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Naissance du dernier empire européen (denière partie)

Avec la victoire contre la France, Bismarck avait atteint son objectif: unifier l’Allemagne pour en faire une grande puissance européenne. Mais il a tout de suite dû faire face à un nouveau problème, l’affirmation du pouvoir de l’industrie qui lui a fourni les moyens de réaliser sa politique. Il était personnellement opposé à l’annexion de l’Alsace-Lorraine car il savait que les français voudraient alors prendre leur revanche pour récupérer ces territoires perdus et que cela nuirait à la stabilité du continent. C’était sans compter les intérêts de l’industrie qui convoitaient la houille et le minerai de fer lorrains, de qualité supérieure à ce qui se trouvait en Allemagne, et qui désiraient contrôler les voies commerciales nord-sud et est-ouest qui passent par l’Alsace. Bismarck a dû céder sur ce point pour s’assurer de leur soutient, tout en sachant que cela mènerait à une nouvelle guerre. Il avait malgré lui créé le complexe militaro-industriel dont Eisenhower parlera 75 ans plus tard et qui a fait dire à Anatole France après la première guerre mondiale: « on croit se battre pour la patrie; on meurt pour les industriels.».

Non contents d’avoir obtenu gain de cause, les marchands allemands vont aussi vouloir se constituer un empire colonial. Bismarck leur accorde alors la protection des comptoirs qu’ils ont établi de leur propre initiative au Togo, au Cameroun, en Namibie et en Tanzanie. Il leur faudra attendre la mort de Guillaume Ier en 1888 et le départ de Bismarck en 1890 pour que l’Allemagne s’engage à mettre tous les moyens militaires à leur disposition avec la constitution d’une puissante marine de guerre, concrétisée par le plan Tirpitz de 1897. L’arrivée au pouvoir de Guillaume II et surtout la nomination de Bernhard von Bülow au poste de ministre des affaires étrangères, en 1897, puis de chancelier, en 1900, marque la fin de la Realpolitik de Bismarck, elle laisse place à la Weltpolitik caractérisée par la course aux armements. (aujourd’hui, seule l’Europe n’y participe pas, partout ailleurs les armes se vendent comme des petits pains, elles représentent par exemple 30% des ventes de l’industrie américaine. Cela ne laisse rien présager de bon.) Ce changement va leur créer de puissants ennemis.

Tout d’abord la Russie se rapproche de la France à partir de 1878. Dans un premier temps, Bismarck avait pourtant réussi à isoler la France diplomatiquement grâce à l’entente des trois empereurs qu’il avait fait signer en octobre 1873 par le kaiser Guillaume Ier, le tsar Alexandre II et l’empereur autrichien François-Joseph. Elle garantissait une aide mutuelle en cas d’agression de l’un des trois empires par une puissance extérieure. Mais il voulait aussi mettre en place une union douanière entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie pour sceller leur rapprochement à long terme. Aussi fut-il accusé par la Russie de privilégier cette dernière, en 1878, lorsqu’il a été question de se partager les Balkans au détriment de l’empire Ottoman, l’homme malade de l’Europe à présent moribond. Un premier accroc dans l’entente était déjà apparu en 1875 lorsque la France avait réorganisé son armée et que l’Allemagne s’était déclarée prête à une guerre préventive que la Russie refusait, avec ce second incident, le tsar la déclarait caduque. L’Allemagne et l’Autriche-Hongrie signèrent alors la Duplice, une alliance en cas d’agression de la part de la Russie. Elles furent rejointes par l’Italie en 1882 pour former la Triplice. Mais ce n’est qu’à partir de 1890, avec la démission de Bismarck, que la Russie et la France vont réellement entreprendre de former une alliance, en réaction contre la Weltpolitik agressive voulue par le nouveau kaiser Guillaume II. Cela finit par aboutir à une convention purement défensive contre la Triplice en janvier 1894. Il n’était pas question que la Russie aide la France à prendre sa revanche sur l’Allemagne ou que la France aide la Russie à établir son hégémonie sur les Balkans.

 En 1897, c’est la Grande-Bretagne qui va prendre ombrage de la politique expansionniste de l’Allemagne qui met en place le plan Tirpitz destiné à rivaliser avec la Royal Navy. Cela remettait en cause l’équilibre qui s’était mis en place au terme de la conférence de Berlin de 1885 qui avait réuni toutes les puissances coloniales européennes au sujet du partage de l’Afrique, de la même manière que le traité de Tordesillas avait décidé du partage de l’Amérique près de 400 ans auparavant. La conférence définit la notion de sphère d’influence par l’occupation effective du terrain par la puissance colonisatrice, elle peut s’étendre jusqu’à rencontrer une sphère d’influence voisine. Mais Bismarck l’a avant tout réunie pour jouer le rôle d’intermédiaire dans le contentieux qui oppose français et anglais au sujet du Congo. Il sera réglé par la création de l’état indépendant du Congo, cédé au souverain d’un état neutre, le territoire appartient à présent en propre au roi Léopold II de Belgique. Il garantit encore la liberté de commerce dans le bassin du fleuve Congo ainsi que la liberté d’y naviguer, de même que sur le Niger. Il interdit aussi la pratique de l’esclavage. (l’indifférence de la communauté internationale envers la manière dont Léopold II traite les populations locales -la prise en otage des femmes et des enfants, qui meurent en masse dans des camps insalubres, et que les hommes ne pouvaient libérer qu’à condition qu’ils fournissent un quota suffisant de caoutchouc ou d’ivoire, pour voir toute la famille exécutée une fois le travail accompli- laissera Hitler penser qu’il obtiendra la même réaction avec le sort qu’il réserve aux juifs. Le manque de diligence à punir les dirigeants turcs qui ont organisé le génocide des Arméniens pendant la première guerre mondiale, alors qu’ils ont été condamnés à mort dans leur pays et ont trouvé refuge chez leur allié allemand, ne fera que le conforter dans cette opinion et l’encourager à exterminer le peuple polonais.)

L’abandon de la politique diplomatique de Bismarck poussera plus efficacement encore la France et la Grande-Bretagne à régler leurs différents coloniaux. Cela leur permettra de passer outre l’animosité qui règne entre les deux nations depuis la guerre de cent ans, l’Angleterre se décidera à sortir de son splendide isolement pour aboutir à l’entente cordiale entre les deux pays en 1904. Le 31 août 1907, le Royaume-Uni signe un accord similaire avec la Russie; il définit leurs sphères d’influence respectives en Afghanistan et en Perse. De fait, la Triple Entente venait de voir le jour en contrepoids à la Triplice. Il ne manquait plus que l’étincelle qui provoquera la première guerre mondiale, le crépuscule des empires européens qui ne pourront dès lors plus s’opposer à l’émergence de la puissance américaine venue à leur rescousse en dernier ressort, conformément à la doctrine à laquelle se tenait Bismarck dans ses alliances.

La défaite française de 1870 a permis la naissance de l’Empire Allemand, mais aussi légitime que soit l’aspiration d’un peuple à former une nation souveraine respectée par les autres, l’annexion de l’Alsace-Moselle a outrepassé les limites de l’acceptable, elle a scellé le sort de l’Europe et déterminé le cours de l’histoire du vingtième siècle. Les deux guerres mondiales qui ont suivi avec leur cortège de crimes inexpiables en découlent directement, sans elle, le bloc communiste n’aurait peut être jamais vu le jour. Aujourd’hui nous nous trouvons à nouveau dans une situation similaire à celle de la fin du 19ème siècle, un monde fermé où chaque conquête ne peut s’effectuer qu’au détriment d’un voisin, il serait peut être bon de ne pas commettre les mêmes erreurs, elles ont coûté la vie à des dizaines de millions de gens pour finalement revenir au point de départ.

Si le caractère cyclique des évènements historiques est un lieu commun, il n’est évidement pas question de dire qu’ils se déroulent toujours de la même façon. Les conditions changent selon les époques et, même si l’humanité a démontré à maintes reprises son incapacité à retenir les leçons de l’histoire, nous devons tenir compte de sa capacité d’apprentissage. Après avoir constaté que la volonté d’accaparer les ressources qui se trouvent au-delà de son territoire pousse à une résistance acharnée qui mène tout droit aux tranchées, puis qu’attribuer tous les torts à un pays qu’on condamne au sous développement par des dommages de guerre exorbitants constitue une humiliation qui ne peut qu’entraîner le peuple vers un nationalisme exacerbé vecteur d’horreurs inimaginables, nous devrions comprendre que nous n’avons d’autre solution que de nous entendre pour nous concentrer sur la recherche de nouvelles ressources.

Naissance du dernier empire européen (2ème partie)

Revenons à la guerre austro-prussienne de 1866. L’Autriche bénéficiait de l’aide de ses alliés, pour la plupart des états situés dans le sud de l’Allemagne actuelle. Il n’aura fallu que très peu de temps pour qu’ils soient battus par les forces prussiennes, soutenues par plusieurs états du nord et l’Italie. La guerre est déclarée le 19 juin 1866 et la bataille décisive à lieu à Sadowa le 3 juillet. La rapidité est est essentielle dans la stratégie de Bismarck pour éviter toute intervention étrangère, française ou russe. Il doit employer toute sa force de persuasion pour convaincre Guillaume Ier de ne pas faire marcher les troupes sur Vienne, mais au contraire d’arriver au plus tôt à un accord de paix avec l’Autriche.

Napoléon III servira d’intermédiaire entre les deux parties belligérantes lors des pourparlers de Nikolsburg le 26 juillet 1866. Ce dernier est encore une fois le dupe de Bismarck qui a déjà prévu que la France serait sa prochaine cible. Aussi la Prusse ne demande t-elle pas de réparations à l’Autriche pour le préjudice subi, de manière à ce qu’elle n’intervienne pas dans ce prochain conflit. Le traité de paix définitif est signé à Prague le 23 août, il accorde à la Prusse l’annexion des duchés du Schleswig et de Holstein, et place sous son autorité les état de Hanovre, de Hesse-Cassel, de Nassau ainsi que la ville libre de Francfort. La continuité entre les territoires de l’est et de l’ouest est alors établie, ce qui permettra d’acheminer les troupes à la frontière française sans encombre. Bismarck a pour but de sceller l’unité allemande en prenant une revanche sur le pays qui a provoqué l’éclatement du Saint-Empire Germanique au cours des campagnes napoléoniennes. Mais il ne veut absolument pas passer pour l’agresseur, ce qui risquerait d’inciter la Russie à intervenir.

Le chancelier continue alors sa politique de vexation envers la France. Le 2 juillet 1870, il rend publique la candidature du Prince Leopold Hohenzollern-Sigmarigen à la succession du trône d’Espagne resté vacant depuis la révolution de 1868. La France ne peut évidemment pas accepter de se retrouver encerclée par une force acquise aux intérêts prussiens. Le 9 juillet, l’ambassadeur français, le comte Benedetti, se rend à Ems où se repose le roi Guillaume Ier dans le but de le rencontrer, Bismarck étant prétendument introuvable à Berlin. Le 12 juillet, le père du prince annonce officiellement le retrait de la candidature de son fils; pris de vitesse, le chancelier prussien menace alors de démissionner si son roi reçoit à nouveau l’ambassadeur français. Une nouvelle entrevue impromptue a pourtant lieu le 13 juillet au matin lors de la promenade du roi. Le comte Benedetti presse le monarque de lui certifier qu’il ne consentira jamais plus à la candidature du prince en cas de revirement de la famille Hohenzollern, afin qu’il puisse télégraphier à l’empereur sur le champ. Le roi refuse assez sèchement, attendu qu’on ne devait ni ne pouvait prendre de pareils engagements à tout jamais. Il ajoute que l’ambassadeur est mieux informé que lui par Madrid et Paris, aucune information officielle ne lui étant encore parvenue. Lorsqu’il reçoit la lettre du prince l’informant de son renoncement au trône, il fait prévenir le comte Benedetti par son aide de camp, le Prince Radzwill, et qu’il n’a par conséquent plus rien à lui dire.

Le roi relate les évènements dans un télégramme à destination de Bismarck, l’incident aurait dû en rester là. Mais le chancelier va transformer la dépêche qui reste dans des termes acceptables pour la diplomatie afin qu’elle paraisse beaucoup plus insolente à l’égard du comte. Le lendemain elle paraît en ces termes dans les journaux français:

« Berlin, 13 juillet – On mande d’Ems. Après que la renonciation du prince Léopold de Hohenzollern eut été communiquée au gouvernement français par le gouvernement espagnol, l’ambassadeur de France a exigé de nouveau de Sa Majesté l’autorisation de faire connaître à Paris que pour tout l’avenir, Sa Majesté le Roi s’engageait à ne plus donner son autorisation, si les Hohenzollern revenaient sur leur candidature. Là-dessus, Sa Majesté le Roi a refusé de recevoir encore une fois l’ambassadeur et lui a fait dire par l’adjudant de service que Sa Majesté n’avait plus rien à lui communiquer.

D’après d’autres informations en provenance d’Ems, le Roi aurait fait dire à Benedetti qu’il aurait hautement approuvé la renonciation de son cousin au trône d’Espagne et qu’il considérait dès lors tout sujet de conflit comme écarté. » (source Wikipédia-Dépêche d’Ems-)

Primo, l’ambassadeur n’a jamais rien exigé du roi et secundo, le terme allemand Adjutant qui signifie aide de camp a sciemment été mal traduit pour faire croire que le diplomate avait été rembarré par un sous fifre insignifiant et non par un prince. La dernière phrase ne laisse aucun doute quant eu pacifisme prussien, toute réaction hostile de la part de la France la fera alors passer pour l’agresseur. Elle ne tarde pas à arriver, le plan de Bismarck est un succès.

Il en sera de même pour la guerre qui s’ensuivit. Comme en 1940, la défaite française n’est pas tant due à un armement inférieur qu’à une organisation déficiente. Seuls les canons prussiens, en acier, à chargement par la culasse, sont nettement plus performants que les français, en bronze qui sec chargent par la gueule. (les fuites à destination de l’Allemagne qui seront reprochées à Alfred Dreyfus 24 ans plus tard concernent les performances de l’artillerie. Cette affaire annonce toutes les horreurs de la première moitié de XXème siècle).

Même s’il ne manque pas un bouton de guêtre, l’armée n’est pas prête à un conflit contre une puissance qui a intégré l’utilisation des technologies modernes qu’elle a étudié lors de la guerre de Sécession puis rôdé pendant sa confrontation avec l’Autriche. En 1870, la mobilisation prussienne est massive, plus encore qu’elle ne le sera en 1914. Elle permet d’emblée d’acheminer 500 000 hommes à la frontière grâce à un réseau de chemin de fer fort bien développé alors que la France ne peut en aligner que la moitié à peine. Leur bravoure n’est pas à remettre en cause, mais le commandement n’est pas à la hauteur de l’enjeu, il n’a pas pris le mesure de la détermination prussienne, il ne croit pas à la stratégie offensive que les troupes allemandes coalisées vont adopter, aussi ne dispose t-il même pas des cartes détaillées des territoires qu’ils vont devoir défendre. Il arrivera que les troupes appelées en renfort soient obligées de chercher le lieu de la bataille au son du canon. Le temps qu’elles soient sur place, il sera évidemment trop tard.

Les prussiens quant à eux utilisent le télégraphe qu’ils déroulent au fur et à mesure de leur avancée pour communiquer efficacement. Si l’on ajoute l’inaptitude des officiers à utiliser efficacement les armements dont ils disposent contre une armée organisée à cause de leur habitude d’acquérir des victoires faciles dans les expéditions coloniales, on comprend mieux qu’il n’ait fallu qu’un mois pour que l’armée française se retrouve encerclée à Sedan et l’empereur fait prisonnier dans la foulée, le 2 septembre 1870. Cela explique aussi pourquoi les soldats des deux camps penseront que le conflit trouvera vite une issue lorsque la guerre sera à nouveau déclarée en 1914.

Le peuple de France ne peut accepter cette humiliante défaite, aussi la fin de l’Empire est-elle décrétée le 4 septembre 1870 pour laisser place au Gouvernement de la Défense Nationale, suite à l’envahissement de l’Assemblée Nationale par la foule qui soutient les députés républicains. Malgré cette organisation de la résistance contre l’envahisseur, Paris est encerclée à partir du 19 septembre. Strasbourg est prise le 28 septembre, Metz tombe le 27 octobre, les défaites succèdent aux défaites, tant et si bien que le roi Guillaume Ier de Prusse, sûr de sa victoire, finit par être proclamé Empereur le 18 janvier 1871, dans la galerie des glaces du château de Versailles, là où sera signé le traité mettant fin à la première guerre mondiale en juin 1919. (en juin 1940, Hitler fera signer l’armistice dans la clairière de Rethondes, dans le même wagon où la délégation allemande avait signé celle de novembre 1918, avant de le détruire.) Le gouvernement français signe l’armistice le 28 janvier 1871, puis un traité de paix préliminaire le 26 février après que Belfort ait reçu l’ordre de se rendre, le 18, sans toutefois être vaincue (ce qui explique que le Territoire de Belfort ait été exclu de l’annexion contrairement aux régions sous l’autorité de Strasbourg et Metz), toujours à Versailles. Il sera confirmé par un traité de paix définitif le 10 mai, à Francfort.

Plusieurs villes refusent cependant de se plier, Marseille, Lyon, Saint-Etienne, Narbonne, Toulouse, Le Creusot, Limoges déclarent la Commune à la suite de Paris qui a ouvert la voie le 18 mars. Elles furent toutes rapidement réprimées pour aboutir à la semaine sanglante du 21 au 28 mai dans la capitale. Cette première insurrection prolétarienne servira d’exemple aux révolutionnaires Russes de 1917.

Naissance du dernier empire européen (1ère partie)

Dans la deuxième partie du 19ème siècle, la situation politique de l’Europe est aussi complexe que celle que dont nous avons hérité en ce début de 21ème siècle au niveau mondial. Elle est le fruit de la Révolution française qui a bouleversé l’équilibre des pouvoirs en liguant toutes les monarchies européennes contre la république, puis des guerres napoléoniennes menées en réaction à partir de 1802. L’une des principales conséquences de ces conflits aura été l’éclatement du Saint-Empire Romain Germanique qui occupait la position centrale du continent. Cela a abouti à sa partition entre, d’une part, l’Empire d’Autriche qui garde une certaine unité, et d’autre part, la Confédération du Rhin qui regroupe une multitude de petits Etats  autour d’une alliance militaire sans réelle cohérence politique.

La Prusse, restée extérieure à la confédération aura alors à cœur d’unifier cette entité disparate sous son autorité. Elle a déjà obtenu le rattachement de la Prusse Orientale, de la Posnanie, de la moitié nord de la Saxe et d’une grande partie de le Rhénanie et de la Westphalie au congrès de Vienne en 1815,  quand les grandes puissances victorieuses de Napoléon se sont partagé l’Empire. Elle a par la suite mis en place le Zollverein, une union douanière avec le Wurtenberg, la Thuringe et la Saxe en 1834, puis le pays de Bade et Nassau en 1835, Francfort en 1836 et finalement le Brunswick et le Luxembourg en 1842. Ces états adoptent une monnaie commune, le thaler prussien, et imposent des droits de douanes élevés aux produits étrangers, anglais en particulier, de manière à développer leur propre industrie sans avoir à subir la concurrence.

 

Otto von Bismarck a été le principal artisan de ce projet de constitution d’un nouvel empire. Il a bien sûr dû entreprendre des guerres contre ses voisins mais aussi ménager les grandes puissances impériales de manière pragmatique. Pour ce faire, il a élaboré la realpolitik qui subordonne la politique étrangère à l’intérêt national. Vu sa position centrale, Bismarck craignait plus que tout une alliance entre la France et la Russie qui le prendrait en étau et l’obligerait à mener une guerre sur deux fronts. Il s’est inspiré des œuvres de Machiavel pour éviter ce problème. Il rejoint en cela la vision pragmatique de la politique de la Grèce  antique ou  de la  Chine Impériale, en rupture avec l’esprit chevaleresque qui présidait en Europe depuis le Moyen-âge.

La première guerre qu’il entreprend est celle des Duchés en 1864. Elle vise à ramener dans le giron allemand les duchés du Schleswig, d’Holstein et du Lauenburg qui ont été annexés par le Danemark quelques mois plus tôt. Pour l’occasion, la Prusse s’allie avec l’Empire d’Autriche au nom de la défense de l’espace de l’ancien Saint-Empire Romain Germanique et de ses valeurs. La victoire leur est vite acquise, mais la gestion commune des duchés va servir de prétexte aux prussiens pour se retourner contre l’Autriche à laquelle ils vont déclarer la guerre en 1866.

La Prusse peut se le permettre car elle n’a plus à craindre l’intervention de la Russie qui a rompu son alliance avec l’Autriche suite à la guerre de Crimée de 1853-1856. Guerre au cours de laquelle les Habsboug ont rejoint la Grande-Bretagne et la France pour défendre l’Empire Ottoman et surtout empêcher la Russie d’avoir accès à la mer Noire, et par delà à la Méditerranée; dans l’intérêt des anglais qui tiennent à garder le contrôle de la route des Indes. Les français interviennent dans ce conflit pour rompre l’isolement dont ils sont victime depuis 1815;  les autrichiens parce qu’ils voient d’un mauvais œil l’expansionnisme russe à leur frontière et son influence sur les Balkans, bien qu’ils se soient déclarés neutres dans un premier temps. Cette attitude équivoque poussera le Tsar à réagir promptement lorsque l’Autriche-Hongrie entreprendra des représailles contre son allié serbe suite à l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand en 1914. La guerre de Crimée a d’ailleurs été le premier conflit moderne impliquant le train et le télégraphe, prélude à ce que sera la première guerre mondiale. La Prusse qui n’a pas participé au conflit en Crimée ira quant à elle étudier le déroulement de la guerre de sécession de 1861-1865 pour se préparer à mener une guerre qui intègre au mieux les avancées technologiques de son époque.

Dans cette situation extrêmement compliquée, la grande force de Bismarck aura été de comprendre immédiatement que l’Autriche s’était considérablement affaiblie en s’attaquant à la Russie qui était jusqu’alors son alliée. Dès lors, il a joué en permanence avec les antagonismes de ses puissants voisins. Seuls les britanniques tentèrent d’imposer la paix entre la Prusse et l’Autriche en essayant de regrouper autour d’eux les pays européens, mais la France refusa de participer à cette initiative. D’une part parce qu’elle s’était engagée contre l’Autriche aux côtés des italiens qui voulaient leur indépendance, conformément au principe de nationalité ardemment défendu par Napoléon III qui veut qu’à un peuple corresponde un Etat; nous en subissons encore les conséquences à l’heure actuelle. Il obtient la Savoie et le Comté de Nice en récompense pour son aide. Et d’autre part parce que Bismarck avait convaincu l’empereur de son soutien au sujet de l’annexion de la Belgique, indépendante depuis 1830, et du Luxembourg, qui appartenait encore aux Pays-bas, en échange de sa non intervention dans la crise austo-prussienne, lorsqu’ils se sont rencontrés à Biarritz le 3 septembre 1865. L’Autriche quant à elle confie à la France le soin de remettre la Vénétie au vainqueur quel qu’il soit. Ceci dans le but de s’assurer de la neutralité de l’Italie, mais ce pays finit par s’allier à la Prusse malgré tout.

Le Roi Guillaume III des Pays-Bas finira par accepter de céder le Luxembourg  à la France pour 5 millions de florins lors de tractations secrètes, mais il subordonne la transaction à l’accord de la Prusse. L’affaire est alors révélée à l’opinion publique européenne, ce qui provoque l’indignation des peuples allemands qui considèrent le duché comme partie intégrante de l’espace germanique. Bismarck fait alors volte face. Ce camouflet infligé à Napoléon III provoque la colère de l’opinion publique française, la mobilisation des troupes est alors décrétée ainsi qu’en Prusse. Cette crise sera résolue par la voie diplomatique à l’occasion de la conférence de Londres de mai 1867: la France renonce à ses prétentions, le duché reste à la Hollande, en contrepartie il restera neutre en cas de conflit. Les relations franco-prussiennes s’en trouvent fortement dégradées, cet épisode laisse présager de la guerre de 1870.