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Les débuts de l’ère chrétienne : sous Tibère, conflit avec les Parthes en Arménie, rivalité entre Hérode Antipas et Hérode Agrippa

Pour commencer (l’explication du limogeage de Ponce Pilate), il y a la crise de succession au trône d’Arménie qui se produit en 34 à la mort du très pro-romain Artaxias III. Le roi parthe, Artaban III fait alors monter son fils aîné Arsace sur le trône, auquel les Romains opposent Mithridate, frère du roi d’Ibérie. Les grandes familles arméniennes se divisent entre ces deux partis. L’année suivante, Tibère nomme Lucius Vitellius proconsul de Syrie afin qu’il évite que la situation dégénère en conflit entre les deux empires rivaux. Il fait assassiner Arsace par les partisans de Rome, puis envahir l’Arménie par les troupes du roi d’Ibérie Pharsman Ier. En réponse, Artaban envoie une armée avec à sa tête un autre de ses fils, Orodès, pour reprendre la couronne. Ce dernier succombe à ses blessures après la bataille qu’il perd contre les Ibériens. Dans le même temps, Vitellius lance ses légions au-delà de l’Euphrate où elles ravagent le territoire parthe sans trouver de résistance. Il laisse croire qu’il a pour objectif d’envahir toute la Mésopotamie. Artaban se retrouve en grande difficulté. Il doit abandonner l’Arménie, car en plus de ses revers militaires, il doit faire face à la rébellion d’une partie de sa noblesse emmenée par Tiridate qui a obtenu les faveurs de Rome. C’est là que se trouve le lien avec la Judée et l’inflexion de la politique orientale de Rome. En effet, si les Romains intriguent pour déstabiliser le pouvoir parthe en soutenant un rival du roi, nul doute que les Parthes font de même dans la région en incitant les nationalistes à semer le trouble dans les territoires sous autorité romaine, comme la Cappadoce, la Commagène ou la Cilicie, et bien sûr la Judée. Les Hiérosolymitains et les Samaritains ont pu être les victimes de cette politique souterraine.

Cela explique largement l’attitude qu’adopte Tibère lorsqu’il hérite des territoires de Philippe le tétrarque, qui meurt sans enfants en 34. Dans ce contexte, il se doit de ménager la chèvre et le chou. C’est à dire qu’il ne peut ni intégrer complètement la tétrarchie de Philippe à la province romaine de Syrie (les impôts collectés doivent être dépensés au niveau local), comme la logique mise en place par Auguste le laissait prévoir, ni la donner à Hérode Antipas qui avait de toute évidence l’ambition de reconstituer le royaume de son père, Hérode le Grand. Dans le premier cas, il risquerait de mécontenter le peuple et provoquer un soulèvement et dans le second, d’autres nations pourraient être tentées de reprendre leur indépendance. Antipas essaie pourtant de mettre tous les atouts de son côté car il craint de voir l’héritage revenir à Hérode Agrippa, fils de son (demi-)frère Aristobule IV et descendant direct de la lignée hasmonéenne, qui a grandi à Rome. Après avoir organisé de grandioses funérailles pour Philippe, il décide d’aller en personne plaider sa cause auprès de l’empereur. Mais avant de quitter la Judée, il passe chez un autre de ses (demi-)frères, Hérode Boëthos, dans le but de convaincre la femme de ce dernier, Hérodiade, sœur d’Agrippa, de l’épouser à son retour de la capitale impériale. Leur arrangement doit rester secret jusque là.

Malgré ce lobbying intensif, Tibère n’accède pas à sa requête. Antipas ne se décourage pas pour autant. Il répudie sa femme Phasaelis, fille du roi des Nabatéens, Arétas IV, puis épouse Hérodiade. Il commet là un double erreur. La première est religieuse, comme la Loi interdit qu’une femme prenne l’initiative de se séparer de son mari (ce qui était par contre autorisé par le droit romain), ainsi qu’à un homme d’épouser la femme de son frère (la notion de demi-frère n’a aucun sens dans un système patriarcal). Cela lui est reproché publiquement par un certain Jean le Baptiste, qu’il fait emprisonner bien qu’il ait apprécié les conseils de cet homme juste et sage. Selon la légende, Jean le Baptiste aurait été décapité après que Salomé, la fille d’Hérodiade, eût exécuté une danse lascive devant son beau-père qui, sous le charme, lui aurait alors accordé tout ce qu’elle aurait demandé, c’est à dire la tête de Jean. La raison réelle de cette exécution est certainement plus politique. Le populaire Jean voulait en effet substituer le baptême aux sacrifices pour effacer les péchés. Il contestait de ce fait le pouvoir attribué aux prêtres du Temple. Antipas, ne pouvant pas risquer de se mettre à dos la classe sacerdotale dans sa stratégie de conquête du pouvoir, marque ainsi sa rupture avec la doctrine baptiste.

La seconde erreur est de se faire d’Arétas un ennemi qui n’attend qu’un prétexte pour laver l’humiliation qu’il a subi. Sa vengeance arrivera un peu plus tard. En attendant, Antipas ou plutôt Hériodiade s’occupe du cas de son frère Agrippa. Ce dernier est à ce moment retiré à Malatha en Idumée, en disgrâce à Rome, criblé de dettes contractées pour assurer son train de vie fastueux, au point de vouloir en finir avec la vie. Il ne doit son salut qu’à sa femme, Cypros, qui demande à Hérodiade d’intercéder en sa faveur auprès d’Antipas. Elle obtient qu’Agrippa puisse venir s’installer à Tibériade où il exercera la fonction d’agoranome (inspecteur des marchés) dont il tirera un petit revenu. Ce poste subalterne dans une modeste cité pique l’orgueil d’Agrippa au vif. Il se dispute bientôt avec Antipas lors d’un banquet, part pour la Syrie où il devient conseiller du gouverneur Lucius Pomponius Flaccus. Il ne tarde pas à être accusé par son frère Aristobule le Mineur d’avoir touché un pot de vin de Damas dans un conflit frontalier qui oppose la ville à Sidon. Il part en toute hâte pour Anthédon où il parvient de justesse à échapper à une arrestation ordonnée par le gouverneur de Yabné qui lui réclame les sommes qu’il doit au trésor impérial et s’embarque pour Alexandrie, non sans avoir emprunté 20 000 drachmes supplémentaires pour le voyage. Là bas, il fait part à l’alabarque Alexandre Lysimaque (frère du célèbre Philon d’Alexandrie) de son projet de retourner en Italie auprès de Tibère avec l’intention de revendiquer les territoires de feu Philippe le Tétrarque. Subodorant que le manque de relations d’Antipas à Rome ne lui permettrait pas d’atteindre cet objectif, Lysimaque consent à le financer, mais il préfère toutefois prêter les 200 000 drachmes nécessaires à Cypros pour plus de sûreté, et encore, pas toute la somme à la fois.

Cela permet à Agrippa de rejoindre Tibère à Capri où il s’est retiré après l’assassinat de son fils Drusus. L’empereur avait alors soupçonné la femme de son aîné, Germanicus, décédé en 19, et ses amis, dont Agrippa, d’avoir commandité le meurtre. Les persécutions contre eux qui s’ensuivirent avaient contraint le petit fils d’Hérode le Grand à se faire oublier dans son pays. Mais en 36, les sentiments de Tibère se sont radoucis, celui-ci ayant appris en 31 que le complot avait été fomenté par la propre femme de Drusus, Livilla, avec la complicité de Séjan. Agrippa reçoit donc bon accueil et se voit même confié la charge tâche de veiller sur deux des trois héritiers présomptifs au trône, Gemellus et Caligula (Antiochos de Commagène tente lui aussi de gagner l’amitié de ce dernier dans l’espoir de retrouver son royaume). Tout marche comme sur des roulettes pour Agrippa, jusqu’à ce que le gouverneur de Yabné écrive à l’empereur pour l’informer des arriérés de son protégé. Agrippa ne doit d’éviter une nouvelle disgrâce qu’à une autre femme, Antonia la Jeune (qui ne l’était plus à ce moment), qui lui avance les 300 000 drachmes qu’il doit. Il ne va cependant pas tarder à commettre un impair de plus.

Pendant ce temps, Antipas ne ménage pas non plus ses efforts pour affirmer sa légitimité à la succession de Philippe. Il est invité, comme tous les autres rois de la région, à participer à la conférence de paix avec Artaban III qui a réussi à se débarrasser de Tiridate. Il ressort de cette rencontre, qui se déroule sur un pont de l’Euphrate, qu’Artaban reconnaît la souveraineté de Mithridate et qu’il abandonne ses prétentions sur l’Arménie, ainsi que sa suzeraineté sur l’Adiabène. Antipas écrit aussitôt à Tibère pour l’informer de ce succès dont il espère retirer les lauriers. Lucius Vitellius prend ombrage de ce qu’il ait été devancé avant de s’apercevoir que le courrier ne lui avait en rien nuit. Arétas profite sans doute du moment où les légions romaines sont encore mobilisées dans l’optique d’une éventuelle intervention contre les Parthes pour passer à l’offensive.

Le roi nabatéen provoque le conflit avec Antipas au sujet de Gamala, une place forte située sur le plateau du Golan, à la frontière entre Galilée et Gaulanitide. Les deux armées s’y affrontent. La bataille se solde par une victoire éclatante des troupes arabes qui ternit considérablement l’image d’Antipas. Une partie de la population assimile se défaite à une punition divine que le Tout Puissant lui aurait infligé en raison de son mariage avec Hérodiade et de la mise à mort du saint homme qui le prévenait des conséquences funestes de son erreur. Tibère apprécie fort peu l’attitude d’Arétas. Il ordonne à Vitellius d’organiser les représailles et de lui ramener Arétas mort ou vif. La campagne est prévue pour le printemps 37. L’éviction de Ponce Pilate et de Caïphe n’est certainement pas étrangère à ces préparatifs. Pour se rendre en Nabatée, Vitellius doit en effet traverser la Judée ; il ne peut donc pas risquer d’être mis en difficulté par une population qui pourrait marquer son insatisfaction en perturbant sa ligne d’approvisionnement. D’après Flavius Josèphe, Vitellius aurait déjà commencé à envoyer des signes d’apaisement aux judéens dès la pâque 36 avec la restitution en sa présence des habits de cérémonie du Grand Pontife aux prêtres du Temple au lieu de les faire garder par les Romains à la forteresse Antonia (on peut imaginer qu’il se trompe peut être de date et que cela aurait plutôt eu lieu lors d’une fête de fin d’année comme Yom Kippour ou Hanoucca). Cela n’empêche pas qu’une délégation juive vienne le trouver lorsqu’il arrive en Judée avec ses troupes au printemps 37. Elle lui demande de ne pas traverser la terre sainte muni de ses enseignes sacrilèges à l’effigie de l’empereur. Non seulement Vitellius accepte-t-il de détourner l’armée et de la faire passer par la plaine, mais il se rend de plus en personne à Jérusalem en compagnie d’Antipas pour sacrifier au Temple à l’occasion de la Pâque. Le renvoi de Pilate à Rome et le remplacement de Caïphe ont pu avoir lieu à ce moment là, ou lors de sa visite de l’année précédente. L’annonce de la mort de Tibère (survenue le 16 mars 37) lui serait parvenu seulement quatre jours après son arrivée, toujours selon Flavius Josèphe. Il fait alors jurer fidélité au nouvel empereur, Caligula, au peuple de Jérusalem. Antipas a pu croire que tous ces événements seraient favorables à son dessein. Vitellius estime cependant qu’il vaut mieux pour lui rentrer en Syrie, la mort de Tibère ayant rendu caduque son mandat pour faire la guerre à Arétas.

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