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Le jour où l’Empire du Soleil Levant s’est éveillé

Le Japon, qui n’est certes pas un pays pauvre mais qui est très dépendant de ses importations en ce qui concerne l’énergie et l’alimentation, a des projets très ambitieux qui ont pour but de lui rendre son autonomie par rapport au reste du monde. Il n’est peut être pas inutile de rappeler que l’Empire du Soleil Levant a mené une politique d’isolement volontaire, le Sakoku, pendant 250 ans, entre 1641 et 1854, afin de ne pas tomber sous la domination coloniale d’étrangers qui se seraient appropriés leurs ressources naturelles comme le cuivre et l’argent. De fait les îles nippones sont les seules à ne jamais être tombées sous la domination européenne.

 

Ce n’est qu’en 1868 avec l’avènement de l’ère Meiji que le pays s’est résolument ouvert au commerce international, essentiellement sous la pression des américains, suite à l’expédition du commandant Matthew Perry et de ses canonnières de 1853. Avant cela, les échanges commerciaux se limitaient à ceux avec la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, la Chine et la Corée, et ils devaient tous transiter uniquement par Nagasaki; tout étranger ou japonais exilé qui voulait pénétrer sur le territoire national devait recevoir l’autorisation du Shogun sous peine de condamnation à mort.

 

Cette période correspond avec le début de l’intervalle historique dont nous vivons en ce moment la fin, celui de l’hégémonie américaine. En 1868, les Etats-Unis ont trouvé leur unité politique après la guerre de sécession (1861-1865), le premier conflit moderne ayant impliqué l’emploi des technologies issues de la révolution industrielle, à savoir le télégraphe et le chemin de fer. Les Prussiens se sont largement inspirés des observations faites lors de ce conflit pour planifier la guerre qu’ils ont mené contre la France en 1870, qui a directement conduit à celle de 1914-1918 puis à la deuxième guerre mondiale, c’est à dire au suicide de l’Europe faute d’avoir su construire son unité. (voir Naissance du dernier empire européen 1, 2,3)

 

Pendant que les européens prenaient inconsciemment la voie qui les conduirait à leur perte, le Japon faisait venir à grand frais ses meilleurs experts de toutes nationalités suivant leurs domaines d’excellence pour réaliser une transition rapide d’un système féodale archaïque vers une organisation moderne capable de s’adapter à la complexité d’un monde déjà globalisé à cette époque. Il y réussit tant et si bien qu’il a pu se doter de colonies telles que Taiwan ou les îles Pescadores et signer un traité d’alliance avec la Corée avant la fin du XIX ème siècle. Il participa à la première guerre mondiale aux côtés des futurs vainqueurs avant que son ambition expansionniste ne le pousse à défier ses anciens alliés au cours du second conflit planétaire du XX ème siècle. Sa sous estimation de la puissance militaire américaine le conduisit à son tour à sa ruine, il se retrouva occupé pour la première fois de son histoire. (il vivait jusque là dans le souvenir de sa résistance face à la tentative d’invasion menée par les chinois alors sous domination mongole à la fin du XIII ème siècle, grâce au Kamikaze, le « vent divin », un typhon qui envoya la flotte par le fond après de nombreuses tentatives de débarquement, toutes infructueuses, les samouraïs s’étant révélés invincibles en combat rapproché. Au XVII ème siècle ce sera au tour des japonais d’envoyer leur flotte à la conquête des ports chinois, avec un peu plus de succès et la même résultat de fermeture à toute influence étrangère de la part de l’Empire du Milieu. Cet acharnement à défendre l’intégrité de son territoire peut servir à justifier l’utilisation de la bombe atomique bien que la précipitation de son emploi s’explique surtout par une volonté de réduire au maximum l’influence soviétique dans la région. Cela n’a pas suffit à empêcher que l’armée rouge envahisse une partie de la Mandchourie, mais au contraire provoqué le conflit de 1950 qui a mené à la scission de la Corée, premier épisode chaud de la guerre froide)

 

L’ Histoire de cette région du monde reflète particulièrement bien ces mouvements d’ouverture/fermeture successifs (voir Plus dure sera la chute, La victoire et la crise…)et aujourd’hui avec la montée en puissance de l’influence chinoise, le Japon se prépare naturellement à devoir vivre à nouveau en autarcie en attendant que la conjoncture lui redevienne plus favorable. Conscient de la fragilité que lui confère son insularité, il essaye d’anticiper les conséquences de la concurrence accrue de son encombrant voisin sur les marchés de l’énergie et de l’alimentation et travaille à son autonomie dans les deux domaines. D’après « 2033 Atlas des futurs du monde » de Virginie Raisson (éd. Robert Laffont), le Japon devrait chuter à la huitième place dans le classement des économies mondiales d’ici 2050 alors qu’il est actuellement troisième. Standard & Poor’s vient d’ailleurs d’abaisser la note de sa dette à long terme de AA à AA- le 27 janvier.

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Naissance du dernier empire européen (denière partie)

Avec la victoire contre la France, Bismarck avait atteint son objectif: unifier l’Allemagne pour en faire une grande puissance européenne. Mais il a tout de suite dû faire face à un nouveau problème, l’affirmation du pouvoir de l’industrie qui lui a fourni les moyens de réaliser sa politique. Il était personnellement opposé à l’annexion de l’Alsace-Lorraine car il savait que les français voudraient alors prendre leur revanche pour récupérer ces territoires perdus et que cela nuirait à la stabilité du continent. C’était sans compter les intérêts de l’industrie qui convoitaient la houille et le minerai de fer lorrains, de qualité supérieure à ce qui se trouvait en Allemagne, et qui désiraient contrôler les voies commerciales nord-sud et est-ouest qui passent par l’Alsace. Bismarck a dû céder sur ce point pour s’assurer de leur soutient, tout en sachant que cela mènerait à une nouvelle guerre. Il avait malgré lui créé le complexe militaro-industriel dont Eisenhower parlera 75 ans plus tard et qui a fait dire à Anatole France après la première guerre mondiale: « on croit se battre pour la patrie; on meurt pour les industriels.».

Non contents d’avoir obtenu gain de cause, les marchands allemands vont aussi vouloir se constituer un empire colonial. Bismarck leur accorde alors la protection des comptoirs qu’ils ont établi de leur propre initiative au Togo, au Cameroun, en Namibie et en Tanzanie. Il leur faudra attendre la mort de Guillaume Ier en 1888 et le départ de Bismarck en 1890 pour que l’Allemagne s’engage à mettre tous les moyens militaires à leur disposition avec la constitution d’une puissante marine de guerre, concrétisée par le plan Tirpitz de 1897. L’arrivée au pouvoir de Guillaume II et surtout la nomination de Bernhard von Bülow au poste de ministre des affaires étrangères, en 1897, puis de chancelier, en 1900, marque la fin de la Realpolitik de Bismarck, elle laisse place à la Weltpolitik caractérisée par la course aux armements. (aujourd’hui, seule l’Europe n’y participe pas, partout ailleurs les armes se vendent comme des petits pains, elles représentent par exemple 30% des ventes de l’industrie américaine. Cela ne laisse rien présager de bon.) Ce changement va leur créer de puissants ennemis.

Tout d’abord la Russie se rapproche de la France à partir de 1878. Dans un premier temps, Bismarck avait pourtant réussi à isoler la France diplomatiquement grâce à l’entente des trois empereurs qu’il avait fait signer en octobre 1873 par le kaiser Guillaume Ier, le tsar Alexandre II et l’empereur autrichien François-Joseph. Elle garantissait une aide mutuelle en cas d’agression de l’un des trois empires par une puissance extérieure. Mais il voulait aussi mettre en place une union douanière entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie pour sceller leur rapprochement à long terme. Aussi fut-il accusé par la Russie de privilégier cette dernière, en 1878, lorsqu’il a été question de se partager les Balkans au détriment de l’empire Ottoman, l’homme malade de l’Europe à présent moribond. Un premier accroc dans l’entente était déjà apparu en 1875 lorsque la France avait réorganisé son armée et que l’Allemagne s’était déclarée prête à une guerre préventive que la Russie refusait, avec ce second incident, le tsar la déclarait caduque. L’Allemagne et l’Autriche-Hongrie signèrent alors la Duplice, une alliance en cas d’agression de la part de la Russie. Elles furent rejointes par l’Italie en 1882 pour former la Triplice. Mais ce n’est qu’à partir de 1890, avec la démission de Bismarck, que la Russie et la France vont réellement entreprendre de former une alliance, en réaction contre la Weltpolitik agressive voulue par le nouveau kaiser Guillaume II. Cela finit par aboutir à une convention purement défensive contre la Triplice en janvier 1894. Il n’était pas question que la Russie aide la France à prendre sa revanche sur l’Allemagne ou que la France aide la Russie à établir son hégémonie sur les Balkans.

 En 1897, c’est la Grande-Bretagne qui va prendre ombrage de la politique expansionniste de l’Allemagne qui met en place le plan Tirpitz destiné à rivaliser avec la Royal Navy. Cela remettait en cause l’équilibre qui s’était mis en place au terme de la conférence de Berlin de 1885 qui avait réuni toutes les puissances coloniales européennes au sujet du partage de l’Afrique, de la même manière que le traité de Tordesillas avait décidé du partage de l’Amérique près de 400 ans auparavant. La conférence définit la notion de sphère d’influence par l’occupation effective du terrain par la puissance colonisatrice, elle peut s’étendre jusqu’à rencontrer une sphère d’influence voisine. Mais Bismarck l’a avant tout réunie pour jouer le rôle d’intermédiaire dans le contentieux qui oppose français et anglais au sujet du Congo. Il sera réglé par la création de l’état indépendant du Congo, cédé au souverain d’un état neutre, le territoire appartient à présent en propre au roi Léopold II de Belgique. Il garantit encore la liberté de commerce dans le bassin du fleuve Congo ainsi que la liberté d’y naviguer, de même que sur le Niger. Il interdit aussi la pratique de l’esclavage. (l’indifférence de la communauté internationale envers la manière dont Léopold II traite les populations locales -la prise en otage des femmes et des enfants, qui meurent en masse dans des camps insalubres, et que les hommes ne pouvaient libérer qu’à condition qu’ils fournissent un quota suffisant de caoutchouc ou d’ivoire, pour voir toute la famille exécutée une fois le travail accompli- laissera Hitler penser qu’il obtiendra la même réaction avec le sort qu’il réserve aux juifs. Le manque de diligence à punir les dirigeants turcs qui ont organisé le génocide des Arméniens pendant la première guerre mondiale, alors qu’ils ont été condamnés à mort dans leur pays et ont trouvé refuge chez leur allié allemand, ne fera que le conforter dans cette opinion et l’encourager à exterminer le peuple polonais.)

L’abandon de la politique diplomatique de Bismarck poussera plus efficacement encore la France et la Grande-Bretagne à régler leurs différents coloniaux. Cela leur permettra de passer outre l’animosité qui règne entre les deux nations depuis la guerre de cent ans, l’Angleterre se décidera à sortir de son splendide isolement pour aboutir à l’entente cordiale entre les deux pays en 1904. Le 31 août 1907, le Royaume-Uni signe un accord similaire avec la Russie; il définit leurs sphères d’influence respectives en Afghanistan et en Perse. De fait, la Triple Entente venait de voir le jour en contrepoids à la Triplice. Il ne manquait plus que l’étincelle qui provoquera la première guerre mondiale, le crépuscule des empires européens qui ne pourront dès lors plus s’opposer à l’émergence de la puissance américaine venue à leur rescousse en dernier ressort, conformément à la doctrine à laquelle se tenait Bismarck dans ses alliances.

La défaite française de 1870 a permis la naissance de l’Empire Allemand, mais aussi légitime que soit l’aspiration d’un peuple à former une nation souveraine respectée par les autres, l’annexion de l’Alsace-Moselle a outrepassé les limites de l’acceptable, elle a scellé le sort de l’Europe et déterminé le cours de l’histoire du vingtième siècle. Les deux guerres mondiales qui ont suivi avec leur cortège de crimes inexpiables en découlent directement, sans elle, le bloc communiste n’aurait peut être jamais vu le jour. Aujourd’hui nous nous trouvons à nouveau dans une situation similaire à celle de la fin du 19ème siècle, un monde fermé où chaque conquête ne peut s’effectuer qu’au détriment d’un voisin, il serait peut être bon de ne pas commettre les mêmes erreurs, elles ont coûté la vie à des dizaines de millions de gens pour finalement revenir au point de départ.

Si le caractère cyclique des évènements historiques est un lieu commun, il n’est évidement pas question de dire qu’ils se déroulent toujours de la même façon. Les conditions changent selon les époques et, même si l’humanité a démontré à maintes reprises son incapacité à retenir les leçons de l’histoire, nous devons tenir compte de sa capacité d’apprentissage. Après avoir constaté que la volonté d’accaparer les ressources qui se trouvent au-delà de son territoire pousse à une résistance acharnée qui mène tout droit aux tranchées, puis qu’attribuer tous les torts à un pays qu’on condamne au sous développement par des dommages de guerre exorbitants constitue une humiliation qui ne peut qu’entraîner le peuple vers un nationalisme exacerbé vecteur d’horreurs inimaginables, nous devrions comprendre que nous n’avons d’autre solution que de nous entendre pour nous concentrer sur la recherche de nouvelles ressources.

La spéculation coloniale ou l’explosion de la bulle papale

Penchons nous à présent sur le déroulement de l’expansion européenne à travers le globe. Si nous comparons le potentiel des différents protagonistes candidats à la suprématie coloniale, nous constaterons que rien ne s’est passé comme prévu. L’ Espagne avait l’avantage d’être la première sur le terrain, mais la France avait à la fois la puissance militaire et les ressources naturelles nécessaires à la conquête de nouveaux territoires. Rien ne laissait présager du triomphe de la pauvre Angleterre, récemment défaite, ou de la minuscule Hollande, pourtant, avec le recul, nous ne pouvons que constater que ce sont ces deux derniers pays qui ont su en tirer les plus gros bénéfices. Les prévisions dans le domaine de la colonisation étaient aussi hasardeuses que les investissements en bourse sur lesquels s’engagent les acteurs de la finance mondiale de nos jours.

 

La première chose que la monarchie espagnole ait fait après la découverte de ces nouveaux territoires a été de décréter que tout ce qui se trouve à plus de 370 lieues des côtes du Cap Vert, c’est à dire au delà de 46° de latitude ouest, lui appartenait de plein droit, d’après les termes du traité de Tordesillas signé en 1494 qui devait résoudre le conflit avec le Portugal qui se prévalait alors de la bulle papale Æterni regis édictée en 1481 par laquelle leur était accordée la possession de toutes les terres conquises par les chrétiens d’Afrique jusqu’aux Indes. L’Espagne a en quelque sorte fait breveter son invention (on appelle légalement inventeur celui qui découvre un trésor) de manière à la protéger de la concurrence des autres pays. Un peu plus tard, François Ier contestera la clause du testament d’Adam qui exclurait  la France du partage du reste du monde

Ce faisant, elle a épuisé ses ressources naturelles à vouloir l’exploiter seule. Les forêts qui ont servi à bâtir la flotte nécessaire pour ramener les richesses d’ outre mer ont alors laissé place au paysage de sierra désertique que nous connaissons. Un siècle et demi plus tard, fort de cette expérience désastreuse, Colbert, le ministre de Louis XIV, ordonnera que les arbres abattus pour la construction navale soient immédiatement replantés afin que la même chose ne se produise pas en France (la même précaution sera prise en vue du remplacement de la charpente du château de Versailles); ce qui explique en partie la tiédeur des Français en ce qui concerne l’aventure coloniale. Bien que dotée d’une large façade maritime, la France a privilégié l’ambition de devenir une grande puissance continentale, seul Richelieu aura été un ardent défenseur de la politique coloniale avant la Révolution. Il faudra ensuite attendre 1830, après que Napoléon ait échoué à unifier le continent pour que la colonisation devienne une priorité absolue.

 

Les premiers temps de la conquête des airs grâce à l’invention de l’aviation ont engendré une situation relativement similaire. D’un côté de l’Atlantique, les frères Wright ont déposé des brevets sur toutes les pièces qui composaient leur aéroplane et ils ont épuisé leur énergie en de nombreux procès au lieu de se consacrer au perfectionnement de leur machine qui leur aurait permis de garder leur avance, empêchant ainsi le développement de cette technologie dans leur pays. Pendant ce temps, de l’autre côté de l’océan, en France en particulier, l’aristocrate brésilien Santos-Dumont cédait à titre gracieux la licence de ses « demoiselles » a qui la lui demandait, avec la permission de les modifier selon leur gré. Au résultat, l’industrie aéronautique française était devenue florissante et tous les éléments qui composent un avion moderne avaient été inventés sur le vieux continent à la veille de la première guerre mondiale, tandis que les américains se sont retrouvés à la traîne, faute d’avoir su faire progresser les techniques de fabrication des avions en les partageant avec les ingénieurs les plus compétents. Il aura fallu attendre que les japonais attaquent Pearl Harbor pour que le gouvernement américain investisse massivement dans cette arme indispensable à la victoire pour réellement rattraper le retard pris sur les européens, même si la NACA(National Advisory Comitee for Aeronautics), ancêtre de la NASA a été crée dans ce but dès 1917. La France à quant à elle perdu son avance en dépensant des fortunes dans la construction de la ligne Maginot. Cela souligne encore une fois à quel point il est difficile de prévoir quel placement s’avèrera gagnant pour l’avenir.

 

De plus, le « brevet » espagnol avait une faille. Personne ne pouvait alors se douter que les quelques îles qui avaient été découvertes dissimulaient en fait le vaste continent Américain lorsqu’il a été déposé, ni que ce dernier s’étendrait plus à l’est que prévu. Ainsi le Portugal se trouva t-il à son tour doté d’un empire colonial en Amérique du Sud à partir du moment où Cabral découvrit le Brésil en 1500, tout en respectant les closes du traité signé sous l’égide du pape Alexandre VI.

 

Aujourd’hui encore, cette manière quelque peu cavalière de s’approprier les choses n’est pas totalement révolue. Elle ne concerne plus la terre mais le savoir. A l’époque, il suffisait d’être muni d’une simple lettre signée par le souverain et d’y indiquer les coordonnées du lieu pour en revendiquer la pleine propriété, de nos jours il suffit d’analyser une plante pour en extraire le principe actif pour revendiquer l’exclusivité de son exploitation, comme le dit un Indien (un vrai, d’Inde), dans un reportage à propos d’un arbre que son peuple utilise depuis des millénaires pour sa capacité à protéger des caries. Même le ministre de la santé de ce pays s’est indigné du procédé. Les pauvres du monde entier ont compris maintenant qu’il ne faut pas montrer ses petits secrets de fabrication aux étrangers sous peine de se les faire voler et de devoir payer des droits pour continuer à les utiliser. Le lobby pharmaceutique aurait par exemple réussi à faire interdire la vente des plantes médicinales en Europe à partir d’avril 2011 selon la rumeur.

Le problème est identique avec les OGM, les semanciers introduisent un gène dans une plante qu’ils vendent à prix d’or, sans tenir compte du travail de sélection effectué par les paysans depuis 11 000 ans sans lequel ils ne seraient rien. De plus il faut acheter les produits phytosanitaires et autres désherbants à la même industrie agro-alimentaire pour que la culture soit rentable et pour finir, vendre sa récolte à la grande distribution ou aux industriels qui décident de son prix, sans parler des spéculateurs qui le font varier dans des proportions délirantes d’une année à l’autre. Rien de tel que ce climat pour que mûrissent « les raisins de la colère ».

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Auto da fé – acte de foi

Maintenant que la comparaison entre les deux époques, la nôtre et la fin du Moyen Age (voir article précédent), est établie, précisons tout de suite qu’il n’est pas question de désigner une attitude, l’expédition de Christophe Colomb, comme étant le « bien » et l’autre, l’Inquisition, comme étant le « mal ».
La colonisation qui a suivi la découverte du Nouveau Monde a engendré l’esclavage des Africains et le génocide des peuples autochtones d’Amérique et plus tard d’Océanie. Pour que les territoires nouvellement découverts deviennent un paradis sur terre, il fallait d’une part faire comme s’ils avaient dès l’origine été réservés par Dieu à l’usage des croyants, donc de ne reconnaître aucun droit de propriété aux populations locales, et même s’arroger le droit d’éliminer celles qui refuseraient de se soumettre à la volonté divine en se convertissant. Et d’autre part, il fallait que les colons puissent profiter des richesses sans qu’ils n’aient besoin de travailler par eux-mêmes. N’oublions pas que nous sommes à l’époque féodale et que les nobles espagnols exploitaient leurs serfs sans que cela ne leur pose de problème de conscience, ce n’est que bien plus tard que le travail est devenu une valeur qui permet l’épanouissement de l’âme. Cette situation a perduré jusque dans la première moitié du XXème siècle, de même que dans le sud de l’Italie. Ils ne pouvaient simplement pas dépeupler leurs fiefs d’Espagne pour produire de la richesse outre-mer. Cela a donné lieu à la controverse de Valladolid, en 1550-1551, lorsque Charles Quint voulut que les conquêtes dans le Nouveau Monde se fassent avec justice et en sécurité de conscience. Les villes des civilisations précolombiennes ayant fortement impressionné les conquistadores, il ne faisait aucun doute que les « indiens » étaient dotés d’une âme, ce sont donc les Africains qui n’avaient pas de telles cités qui ont été désignés comme source intarissable de main d’œuvre. Certains discours ont encore les mêmes relents nauséabonds de nos jours. Les conclusions de ce débat initié par la très sainte Espagne sous l’égide du Pape seront adoptées par tous les pays colonisateurs, même ceux devenus entre temps protestants ne s’interrogeront plus sur le bien fondé de leur politique esclavagiste.  Lorsque La Fayette a demandé a son ami George Washington d’abolir l’esclavage après la guerre d’indépendance des Etats-Unis (1775-1783), il lui a tout simplement répondu: « Mais qui va travailler alors. ».
Bien qu’elle ait mauvaise réputation,l’Inquisition a quant à elle posé les bases de la justice telle que nous la connaissons aujourd’hui encore, avec son enquête à charge, mais aussi à décharge. La procédure inquisitoire différait en fait assez peu des procédures pénale civiles, elle s’inspirait beaucoup du droit romain. Cette juridiction n’utilisait pas plus la torture que les autres, voire même moins, lorsque le suspect avouait spontanément il était le plus souvent condamné à une peine légère, un pèlerinage, première forme de tourisme qui permettait de rencontrer des gens de toutes les régions d’Europe et a favorisé les échanges de savoir entre les populations en plus de renforcer le sentiment d’appartenir à une entité homogène, la Chrétienté, lorsqu’il s’effectuait à St Jacques de Compostelle après que las Sarrasins en eurent été chassés; et quand le cas était complexe, l’inquisiteur devait réunir un collège d’hommes choisis pour leurs bonne mœurs pour l’assister dans sa prise de décision, ce qui aboutira à la constitution des jurys populaires que nous connaissons. Cette juridiction à surtout été utilisée abusivement lorsqu’il s’agissait de régler des problèmes de pouvoir, comme se fut le cas pour les Templiers. L’Inquisition espagnole a quant à elle beaucoup servi à forger l’unité du pays autour du rejet de l’autre, les sujets de confession juive en l’occurence, tout d’abord incités à se convertir, puis soupçonnés de continuer à pratiquer clandestinement sa religion pour les Conversos et finalement expulsés du pays suite à un décret d’Isabelle la Catholique.

L’Histoire est une suite de décisions qui ont pour la plupart conduit tôt ou tard à des évènements moralement condamnables. Il s’agit ici uniquement de décrire l’opposition qu’il peut y avoir entre la manière d’envisager les choses selon que l’on se place du point de vue d’un monde ouvert, qui a conduit à la colonisation ou fermé, qui a donné l’inquisition. Nous n’échapperons de toute façon ni à l’une ni à l’autre tendance, nous ne pouvons qu’essayer d’en éviter les dérives; Autant que faire se peut.

Emancipate yourself from mental slavery
None but ouselves can free our mind
Have no fear for atomic energy
Cause none a them can stop the time
Bob Marley  « Redemption song »

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