Accueil > Histoire, Société, Uncategorized > Les débuts de l’ère chrétienne : le melting pot du Levant

Les débuts de l’ère chrétienne : le melting pot du Levant

A propos de l’aspect physique de Jésus. En ce moment, certains n’hésitent pas affirmer qu’il était incontestablement de type méditerranéen, c’est à dire au teint mat, aux yeux bruns et aux cheveux noirs, bouclés de préférence. Cette éventualité, qui dépend entièrement du patrimoine génétique de ses parents, est bien sûr très probable, mais en faire une certitude reviendrait à ce qu’un historien du futur vienne à certifier que le général de Gaulle ne pouvait en aucun cas mesurer près de deux mètres, étant donné que la taille moyenne des Français ne dépassait pas 1m75 à l’époque (l’affaire de la petite fille blonde aux yeux bleus qui ne pouvait qu’avoir été enlevée à des Allemands ou à des Suédois et non être Rom est un autre exemple de ce raisonnement à deux balles). En effet, si ce raisonnement statistique pourrait s’appliquer sans trop de risque de se tromper à une population isolée du reste du monde, il devient beaucoup plus hasardeux lorsqu’il s’agit de l’utiliser à propos d’une région qui a vu passer une multitude de peuples différents, dont certains d’origine inconnue, sans parler de la variabilité que des individus revenus d’exil ont pu apporter. Tout d’abord, les termes « de type méditerranéen » restent flous et ne renvoient pas forcément aux caractères physiques cités plus haut, les Berbères ou les Illyriens (dont les Albanais sont les descendants les plus directs), implantés de fort longue date sur les bords de la Méditerranée, comptent parmi eux beaucoup d’individus à la peau claire, aux yeux bleus et aux cheveux blonds. Plus près de la Galilée, il faut aussi citer le cas de la Galatie, située dans l’actuelle Anatolie, qui a quant à elle été colonisée par des peuples celtes venus de Gaule Cisalpine à partir de 278 av-JC. En prenant -arbitrairement- les Irlandais comme référence celte, il n’est donc pas exclu que des individus à la peau diaphane, aux yeux d’azur et à la chevelure d’un roux flamboyant aient pu répandre leurs gènes jusque dans la région d’origine du Christ suite à leur migration ou à la descendance qu’ils ont pu avoir suite aux viols qu’ils ne devaient pas manquer de commettre lors des razzias dont ils étaient coutumiers.

Et le moins qu’on puisse dire est que le Levant a été le théâtre de nombreuses vagues d’immigration et d’invasions depuis des temps immémoriaux. Les premières traces d’occupation de la région par des hominidés remonte à plus d’un million d’années et les fossiles de l’homme de Galilée datent d’environ 140 000 ans. Si l’hybridation entre l’Homme de Néandertal et homo sapiens a bien eu lieu, il est assez probable qu’elle se soit produite dans les parages. Puis, la culture natoufienne s’y établit aux alentours du XIème millénaire. Elle sa caractérise par l’apparition des premiers villages qui témoignent du passage du nomadisme vers un mode de vie semi-nomade. La population aurait été composée de deux groupes distincts, avec d’une part les ancêtres des eurafricains qui peupleront l’Iran, l’Irak et l’Anatolie et d’autre part les ceux des méditerranéens. La sédentarisation s’achève dans la deuxième partie du IXème millénaire avec la domestication des plantes et des animaux et l’édification des premières villes comme Jéricho au VIIIème millénaire. A la fin du IVème millénaire, débutent les échanges avec l’Egypte. La région devient dès lors le lieu de passage des routes commerciales que tous les grands empires voudront contrôler par la politique ou la force. Les villages d’agriculteurs-éleveurs disparaissent, mais la région s’enrichit alors grâce à sa spécialisation dans le commerce de la céramique, ce qui constitue l’avènement de la civilisation cananéenne. Ce tissu socio-économique disparaît 2200 ans avant notre ère, lorsque l’affaiblissement du pouvoir central égyptien et la famine dans ce pays permet à des populations venues d’Asie de franchir le Jourdain. La région revient à l’élevage et les agglomérations sont détruites. Elles refont leur apparition 1900 ans av-JC et s’entourent de fortifications pour faire face aux invasion étrangères. Les cités-états émergent, mais leur organisation reste encore tribale.

Le XVII ème siècle av-JC voit l’arrivée des Hyksôs que nous connaissons par l’intermédiaire des écrits égyptiens. L’origine des ces « maîtres des terres étrangères » reste incertaine, mais, selon Hans Wolfgang Helck, il se pourrait que ce soient des Hourrites et des Indo-Aryens (peut être venus de l’actuel Afghanistan) qui vivaient dans l’empire Hatti en Anatolie avant de migrer. Toujours est-il que leur langue n’appartient pas à la famille des langues sémitiques d’après les études de Dominique Valbelle, bien que leurs noms fassent penser à des noms cananéens. Ils s’imposent grâce à leur supériorité en matière d’armement, notamment l’arc composite, ainsi que de nouveaux sabres, casques ou cottes de maille, mais surtout grâce à la grande mobilité des troupes qu’ils devaient au cheval et au char, alors inconnus des Egyptiens. Rien ne prouve cependant qu’ils aient employé la force pour établir leur domination, contrairement à ce qu’affirme Manéthon. Peut être les populations locales ont-elles trouvé plus judicieux de bénéficier de leur protection en échange d’un tribut plutôt que de les combattre. Ils s’installent dans le delta du Nil où ils règnent sur la Basse et Moyenne-Egypte avec le titre de pharaon, ce qui prouve plus leur volonté de s’intégrer que d’imposer leur culture. Après un siècle, ils sont néanmoins chassés par les princes de Thèbes qui vouaient une haine féroces à ces étrangers. Certains prennent la fuite par la mer tandis que les autres sont poursuivis par l’armée égyptienne jusqu’en Palestine.

De ce fait, certains auteurs de l’antiquité ont vu en eux le peuple de l’Exode. Manéthon dit même qu’ils ont fondé Jérusalem, ce que Flavius Josèphe réfute, bien qu’il soit lui aussi d’accord pour identifier les Hyksôs aux Israélites. Notons que l’éruption de Santorin, selon toute probabilité à l’origine des cataclysmes qui ont inspiré les dix plaies d’Egypte (et aussi le mythe de l’Atlantide), a eu lieu aux alentours de 1600 av-JC, pendant le règne des Hyksôs qui ont donc dû transmettre un souvenir précis de ces événements extraordinaires, non sans les attribuer à une colère divine. Le pharaon de l’exil est toutefois plus souvent identifié à Ramsès II qui a pourtant vécu quelques trois siècles plus tard, mais à peine une soixantaine d’années après la tentative d’Akhénaton d’instaurer le culte non pas tout à fait unique, mais très prépondérant d’Aton, le disque solaire. Dès lors, le « peuple » concerné par l’exil pourrait avoir été la partie de l’élite égyptienne favorable à la révolution atonienne qui, sous les règnes de Ramsès Ier puis de Séthi Ier, aurait voulu échapper aux persécutions et trouvé refuge aux confins de l’empire, là où l’armée était peu présente. Ils auraient alors pu y retrouver les descendants des Hyksôs qui partageaient avec eux la détestation du régime égyptien dont ils auraient voulu se distinguer, en refusant par exemple de manger du porc comme le faisait l’oppresseur (étant tenus à l’écart dans des régions inhospitalières, ils devaient de toute façon être trop pauvres pour être en mesure d’en élever). La transmission orale de leurs histoires, qui a tendance à s’emmêler les pédales quant aux événements anciens, a par la suite pu conduire à la confusion des deux vagues migratoires pour aboutir à la légende de Moïse lors de la rédaction du texte de l’Exode au VIIIème siècle, avant d’être remanié à partir du VIème siècle, pendant l’exil à Babylone des judéens, de façon à établir un parallèle avec cette période de captivité. L’invention du monothéisme procéderait ainsi moins d’une révélation à un peuple élu, mais plus à une lente construction intellectuelle visant à unir un peuple aux origines disparates (on a bien fait la même chose en France sous Napoléon III en sortant Vercingétorix du chapeau pour en l’ériger en fondateur historique de la nation française).

A la mort de Ramsès II, une crise dynastique couve en Egypte, avec pour cause probable l’exceptionnelle durée de son règne (66 ans) et sa nombreuse descendance qui menace de se déchirer pour le pouvoir. Mérenptah, son successeur, réussit cependant à imposer son autorité, mais il doit aussi faire face aux attaques de ses voisins libyens, alliés pour l’occasion aux mystérieux Peuples de la mer. Ces derniers ne formaient pas une entité unifiée, mais ils pouvaient se réunir ponctuellement, en fonction de leurs objectifs. Ils sont pour la plupart d’origine inconnue, à part pour les Lukkas, établis en Lycie, dans le sud-ouest de l’actuelle Turquie. D’autres semblent être venus de Grèce et des îles de la mer Egée, voire de Sicile et de Sardaigne comme les noms de Shekelesh, identifiés aux Sicules, et de Shardanes peuvent l’évoquer, mais il semble plutôt que se soit là le lieu de leur établissement ultérieur. A vrai dire, personne ne sait d’où ils sont arrivés, ni pourquoi ils se sont déplacés. Aussi peut-on imaginer à peu près n’importe quoi, même si leurs régions d’origine ne devaient vraisemblablement pas être très éloignées selon nos critères modernes. Mais on ne peut pas non plus totalement exclure qu’ils soient venus de beaucoup plus loin, comme cela s’est produit bien plus tard. Dans ce cas, certains de ces peuples pourraient avoir été originaires d’Europe de l’ouest, comme les fameux Galates mentionnés plus haut, ou encore de Scandinavie, l’art de ces contrées semblant avoir été influencé par les civilisations méditerranéennes, certainement par l’intermédiaire du commerce de l’ambre qu’ils ramassaient sur les côtes de la mer Baltique. Les scandinaves auraient donc pu se mettre dans la tête l’idée de migrer vers ces riches contrées du sud, suivant le chemin que les Vikings emprunteront aux environs de l’an 800 de notre ère.
Sinon, on pourrait aussi les faire venir des steppes asiatiques, comme les Mongols de Gengis Khan. Dans ce cas, ils auraient pu arriver sur les bords de la Mer Noire où ils se seraient convertis à la pêche en intégrant le savoir faire des populations locales pour profiter de la manne qu’ils étaient partis chercher. Puis la ressource halieutique venant à manquer, par exemple en raison de la turbidité des eaux provoquée par le défrichement massif des terres le long des fleuves par des populations d’agriculteurs en forte croissance qui aurait entraîné une importante érosion des sols, comme cela semble s’être passé avec les cours d’eau d’Europe à une période du moyen-âge, cela pour rappeler que le réchauffement climatique n’est pas la première catastrophe environnementale causée par l’Homme, ou alors pour une cause naturelle, comme des pluies diluviennes à répétition qui auraient eu le même résultat (le remplissage de la Mer Noire dans les suites de la dernière déglaciation pourrait quant à lui être à l’origine du mythe du déluge. La Mer Noire était alors un lac d’eau douce, situé 180m sous le niveau des mers, bénéficiant donc d’un climat plus doux que les terres plus hautes, séparé de la Méditerranée par un isthme qui aurait brutalement cédé sous la pression due à la montée des eaux. L’inondation rapide de la vallée aurait alors forcé les agriculteurs installés sur ses rives à fuir de tous côtés. Le souvenir de ce cataclysme aurait ensuite donné naissance à l’histoire du déluge, à la fois chez les Grecs avec les déluges d’Ogygès et de Deucalion et comme cause de la destruction de l’Atlantide, mais aussi chez les Sumériens où un épisode similaire est relaté dans l’épopée de Gilgamesh). Ils seraient alors arrivés en Méditerranée pour se joindre aux autres peuples de la mer et former une flotte considérable, comme celle de Kubilai Khan partie à la conquête du Japon avant d’être balayée par le Kamikaze, le vent divin (en fait, deux typhons qui ont occasionné de grandes pertes lors des tentatives d’invasion des îles nippones en 1274 et 1281).
On pourrait aussi émettre l’hypothèse qu’ils soient venus d’Inde, comme les Tziganes, comme Hérodote parle de le tribu nomade des Sigynnes dès le Vème siècle av-JC, ou encore, bien que les Egyptiens nous disent que c’étaient des gens du nord, d’Afrique, par exemple des Ethiopiens qui seraient remontés le long des côtes de la péninsule arabique pour arriver dans la région d’Eilat, une communauté juive vivant en Ethiopie depuis que, selon la légende, Ménélik et la reine de Saba y ont apporté l’arche d’alliance au Xème siècle av-JC.

Toutes ces hypothèses exotiques relèvent bien sûr plus du scénario de fiction que de la piste historique sérieuse, mais elles font écho à une autre histoire, celle des rois mages, parfois représentés dans l’iconographie l’un avec des traits asiatiques, l’autre comme un perse et le dernier avec la peau noire. Leur visite, qui symbolise l’ouverture du judaïsme aux gentils, apparaîtrait alors comme un retour aux sources.

Quoi qu’il en soit, Mérenptah réussit à repousser leurs attaques, ainsi qu’à ramener l’ordre dans les régions qui en avaient profité pour s’affranchir de l’autorité égyptienne.C’est à cette occasion qu’il est pour la première fois fait mention des Israélites, en tant que vaincus, sur la stèle qui porte le nom de ce pharaon. Quelques années plus tard, Ramsès III doit lui aussi affronter les Peuples de la Mer. S’il parvient à maintenir l’intégrité du territoire égyptien, il est cependant contraint d’abandonner sa domination sur le Levant, ne pouvant plus compter sur l’aide des Hittites dont l’empire s’était entre temps écroulé, les coups de boutoirs étrangers venant s’ajouter aux tensions internes. L’un des Peuples de la Mer, les Peleset, que nous connaissons mieux sous le nom de Philistins, en profitent pour s’installer sur la côte sud-ouest de Canaan, tandis que les Araméens, des tribus de pasteurs semi-nomades de langues sémitiques non affiliées aux Peuples de la Mer, se répandent en Palestine, en Syrie et au Liban. Il semble que d’autres Peuples de la Mer se soient implantés au Levant, mais leurs traces disparaissent rapidement, ce qui témoigne de leur fusion avec les populations locales. Le récit biblique nous dit que le royaume d’Israël aurait émergé un siècle et demi plus tard avec le règne de Saül, puis ceux de David et Salomon. Même si ces deux derniers ont pu exister, l’étendue du territoire qu’on leur a attribué a probablement été très exagérée par la suite et devait se limiter aux alentours du petit village de montagne qu’était Jérusalem. L’existence d’un état centralisé n’est attestée qu’à partir de 884 av-JC, avec la fondation du Royaume d’Israël par Omri, mais son pouvoir ne s’étend pas jusqu’à Jérusalem qui faisait quant à elle partie du Royaume de Juda. Le Royaume d’Israël prospère grâce aux échanges avec les Assyriens, tandis que celui de Juda vit du commerce des marchandises apportées par les caravanes venues d’Arabie qui sont payées en huile d’olive. Le Royaume d’Israël prend fin en 722 av-JC avec la chute de Samarie. D’importants mouvements de population, volontaires ou non, ont lieu. Beaucoup de ces déplacés sont accueillis par leur voisin du sud que dirigeait alors Ezéchias. Ce dernier est à l’origine d’une réforme religieuse : il interdit que les sacrifices se fassent ailleurs que dans le Temple de Jérusalem et détruit les lieux saints où ils se pratiquaient, certainement dans la perspective de donner une identité nationale aux peuples d’origines diverses qu’il dirige, sans remettre en cause le polythéisme pour autant. Comptant sur le soutien de l’Egypte, il refuse à son tour de payer le tribut aux Assyriens, ce à quoi le prophète Isaïe se serait opposé. Pour mener la guerre qui résulte de cette décision, il aurait reçu l’aide de soldats du pays de Koush, dont on ignore s’il se trouvait dans le sud de l’Egypte ou dans celui de la péninsule arabique, mais dont les habitants auraient eu une couleur de peau différente de ceux du Levant, selon Jérémie. Décimés par une épidémie lors du long siège de Jérusalem, mais ayant auparavant remporté de grandes victoires, les Assyriens préfèrent se retirer, aussi le Royaume de Juda garde t-il son autonomie, en échange du versement d’un lourd tribut et de la perte de ses meilleures terres agricoles.

Pour calmer le jeu avec les Assyriens, Manassé et Amon, les successeurs d’Ezechias, permettent à nouveau que les sacrifices aux divers dieux se fassent dans les « hauts lieux ». La situation change sous Josias avec la désintégration de l’empire assyrien qui ne résiste pas à la montée en puissance des Babyloniens et de leurs alliés mèdes. L’Egypte intervient pour défendre ses intérêts au Levant, mais Josias est déterminé à s’affranchir de toute domination étrangère. Il reprend la recette d’Ezéchias en allant beaucoup plus loin. Non seulement il interdit les sacrifices et fait détruire les « hauts lieux », mais il tente d’éradiquer les cultes idolâtres comme ceux des astres, de Baal et d’Ashera (déesse mère associée à YHWH, probablement vénérée comme son épouse) pour consacrer le Temple de Jérusalem au seul YHWH, qui passe ainsi de dieu national à Dieu unique. Il entreprend de rénover le Temple et prétend à cette occasion avoir trouvé le livre de la loi écrit par Moïse que certains identifient au Pentateuque, tandis que la majorité pense qu’il s’agissait plutôt d’une ébauche de son dernier livre uniquement, le Deutéronome. Il en fait une lecture publique et ordonne à son peuple de célébrer annuellement la fête de Pessa’h, y compris au royaume d’Israël où la déliquescence de l’autorité assyrienne lui a laissé le champ libre. Le monothéisme hébraïque était né.

Josias prend alors parti pour Babylone contre l’Egypte, mais il est défait par le pharaon Nékao II à Megiddo où il trouve la mort. Son fils et successeur, Joachaz, continue la guerre, mais il est capturé seulement trois mois après son accession au trône. Les vainqueurs imposent son frère Joaqim au pouvoir. Il se soumet à l’Egypte et paie le tribut exigé. La société judéenne se divise entre partisans de l’Egypte et ceux de Babylone. Les pro-égyptiens l’emportent, mais Nabuchodonosor II met l’armée égyptienne en déroute lors de la bataille de Karkemish en 605 av-JC. Les Babyloniens s’emparent des royaumes d’Israël et de Juda qu’ils dévastent méthodiquement afin que la région ne représente plus aucun intérêt et fasse tampon entre les deux grandes puissances. Jérusalem est rasée, le Temple détruit et un quart de la population judéenne, l’élite, est déportée à Babylone, tout comme une partie des Philistins. Là bas, les exilés, bien que prisonniers, sont traités avec tous les égards dus à leur rang. Avec l’éloignement de la montagne où leur dieu était censé demeurer, le Livre devient le lieu sacré où il élit domicile, ainsi que le ciment de la communauté. Les textes sont profondément remaniés, la Torah prend forme, non sans qu’elle ne subisse l’influence du zoroastrisme.

Le roi perse Cyrus II prend Babylone une soixantaine d’années plus tard. Il autorise les judéens qui le souhaitent à rentrer chez eux, leur permet de reconstruire le Temple et laisse une grande autonomie à cette province plutôt que d’imposer son administration et sa religion. Les exilés de retour se perçoivent à présent comme les seuls Juifs authentiques car ils considèrent ceux qui sont restés comme des païens étrangers, qu’ils appellent Samaritains, ayant colonisé leur pays suite aux déportations organisées par les Assyriens. La Judée tombe plus tard sous la domination des Grecs, suite aux conquêtes d’Alexandre le Grand. Une partie d’entre eux sont séduits par le monothéisme israélite car ils y trouvent une similitude avec les philosophies d’Aristote et de Platon qui voyaient l’incarnation d’un seul et même principe dans tous les dieux du panthéon. L’inverse est aussi vrai. Les Juifs appellent ces Grecs qui suivent les préceptes de leur religion « craignant Dieu », la circoncision restant un obstacle majeur à leur conversion pure et simple. Avec l’effondrement de l’empire grec consécutifs aux incessantes querelles de succession, arrive la révolte des Maccabées et la période d’indépendance sous le règne de la dynastie hasmonéenne, avant la domination romaine.

A la naissance de Jésus, des troupes romaines sont présentes dans le pays depuis plusieurs décennies, mais ce ne sont pas les seuls étrangers à être là. Les Romains emploient aussi des mercenaires venus de tout l’empire. Des Thraces, des Gaulois, des Germains, qui composaient par exemple la garde d’Hérode, et même des Nubiens venus de l’actuel Soudan. Le père de Jésus est donc susceptible d’être originaire d’à peu près toutes les parties du monde connu à cette époque. Affirmer qu’il avait tel ou tel aspect physique est par conséquent très hasardeux. Il pourrait effectivement avoir eu la peau plus claire que la moyenne des Levantins, avoir des yeux bleus ou des cheveux roux, ou encore avoir la peau café au lait et pourquoi pas des yeux un peu bridés dans l’hypothèse la plus folle. Même s’il devait avoir le type méditerranéen, comme c’est le plus probable, il me semble que l’absence de description physique du Christ correspond à une volonté des auteurs. Le message qu’ils voulaient envoyer pourrait tout d’abord avoir été un signe d’ouverture destiné aux Gentils, en premier aux Grecs déjà séduits par la religion juive, mais aussi aux autres peuples sous domination romaine désireux de s’en affranchir, avec dans l’idée qu’ils pourraient mieux réussir s’ils s’unissaient, mais encore aux Juifs eux-mêmes. En effet, si les esséniens se nourrissaient bien de toutes les cultures, sûrement sont-ils tombés sur des textes concernant leur propre histoire, comme ceux relatifs aux Hyksôs que nous savons connus d’au moins un de leurs contemporains, Flavius Josèphe. Aussi, en laissant planer le doute quant à l’origine ethnique du Messie, les rédacteurs des évangiles ont ils pu vouloir rappeler que le judaïsme et le peuple juif étaient nés de la rencontre entre des gens venus de différentes régions du monde, de manière à apparaître comme étant plus proches de l’esprit des fondateurs de leur religion que les pharisiens et les sadducéens, et surtout des zélotes.

A l’heure où nous sommes confrontés à la crainte de voir notre culture disparaître, comme c’était le cas à l’époque pour les Juifs, ce sont les mêmes alternatives qui se présentent. La plus grande tentation est celle du repli sur soi, d’imposer ses valeurs aux autres, ce qui donne aussi bien le nationalisme que nous voyons grandir en Europe que l’intégrisme religieux dans les pays musulmans, soit le plus sûr chemin pour aller à la guerre. Faire du personnage de Jésus un pur produit régional de Galilée ne fait qu’aller dans ce sens. Ou alors, on peut envisager qu’un rassemblement improbable de gens n’ayant en commun que d’avoir été rejetés aux marges de la société, nerds, hikikomori, tout comme écolos opposés à la société de consommation, bref, tous ceux que Coluche appelait à voter pour lui en 1981, saura trouver les principes qui nous permettront de vivre tous ensemble. Je crains hélas qu’il nous faille passer par la première phase avant d’atteindre la seconde.

Publicités
  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. 04/12/2013 à 13:50

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :