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Les débuts de l’ère chrétienne: sous Claude, reconstitution du royaume d’Hérode le Grand, invasion de la Bretagne

Paradoxalement, le meurtre de Caligula va profiter à Agrippa. Le but de la conspiration étant de rétablir la république, elle ne visait pas que l’empereur, mais toute la famille impériale et ses proches. Dans la confusion du massacre perpétré par la garde germaine, Claude, oncle de Caligula et frère de Germanicus, réussit à prendre la fuite et à se cacher. C’est un ami d’enfance d’Agrippa, né la même année que lui, ils ont été élevés ensemble. Claude est le vilain petit canard de la famille, non seulement parce qu’il souffre d’infirmités physiques et qu’il est bègue, ce qui le fait passer pour un benêt, mais aussi pour ses écrits historiques de jeunesse où il dresse un portrait trop réaliste d’Auguste, encore vivant à leur publication, trop favorable à Marc Antoine son grand-père maternel. Sa mère l’a élevé seule suite à la mort de son père Nero Claudius Drusus alors qu’il n’avait qu’un an, mais elle le rejette à l’apparition de son handicap et le confie à Livie, sa grand-mère paternelle qui ne le traite pas moins durement, chargeant un « ancien meneur de mules » (d’après Suétone) de le faire sortir de son apparente apathie et de vaincre sa prétendue paresse. Il se réfugie dans l’étude. Son intérêt pour la culture et ses symptômes ayant régressé à l’adolescence, Tite-Live et Athénodore sont chargés de son éducation. Il suscite alors de grands espoirs, bientôt effacés par le regard critique qu’il porte sur Auguste. Il est définitivement exclu de la carrière publique lorsque Tibère lui refuse à plusieurs reprises de suivre le cursus honorum. Il est cependant apprécié par les chevaliers qui le proposent comme représentant de leur ordre à la mort d’Auguste et de puiser dans les fonds publics pour la reconstruction de sa maison lorsqu’elle vient à brûler. Tibère rejette ces deux requêtes. Caligula le nomme toutefois co-consul en 37, pour bénéficier de l’aura du très aimé Germanicus. Les tourments incessants que Caligula lui fait subir ont un grand impact sur sa santé fragile.

C’est donc cet homme qui se cache en espérant échapper à la mort. Il est découvert par un garde prétorien. Ce soldat et son escouade ne sont pas là pour le tuer, au contraire ils le recherchent pour le protéger et l’emmener à leur camp. Agrippa aurait été à leur tête. Selon la légende, Gratus, le garde, aurait immédiatement reconnu Claude comme son empereur. Il se peut aussi que ce n’ait été qu’une mise en scène destinée à masquer le fait que Claude et peut être Agrippa avaient pris part à la conjuration. Après avoir été mis au ban pour son portrait d’Auguste, Claude comprenait parfaitement l’intérêt de raconter une histoire différente de la réalité (il entretiendra d’ailleurs la rumeur selon laquelle il aurait été un fils illégitime d’Auguste durant son règne). Mieux vaut avoir miraculeusement échappé au massacre grâce aux dieux que d’assassiner froidement celui dont on veut prendre la place. Toujours est-il qu’il se retrouve en sécurité.

A l’annonce de la mort de l’empereur, le Sénat se réunit rapidement, mais il n’arrive pas à se mettre d’accord sur le nom du sénateur qui prendra le titre de Princeps. Une nouvelle guerre civile pourrait éclater. Lorsqu’ils sont informés de ce que les prétoriens soutiennent Claude, les sénateurs exigent qu’il vienne devant eux pour recevoir leur approbation. Il refuse, conscient de ce que les conjurés pourraient bien tenter de l’éliminer par peur des représailles. Agrippa aurait été chargé de faire la liaison entre les interlocuteurs. Il promet la clémence aux conspirateurs, seuls leurs chefs, Cassius Chaerea et Lupus auront à répondre de l’assassinat. Claude est proclamé empereur sous la pression de la garde prétorienne qui encercle le Sénat. En récompense pour son aide précieuse, Agrippa reçoit les territoires de Samarie, d’Idumée et de Judée, ainsi que la villa d’Abila et est déclaré rex amicus et socius populi Romani (roi ami et allié du peuple romain), comme Hérode le Grand dont il a finalement reconstitué le royaume. Son frère, Hérode de Chalcis, se voit attribuer la principauté qui lui donne son nom.

En plus de cette version, Flavius Josèphe en donne une autre où il minimise le rôle joué par Agrippa. Sa couronne n’est en effet pas qu’un cadeau pour service rendu, mais elle traduit le changement d’orientation politique de Claude. Il rend son royaume à Antiochos IV de Commagène (Caligula le lui avait donné en 38, puis repris en 40), il libère Mithridate et le rétablit en Arménie, et il redonne son indépendance au royaume du Bosphore qui échoit à Mithridate II qui règne aussi sur la Colchide, tandis que Polémon II du Pont qui a perdu ces territoires reçoit des terres en Cilicie en compensation. Son but est évidemment d’empêcher le développement d’un foyer nationaliste dans la région, mais en 43, il réunit aussi la Pamphylie et la Lycie pour les transformer en province sénatoriale. Il fait de même ailleurs avec la Thrace, la Maurétanie et la Norique. Il relance ainsi la politique d’expansionnisme gelée par Auguste pour redonner une perspective d’enrichissement aux sénateurs. Cela témoigne de sa volonté de se concilier le Sénat qui lui reproche d’être arrivé au pouvoir grâce à la garde prétorienne et non par la voie parlementaire. Il s’assure en même temps de la fidélité des militaires qui se voient attribuer des terres dans les nouvelles colonies à leur retraite.

Son attitude envers les Gaulois est certainement la meilleure illustration de la politique qu’il désire mener. Né à Lyon, Claude a des attaches particulières avec la Gaule qui est aussi un foyer potentiel d’insurrection. Elle s’est déjà révoltée en 21, lorsque les Andécaves et les Turones, bientôt rejoints par les Trévires, les Eduens et les Séquanes se sont unis pour se libérer du poids des impôts que Tibère venait d’augmenter. Les légions de la garnison de Lyon et celles du Rhin avaient dû intervenir pour les faire rentrer dans le rang. L’empereur met en place une stratégie qui comporte deux volets pour éviter que cela ne se reproduise. Le premier consiste à accorder la citoyenneté romaine aux habitants d’un grand nombre de cités gauloises. Il leur ouvrira plus tard (48) l’accès à la magistrature, ce qui leur permettra d’entrer au Sénat. Il reprend là la méthode qui avait permis à Sertorius d’être soutenu par les tribus ibères et lusitaniennes. Le second a pour but de couper les éléments rebelles de leurs bases arrières situées en (Grande-)Bretagne, ainsi qu’à faire main basse sur les mines de cuivre qui assurent la prospérité de l’île et des marchands romains qui y sont installés depuis les expéditions de Jules César. Claude utilise justement le stratagème qui avait permis à son illustre prédécesseur de conquérir la Gaule pour y envoyer ses légions. Quatre d’entre elles débarquent en 43, sous le prétexte de rétablir le fidèle allié atrébate Verica, venu à Rome demander de l’aide après qu’il ait été dépossédé de son bien par les Catuvellauni. Claude s’y rend en personne pendant une quinzaine de jours, accompagné d’éléphants de guerre. La campagne est un succès. Les Cattuvellauni sont battus, même si leur chef Caratacos parvient à s’enfuir et à trouver refuge chez les Ordovices, ainsi que leurs alliés Trinovantes dont la capitale Camulodunum est prise et transformée en colonie pour les vétérans romains. Un triomphe est décerné à Claude pour cette victoire, ainsi que le nom de Britannicus qu’il n’emploiera cependant pas pour garder celui de feu son frère Germanicus. Cet exploit le fait apparaître dans la continuité de Jules César. La guerre n’est toutefois pas finie, elle dure jusqu’en 51, date de la capture de Caratacos, livré par la reine des Brigantes, Cartimandua après la défaite des Ordovices et des Silures qu’il avait convaincus de le rejoindre. Fait exceptionnel, alors qu’il devait être exécuté comme de coutume lors du triomphe qui s’ensuivit, Caratacos fut épargné et put finir sa vie à Rome suite au discours émouvant qu’il prononça devant l’empereur. La conquête de la Bretagne ne sera achevée qu’une trentaine d’années plus tard.

Mais avant tout cela, l’une des premières préoccupations de Claude est de rétablir l’ordre et la paix à Alexandrie. Aussi prend-il un décret qui rappelle que les Juifs alexandrins ont le droit de vivre selon leur lois et que personne ne peut les obliger à faire des choses interdites par la Torah. Ce privilège ne tarde pas à être étendu à tout la diaspora juive de l’empire. Agrippa et Hérode de Chalcis sont nommés censeurs des mœurs juives pour toute la diaspora. C’est à ce titre qu’Agrippa fait retirer une statue de Claude installée par les païens dans la synagogue de Dôra, ville phénicienne pourtant située en dehors de son royaume. Sa réputation de grande piété lui permet d’être le premier roi hérodien à être autorisé à assister aux cérémonies à l’intérieur du Temple. Cela n’empêche pas qu’il doive avoir eu des relations compliquées avec les Grands Prêtres, aucun de ceux qu’il nomme, choisis dans les familles Anân et Boëthos, ne tenant plus de deux ans avant d’être remplacé. Peut être est-ce dû à son inclination supposée pour le parti pharisien, ce qui lui vaut à la fois l’inimitié des sadducéens, mais aussi celle d’une partie de ses sujets grecs païens. Il ne s’oppose pourtant pas à l’exécution de Jacques, fils de Zébédée, ni à l’incarcération de Pierre que demandent les premiers et fait construire théâtres, amphithéâtres et termes pour satisfaire les seconds. Il va même jusqu’à organiser des jeux qui comportent des combats de gladiateurs malgré l’interdiction religieuse qu’il contourne en faisant combattre des condamnés.

Il s’attire de plus la suspicion des Romains, celle du gouverneur de Syrie, Vibius Marsus, en particulier. Parmi les travaux qu’il entreprend, dans la lignée d’Hérode le Grand, il fait renforcer les fortifications de Jérusalem dont la reconstruction avait été autorisée par Jules César après que Pompée les eût fait raser. Vibius en informe Claude qui ordonne l’arrêt immédiat du chantier. Il commet une autre faute en 44 lorsqu’il organise une réunion avec son frère, Hérode de Chalcis, Sampsigeramos, roi d’Emèse, Antiochos de Commagène, Cotys, roi du Bosphore et de Colchide qui vient de détrôner son frère Mithridate et Polemon II du Pont. Vibius Marsus voit d’un très mauvais œil cette conférence régionale qui remet en cause son pouvoir en donnant un rôle central à Agrippa autant qu’il attise la jalousie des Syriens. Il les accuse de projeter une alliance avec les Parthes. Il exige que les participants se séparent et rentrent sans délai dans leurs royaumes respectifs. Rome ne peut pas tolérer que des acteurs locaux acquièrent trop de puissance, surtout dans une région située à une frontière aussi sensible.

Peu de temps après, Agrippa préside les jeux de Césarée où il paraît vêtu d’une parure d’argent étincelante. Il fait forte impression sur la foule, surtout composée de « grecs » dans cette ville, qui le compare à un dieu. Il ne relève pas le blasphème que cela constitue. Deux jours plus tard, il est pris de violentes douleurs au ventre. Il souffre le martyr cinq jours durant avant de mourir. Si certains interprètent cet épisode comme le châtiment infligé par l’Eternel à un homme qui se prenait pour un dieu vivant, les rumeurs d’empoisonnement par les Romains se répandent comme une traînée de poudre. L’hypothèse reste fort possible bien qu’une cause naturelle ne puisse être totalement écartée, cela demeure un mystère. Les païens fêtent la disparition du roi. Pour sa succession, Claude ne désigne pas Agrippa II, fils d’Agrippa âgé de 17 ans seulement, mais il incorpore le royaume à la province de Syrie. Il tente cependant une séparation des pouvoirs politiques et religieux en chargeant Hérode de Chalcis de la responsabilité du Temple de Jérusalem et de la nomination des Grands Prêtres au lieu de les confier au gouverneur romain comme dans le rattachement précédent. Le retour à la souveraineté nationale semble fortement compromis, mais il subsiste toutefois l’espoir de voir Agrippa II monter sur le trône de son père. La partie des Juifs les plus nationalistes, les zélotes, se radicalise et va faire tout son possible pour que cela se produise. Des émeutes et des affrontements ont lieu en Judée, Galilée et Samarie au cours des années suivantes. Les Romains les répriment violemment à chaque fois, non sans que Claude ait demandé conseil à Agrippa II sur la conduite à tenir. A la mort d’Hérode de Chalcis en 48, Agrippa II n’hérite que de la principauté de son oncle et de sa prérogative à nommer les Grands Prêtres. En 49, Claude fait expulser les Juifs de Rome pour prosélytisme actif. Dans sa « Vie des douze césars », Suétone mentionne que cela vise les adeptes d’un certain Chrestos, l’Oint en grec. S’il est tentant d’identifier ce personnage à Jésus Christ, l’hypothèse me semble hautement improbable. Selon moi, il désignerait plutôt ceux qui attendent encore l’arrivée du Messie et se sont donné pour mission de hâter son avènement en provoquant l’Apocalypse. Ceux-là ont pu tenter de recruter les partisans de la République et les étrangers sous domination romaine en leur promettant d’être sauvés à la fin des temps qu’ils estimaient proche et assouplir les règles du judaïsme en ce qui concerne la circoncision et les interdits alimentaires pour les séduire plus facilement. Claude aurait pu craindre qu’un parti anti-impérial cristallise autour d’eux. Ce bannissement a pu en pousser quelques uns à basculer dans l’extrémisme, jusqu’à constituer l’un des premiers groupes terroriste de l’Histoire, les sicaires ; leurs premières actions se situent aux alentours de 52, et leur premier coup d’éclat en 56 avec le meurtre du Grand Prêtre Jonathan ben Hanan. Inversement, d’autres ont pu prôner l’abandon de toute forme de violence et justifier leur position en affirmant que le Messie avait déjà effectué son passage sur terre sans que personne ne s’en soit aperçu. Ceux-là deviendront les chrétiens au sens où nous l’entendons, et encore faudra t-il que d’autres événements se produisent pour que leur pensée prenne forme, puis se répande.

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