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Les débuts de l’ère chrétienne : le Nouveau Testament, une autre Mishna

Si la grande majorité des juifs ne devait pas penser à autre chose qu’à perpétuer la religion et les traditions qui constituaient leur identité après la destruction du Temple de Jérusalem, d’autres ont dû penser que, la division étant à l’origine de tous leurs malheurs, il fallait aussi se réconcilier avec ceux qui n’étaient pas pharisiens, comme ce qu’il restait de zélotes et d’esséniens, les nazôréens, disciples de Jacques le Juste et de Pierre, et encore les Samaritains, mais aussi les étrangers « Grecs » craignant Dieu (il me semble que le pape François désire lui aussi s’inscrire dans une démarche similaire. Rien que par son nom qui fait référence à François d’Assise, connu à la fois pour son attachement aux animaux et aux pauvres, il entreprend de séduire ceux qui vouent une forme de culte à l’écologie, ainsi qu’il tente de ramener les plus démunis dans le giron de l’église catholique, au lieu de les laisser aux évangélistes qui recrutent à tour de bras, surtout en Amérique du Sud et en Afrique.). Pour cela, ils ont dû estimer qu’il fallait que le dogme évolue. Profitant de la liberté qui leur était donnée, ces rabbins là ont pu entreprendre la rédaction d’un nouveau texte : les évangiles. Ce projet a dû s’imposer aux communautés de la diaspora qui ont accueilli les réfugiés judéens de tous bords qui devaient craindre que cet afflux provoque de nouveaux affrontements qui auraient eu les mêmes conséquences qu’à Alexandrie.

Pour éviter que ce problème de violence ne resurgisse, ils se devaient de régler la question du Messie, le conflit avec les Romains ayant été justifié par la croyance que son règne viendrait après l’Apocalypse, qu’il fallait par conséquent provoquer. Ce raisonnement n’ayant eu pour résultat qu’une catastrophe pour le peuple juif, l’astuce a consisté à inverser l’ordre des événements, à dire que le malheur s’était produit parce que le message du Messie n’avait pas été entendu alors qu’il avait déjà effectué son passage sur Terre quelque temps auparavant. Ce concept, qui existait déjà un peu avant la guerre, mais avait été farouchement combattu par les nationalistes, devenait à présent plus audible. Le travail qui consiste à rassembler tous les enseignements oraux des sages pour les mettre dans la bouche d’une seule personne pourrait d’ailleurs avoir débuté légèrement avant la destruction du Temple, sans doute vers 68, lorsque la perspective de la défaite devenait inéluctable. Ce pourrait être le cas pour la fameuse source Q, perdue, mais dont certains chercheurs envisagent l’existence, et peut être de l’évangile selon Marc, le plus court et le seul à ne pas mentionner la destruction du Temple. Tous les autres évangiles ont été écrits à une date ultérieure, ce qui explique que Jésus s’oppose tant aux pharisiens alors que les zélotes étaient encore plus fanatiques et hypocrites à l’époque où il aurait vécu.

Les évangiles ne peuvent donc pas être considérés comme un récit fidèle de la vie de Jésus composé du témoignage de gens qui l’auraient côtoyé, mais comme une fiction qui regroupe les histoires et les enseignements transmis oralement depuis des siècles dans un contexte de concurrence avec les pharisiens qui ont entrepris le même travail d’écriture, suite à la disparition de nombreux savants porteurs de cette sagesse pendant la guerre. Le personnage de Jésus (qui a pu être inspiré par une ouo des personnes ayant existé) sert avant tout à faire le lien entre les différents éléments du récit, pour faciliter sa mémorisation complète, le voyage étant un moyen mnémotechnique bien connu, de ceux qui apprennent les décimales aléatoires de pi, par exemple. L’Odyssée d’Ulysse, autour de laquelle s’est forgée l’identité grecque, est construit de la même manière, tout comme les contes des 1001 nuits de Shéhérazade ou encore le Ramayana indien, plus facile à mémoriser que le Mahabharata et ses digressions. Tous ces récits ont en commun qu’il est impossible de dire s’ils sont l’œuvre d’un auteur unique ou le fruit d’un travail collégial. Dans un autre domaine, on attribue facilement à Léonard de Vinci l’invention des machines qu’il dessine, mais il reprend bien souvent le travail d’autres personnes à son compte ; seule la représentation minutieuse qu’il en fait est vraiment inédite.

La question de l’auteur est d’ailleurs assez récente. Pendant très longtemps, les histoires n’appartenaient qu’à ceux qui les racontaient, ceux qui les entendaient étaient libres de les raconter à leur tour, de les adapter à leur milieu, de les couper ou au contraire d’y inclure d’autres parties, inventées ou empruntées à d’autres histoires, ou de les prolonger. Cela change avec l’invention de l’imprimerie qui permet leur distribution à l’identique à grande échelle, et en particulier avec le Don Quichotte de Cervantès. Ce récit ayant remporté un grand succès, une suite des aventures du chevalier à la triste figure qui n’est pas de cet auteur est publiée neuf ans après sa publication. Cervantès, outré qu’on lui ait volé son personnage, reprend la plume pour dénoncer l’usurpateur et fait mourir Don Quichotte à la fin de ce second volume pour empêcher quiconque de s’emparer à nouveau de son personnage. Il devient ainsi un précurseur du droit d’auteur.

A l’époque de la rédaction des évangiles, un texte n’avait pas forcément besoin d’avoir été écrit par l’auteur auquel il était attribué pour être reconnu comme authentique. Il suffisait que les propos rapportés soient réputés retranscrire fidèlement la pensée de l’émetteur original. L’authenticité était avant tout une question de confiance. Le style devait donc être déterminant, un texte d’inspiration divine ne pouvant assurément pas être mal torché. Les quatre évangiles retenus pour former le Nouveau Testament répondent à ces critères. Ils étaient tous anonymes à l’origine, ce n’est qu’après le milieu du IIème siècle qu’un auteur ainsi qu’un ordre leur ont été attribués, soit après la guerre de Kitos (115-117, sous Trajan. La révolte juive touche d’abord les villes de Parthie qui viennent d’être conquises, puis, avec la répression, elle s’étend aux cités de l’empire romain comme Alexandrie ou Cyrène) et la révolte de Bar Kokhba (en 135, sous Hadrien. Elle touche la Judée et voit l’expulsion des Juifs de Jérusalem) qui ont pu pousser plus de gens vers le christianisme, mais surtout dans un contexte de rivalité avec le gnosticisme, jugé hérétique par les Pères de l’Eglise.

Cela explique pourquoi l’évangile attribué à Matthieu, apôtre de Jésus, s’est retrouvé en première position, alors qu’il reprend presque intégralement et mot à mot celui attribué à Marc, seulement disciple de Pierre, pourtant plus ancien. Celui attribué à Luc, disciple de Paul de Tarse, dont la rédaction est elle aussi antérieure à celle de Matthieu et en diffère assez peu, vient en troisième position. Le dernier, attribué à Jean, apôtre de Jésus, est différent des trois autres dits synoptiques, car il ne raconte pas la vie de Jésus. Le premier et le dernier évangile, témoignages soi-disant directs, auraient donc suffi à poser les bases du dogme. La répétition quasiment à l’identique par des tiers ne disposant que d’informations de seconde main représente cependant l’avantage de renforcer l’impression que la parole retranscrite est d’inspiration divine, de la même manière que la traduction de la bible hébraïque en grec (la Septante) aurait été identique au mot près pour les 72 sages auxquels Ptolémée II avait demandé d’effectuer ce travail.

La composition du Nouveau Testament avec ces seuls quatre évangiles et dans cet ordre ne deviendront la règle qu’au IVème siècle, après que Constantin ait décidé d’adopter le christianisme et de réunir les évêques en concile à Nicée pour faire de cette religion un instrument du pouvoir doté d’une hiérarchie calquée sur celle de l’empire. Mais au IIème siècle, les communautés chrétiennes ne sont pas encore soumises à une autorité centrale, les interprétations de la bonne nouvelle sont aussi nombreuses les sages, les presbytres, placés à leur tête, ce qui donne lieu à une importante production d’écrits qui seront considérés plus tard comme apocryphes (d’origine douteuse), bien que certains de leurs éléments aient pu contribuer à l’élaboration du canon ou être repris dans la liturgie. La rencontre de tous ces courants en 325 à Nicée donnera lieu à des combats de rue, et ce n’est que sous la menace de l’empereur qu’ils parviendront à un accord sur la nature de Jésus, homoousios, de la même substance que Dieu, et non homoiousios, d’une substance semblable à Dieu, ce qui vaudra l’excommunication à trois évêques pour cette variation d’un iota dont ils ne voulaient pas démordre. La séparation formelle du christianisme et du judaïsme date de ce concile. L’Eglise est alors organisée en trois patriarcats, Rome, Alexandrie et Antioche, par ordre de prééminence d’honneur, puis vienne s’y ajouter celui de Constantinople en 330, placé en seconde position en 381, et en dernier, celui de Jérusalem en 451, ce qui forme la pentarchie. Chacun de ces patriarcats est indépendant des autres, une excommunication n’est par exemple valide que dans celui où elle a été prononcée et pas dans les autres. L’autorité absolue de Rome ne viendra qu’en 1054, avec le schisme entre les églises orthodoxes et le catholicisme, bien que la séparation de fait ait commencé plus tôt, avec la conquête musulmane des évêchés d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem au VIIème siècle.

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