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Les débuts de l’ère chrétienne : sous Caligula, ascension d’Hérode Agrippa, troubles à Alexandrie

L’avènement au pouvoir de Caligula va complètement bouleverser la politique de stabilisation mise en place par Vitellius. Il convoque aussitôt Mithridate et, sans aucune raison, le déchoit de son titre de roi. Il n’en faut pas plus pour qu’Artaban reprenne le contrôle de l’Arménie, ce qui provoquera un nouveau conflit avec Rome à partir de 52. Mais avant cela, une de ses premières décisions est de faire libérer son ami Hérode Agrippa que Tibère avait fait placer en résidence surveillée, parce qu’il avait dit qu’il souhaitait que l’empereur meurt au plus vite afin que Caligula lui succède dans les meilleurs délais. Agrippa reçoit une chaîne en or « du même poids que celle de sa captivité » en dédommagement, mais il parvient aussi à ses fins et se voit confier les territoires de la tétrarchie de Philippe, avec le diadème et le titre de roi qui plus est. Il ne rentre ce pendant pas immédiatement dans son royaume, mais préfère rester à Rome pour se tisser un solide réseau d’influence. Il ne part qu’en 38, passant tout d’abord par Alexandrie pour voir son bienfaiteur Lysimaque. Son arrivée dans la ville provoque un incident. Les Juifs, qui placent en lui l’espoir d’un renouveau national, l’acclament et organisent une fête en son honneur. Cela déplaît fort aux Grecs et aux Egyptiens alexandrins qui l’interprètent comme une forme de déloyauté envers Rome (une accusation récurrente, sûrement en raison de la contribution que la communauté juive envoyait régulièrement au Temple de Jérusalem), encouragés en ce sens par Aulus Avilius Flaccus, le préfet d’Egypte, qui, ayant été mêlé à l’assassinat de son père, Germanicus, et ayant soutenu son rival Gemellus, désirait gagner la confiance de Caligula. Il laisse se dérouler une représentation théâtrale où Agrippa est caricaturé en un idiot du nom de Karabas, affublé d’une couronne en papyrus et d’un sceptre en roseau, entouré de jeunes éphèbes. Les violences anti-juives vont dès lors aller croissantes.

Agrippa continue cependant son chemin. Son retour en Orient ceint de la couronne excite la jalousie d’Hérodiade. Elle réussit à convaincre Antipas de se rendre à Rome pour revendiquer le même statut que son frère. Il s’y rend en 39. Lorsqu’Agrippa apprend ce voyage, il envoie de toute urgence une lettre à son ami l’empereur. Il y dénonce le fait qu’Antipas se constitue un arsenal considérable en vue d’une alliance avec les Parthes. Si la première assertion est sans doute véridique, la seconde est probablement un mensonge, l’armement d’Antipas étant plus vraisemblablement destiné à sa revanche contre Arétas. Quoi qu’il en soit, Caligula prend la missive pour argent comptant, déchoit Antipas de son titre de tétrarque et le condamne à l’exil dans le sud de la Gaule (Hérodiade qui avait pourtant été épargnée décide de le rejoindre. Elle était donc moins salope qu’il n’y paraît, son image, tout comme celle de Cléopâtre, ayant été forgée pour correspondre à l’archétype romain de la vénéneuse femme orientale). Ses biens et ses territoires, la Batanée, la Pérée et la Galilée tombent dans l’escarcelle d’Agrippa. Il ne lui manque plus que la Judée, l’Idumée et la Samarie pour qu’il parvienne à reconstituer totalement le royaume d’Hérode le Grand. Caligula va involontairement les lui amener sur un plateau.

Après quelques mois où il donne toute satisfaction, le règne de Caligula bascule vers le despotisme. Ce tournant est marqué par l’élimination de Gemellus, son cousin écarté de la succession de Tibère en raison de son jeune âge, bien qu’il ait été désigné comme héritier légitime par testament. Caligula commence par l’adopter, mais à partir du moment où il atteint ses 18 ans (l’âge qu’avait Auguste lorsqu’il a commencé son ascension au pouvoir) et revêt la toge virile (au lieu de 14 ans d’habitude), l’empereur le perçoit comme une menace, peut être à juste titre. Gemellus est alors accusé d’avoir comploté contre l’empereur et mis à mort. Par la suite, Caligula va ainsi faire éliminer une bonne partie de son entourage qu’il soupçonne de vouloir l’évincer et abuser de son pouvoir pour démontrer qu’il est absolu. Il ordonne notamment qu’une statue de lui représenté en Zeus soit érigée dans tous les temples de l’empire.

Pendant longtemps, cette attitude a été mise sur le compte de la folie présumée de Caligula. Mais elle est aussi peut être symptomatique du comportement d’une personne qui a tout fait pour obtenir le pouvoir, mais doutait de ses capacités à remplir la tâche qui lui incombait une fois qu’il l’avait. Dans ce cas, il a pu considérer tous ceux qui ont pu être témoin de son incompétence comme ses ennemis et jouir de voir les gens les plus raisonnables se plier à ses exigences les plus folles de peur d’avoir la tête tranchée (sa menace préférée). Les méthodes actuelles de recrutement posent le même problème, comme le démontre un passage de « Génération quoi ? » diffusé sur France 2 le 15 octobre (à  33min50s). La scène se passe dans une école de commerce où une intervenante, comédienne de profession, demande aux étudiants de simuler un entretien d’embauche. Le prétendu recruteur demande quasi immédiatement à la prétendue candidate : « Pourquoi vous et pas une autre ? ». Elle répond qu’elle représente toutes les valeurs de l’entreprise, puis sur une relance sèche, débite toutes les qualités qui la rendent meilleure qu’une autre : elle est précise, efficace, rigoureuse, agréable, travaille très vite et très bien (on voit clairement qu’elle débite sa litanie apprise par cœur sans y croire une seconde). Au débriefing, la prof trouve la question un peu perverse, mais les étudiants répondent en chœur qu’elle leur est régulièrement posée (dans une autre séquence, ils déplorent qu’il faille subir ce genre d’interrogatoire pour adhérer à n’importe quelle association de l’école). Elle leur dit que dans ces conditions, ils doivent considérer que ce n’est pas eux qui passent l’entretien, mais que c’est quelqu’un d’autre, qu’ils jouent un rôle. Puisque c’est la société qui leur demande de la faire, qu’ils le fassent.

Imaginons maintenant qu’elle soit embauchée, au poste à responsabilité promis par son diplôme. Elle devra faire tout son possible pour coller à l’image qu’elle a donné, bien qu’elle ne sache pas si elle sera à la hauteur de ses prétentions. Deux cas de figure : soit elle réussit à accomplir sa tâche, tout ira bien outre le fait qu’elle sera pressée comme un citron et risquera le burn out, mais elle peut aussi être complètement débordée au risque de se transformer en Calilgula. Elle aura peur d’être démasquée par sa hiérarchie, et particulièrement d’être dénoncée par les personnes sous ses ordres pouvant constater son incompétence. Se sentant en danger, elle pourra s’en prendre à ceux qui font le mieux leur travail en ayant toujours un détail à leur reprocher, puis en leur confiant des tâches de plus en plus insignifiantes, tout en se plaignant à ses supérieurs d’avoir à se coltiner des boulets pour justifier les couacs constatés. Elle prendra alors des sanctions arbitraires pour bien montrer aux huiles qu’elle fait tout ce qu’elle peut pour remédier au problème. Et tout cela sans que cela ne lui pose aucun problème de conscience, vu qu’elle joue un rôle, que ce n’est pas vraiment elle qui agit de manière odieuse. Cerise sur le gâteau, plutôt que de la considérer qu’elle réagit mal à la pression qui pèse sur ses épaules, elle finira cataloguée dans la catégorie des pervers narcissiques, voire des psychopathes. Les articles qui s’inquiètent de leur présence en entreprise sont légion (ils sont écrits par des gens soumis exactement aux mêmes contraintes, publie, fais le buzz ou crève). Ce système met en danger toute la société. Ami jeune, tu as raison de n’accorder aucun crédit à l’autorité à moins qu’elle n’ait prouvé sa compétence. Sois toi même lorsque tu passes un entretien, ceux qui ne t’en sauront pas gré ne valent de toute façon pas la peine que tu t’investisses dans leur boîte à la con. Fuck la religion de l’entreprise !

Si l’introduction d’une nouvelle idole ne pose pas de problème particulier aux peuples polythéistes, elle est en revanche inacceptable pour les Juifs. Grecs et Egyptiens exigent bientôt d’eux qu’ils se plient à la loi à Alexandrie. Devant leur refus de s’exécuter, leurs maisons sont mises à sac. Lysimaque est quant à lui emmené en captivité. Une délégation juive part alors à Rome pour se plaindre de ces exactions. L’empereur ne leur donne pas gain de cause et maintient au contraire ses exigences. Bien que Flaccus ait entre temps été contraint à l’exil, puis assassiné pour assouvir la vengeance de Caligula, les Juifs sont cantonnés dans un quartier qui devient rapidement insalubre, sans nourriture, et ceux qui tentent de s’en échapper sont massacrés. Leurs lieux de culte sont en partie détruits et la statue est introduite dans ceux qui ne le sont pas. Des troubles éclatent aussi à Thessalonique ou Antioche.

De retour à Rome, Agrippa apprend que l’empereur compte appliquer la même méthode à Jérusalem et en Galilée. Il se retrouve déchiré entre ses deux identités, la romaine dans laquelle il a été éduqué et la juive de ses ancêtres. Il opte pour la défense de ses coreligionnaires malgré le risque que cela comporte. Il acquiert ainsi le statut d’homme pieux et de défenseur de la foi aux yeux des Juifs. Caligula semble dans un premier temps avoir été convaincu par ses arguments, vu qu’il écrit à Pétronius de ne rien entreprendre contre les sanctuaires juifs, à condition qu’ils ne fassent rien contre les temples où se trouve la statue, mais il revient plus tard sur sa décision. La situation ne s’apaise vraiment qu’après l’assassinat de Caligula, en 41.

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