Les enjeux des législatives

Après ce second tour des élections présidentielles, les médias semblent avoir subitement découvert que Monsieur Macron souhaite faire passer sa réforme du code du travail par ordonnances. Pour aller vite. D’après son porte parole, il faut deux ans pour faire adopter une loi par la voie parlementaire, ce qui, dit-il, n’est pas la démocratie (sic). On dirait que cela sort de 1984 de George Orwell, un archétype de novlangue (« la guerre, c’est la paix », qui devient ici, la démocratie, c’est le pouvoir d’un seul).

Que faire si on est opposé à cette manière de gouverner ? Pour qu’il puisse arriver à ses fins, il lui faut avoir une majorité à l’assemblée nationale. Il nous vend donc comme une nouvelle façon de faire de la politique l’investiture de 50% de gens venus de la vie civile qui n’ont jamais fait de politique auparavant. Avec près de 19 000 candidatures, il n’est pas difficile de choisir les plus dociles. Leur vote lui est donc acquis, vu que ces gens lui devront tout, point de risque de fronde avec ceux-là.

Quant à ceux qui ont déjà une expérience, il leur demande de se présenter sous l’étiquette de son tout nouveau parti, La République En Marche. Pourquoi cela ? Pour la simple et bonne raison que pour chaque voix exprimée au premier tour des élections législatives l’Etat verse à peu près 1 euro au parti qui l’a obtenue, que le candidat soit présent ou pas au second tour. Son parti sera ainsi financé sans problème grâce à vos impôts, et ceux susceptibles de s’y opposer se retrouveront sans le sou.

Si vous n’êtes pas d’accord avec cette façon de procéder, réfléchissez bien avant de glisser votre bulletin dans l’urne en Juin prochain.

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Ce que cache la manie des commémorations

Depuis l’élection de Jacques Chirac à la présidence de la République, nous assistons à une inflation des commémorations historiques. A quoi servent-elles ? Je pose cette question, car on peut constater que plus on commémore, moins on s’attache à la vérité historique, mais qu’on s’en sert comme instrument politique.

Tout d’abord, qu’est-ce qu’une commémoration ? C’est une cérémonie qui vise à rappeler à la communauté un épisode de l’Histoire pour raviver son esprit et pour montrer que celui qui y assiste adhère aux valeurs alors défendues. Mais c’est aussi un moyen de forger une mémoire collective nouvelle à force de répétition annuelle. En effet, la mémoire humaine est plutôt bizarre, lorsqu’on se rappelle un fait, on ne se contente pas de consulter une banque de données inaltérable, mais on le remet à sa place sous la forme dont on s’en est rappelé avec toutes les transformations que son évocation lui a fait subir.

Ainsi, en ce 8 mai, nous célébrons la victoire contre le fascisme et avec elle, la Résistance qui en est le symbole. Mais au fil du temps, seul le Gaullisme est devenu synonyme de Résistance, comme si résister avait été le seul fait des gens de droite. Comme si socialistes, syndicalistes de gauche, et surtout communistes n’y avaient joué aucun rôle, ce qui est totalement faux. Alors bien sûr, il n’est pas question pour moi de passer sous silence l’attitude du Parti Communiste Français qui, inféodé à Moscou, n’a pas appelé à résister avant la rupture de l’infâme pacte germano-soviétique par l’attaque d’Hitler sur l’URSS en juin 1941, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut négliger ce qu’ils ont par la suite apporté en terme de contingent, mais surtout de réseaux qui, établis de longue date, permettaient à la fois de diffuser les ordres et de faire remonter les informations sur l’ennemi. Par ailleurs, nombre de communistes, anciens de la Guerre d’Espagne, n’ont pas attendu les ordres du Parti pour commencer à résister. Peut être cette exclusion de la gauche des mouvements de résistance sert elle d’ailleurs à faire oublier que ceux qui se sont les premiers engagés contre le fascisme, précisément en Espagne, n’étaient pas majoritairement de droite, mais plutôt communistes et anarchistes. Et au-delà, cela permet surtout de magnifier la fibre social du général De Gaulle, en occultant le fait qu’il agissait sous la menace d’une prise de pouvoir communiste et que ce rapport de force l’y contraignait par conséquent.

Cette modification de l’Histoire ne touche pas que la deuxième guerre mondiale, mais aussi la première. Ainsi, ai-je entendu dire lors des commémorations du 11 novembre que les soldats avaient soutenu jusqu’au bout la politique du gouvernement et la stratégie des responsables militaires, la preuve en étant apportée par les lettres qu’ils écrivaient à leurs familles. Cela correspond parfaitement avec le dogme actuel des historiens, le document, rien que le document. Et c’est aussi parfaitement vrai, les soldats approuvaient la parole politique et militaire dans leurs lettres. Mais il y a un léger détail qui vient moduler la crédibilité de ce soutien inébranlable. Il s’appelle la censure. En effet, le premier troufion venu dans sa tranchée savait pertinemment que son courrier serait relu par les organes de la censure militaire avant qu’il ne soit expédié à ses proches. Et qu’il ne le serait pas, au moindre signe de défaitisme, de pacifisme ou de remise en cause de la validité de la stratégie militaire. Aussi, pour maintenir le lien vital avec ceux qu’il aimait, le poilu s’abstenait-il de leur faire part de ses doutes quant à la manière dont la guerre était conduite, voire de sa raison d’être. Pas fou le gars, il préférait de loin se faire chier comme un rat dans sa tranchée où rien ne se passait plutôt que de risquer d’être soudainement réaffecté à une unité chargée de mener la première vague d’assaut d’un énième offensive aussi inutile que meurtrière à cause d’un mot malheureux adressé à ses parents. Ainsi, les Croix de bois du Français Dorgelès ou A l’ouest rien de nouveau de l’Allemand Remarque de l’horreur que leur inspirait le champ de bataille, et la chanson de Craonne (« nous sommes les sacrifiés ») de ce que les soldats n’étaient pas dupes de la politique menée. Le gouvernement de l’époque offrait 1 million de francs or, une vraie fortune pour l’époque, à celui qui dénoncerait l’auteur des paroles de cette chanson. Preuve s’il en est que la censure était bien à l’oeuvre pendant cette guerre.

Bientôt, ce sera au tour de l’abolition de l’esclavage d’être célébré. Et avec elle, la grandeur d’âme de Victor Schoelcher, libérateur des populations noires opprimées. Cette vision des choses nous conforte dans l’idée de l’homme blanc (Français de préférence) pétri des valeurs humanistes qui apporte la liberté au Monde. Mais nous dira t-on que les esclaves des Français doivent avant tout leur libération à eux mêmes et à personne d’autre ? En effet, nous n’avons pas l’habitude en métropole de mettre l’accent sur l’action déterminante des nègmarrons dans cette affaire. Ces gens sont les esclaves qui s’étaient enfuis pour échapper à leur funeste condition. Ils ne se contentaient pas de se cacher pour survivre, ils se sont organisés pour attaquer certaines plantations et libérer leurs frères et sœurs. Les maîtres blancs avaient peur de se déplacer et de tomber dans une embuscade. Certes l’abolition de l’esclavage proprement dite ne pouvait venir que du législateur blanc qui l’avait instauré, mais elle valait toujours mieux que de prendre le risque de voir une révolte de grande ampleur prendre naissance et de perdre purement et simplement les colonies concernées, ou d’avoir à y envoyer des troupes à grand frais pour les conserver.

Une dernière chose encore que j’ai entendu sur un plateau de télévision aux alentours du premier mai et qui n’a amené aucune contestation de la part des protagonistes présents. Tout d’abord le contexte : la personne en question parlait de la peur de la raréfaction du travail due à l’arrivée massive des robots dans un avenir proche et la comparait avec celle des machines au 19ème siècle, avec pour exemple la grève des ouvriers du textile à Lyon qui disaient qu’ils n’auraient plus d’emploi avec cette technologie nouvelle. Elle a alors affirmé que cela avait fait baisser les prix des vêtements, une chose plutôt vraie, mais aussi que la révolution industrielle avait amené la prospérité, un foutage de gueule monumental auquel, encore une fois, personne n’a réagi. Primo, on m’a toujours dit que l’histoire ne se répète pas deux fois de la même manière, et secundo, ce journaliste ne doit pas être au courant de l’existence d’un petit auteur inconnu, Emile Zola, qui décrit dans son œuvre les conditions de vie des ouvriers de cette époque bénie. On est à des années lumière de la prospérité dont il parle. Pendant longtemps, il n’y a guère que la bourgeoisie dont il fait partie qui a profité de la manne. Ce n’est qu’avec les débuts du syndicalisme à la fin du 19ème siècle que les conditions de vie des petites gens ont commencé à s’améliorer. Avant cela, ils crevaient comme des chiens dans l’indifférence totale de la classe dirigeante. Et encore ont-ils acquis quelques droits de haute lutte, au prix du sang. En 1905, le vénérable Georges Clémenceau a fait donner la troupe contre des mineurs grévistes qui avaient vu 1500 de leurs camarades mourir suite à un coup de grisou parce que le propriétaire avait fait fermer le puit pour circonscrire l’incendie. La cavalerie, sabre au clair, contre les femmes, les veuves des mineurs qui étaient en première ligne de la manifestation ! Voilà le vrai visage de la prospérité dont parle ce petit monsieur.

Alors, pourquoi suis-je aussi remonté contre ces modifications insidieuses de l’Histoire ? que du temps des romains, j’aurais qualifiées de damnatio memoriae. Parce qu’elles ont ceci en commun de vouloir faire disparaître de nos mémoires le rôle primordial de la masse des gens ordinaires dans l’évolution de la société. La belle affaire, me direz vous, ce n’est après tout qu’une histoire qui ne change pas les faits. Je vous répondrai que oui, ce n’est qu’une histoire, mais que quand on élimine une partie de la population du passé, c’est qu’on souhaite qu’elle ne joue plus aucun un rôle à l’avenir. Tel est l’objectif de nos dirigeants actuels, dont je vous le rappelle, le milliardaire Warren Buffet a dit qu’ils étaient sur le point de remporter la lutte des classes.

Peur contre peur

Le reproche communément adressé, à juste titre, à Marine Le Pen et au Front National est de faire son lit sur la peur des gens. Cependant, depuis que beaucoup d’électeurs disent qu’ils refusent de faire le choix entre elle et M. Macron, on ne cesse de nous ramener aux années 1930 et à la montée du fascisme pour nous forcer à aller voter. Peur contre peur, voilà à quoi se résume ce second tour de l’élection présidentielle. Comment ne pas être dégoûté de la politique après ça ?

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Mûre pour la dictature

Avec le choix qui nous est donné au deuxième tour de cette élection présidentielle, tout indique que la France est mûre pour la dictature. Si, malgré les tentatives de dédiabolisation du Front National, la dérive vers un régime autocratique en cas de victoire de Marine le Pen semble évidente, la manière d’envisager l’exercice du pouvoir d’Emmanuel Macron n’en est pas moins inquiétante, et le silence assourdissant des médias qui entoure ses intentions le sont encore plus.

En effet, lorsque le chef d’En Marche émet le souhait de faire signer un engagement à voter toutes les propositions de lois qu’il fera à ceux qui se présenteront aux élections législatives sous sa bannière, personne ne s’en émeut plus que ça, alors qu’il annonce purement et simplement la fin du régime parlementaire par le musellement du pouvoir législatif (après les primaires de gauche et de droite, on voit bien qu’une signature n’engage à rien, mais quand même). Pourtant, lorsque Recep Tayyip Erdogan s’engage peu ou prou sur la même voie avec son référendum (certes complètement déséquilibré, le non n’ayant pas eu le droit de faire campagne, mais où le peuple a quand même été consulté, lui donnant une victoire étriquée), toutes les voies se sont élevées pour dénoncer à juste titre la mort de la démocratie en Turquie.

Et voilà que ce matin, nous apprenons que M Macron souhaite gouverner par ordonnance aussitôt qu’il sera élu pour aller vite. Là encore, aucune réaction. C’est pourtant encore un degré au-dessus de Manuel Valls, qui a quant à lui été pointé du doigt pour son utilisation de l’article 49.3, le parlement n’étant même pas consulté en cas d’ordonnance décrétée par le chef de l’Etat. Le si détestable Donald Trump n’a t-il procédé de même sitôt élu et été moqué pour sa mise en scène grotesque avec son brandissement au bureau ovale desdites ordonnances portant sa signature (leurs applications ont d’ailleurs été bloquées, d’une part par les juges pour celle concernant l’interdiction d’entrer sur le territoire des certains citoyens étrangers, et d’autre part par le Congrès qui a tout bonnement refusé de mettre aux voies sa décision d’abolir l’Obamacare).

Quand on ajoute à cela que le seul argument avancé par les partisans du sympathique Macron est que s’abstenir ou voter blanc revient à voter Le Pen, au lieu de dire qu’il tiendra bien entendu compte de ce qu’il sera élu avec les voies de gens qui n’adhèrent pas à ses idées et qu’il mettra par conséquent de l’eau dans son vin, la patrie des Droits de l’Homme semble bel et bien être mûre pour la dictature. Soft ou hard, au choix. Avec ces deux candidats, nous resterons certes en République, mais en aucun cas en Démocratie.

Pour ma part, j’irai m’asseoir sur le trottoir d’à côté comme le suggère Alain Souchon. N’y aura t-il que moi ?

Adolescence, sommeil et développement cérébral

Ce matin, je suis par hasard tombé sur une chronique qui expliquait que les adolescents sont massivement en manque de sommeil, que cela affecte le développement de leurs cerveaux, et par conséquent leurs capacités d’apprentissage. La faute à internet, au téléphone portable, aux réseaux sociaux qu’ils utilisent à plus de 90%, ou encore à la télé et aux jeux vidéos. La solution est donc de les en priver pour qu’ils aillent se coucher plus tôt, ces petits merdeux. Au risque de vous choquer, je vous dirai qu’ils n’en dormiront pas plus tôt pour autant, mais qu’ils s’occuperont alors plutôt avec ce qu’ils ont sous la main, à savoir leurs corps. Un pénis ou un clitoris sont en effet tout aussi divertissants. Certainement nous conseillera t-on alors de les obliger à dormir avec les mains au-dessus des couvertures comme au bon vieux temps.

Laissez moi maintenant vous présenter le problème de manière simplifiée. Nous avons des adolescents de forme carrée à plus de 90% que nous voulons faire entrer dans un trou rond. Un enfant de 3 ans verrait immédiatement que cela ne fonctionnera jamais. Mais les adultes responsables que nous sommes, experts et tout le bordel, répondent qu’il faut bien entendu tailler le cube afin qu’il rentre enfin dans ce putain de trou rond auquel ils doivent à tout prix s’adapter, même si cela doit les affecter gravement. Et c’est bien ce que l’étude constate. On force les ados à se lever trop tôt parce qu’ils doivent coûte que coûte s’adapter à des normes arbitraires qui ne sont pas pour eux. Et c’est comme ça pour à peu près tous les problèmes de notre société.

Conclusion : avec des principes aussi débiles que ceux là on n’est pas sorti de la merde. Nos experts actuels ont certainement dû souffrir d’un grave manque de sommeil dans leur adolescence.

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Les cyclistes des rails

Vu hier à Strasbourg, et ce n’est pas la première fois, deux cyclistes qui montent dans le tram avec leurs vélos, empêchant ainsi une personne en fauteuil roulant d’y accéder et l’obligeant à attendre le suivant par une température frôlant le zéro. Attitude typique du sauveteur de planète à la moralité supérieure. Du coup, Donald Trump, ses gaz de schiste et son charbon remontent en flèche dans mon estime.

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Pourquoi l’expert perd

Avec l’élection de Donald Trump, le Brexit, ou encore l’arrivée en tête de François Fillon à la primaire nous avons assisté à un cuisant échec des experts, incapables de prédire ce résultat. Pourquoi donc se sont-ils tous plantés? se demande t-on.

 

Le réponse est simple. En psychologie, la définition d’expert est un peu différente de celle que nous lui attribuons d’ordinaire, il n’est pas si fort que ça et même plus bête qu’un individu qui ne l’est pas, le naïf, dans certaines circonstances.

En effet, l’expert se définit comme une personne qui a su résoudre un problème en établissant une méthode pour ce faire. Par la suite, lorsqu’il se retrouve confronté à des problèmes similaires, il applique sa méthode, ce qui lui permet d’arriver au bon résultat plus vite et plus efficacement qu’un individu naïf qui découvre pour la première fois la situation.

Par contre, lorsque le problème est seulement similaire en apparence, mais que la méthode de l’expert est inopérante, celui-ci met beaucoup plus de temps que le naïf à fournir le bon résultat. L’explication est limpide, conforté par ses nombreux succès précédents, l’expert fait toute confiance en sa méthode et se retrouve incapable de la remettre en cause avant d’avoir subi un nombre considérable d’échecs. Le naïf qui n’a quant à lui pas d’a priori quant à la méthode à employer va en tester une autre à chaque échec et tomber sur la bonne plus vite que l’expert. Dans la cas où un problème inédit se présente, un expert n’est donc pas seulement pas meilleur qu’un individu lambda, mais au contraire moins à même d’arriver au bon résultat que le naïf.

 

C’est à cela que nous avons assisté. Un problème inédit traité avec des méthodes établies, d’où échec. Et, comme ces experts font en plus partie d’institutions qui, comme toutes les institutions, ont elles-mêmes beaucoup de mal à se remettre en cause, nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises. En revanche, nous sommes franchement dans la merde

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