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Les débuts de l’ère chrétienne : Sous Néron, Boadicée, incendie de Rome

Pendant que Corbulo est aux prises avec les Parthes en Orient, d’autres événements se déroulent en (Grande-)Bretagne où la conquête se poursuit. Elle est calquée sur celle de la Gaule par Jules César. Deux faits marquants ont lieu aux alentours de l’année 60, sous la gouvernance de Caius Suetonius Paulinus. Il commence par se rendre sur l’île de Mona (Anglesey), au nord-ouest de l’actuel Pays de Galles, connue pour être un sanctuaire pour les druides, mais aussi une base arrière pour les rebelles celtes. Il se montre impitoyable. Toute la population est massacrée, femmes et enfants compris.

Au même moment, l’insurrection gagne le côté nord-est de la (Grande-)Bretagne. Une femme, la reine Boadicée (ou Boadicéa, Boudicca) est à sa tête. Elle fait partie de la tribu des Iceni. Le roi, Antedios, avait pourtant fait alliance avec Rome dès l’arrivée des légions en 43, politique poursuivie par son successeur Prasutagos, mari de Boadicée. Un accord tacite prévoyait que son territoire devait revenir aux Romains à la mort de ce dernier. Cela se produit en 59-60. Il lègue en effet ses terres à l’empire, mais pas toutes, il en octroie une partie à sa femme. Le procurateur Catus Decianus en est fort contrarié. Aussi augmente t-il les impôts, saisi arbitrairement les biens des gens, ainsi qu’il exige qu’une partie de la population lui soit livrée pour travailler dans les mines à l’état d’esclaves. S’en est trop pour Boadicée qui refuse catégoriquement de s’exécuter, annule le testament de son mari et déclare caducs tous les traités passés avec Rome. Catus Decianus se rend sur place avec ses soldats, fait flageller Boadicée en place publique pendant que ses deux filles sont violées. Ces exactions insupportables poussent le peuple à la révolte. Boadicée le mène à la guerre.

La reine commence par rallier à sa cause les Trinovantes, les Catuvellauni, les Dobunni et les Atrebates, puis elle se lance dans un périple sanglant où les civils Romains sont exterminés de manière abominable. Elle réduit en cendres la colonie de Camulodunum (Colchester), fait le même sort à Verulamium (St Albans), puis à Londinium. Plus de dix mille Romains trouvent la mort au cours de ces événements. Néron ordonne à Paulinus d’intervenir d’urgence et de lui ramener la reine barbare morte ou vive. Il part avec deux légions. La bataille à lieu dans la plaine de Mancetter, toute l’armée de Boadicée périt au combat. Elle même blessée, elle est faite prisonnière et meurt peu après, soit de maladie, soit elle se suicide en absorbant du poison. Peut être une de ses filles a-t-elle survécu. Quoi qu’il en soit, Boadicée devient le symbole de la résistance à l’envahisseur, à l’image de ce qu’est Vercingétorix en France.

Tant que nous y sommes, ne pourrait-on pas imaginer que cette reine guerrière ait pu servir de modèle à la construction d’un autre personnage célèbre de l’histoire de France : Jeanne d’Arc. En effet, on sait que les Annales de Tacite, où Boadicée est mentionnée, étaient connus à cette époque. Le passage où il mentionne Christ a même été « découvert » (peut être ajouté à ce moment ou par les Romains lors de l’adoption du christianisme) précisément en 1429 par Poggio Bracciolini. Il se pourrait donc que les Anglais aient récemment appris l’existence de cette reine rebelle qui a perpétré un massacre de grande ampleur et que les Français aient jugé opportun de faire courir le bruit que leur armée était menée par une femme pour semer la terreur dans les rangs ennemis. Les Français auraient alors pu judicieusement superposer l’image de la guerrière rebelle à celle de la vierge Marie pour lui donner en plus une caution divine, et voilà Jeanne d’Arc. Ce n’est encore une fois qu’une hypothèse funky, qu’il m’est impossible de plus étayer et que je ne défendrai pas outre mesure.

Le 18 juillet 64, une catastrophe se produit : le grand incendie de Rome. Il fait rage pendant six jours, ne laissant que quatre quartiers intacts sur les quatorze que comptait la ville, trois ayant été réduits à néant. Lorsqu’il se déclenche, Néron est à Antium. Les incendies n’étaient pas rares à Rome, les rues étroites et les maisons accolées avec des étages en bois qui s’avançaient jusqu’à presque toucher leurs vis à vis favorisant leur propagation. Aussi, l’empereur tarde t-il à rentrer. Il n’aurait daigné se déplacer qu’à partir du moment où il aurait été informé que les flammes menaçaient son palais, nous dit Tacite (« Annales » livre XV, § 39). Il ne parvient toutefois pas à le sauver, mais il prend aussitôt des mesures pour aider la population désemparée en lui ouvrant le Champ de Mars, ainsi que ses propres jardins où il fait ériger des abris de fortune. Il ordonne de surcroît que le prix du blé soit réduit au minimum, trois sesterces le modus (40,1 litres). Mais comme toujours lors de ce genre d’événement traumatisant, il est vite accusé d’avoir lui-même organisé la destruction de la ville (tout comme le gouvernement américain est accusé d’avoir planifié le 11 septembre). Tacite relate que des gens, pillards ou agents de l’état, auraient empêché l’extinction du feu à son déclenchement, puis qu’il aurait été réactivé à partir de la maison de Tigellin alors que les travaux de sape étaient sur le point d’en venir à bout, et finalement que Néron aurait été vu en train de jouir du spectacle destructeur, qu’il aurait joué de la lyre en déclamant le poème sur la destruction de Troie vêtu de son habit de spectacle (d’ap. Suétone qui dresse de lui un portrait fort hostile, l’empereur n’ayant pour lui organiser le déblaiement des décombres uniquement pour s’approprier les biens des particuliers qui avaient été épargnés).

Ces soupçons n’ont pu être que renforcés par sa décision de s’approprier une grande partie des zones ravagées pour y construire un ensemble à la hauteur de sa mégalomanie, la Domus Aurea, composée d’un palais aussi vaste que somptueux (Vespasien le fera par la suite enterrer ; sa redécouverte au XVème siècle est à l’origine du mot « grotesque », en référence aux scènes qui ornaient ses murs), mais aussi de jardins gigantesques où se côtoyaient cultures, pâturages, vignobles et forêts, avec animaux domestiques et sauvages, plus des villages pour reconstituer un paysage de campagne, mais aussi un immense lac, et pour couronner le tout, une statue monumentale du maître de céans qui contemplait son ouvrage. A sa décharge, on peut dire que ces travaux somptuaires sont à l’origine d’un renouveau artistique et architectural, mais aussi qu’il opère une modernisation de Rome en imposant la construction de rues larges et droites pour favoriser la circulation, qu’il limite la hauteur des habitations qui devront dorénavant être bâties en pierre et non en bois, sans qu’elles n’aient de murs mitoyens, et enfin qu’elles soient dotées de cours intérieures et de galeries en façade pour abriter les piétons des intempéries ou du soleil, qu’il se propose de financer sur ses propres deniers. Des aqueducs doivent également desservir toutes les parties de la ville. Des mesures similaires seront prises après le grand incendie de Londres de 1666. Hausmann s’en inspirera pour sa modernisation de Paris qui devait empêcher la propagation des incendies, des épidémies, ainsi que des révoltes en permettant à la troupe de faire usage de ses canons.

Néron cherche bien entendu à se défaire de ces accusations. Il désigne ceux que Tacite appelle « chrétiens » comme coupables. Bien que les « Annales » disent explicitement qu’ils portaient ce nom en référence à « (…)Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus » (livre XV, § 44), ce nom ne désigne peut être pas ceux que nous pensons, mais un autre courant messianiste. La confusion vient peut être de Tacite lui-même, qui, lorsqu’il écrit ses Annales en 110, a pu avoir vaguement entendu parler du christianisme, mais n’a pas eu accès aux écrits qui le définissent, ceux-ci n’ayant commencé à circuler qu’une trentaine d’années plus tard avec l’arrivée de Marcion de Sinope à Rome. Au moment où il écrit, la transmission du christianisme ne se faisait que de manière orale. Il a donc pu penser que c’était la doctrine au nom de laquelle agissaient cette « (…) classe d’hommes détestés pour leurs abominations » (ibid.), sans vraiment la connaître. Une fois connue, l’amalgame avec le mouvement terroriste qu’il veut désigner a pu être entretenu par le pouvoir impérial ; un ennemi intérieur étant toujours politiquement utile pour détourner l’attention du pékin moyen des problèmes fondamentaux. Sinon, la mention de Christ et Pontius Pilatus a pu être ajoutée ultérieurement par les copistes romains du IVème siècle, après l’adoption du christianisme par Constantin, à la fois pour témoigner de la présence précoce de cette religion à Rome, ainsi que pour justifier de l’abandon du culte impérial par le martyr et les accusations injustes de l’empereur de l’époque. Finalement, c’est peut être Poggio Bracciolini lui-même, le découvreur du passage au XVème siècle qui l’a ajoutée, pour que des casse couilles dans mon genre ne viennent pas lui dire que le terme « chrétien » ne revêtait pas la même signification au Ier siècle.

Qui étaient alors ces hommes détestés pour leurs abominations, convaincus de haine pour le genre humains, coupables et qui eussent mérité les dernières rigueurs ? Il s’agit vraisemblablement de sicaires, qui tiennent leur nom de la sica, le poignard qu’ils utilisaient pour commettre des assassinats politiques en Judée. S’agissant ici d’un incendie, les caractériser par cette arme n’aurait pas eu de sens. Tacite emploie donc un terme plus générique qui fait sans doute référence aux juifs que Claude avait expulsé de Rome en 49 pour prosélytisme car il les soupçonnait de vouloir organiser un parti anti-impérial. Ce mouvement a certainement pris naissance après 44, au moment où l’espoir d’un retour à la souveraineté nationale s’est éloigné, quand les territoires d’Hérode Agrippa, qui avait réussi à reconstituer le royaume d’Hérode le Grand, ont été intégrés à la province romaine de Syrie au lieu de revenir au jeune Agrippa II. C’est alors qu’a dû germer l’idée de rassembler tous les peuples qui aspiraient à se libérer de la domination romaine, en premier lieu ceux des royaumes orientaux, les « Grecs », mais aussi peut être des Gaulois, des Bretons, des Ibères, des Maurétaniens et des Illyriens, voire des Romains qui en espéraient un enrichissement personnel. Ces gens issus de différentes cultures ont pu se retrouver autour du concept de dieu unique, par l’intermédiaire de philosophes grecs, comme Aristote et Platon, qui voyaient dans chaque dieu du panthéon l’émanation d’un seul et même principe. Pour qu’ils puissent y adhérer plus facilement, les règles du judaïsme, comme la circoncision et les interdits alimentaires, devaient être assouplies.

Leur dogme s’appuyait sur le fait qu’ils pensaient que le règne de ce dieu unique ne deviendrait possible qu’après le passage sur terre du Messie, le Christ qui signifie l’Oint en grec, qui ne viendrait lui-même qu’après que l’Apocalypse se soit produite. Ils se devaient donc de faire en sorte que cet événement, qu’ils assimilaient à la destruction du pouvoir romain, se produise aussi tôt que possible. Comme ils ne devaient pas être très nombreux, ils choisissent de commettre des actes terroristes pour y arriver. Ces attentats devaient soit inciter les peuples à une insurrection spontanée, soit les pousser à rejoindre les rangs nationalistes, suite à la répression que Rome ne manquerait pas d’exercer. Le terrorisme est encore basé sur la même théorie de nos jours. Dès lors, rien d’étonnant à ce que ces chrétiens qui voulaient hâter la venue du Messie, soient qualifiés d’hommes détestés pour leurs abominations, qu’ils aient été convaincus de haine pour le genre humain et reconnus comme coupables qui eussent mérité les dernières rigueurs. Pour les Romains de cette époque, chrétien était synonyme d’Al-Qaïda, et cela regroupait d’ailleurs des groupuscules d’origine aussi diverses, parfois opposés, sans réelle organisation centrale. Il n’est donc pas totalement exclu que ces extrémistes aient effectivement été responsables de l’incendie de Rome, bien que l’hypothèse accidentelle reste beaucoup plus probable.

Si rien n’atteste de la présence de sicaires à Rome en 64, ils sont en revanche actifs en Judée. Le premier meurtre retentissant qu’ils commettent remonte à 56, avec l’assassinat du Grand Prêtre Jonathan ben Hanan, peut être à l’instigation du procurateur de Judée, Antonius Felix, selon Flavius Josèphe (les Américains ont eux aussi financé les moudjahidin en Afghanistan pendant la guerre contre les Russes avant qu’ils ne se retournent contre eux sous le nom d’Al-Qaïda). Cela démontre deux choses. Premièrement que les motivations des sicaires ne sont pas uniquement politiques, mais qu’ils sont aussi intéressés par l’argent (comme certains groupes se réclamant d’Al-Qaïda), ce qui les distingue des zélotes, et deuxièmement que les Romains utilisent une fois de plus la stratégie de la division interne pour qu’ils puissent intervenir et imposer leur autorité, comme César l’a peut être fait avec Vercingétorix en Gaule. Les sicaires assassinent des Romains ou des Juifs qui s’accommodent de la présence de l’occupant. Ce climat d’insécurité pousse les grandes familles sacerdotales à s’entourer de milices pour assurer leur protection.

Nul doute que Néron fait référence à ces meurtres commis en Judée lorsqu’il accuse les chrétiens d’avoir incendié Rome. Il fait avouer leur croyance au Messie aux juifs qu’il arrête, puis tous ceux que ces gens dénoncent sous la torture. 300 personnes auraient ainsi été condamnées à mort. Néron fait un spectacle de leur supplice. Certains sont dévorés par des chiens, d’autres crucifiés, et d’autres encore enduits de poix puis brûlés vifs. La calamité qui s’est abattue sur la ville n’empêche toutefois pas Néron de s’amuser comme à son habitude. Il assiste aux jeux du cirque en se mêlant à la population sous un déguisement et participe aux courses de chars. Ce manque d’affliction manifeste provoque une vague de compassion pour les chrétiens qu’il fait martyriser, plus pour son propre plaisir que pour protéger la population d’après les sinistrés.

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