Accueil > Histoire, Société, Uncategorized > Les débuts de l’ère chrétienne : Ponce Pilate

Les débuts de l’ère chrétienne : Ponce Pilate

Après ce long détour (le melting pot du Levant), revenons en Judée, avec la nomination de Ponce Pilate à la préfecture en 26. Il succède à Valerius Gratus qui, pour mettre un terme à la contestation permanente depuis la prise de tutelle par Rome, démet Anân qui avait été nommé à cette occasion de ses fonctions de Grand Prêtre dès son arrivée pour le remplacer par un homme issu d’une autre famille influente, Ishmael ben Phabi, qui n’occupe le poste qu’un an, tout comme ses successeurs, Eléazar ben (fils de) Anân et Simon ben Camith, avant de trouver un terrain d’entente avec Joseph Caïphe, gendre d’Anân, qu’il nomme en 18. Ce dernier est encore en fonction lorsque Pilate arrive et le restera jusqu’à ce que le Romain soit limogé dix ans plus tard. Dire lequel de ce duo qui exerce le pouvoir provoque le plus de mécontentement dans la population n’est pas toujours évident.

Prenons deux exemples. Tout d’abord, celui de l’introduction à Jérusalem des enseignes qui comportent le portrait de l’empereur, Tibère fils adoptif d’Auguste qui a été divinisé, malgré l’interdiction faite dans cette ville de représenter des êtres humains. Si Pilate la connaît, comme en atteste le fait qu’il agisse de nuit, il ne comprend peut être pas à quel point religion et loi sont indissociables pour les juifs, tout comme nous n’avons pas l’air de le comprendre en ce qui concerne l’islam que nous accusons systématiquement de prôner l’intégrisme, comme si la loi n’était pas sujette à interprétation (elle diverge pourtant sans conteste entre les deux pays islamiques que sont l’Indonésie, qui a la plus importante population musulmane du monde, et l’Arabie Saoudite. Cet aveuglement provient à n’en pas douter de ce que nous pratiquons nous-mêmes de plus en plus ce joyeux mélange entre loi et morale pour aboutir forme d’intégrisme laïc. Au départ, seuls les représentants de l’Etat étaient tenus de s’abstenir d’afficher des signes religieux pour démontrer la neutralité des institutions et garantir l’égalité de traitement entre tous, aujourd’hui elle s’étend à tous les citoyens auxquels on refuse l’accès aux services publics s’ils n’ont pas la bonne tenue. N’est-ce pas paradoxal ? Pourquoi ne pas étendre l’interdiction aux marques ou aux couleurs ? Orange, trop bouddhiste, blanc, trop royaliste, noir, trop anarchiste, bleu, trop à droite, rouge, rose, trop à gauche, vert, trop vert, jaune, trop moche. Faudra t-il bientôt que nous nous habillions tous en violet et que nous sortions avec un béret sur la tête et une baguette sous le bras pour être considérés comme de bons citoyens ? Mieux vaut en rire, mais que cela n’empêche pas de se demander comment en sommes nous arrivés à ce que tout le monde devienne suspect).

Son intention devait pourtant être de donner de la visibilité au pouvoir romain, certes afin de montrer au peuple qu’il devait s’y soumettre, mais aussi peut être pour lui donner le sentiment d’appartenir à une entité plus grande à même de garantir sa sécurité face aux menaces extérieurs (nous avons le même genre de problème avec l’Europe dont le pouvoir n’est incarné par personne au niveau local). Toujours est-il que la population prend très mal ce sacrilège. Une importante délégation, dont les quatre fils d’Hérode selon Philon d’Alexandrie, prend immédiatement le chemin de Césarée où Pilate réside, pour lui demander qu’il retire les portraits de la ville sainte. Le procurateur refuse tout net, mais les Juifs ne partent pas pour autant. Ils organisent ce que nous appellerions un « sit-in » autour de la maison de Pilate. Cela dure cinq jours entiers, avant qu’il ne se décide à les convoquer au stade pour qu’il leur parle. Là, il affirme à nouveau l’irrévocabilité de sa décision, fait encercler la foule par ses troupes et menace de faire égorger les contestataires. En réponse, ceux-ci se jettent à terre et offrent leurs cous aux épées des soldats. Pilate finit par céder devant leur détermination, les enseignes reviennent à Césarée. Il n’agit donc pas comme le dictateur sanguinaire voulant imposer sa doctrine dont nous avons l’image, mais plutôt en politicien pragmatique. Pour cet incident, nul doute que la faute lui revient entièrement. Il aura dû en retenir qu’il valait mieux pour lui ne pas se mêler de ce qui touche à la religion. Son refus ultérieur de trancher en faveur de Jésus bien qu’il le pense innocent symbolise parfaitement qu’il préfère se tenir en retrait de ces affaires.

Le second incident se produit avec la construction ou de la complétion d’un aqueduc qui dessert Jérusalem. Dans ce cas, il est à peu près certain que Pilate a reçu l’aval des autorités locales pour réaliser l’ouvrage. Suivant la politique de Tibère, il désirait certainement montrer le souci des Romains pour le bien être des populations au lieu de laisser l’impression qu’il n’étaient là que pour s’enrichir sur leur dos en les écrasant d’impôts. Malgré cela, une foule hostile s’assemble à l’occasion du passage du préfet dans la ville alors que les travaux sont déjà avancés. Les motifs de son mécontentement ne sont pas clairement définis. Ils concernent soit son financement, qui s’est fait – au moins en partie – sur les fonds du Temple, ou alors ils pourraient être en relation avec des motifs religieux, comme peut être son itinéraire qui aurait empiété sur un lieu sacré, ou tout autre chose que nous ignorons. Quoi qu’il en soit, Pilate devait s’attendre à être mal reçu, vu qu’il prend la précaution de dissimuler des soldats en civil parmi la population hiérosolymitaine. Sur un signe de leur chef, ils sortent leurs gourdins et la répression s’abat, occasionnant de nombreux blessés, ainsi que des morts. S’il est possible que la colère des gens ait été uniquement dirigée contre les Romains, on ne peut toutefois pas exclure qu’elle ait été orchestrée par des opposants à Anân qui espéraient que le désordre provoquerait son limogeage et qu’ils pourraient alors le remplacer. Il est également possible que cela soit une manœuvre des partisans d’Hérode Agrippa, le petit fils d’Hérode le Grand, qui auraient voulu démontrer à l’empereur que seul un Juif serait en mesure de comprendre son peuple et de faire régner l’ordre dans la région.

En 36, Pilate s’attire une nouvelle fois les foudres de la population locale. Ce sont cette fois les Samaritains qui ont à se plaindre de son attitude. Certains d’entre eux s’étant laissés convaincre que des vases sacrés enterrés par Moïse se trouvaient sur le mont Garizim (l’équivalent du Temple de Jérusalem pour les Samaritains) s’étaient dirigés vers la montagne, en armes. Y voyant un signe de révolte, Pilate leur avait envoyé la troupe. Les Samaritains n’ayant pas pu fuir ou n’ayant pas été tués dans la bataille finirent prisonniers avant que leurs chefs soient exécutés pour l’exemple. Mis au courant des faits, le gouverneur de Syrie, Lucius Vitellius, décide d’envoyer Pilate à Rome pour qu’il s’en explique avec l’empereur en personne. Tibère meurt avant qu’il n’arrive ; on perd alors la trace de Pilate. Il ne doit pourtant pas autant son éviction à sa façon de gouverner qu’aux événements survenus depuis 34 qui ont incité Rome à revoir sa politique dans la région, sinon il n’aurait pas tenu 10 ans à son poste.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :