, venus de Canaan, sur le delta du Nil. Ils ont fondé les XV ème et XVI ème dynasties qui ont régné sur la basse et moyenne Egypte entre 1674 et 1548 av JC. Il ne faut pas oublier que l’Histoire était alors transmise de façon orale uniquement, il n’était pas rare que des évènements finissent par être confondus en un seul au fil des transmissions successives, comme c’est également le cas pour notre mémoire avec les évènements de notre vie. Nombre des souvenirs que nous croyons fidèles à la réalité sont tout bonnement inventés pour économiser la place qu’ils prennent dans notre mémoire, ils sont compressés comme dans un vulgaire disque dur et ils finissent par se chevaucher.

 

Lorsque viendra le temps des croisades 2500 ans plus tard, l’Eglise catholique procèdera à l’inverse en envoyant les hommes vers des destinations lointaines, ce qui lui permettait d’une part de s’occuper de l’éducation des enfants restés au pays et d’asseoir son autorité sur l’organisation de la vie publique à long terme, et d’autre part de s’enrichir en s’emparant des biens qu’elle gérait en leur absence, les possessions des nobles qui ne revenaient pas de Terre Sainte tombaient alors de facto dans son escarcelle. Cela lui permit d’entreprendre la construction de nombreuses cathédrales, Thoutmôsis quant à lui avait fait agrandir le temple de Karnak pour commémorer ses victoires et affirmer sa puissance.

 

En 597 av JC, Nabuchodonosor II, roi de Babylone, prend Jérusalem après l’avoir assiégée en réponse au roi de Juda, Joaqim, qui refusait de lui payer le tribut qu’il réclamait. La ville et le temple sont pillés et le roi Joachin, fils de Joaqim décédé en cours d’année, ainsi qu’une partie des élites sont obligés de quitter Jérusalem pour Babylone. Nabuchodonosor II place alors sur le trône le frère de Joaqim, Sédécias, mais ce dernier ne se montre pas beaucoup plus coopératif que son aîné. Aussi dix ans plus tard le roi de Babylone fait-il complètement raser la ville en représailles et fait exécuter Sédécias et sa famille, entraînant de facto la fin du royaume de Juda. S’ensuit une nouvelle vague de déportation des notables. Selon la Bible il y en aura encore une troisième 5 ans après cet épisode. Toutes les élites politiques, religieuses et économiques se trouvent par conséquent regroupées à Babylone. Les paysans ne sont pas concernés, contrairement à ce qu’il s’est passé pour le royaume d’Israël lors de sa conquête par les Assyriens en 722 av JC. Là, les populations avaient été déplacées pour être remplacées par d’autres venues d’ailleurs. Ils deviendront les samaritains qui ne seront pas reconnus comme Juifs authentiques par les judéens lorsque ceux-ci reviendront de leur exil mésopotamien (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui pour l’état d’Israël).

 

En effet, loin de sa terre natale et de ses temples, le culte de YHWH a évolué. Sans royaume à administrer ni rituel à accomplir, les exilés se sont repliés sur leur religion pour conserver leur identité. Le même principe est encore à l’œuvre de nos jours lorsqu’on ne renvoie leur image aux immigrés que par leur religion. On invente d’abord le Conseil Français du Culte Musulman, puis quelques années plus tard on trouve urgent qu’ait lieu un débat sur la laïcité. Les arabes qui vivent en France n’ont pas choisi tout seuls de parler de leurs racines par ce biais.

Des archives montrent que la classe dirigeante prisonnière du palais de Nabuchodonosor recevait de quoi subvenir à ses besoins, mais il n’y a guère que les artisans et les marchands qui pouvaient continuer à exercer leurs activités en ville. Les élites ont donc dû trouver un moyen de maintenir leur influence sur la communauté, elles ont adapté le dogme aux conditions dans lesquelles elles se trouvaient. La rédaction du Pentateuque qui comprend la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome aurait été largement revisitée à cette période pour aboutir deux siècles plus tard à la version que nous connaissons de nos jours. La première préoccupation était d’établir la présence de YHWH au sein même du melting pot polythéiste de Babylone. Pour ce faire Il a dû quitter la montagne sur laquelle Il avait élu domicile d’où il pouvait veiller sur son peuple pour s’élever jusqu’au ciel. En témoigne le lieu où Moïse à vu s’inscrire dans la roche les Tables de la Loi, Son pouvoir est alors devenu transportable dans une boîte, l’Arche d’Alliance, qu’il ne valait mieux pas ouvrir sous peine d’être foudroyé comme le premier alpiniste venu. La présence divine n’était dès lors plus reliée à un endroit précis, mais elle se trouvait partout où le texte se trouvait. Ainsi naquit la religion du Livre. Elle sera formalisée ultérieurement par la Grande Assemblée qui s’est tenue entre 410 et 310 av JC à Jérusalem.

 

La fin de la captivité des Judéens arrive en 538 av JC, après que le roi Perse Cyrus II ait pris Babylone. Il ordonne que le temple de Jérusalem soit reconstruit ainsi qu’il rétablit le culte de Mardouk à Babylone, ce qui démontre son ouverture d’esprit et sa volonté de laisser la liberté de culte aux peuples vaincus. Aussi les exilés qui ont refait leur vie à Babylone ne sont-ils pas pressés de retourner en Judée, désormais province Perse qui prend le nom de Yehoud Medinata, contrairement à ce que prétend la Bible. Cette région anéantie par les babyloniens reste encore pauvre, essentiellement tournée vers l’agriculture, et Jérusalem n’est alors guère plus qu’un village de montagne sans grande influence. Cyrus ne voit pas d’intérêt à ce qu’elle se développe, elle ne lui sert que de grenier destiné à alimenter ses ambitions de conquête de l’Egypte, il préfère favoriser le développement du commerce maritime dévolu aux Phéniciens qui peuplent la plaine côtière. La Judée ne prendra une importance stratégique qu’après la perte de l’Egypte au cours de IV ème siècle av JC, de nombreuses forteresses y seront construites de manière à sécuriser la frontière, le pouvoir achéménide y sera alors beaucoup plus présent, ce qui a certainement réveillé le sentiment nationaliste parmi les habitants juifs. Pendant ce laps de temps, l’empire Perse a adopté un culte proche du zoroastrisme comme religion.

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Premiers pas vers le monothéisme

Pour certains archéologues comme Jacques Cauvin ou Ian Hodder, le passage d’une société de chasseurs/cueilleurs à la sédentarité organisée autour de l’agriculture s’explique avant tout par un bouleversement culturel et non par une évolution de la technique. Cette approche met en exergue l’aspect subjectif des recherches au lieu de s’attacher uniquement aux preuves matérielles (démarche à laquelle je ne puis que souscrire, le manque d’informations concernant la préhistoire et l’antiquité laisse forcément place à une interprétation personnelle de l’histoire. Le problème est le même avec la surabondance de témoignages de notre époque, il n’y a qu’à voir le volume délirant de documents à propos de l’assassinat de J.F Kennedy ou le 11 septembre 2001 pour être convaincu qu’il est impossible de prétendre à une vérité absolue. La fiction est alors le meilleur moyen pour se faire une idée, James Ellroy avec sa trilogie « Underworld USA » ou Don DeLillo avec « Libra » ont fait un travail remarquable en ce qui concerne les enjeux des années 1960; nous n’avons pas encore assez de recul pour 2001. Le Moyen Age est la période la plus facile à étudier, il y avait assez de supports d’écriture pour garder tous les documents important, mais pas suffisamment pour vouloir conserver les faits insignifiants.) Comme je l’ai dit dans « la domestication: un processus d’apprivoisement mutuel », les humains savaient depuis belle lurette qu’il faut semer une graine pour obtenir une nouvelle plante ou bouturer un arbre pour avoir des fruits identiques, mais cela n’était pas au centre de leur conception du monde comme en témoignent les peintures rupestres qui représentent essentiellement des scènes de chasse où les animaux tiennent la vedette. Leur affirmation se base sur la découverte de statuettes féminines qui précèdent les premières traces d’agriculture de plusieurs siècles. Elles sont les premiers témoignages connus de la cuisson de l’argile bien avant que cette technique ne serve à fabriquer des objets utilitaires. La statue de la « déesse mère » de Çatal Höyük, en Anatolie, dans l’actuelle Turquie, en est un exemple. Les représentations de « vénus paléolithiques » existaient déjà depuis des dizaines de milliers d’années, mais elles semblent devenir l’objet d’un culte exclusif lors de la transition vers le néolithique. Elles sont accompagnées par une représentation masculine incarnée par des crânes d’aurochs ou bucranes.

 

Cette approche ne manque pas d’intérêt, mais elle ne fait qu’entretenir un débat stérile qui ressemble à celui entre l’inné et l’acquis alors que ce ne sont que les deux faces d’une seule et même dynamique, celle de l’information. De plus, cela laisse croire que le passage du culte des forces naturelles au profit de celui de l’esprit humain qui se doit de se les approprier pourrait être dû à une certaine forme de révélation divine faite à une seule personne qui se serait répandue par la suite grâce à sa supériorité manifeste. C’est d’autant plus étonnant que le mouvement « post-processualiste » ne cache pas qu’il trouve son inspiration dans les travaux des anthropologues marxistes français pour qui la religion représente « l’opium du peuple » (ou alors cela ne l’est pas car cela confirme que le marxisme est un succédané de religion en plus d’être une théorie économique). Revenons donc sur la genèse des saintes écritures à l’origine des monothéismes pour constater qu’elles n’ont pas été révélées d’un seul coup mais qu’elles ont évolué au fil du temps en fonction des circonstances, le mécanisme qui a présidé au passage de l’animisme au polythéisme doit être relativement similaire à celui qui a conduit du polythéisme au monothéisme, seuls les humains étant restés les mêmes entre ces deux époques. Nous sommes encore les mêmes aujourd’hui car depuis la révolution néolithique nous n’avons plus besoin d’évoluer pour nous adapter au changements du monde, c’est nous qui le changeons pour qu’il s’adapte à nous. Avec la révolution industrielle nous avons peut être poussé le bouchon un peu trop loin, aussi devrons nous le laisser vivre sa vie indépendamment en nous isolant dans des structures telles que la pyramide de Shimizu ou les Lilypads si nous voulons continuer à aller de l’avant et non retourner à l’âge de pierre.

 

La première tentative d’instaurer un monothéisme remonte à 1350 ans av-JC avec le culte d’Aton voulu par Aménophis IV, qui se fera alors appeler Akhénaton, en Egypte, à la suite des réformes entreprises par son père Aménophis III pour s’affranchir de la tutelle des prêtres de Thèbes. Aton a alors été placé au dessus des autres Dieux, il suffisait de trouver sous le soleil pour pratiquer son culte, il n’y avait plus besoin de rendre au temple et de faire des offrandes pour lui demander ses faveurs. Ce qui n’empêchera pas Akhénaton de dépenser des fortunes pour ériger de nouveaux temples dans le but d’imposer le nouveau culte d’état et même de déplacer la capitale pour affirmer sa puissance. Toutes ces réformes finiront par le rendre très impopulaire. Cela n’a pas duré bien longtemps, moins de vingt ans, les prêtres n’étant pas prêts à abandonner leurs pouvoirs d’intercession avec les différents Dieux, et les richesses qui vont de pair, au profit du seul Pharaon, et de sa femme, en l’occurrence Néfertiti, une autre nouveauté. (l’art égyptien de cette époque est lui aussi atypique, la courte période amarnienne se caractérise par une grande volonté de réalisme alors que l’art traditionnel représente toujours les personnages d’une manière idéalisée). Les cathares ont eu le même genre de problèmes lorsqu’ils ont voulu s’affranchir du pouvoir de l’Eglise et du Pape, il faudra attendre la Réforme pour voir émerger une organisation décentralisée de la religion chrétienne avec le succès qu’on lui connaît, surtout en matière de colonisation.

 

Si cette nouvelle religion n’a pas rencontré le succès escompté en Egypte, elle a pu inspirer les tribus israélites, la première mention d’Israël datant d’une centaine d’années après le règne d’Aménophis IV sur la stèle de Mérenptah qui fait état de sa victoire sur les peuples du pays de Canaan aux alentours de 1200 av JC. Israël désignait alors plutôt un ensemble de tribus nomades plus qu’un lieu géographique. Il n’était alors pas rare qu’elles migrent vers la fertilité du delta du Nil lorsque la famine sévissait au pays de Canaan. Ce n’est qu’à cette époque qu’on retrouve les premières traces de sédentarisation de ces groupes sur les hautes terres de Cisjordanie, lors de leurs installations précédentes ils avaient toujours fini par reprendre un mode de vie nomade, certainement à cause des variations climatiques. Ils n’adoraient pas encore tous le même Dieu, ils pratiquaient le culte de Dieux cananéens tel que Baal, mais aussi celui de Dieux locaux rattachés à des éléments du paysage comme une rivière ou une montagne. Par contre, ils avaient déjà en commun de ne pas consommer de viande de porc, contrairement aux Philistins qui peuplaient alors les basses terres de la côte. Cette coutume indique une volonté de leur part de se distinguer du reste de la population cananéenne qu’ils jugeaient certainement corrompue par le commerce auquel elle se livrait avec l’occupant égyptien. Le culte de l’une de ces divinités locales, YHWH soit Yahvé pour les chrétiens, va prendre de l’ampleur au fur et au mesure que les cités états cananéennes vont péricliter. Il semble que cette nouvelle religion ait été adoptée par deux modestes royaumes aux alentours de 900 av JC, Israël et Juda, mais aucune donnée archéologique ne vient confirmer leur unification sous l’égide du roi David, pas plus qu’il n’a été retrouvé de vestiges de constructions qui pourraient être attribuées sans conteste à son fils Salomon. L’adoption du même alphabet un siècle plus tard témoigne toutefois du rapprochement entre les deux communautés. Il faut attendre 700 av JC pour que Jérusalem devienne un centre important dans la région.

 

Les enjeux politiques actuels rendent difficile l’étude de cette période. De nombreux faux qui se voulaient de confirmer les récits bibliques ont été produits, ils ont pendant un temps trompé les meilleurs experts mondiaux avant que la supercherie ne soit découverte. « Les marchands d’histoire » est un documentaire qui vient en faire la démonstration.

 

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Le livre de Marek Halter, « Les mystères de Jérusalem », est aussi très utile pour comprendre que la recherche à ce sujet est sous l’influence de plusieurs parties aux intérêts divergents. Pour couper court à toute polémique, il est absurde de chercher une quelconque légitimité à l’état d’Israël dans une occupation antique du territoire ou de vouloir démontrer que le peuple juif n’est pas à l’origine du monothéisme pour le discréditer. Il est tout aussi absurde de chercher l’origine de la France dans la résistance de Vercingétorix aux troupes romaines et de se voir comme descendant direct des gaulois ou même de s’imaginer successeur de ceux qui ont bouté l’anglois hors de France avec Jeanne d’Arc. L’unité actuelle de la France remonte au mieux à la « patrie en danger » de 1792, mais plus sûrement encore aux combats dans les tranchées de 1914-1918 auxquels ont participé ensemble les appelés venus de toutes les régions de l’hexagone. Le coq gaulois descend en ligne directe des dinosaures mais il est vain de chercher l’explication de son comportement dans celui des « terribles lézards ».

Israël tient sa légitimité incontestable de sa victoire militaire face aux troupes arabes coalisées en 1948 à laquelle personne ne croyait. Sa constitution guerrière est similaire à celle de la plupart des états dans le monde (par exemple les Francs qui ont donné leur nom à la France sont à l’origine des peuples germaniques qui ont conquis une partie du territoire de la Gaule alors sous le contrôle de Rome). Cela ne justifie pas pour autant sa politique de colonisation ultérieure, condamnée par les institutions mondiales. La survie à long terme de l’état d’Israël est loin d’être garantie, cette région à la jonction des continents européen, asiatique et africain est en proie à l’instabilité depuis des milliers d’années, elle à tour à tour été occupée par les peuples de la mer ou Phéniciens qui donneront les Cananéens, les Egyptiens, les Hébreux, les Assyriens, les Perses, les Grecs, les Romains, les Byzantins, les Arabes, Les Croisés, les Ottomans et les Britanniques. Tous les grands empires sont passés sur le corps de cette pauvre terre, Israël n’en est pas responsable. Si cet état arrivait à stabiliser la région durablement, ce serait un grand progrès pour l’humanité toute entière. Cela ne se fera que grâce au dialogue et non par la violence, ce qui restera extrêmement compliqué tant que les pays arabes voisins verront en Israël la source de tous leurs maux car pour dialoguer il faut être deux. Le printemps arabe que nous vivons leur ouvrira peut être les yeux. En attendant, le peuple palestinien souffre terriblement de cette situation inextricable.

 

Le judaïsme ne prendra sa forme définitive que lorsqu’il sera devenu la première religion du Livre, certains de ses chapitres les plus importants seront écrits après la victoire de Nabuchodonor II sur le royaume de Juda vers 600 av JC, pendant l’exil à Babylone. Là, les israélites rencontreront d’autres pionniers du monothéisme qui ont pu avoir vent de l’expérience égyptienne, les disciples de Zarathoustra… (suite au prochain article)