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Les débuts de l’ère chrétienne : sous Néron, guerre en Arménie

Claude meurt à son tour, probablement assassiné, en 54. Néron, son fils adoptif, lui succède, non sans avoir éliminé Britannicus, le fils naturel de Claude alors âgé de quatorze ans. A ce moment, l’Arménie est à nouveau l’objet de tensions entre les Parthes et Rome. Cela commence en 51, lorsque le roi d’Ibérie, Pharsman Ier lâche son frère Mithridate et que son fils Rhadamiste s’empare du trône d’Arménie après avoir assassiné son oncle dont il a épousé la fille, Zénobie. Le procurateur de Cappadoce, Julius Paelignus, envahit aussitôt l’Arménie, mais il finit par reconnaître la légitimité de Rhadamiste qui l’a certainement acheté. Le gouverneur de Syrie réagit en envoyant à son tour une légion s’occuper du cas de Rhadamiste, mais il la rappelle aussi sec pour ne pas provoquer les Parthes qui estiment qu’ils ont eux aussi leur mot à dire. Leur nouveau roi, Vologèse Ier, s’empare des deux plus grandes villes d’Arménie, Artaxate et Tigranocerte, et installe son frère Tiridate sur le trône. Néron charge Gnaeus Domitius Corbulo de régler le contentieux. Ce dernier envisage tout d’abord une solution diplomatique. Conjointement avec le gouverneur de Syrie, il envoie des ambassades qui demandent des otages à Vologèse en signe de bonne volonté et de dialogue. Mais Vologèse doit bientôt retirer ses troupes pour s’occuper de la révolte menée par son fils Vardanès et les envoyés romains sont faits prisonniers. Le roi soupçonne sans doute Rome de soutenir son fils rebelle. Le vide laissé permet à Rhadamiste de revenir. Il entreprend de punir les membres de la noblesse qui ont coopéré avec les Parthes, ce qui provoque une révolte. Rhadamiste sauve sa vie en prenant la fuite. En chemin pour l’Ibérie, Zénobie, enceinte et épuisée, lui demande de mettre un terme à ses souffrances. Il s’exécute et jette son corps dans l’Araxe. Mais elle n’est pas morte. Recueillie par des bergers, elle est livrée à Tiridate à qui les nobles arméniens ont remis la couronne. Elle est traitée avec tous les égards dus à son rang.

Nous sommes alors en 55. La situation n’évolue plus jusqu’en 58. Corbulo met se temps de répit à profit pour aguerrir ses troupes ; il licencie les soldats trop vieux ou trop ramollis par la douceur de vivre orientale, et oblige le reste à passer l’hiver à passer sous la tente pour les préparer aux rigueurs du plateau arménien. Il partage ces conditions de vie spartiates avec ses hommes. Parallèlement à ces préparatifs militaires, il demande à Tiridate de se rendre à Rome pour être reconnu par l’empereur. Le Parthe refuse, sûr du soutien de son frère, mais il accepte par contre de livrer des otages. La tension s’accroît lorsqu’il lance des opérations contre les nobles arméniens partisans de Rome. Le conflit ouvert devient inévitable. Il s’engage mal pour Corbulo. L’un de ses lieutenants prend l’initiative de lancer un raid à la frontière avec ses troupes composées d’auxiliaires inexpérimentés qui sont mis en déroute et sèment la panique dans les rangs romains dans leur retraite. Corbulo punit sévèrement les responsables du fiasco, puis lance une offensive de grande ampleur sur plusieurs fronts avec ses trois légions et l’appui des rois alliés de la région pour contraindre Tiridate à engager la bataille rangée qu’il souhaitait à tout prix éviter. Sachant Vologèse trop occupé par la sédition de Sanabarès sur sa frontière est, Tiridate joue à son tour la carte diplomatique. Il envoie des ambassadeurs qui demandent à Corbulo de rencontrer leur roi pour qu’il s’explique sur les raisons de l’agression romaine alors que des otages ont été livrés. Rendez-vous est pris. Les deux protagonistes doivent s’y rendre accompagnés de mille soldats seulement, mais Corbulo doute de la loyauté de Tiridate, aussi amène t-il avec lui une légion et demie. Lorsqu’il aperçoit ces troupes dix fois plus nombreuses que prévu, rangées en ordre de bataille, Tiridate stoppe et rebrousse chemin à la faveur de la nuit, puis lance des raids pour tenter de couper l’approvisionnement romain ; sans succès.

Corbulo décide quant à lui de s’en prendre aux forteresses pour démontrer aux populations locales que les Parthes sont incapables de les protéger. Il obtient assez facilement quelques victoires qui provoquent la reddition de plusieurs villes et villages. Il marche ensuite sur Artaxate. Là, Tiridate ne peut plus éviter l’affrontement direct. Il ne risque cependant pas de voir son armée entièrement anéantie dans une bataille en ligne, mais se contente de harceler la formation romaine avec sa cavalerie qui lance de brefs assauts avant de feindre la fuite dans l’espoir de provoquer une poursuite qui isolerait une partie des légionnaires et créerait une brèche dans le dispositif adverse. Le stratagème ne prend pas, les Romains ne rompent pas les rangs. La nuit tombant, les assaillants établissent leur campement sur place. Tiridate renonce. Il part discrètement avec son armée avant l’aube. Artaxate se rend, ses habitants sont évacués, puis la ville est réduite en cendres, les effectifs de Corbulo ne lui permettant pas de laisser une garnison suffisante pour la défendre.

L’année suivante, Corbulo marche sur l’autre capitale arménienne, Tigranocerte. En chemin, les soldats souffrent du manque d’eau de ces contrées arides, puis, une fois en vue de l’objectif, un complot de nobles locaux visant à tuer Corbulo est découvert. La tête de l’un d’entre eux est catapultée par dessus les murs de la ville en guise d’avertissement pour ceux qui sont mêlés à l’affaire. L’effet est radical : Tigranocerte capitule aussitôt sans livrer combat. Pendant ce temps, une tentative d’incursion de Vologèse est bloquée à la frontière. Désormais, les Romains sont maîtres du pays. Ils nomment roi Tigrane VI, un arrière petit-fils d’Hérode le Grand. Corbulo rentre en Syrie, province dont il vient d’être nommé gouverneur en récompense pour sa victoire, ne laissant en Arménie que 1000 légionnaires, 3000 auxiliaires et autant de cavaliers.

Les choses auraient pu en rester là, mais en 61, Tigrane envahit l’Adiabène, certainement pas sans l’aval de Rome, mais tout aussi certainement sans celui de Corbulo. Vologèse ne peut demeurer sans réaction. Il chasse Tigrane d’Adiabène, puis pénètre en Arménie. Corbulo est contraint d’intervenir, mais il craint que les Parthes attaquent la Syrie. Aussi n’envoie t-il que deux de ses légions au secours de Tigrane, tandis que les trois autres dont il dispose sont chargées de renforcer les défenses sur l’Euphrate. Parallèlement, il demande à Rome de nommer un gouverneur en Cappadoce et de le charger du problème arménien. Les troupes parthes poursuivent quant à elles Tigrane qui se retranche dans Tigranocerte où se trouvent les soldats romains. Les Parthes ne parviennent pas à prendre la ville. Corbulo leur enjoint de quitter les lieux, faute de quoi ses légions viendront les déloger. En échange du retour dans leur pays, il s’engage à ce que ses soldats reviennent en Syrie et à reconnaître Tiridate comme légitime souverain. L’accord entre Corbulo et Vologèse est conclu, mais Rome ne s’en satisfait pas. Néron répond aux attentes de Corbulo, nomme Lucius Caesennius Paetus légat de Cappadoce et le charge de ramener l’Arménie aux Romains. La guerre reprend en 62.

Corbulo donne la moitié de ses six légions à Paetus, dont une fraîchement arrivée. Il garde pour lui les trois meilleures. Paetus se positionne d’entrée en rival de Corbulo dont il dit : »qu’il n’avait ni tué d’ennemis ni enlevé de butin ; que les villes qu’il avait forcées se réduisaient à de vains noms ; qu’il saurait, lui, imposer aux vaincus des lois, des tributs, et, au lieu d’un fantôme de roi, la domination romaine. » (Tacite, « Annales », XV §6). Il pénètre en Arménie avec deux légions et quelques éléments de la nouvelle, pendant que Corbulo continue à renforcer la frontière sur l’Euphrate avec la construction d’une flottille armée de catapultes et de scorpions dont la portée est supérieure à celle des archers parthes, puis d’un pont qui lui permet de prendre pied sur la rive gauche et d’empêcher l’ennemi d’approcher. Les Parthes renoncent à leur projet d’invasion de la Syrie et redirigent toutes leurs forces vers l’Arménie. Aussi quand Paetus revient après avoir commis quelques ravages, se retrouve t-il encerclé par un force considérable dans Rhandeia. Non seulement n’est-il pas à l’abri des flèches parthes dans cette ville insuffisamment fortifiée, mais il ne peut également pas tenter de sortie à cause de la présence de nombreux cataphractaires, unités de cavalerie lourde dont hommes et montures étaient recouverts de cottes de maille. Averti de la situation délicate dans laquelle se trouve son collègue, Corbulo ne se presse pas pour venir à son secours, tant et si bien qu’il est soupçonné de retarder intentionnellement son départ. Peut être souhaite t-il réellement la défaite de son arrogant confrère, mais il a aussi sûrement en tête le désastre de la bataille de Carrhes au siècle précédent. Plus rien n’empêcherait les Parthes de s’emparer de la Syrie si cela devait se reproduire. Il franchit donc l’Euphrate avec une légion et demie, récupère en route les soldats de Paetus qui ont réussi à s’échapper du piège, mais ne parvient pas à Rhandeia avant que Paetus ait été contraint de capituler pour éviter l’anéantissement total de ses légions, de signer le traité qui laisse l’Arménie aux Parthes et de faire un triomphe à Vologèse. Les deux chefs romains se retrouvent à Melitene où il s’accusent mutuellement d’être responsable de l’humiliation subie. Corbulo refuse de relancer la campagne arguant de ce qu’il n’en a pas reçu mandat et que l’armée n’est de toute façon pas en état de poursuivre les hostilités.

Paetus s’abstient cependant d’informer Rome de l’ampleur du désastre. Le Sénat n’en prend conscience qu’au printemps de l’année suivante (63), lorsque la délégation parthe arrive à Rome pour lui présenter ses revendications. Paetus est aussitôt démis de ses fonctions. Le commandement de l’armée revient à Corbulo, assorti d’un impérium exceptionnel qui le place au-dessus de tous les légats romains et rois alliés de la région. Il regroupe toutes ces forces du côté de Melitene puis passe en Arménie où il entreprend de soumettre tous les notables locaux pro-parthes. Vologèse ne souhaite pas l’affronter. Il préfère organiser des pourparlers de paix. Les deux partis se retrouvent à Rhandeia. A son arrivée au camp romain, Tiridate dépose sa couronne aux pieds d’une statue de Néron et dit qu’il n’acceptera de la reprendre que des mains de l’empereur en personne, comme les Romains le lui demandaient depuis le début. Il accepte donc de devenir le vassal de Rome. Une garnison romaine s’établira de plus de façon permanente en Sophène, en échange de quoi les Romains participeront à la reconstruction d’Artaxate qui sera d’ailleurs rebaptisée Néronia. Les termes de ce traité permettent aux Parthes et aux Romains d’entretenir de très bonnes relations pendant cinquante ans. Tiridate effectuera le voyage à Rome en 66. Ce nouvel équilibre permettra aux Romains de convertir les royaumes clients d’orient (Pont, Colchide, Commagène, Cilicie et Arménie mineure) en provinces sans qu’ils n’aient à craindre que les nationalistes trouvent du soutien chez les Parthes.

Cette guerre qu’il a mené avec grande intelligence confère à Corbulo un prestige équivalent à ceux de Lucullus ou de Pompée, surtout auprès de l’armée, ce qui en faisait un rival potentiel pour Néron. Sa plus jeune fille, Domitia Longina, épousera d’ailleurs le futur empereur Domitien en 71. Néron ne peut que l’honorer dans un premier temps, mais il l’écarte de la région lors du début de la révolte en Judée en 66 pour le nommer en Grèce où il contraint Corbulo au suicide sous l’accusation d’avoir trempé dans la conjuration de Pison. Peut être faut-il voir là l’origine de la relative prise de distance de l’armée vis à vis de l’empereur. En effet, du long contact des soldats avec la culture orientale, un nouveau culte va émerger puis se répandre au sein des armées, celui de Mithra, alors qu’on s’attendrait plutôt qu’elles soient avant tout adeptes de celui de l’empereur. Bien qu’il s’inscrive dans un cadre résolument polythéiste, ce culte revêt pourtant certaines des caractéristiques du monothéisme.

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