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Les débuts de l’ère chrétienne : le mithraïsme dans l’armée romaine

Mithra est une ancienne divinité indo-iranienne apparue aux alentours de 1 500 av-JC. Elle naît d’un rocher, tout comme Adam est fait à partir de poussière ou d’argile, situé sous un arbre sacré, à proximité d’une source sacrée, ce qui évoque immanquablement Siddartha Gautama, le Bouddha, ainsi que le paradis terrestre. Il porte un bonnet phrygien, qui ressemble au pileus des esclaves romains affranchis, tient une torche dans une main, il apporte la lumière comme Jésus qui naît au moment du solstice d’hiver, et dans l’autre un couteau. Une autre représentation le fait sortir d’un anneau zodiacal en forme d’œuf qui pourrait l’identifier à l’Eros primordial grâce à qui naissent le temps et l’univers. Il serait donc également le dieu de la création qui se met à l’œuvre par amour.

Il boit l’eau de la source, puis coupe le fruit de l’arbre et se vêt de ses feuilles, tout comme Adam et Eve éprouvent le besoin de s’habiller après avoir goûté au fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Il rencontre plus tard le taureau primordial en train de paître, le saisit par les cornes et le chevauche, mais il est désarçonné sans qu’il ne lâche les cornes de la bête sauvage. Il se laisse traîner jusqu’à ce que l’animal tombe d’épuisement. Il lui lie les pattes arrières, le charge sur son dos et l’amène dans une grotte, symbole de la voûte céleste (il est aussi parfois représenté transportant un rocher, tel Atlas, vêtu d’une cape dont l’intérieur figure le ciel nocturne). Les Romains imprégnés de culture grecque ont pu l’assimiler au mythe de la caverne de Platon. Un corbeau envoyé par le soleil lui demande alors de pratiquer un sacrifice. Mithra s’exécute avec compassion pour le taureau. Il plante son couteau dans le flanc de l’animal. De la blessure coule le vin, le blé s’échappe de sa colonne vertébrale et de sa semence recueillie par la lune arrivent les animaux utiles à l’Homme. Surgissent un chien qui mange le blé, un scorpion qui serre les testicules avec ses pinces, un serpent et parfois un lion, ainsi qu’une coupe. La scène, appelée tauroctonie, se déroule en présence de Cautès et Cautopatès, porteurs de flambeaux situés de part et d’autre à la manière du soleil levant et couchant.

Cela donne lieu à plusieurs interprétations. L’une associe Mithra à Ahriman ou Angra Mainyu, esprit du mal opposé à celui du bien Ahura Mazda dans le zoroastrisme. Ahriman sacrifie un taureau dont les chairs sanglantes donnent naissance à tous les êtres vivants. Une autre assimile le sacrifice à la libération de l’énergie de la nature, le serpent symbolisant le cycle de la vie comme l’Ouroboros (symbole très ancien et très répandu, de la Chine, en passant par l’Inde, l’Egypte jusqu’à la Scandinavie et à l’Amérique du nord et du sud, représenté sous la forme d’un dragon ou d’un serpent à pattes se mordant la queue. Le serpent est condamné à ramper par Dieu pour avoir incité Adam et Eve à goûter au fruit défendu), le chien est quant à lui l’Humanité et le scorpion, la victoire de la mort. Une autre encore propose une interprétation astrologique, le passage de l’ère du taureau à celle du bélier, les autres animaux représentant les constellation placées à l’équateur durant cette ère, le petit chien, l’hydre, le corbeau, le lion et le verseau.

Peut être vais-je vous surprendre, mais l’astrologie permet vraiment de prédire l’avenir. Mais seulement pour le voyageur qui se déplace dans le désert, la steppe ou sur la mer. Non seulement les étoiles lui indiquent-elles le chemin à suivre mais encore les conditions météorologiques qu’il va rencontrer. Par exemple, si le soleil se lève en même temps que Sirius ou Alpha Canis Majoris, dite encore canicula, on risque d’être confronté à de fortes chaleurs, la canicule. Pour ce qui est de l’influence des astres sur nos vies, ce n’est que foutaises, foutage de gueule et billevesées. Les chinois qui croient à l’astrologie meurent plus jeune que les autres. Ceux qui prétendent que c’est une science sont des escrocs. Le crépi est un aussi bon support que les étoiles. Une prédiction fiable est pourtant un avantage décisif, c’est ce qui a permis aux premières bactéries pratiquant la photosynthèse capables de ce prodige de s’imposer en remontant à la surface uniquement lorsqu’il faisait jour, alors qu’elles passaient la nuit dans les profondeurs à réunir ce qu’il leur fallait comme ingrédients pour fabriquer protéines, lipides et glucides, et ce il y a 3,8 milliards d’années.

Pour ma part, je préfère l’interprétation qui relie le sacrifice du taureau par Mithra à l’une des plus anciennes œuvres littéraires connues, l’épopée de Gilgamesh, écrite entre 2 700 et 2 500 ans avant notre ère, et plus particulièrement à son combat avec le Taureau Céleste, qui devait plutôt être un aurochs, envoyé par Anu à la demande de sa fille, Innana ou Ishtar (qui donnera Aphrodite et Vénus) éconduite par Gilgamesh. L’aurochs était de loin l’animal le plus dangereux de l’époque, comparable à ce qu’est aujourd’hui le buffle en Afrique, devant l’hippopotame et bien avant les carnivores comme les fauves ou les ours de l’Europe préhistorique, si l’on excepte mouches et moustiques, vecteurs de maladies infiniment plus meurtrières. Cette dangerosité a valu à l’aurochs d’être vénéré de l’Inde à l’Europe depuis le paléolithique supérieur.

Dans ce cas, il s’agit d’une parabole de la transition de la vie de chasseur-cueilleur à celle d’agriculteur-éleveur qui permet à la civilisation d’émerger. Anu accepte d’envoyer le Taureau ravager Uruk, mais il reproche en même temps à sa fille d’avoir provoqué Gilgamesh. Aussi doit-elle d’abord pourvoir aux besoins des habitants en leur permettant d’amonceler le grain et d’abonder la verdure pour qu’il puissent faire face aux sept années de famine qui résulteront du passage du Taureau (les sept années de vaches grasses suivies de sept années de vaches maigres se retrouvent aussi chez les Egyptiens et dans la Bible). Le Taureau arrive, provoque la sécheresse en s’abreuvant dans le fleuve, puis un tremblement de terre en s’ébrouant. Enkidu, l’ami de Gilgamesh, tombe jusqu’à la taille dans une des crevasses ainsi créées, mais il bondit et saisit le Taureau par les cornes, puis il appelle son ami qui plonge sa lame entre les cornes et la nuque du Taureau alors qu’Enkidu le tient par la queue. Ils offrent le cœur de l’animal à Shamash, le Soleil, garant de la justice de part sa capacité à tout éclairer et à tout voir. L’ancien dieu des chasseurs-cueilleurs est mort pour laisser place au règne de celui des agriculteurs-éleveurs.

Le sacrifice du taureau par Mithra résume cette histoire en une image, un degré de violence en-dessous, le dieu accomplissant le rituel avec compassion pour la bête féroce qu’il a soumise. Le changement de rapport que l’Homme entretien avec la nature est explicité, de manière évidente pour le grain, quant aux animaux, il se pourrait qu’ils en soient catégorisés, le chien représentant les animaux domestiques, le serpent, ceux fuyant l’Homme et le scorpion pour les nuisibles. Cela n’est pas très éloigné de la démarche de Dieu qui demande à Adam de nommer les animaux qu’il lui présente. Deux autres choses rapprochent encore le mithraïsme du monothéisme, le banquet rituel où les novices sont chargés du service sans y participer, un peu comme chez les esséniens, mais surtout le dernier repas de Mithra en compagnie d’Apollon qui n’est pas sans rappeler la Cène puisque le départ des deux dieux sur le char d’Apollon offre une perspective de vie après la mort. Pour finir, la principale fête de ce culte se déroulait le 25 décembre, ce qui en a incité certains à dire que les chrétiens ont fixé la date de naissance de Jésus à ce jour à cause de cela, mais la célébration du solstice d’hiver était un lieu commun dans toutes les civilisations centrées sur l’agriculture qui attendaient impatiemment le signal du retour des beaux jours, perspective d’abondance rassurante en cette période où les stocks de nourriture ne faisaient que diminuer. Rien ne permet donc d’affirmer que Noël ait un lien spécifique avec le mithraïsme.

La présence de ce culte dans l’armée est formellement attestée à partir de 71-72 en Pannonie supérieure, située en Europe centrale. Il se répand ensuite partout où les soldats romains sont présents, surtout aux frontières, de la (Grande-)Bretagne à la Numidie en passant la vallée du Rhin, mais aussi à Rome. Au troisième siècle, il évolue vers un syncrétisme de plusieurs cultes solaires venus d’Orient qui prend le nom de Sol Invictus, le soleil invaincu. Il acquiert un caractère officiel sous Adrien qui espérait que l’instauration d’un culte solaire serait assez neutre pour cimenter un empire qui avait failli se désintégrer. Cette religion aurait très bien pu s’imposer face au christianisme, mais elle souffrait toutefois d’un gros handicap, les femmes en étant exclues, ce qui explique peut être que Constantin lui ait préféré l’adoration de Jésus alors qu’il était adepte de Sol Invictus au début de son règne, comme en témoignent des pièces de monnaie où il est représenté en compagnie du dieu solaire. La pratique du mithraïsme est interdite 80 ans seulement après ce revirement, en 391.

Contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, la crise religieuse de la seconde moitié du premier siècle ne concerne donc pas exclusivement les Juifs, mais aussi les Romains et même les Perses qui, avec le zoroastrisme, adopteront le monothéisme comme religion d’état près d’un siècle avant Rome, en 224 lorsque les Sassanides remplacent les Arsacides. A l’heure où nous allons probablement être confrontés au plus grand bouleversement depuis le passage de l’état de chasseur-cueilleur à celui d’agriculteur-éleveur causé par l’arrivée massive des robots, il va certainement falloir inventer une nouvelle histoire pour accompagner cette transition. Pour ma part, je fais une proposition qui vaut ce qu’elle vaut dans « Fondation », où je m’inspire de l’établissement d’une colonie de fourmis champignonnistes ou éleveuses de pucerons comme modèle d’une éventuelle colonisation de Mars (le rôle des fourmis serait joué par les robots, tandis que nous prendrions celui des pucerons). L’idée est d’adapter l’expulsion d’Adam et Eve du paradis terrestre et l’histoire d’Abel et Caïn à un monde où le travail n’aura plus le même sens que celui de la Bible (il ne faudra plus souffrir pour subsister, mais uniquement produire des idées qui seront mises en œuvre par des robots). Il faut le compléter par « Progrès mes fèces ». Ces deux textes sont très imparfaits, mais je vais essayer de faire mieux. Toute suggestion est bienvenue.

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  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. 04/12/2013 à 10:50

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