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Les débuts de l’ère chrétienne : l’année des quatre empereurs

En 68, le pouvoir de Néron est à bout de souffle. Ses frasque exaspèrent tout le monde, il passe plus de temps à s’amuser qu’à gouverner, il revient par exemple d’un voyage uniquement artistique en Grèce, le peuple lui reproche de s’être approprié une grande partie de Rome pour construire sa domus aurea après le grand incendie de 63, ainsi que les dépenses somptuaires qui en découlent, les provinces sont écrasées d’impôts après les augmentations qu’il a décrétées et son image pâtit des nombreux meurtres qu’il a commis dans sa famille. Il a de plus organisé une répression féroce après la conjuration de Pison de 65 en se basant plus sur la délation que sur des faits avérés, faisant entre autres pour victime Gnaeus Domitius Corbulo, le très populaire général vainqueur des Parthes.

Le coup d’envoi de la fronde est lancé par Gaius Julius Vindex, un Gaulois gouverneur de Gaule Lyonnaise qui a eu accès à cette fonction grâce à son père qui était sénateur romain. En mars 68, il convoque les délégués des cités des trois provinces impériales gauloises pour les appeler à se soulever contre l’empereur pour le renverser. Eduens et Séquanes adhèrent au projet, mais les Lingons et les Trévires refusent de s’engager à ses côtés. Il prend ensuite contact avec ses homologues des provinces d’Europe occidentale pour leur faire part de son projet. Tous le dénoncent à Néron, sauf Servius Sulpicius Galba, gouverneur d’Hispanie Tarraconaise. Le déclenchement de la guerre civile est initié par le gouverneur de Germanie supérieure, Lucius Verginius Rufus, qui marche quant à lui contre Vindex. Fin mai, début juin, les deux armées se rencontrent aux alentours de Vesontio (Besançon), capitale des Séquanes. Vindex et les Gaulois sont battus à plate couture. Vindex se suicide. Néron ordonne l’assassinat du traître Galba, ce qui laisse présager d’une nouvelle vague d’exécutions sommaires sur simple suspicion. Cela provoque la réaction de Lucius Clodius Macer, gouverneur d’Afrique, qui suspend les livraisons de blé Nord-Africain à Rome, ainsi que d’Othon, gouverneur de Lusitanie qui rejoint Galba, mais encore de Nymphidius Sabinus, préfet du prétoire qui convainc la garde prétorienne d’apporter son soutien à Galba en échange de la promesse d’une récompense en espèces sonnantes et trébuchantes. Néron s’enfuit dans sa résidence de Phaon où il se suicide le 9 juin après avoir appris qu’il avait été démis par le Sénat et condamné à mort pour parricide. Il est par la suite condamné à la damnatio memoriae qui visait à effacer toute trace du passage sur terre de la personne visée, ce qui a paradoxalement contribué à la conservation d’une partie de la domus aurea, enterrée lors du réaménagement de l’immense domaine impérial au profit du peuple.

Néron mort, Galba se proclame aussitôt empereur et part pour Rome avec son armée. Il n’y arrive qu’en octobre. Durant ce long délai, la ville éternelle est plongée dans le chaos. Des bandes d’anciens partisans de Néron pillent et volent tout ce qu’elles peuvent faisant régner la terreur. Nymphidius Sabinus profite de cette atmosphère d’insécurité pour tenter de prendre le pouvoir. Il prétend être un fils illégitime de Caligula pour se donner une certaine légitimité. Les prétoriens, qui attendent leur récompense de Galba, le lâchent et le tuent en juillet 68. L’autorité de Galba est partout reconnue, mais il devient vite impopulaire une fois à Rome. Cela commence dès son arrivée, lorsqu’il fait exécuter tous les partisans de Néron qui refusent de reprendre leur statut d’esclave. Or nombre d’entre eux sont d’anciens marins respectés de l’armée qui en éprouve un certain dégoût. Il finit de sa la mettre à dos par son refus de payer la prime promise à la garde prétorienne et aux soldats ayant contribué à son accession au pouvoir. Par conséquent, le premier janvier 69, les deux légions de Germanie supérieure qui avaient battu Vindex refusent de lui jurer fidélité. Elles sont rejointes le 2 par celles de Germanie inférieur. Elles acclament ensemble empereur leur chef, Vitellius. En réponse, le vieux Galba adopte et désigne comme son héritier Lucius Calpurnius Piso Frugi Licinianus, petit fils du Pison qui avait organisé la conspiration contre Néron. Non seulement le peuple y voit-il un signe de faiblesse, mais il s’attire de plus la colère d’Othon qui pensait être appelé à lui succéder. Ce dernier achète la garde prétorienne qui assassine Galba en plein forum le 15 janvier 69. Lucius Pison est lui aussi tué. Othon se rend immédiatement au Sénat pour être reconnu empereur.

Vitellius et ses légions marchent sur l’Italie pour le contester au début du printemps. Vitellius a aussi le soutien des soldats de Belgique, de Bretagne, d’Espagne et de Rhétie, tandis qu’Othon a celui de ceux d’Orient, d’Afrique et du Danube. L’armée du Danube, la plus proche, n’est pas encore arrivée lorsqu’Othon doit partir affronter les troupes de Vitellius qui viennent de franchir les Alpes début mars. Othon remporte tout d’abord deux petites victoires dans le nord de l’Italie, mais il est sévèrement battu le 14 avril à la bataille de Bedriacum, près de Crémone. Il se suicide deux jours plus tard pour éviter l’extension de la guerre civile. Le Sénat reconnaît Vitellius empereur le 19, mais il se rend lui aussi très vite impopulaire, ses troupes se livrant au pillage durant sa descente sur Rome.

Le 1er juillet, les troupes d’Orient acclament Vespasien empereur à Alexandrie. Les légions du Danube, soit de Mésie, Pannonie et de Dalmatie lui prêtent serment dans la foulée. Marcus Antonius Primus, légat de Pannonie, prend l’initiative de marcher sur l’Italie, sans l’aval de Vespasien qui lui avait donné pour consigne de s’arrêter à la frontière, à Aquilée. Il occupe plusieurs villes du nord-est de l’Italie, ainsi que le col du Brenner que doivent emprunter les légions de Germanie dont Vitellius attend le secours. Cinq autres légions de l’armée du Danube le rejoignent l’une après l’autre à Vérone. Seul capable de faire cesser la contestation des chefs dans deux d’entre elles, il prend naturellement le commandement général. En face de lui, se trouvent huit légions commandées par Alienus Caecina, l’un des deux vainqueurs d’Othon. Ce dernier à ordre d’attaquer, mais il hésite malgré son avantage, parlemente, pour finir par rallier Vespasien. Ses soldats refusent de trahir Vitellius, le destituent et l’emprisonnent, puis se replient sur Crémone. Antonius les suit. Il tombe en route sur l’avant garde des fidèles à Vitellius le 24 octobre qui ne peut soutenir le choc et se retire vers Crémone, puis rencontre le gros des troupes dans la poursuite. Une bataille aussi indécise qu’acharnée s’engage. Elle dure toute la nuit. La décision se fait à l’aube, lorsque le Legio III Gallica se tourne vers le levant pour saluer la renaissance du soleil selon la coutume qu’elle a adopté lors de son service en orient. Les vitelliens interprètent mal ce geste. Ils croient à l’arrivée de renforts, se démoralisent et sont repoussés jusque dans leur camp qui est bientôt pris. Antonius s’avance ensuite vers Crémone qu’il livre au pillage de ses troupes pendant quatre jours, bien que la cité se soit rendue. Il prend alors le temps pour que ses hommes se reposent et organiser la défense du territoire qu’il contrôle.

A Rome, Vitellius tente de dissimuler l’ampleur de la défaite des troupes de Caecina. Il compte encore sur le second vainqueur d’Othon, Fabius Valens, stationné en Italie centrale. Valens profite du répit dont il croit pouvoir bénéficier à l’approche de l’hiver pour aller en Gaule où il espère pouvoir trouver du renfort. Il s’embarque avec un petit détachement, arrive à Monaco où il apprend que les flottes d’Adriatique et de Méditerranée sont passées du côté de Vespasien. Il essaie de contourner cette dernière qui demeure à Fréjus, mais s’échoue sur les îles d’Hyères où il est fait prisonnier. Cette capture pousse les légions d’Espagne et de Gaule dans les bras de Vespasien. Vitellius ne peut plus cacher qu’il a subi un désastre, les troubles resurgissent dans la ville éternelle. Il entame des négociations qui portent sur les conditions de son abdication avec Titus Flavius Sabinus, préfet de Rome et frère aîné de Vespasien qu’il a étrangement cru bon de laisser en poste. Pendant se temps et malgré le froid, Antonius franchit les Appenins pour pénétrer en Ombrie. Il souhaite s’arroger tout le mérite de la victoire en précédant Mucien, qui arrive avec les légions d’Orient et le mandat de Vespasien pour pendre la tête des opérations. Antonius fait exécuter Valens pour exhiber sa tête aux vitelliens qui perdent dès lors tout espoir et se rendent sans combattre. A la mi-décembre, alors que les négociations qui lui octroyaient une retraite dorée en Campanie étaient sur le point d’aboutir, Vitellius renonce subitement à l’abdication sous la pression de la garde prétorienne et de la population qui craignaient peut être qu’Antonius leur fasse subir le même sort qu’à Crémone. S’ensuivent des affrontements entre les prétoriens et la garde de Flavius Sabinus qui se réfugie dans la forteresse du Capitole où il est assiégé. Apprenant la dégradation de la situation, Antonius se précipite vers la capitale, mais les vitelliens le prennent de vitesse et donnent l’assaut. Sabinus est capturé, puis mis en pièces par la foule avant d’être exposé aux Gémonies, malgré la volonté de Vitellius de l’épargner. Le Capitole et le temple de Jupiter sont en flammes losqu’Antonius arrive, sans qu’on puisse dire qui est à l’origine de l’incendie. Il balaye les prétoriens qui tentent de résister, puis pourchasse impitoyablement tous ceux qui sont soupçonnés d’avoir été partisans de Vitellius, qui est lui-même capturé et exécuté sommairement le 20 ou 25 décembre. La guerre civile est terminée. Le lendemain, le Sénat proclame Vespasien empereur. Son fils Domitien, qui reçoit le titre de princeps iuventus, le représente en attendant son retour. Mucien arrive à son tour ; il évince Antonius du pouvoir.

Peut être encore plus qu’une fête du solstice d’hiver, faut-il voir là l’origine réelle des célébrations autour de cette date, qui marque le rétablissement de la période de stabilité politique connue sous le nom de Pax Romana. En tout cas, cette année des quatre empereurs n’est pas étrangère au déclin du culte de l’empereur et à l’introduction du mithraïsme au sein des armées romaines. Il sert bien sûr à ressouder les légions qui ont servi différents prétendants au trône, mais il est encore renforcé par la décision de Vespasien de faire du jour de son acclamation à Alexandrie le dies imperii (jour de l’empereur) qui met au premier plan la légitimité conférée par les militaires et relègue au second l’investiture par le Sénat. Il se rapproche ainsi du peuple et s’éloigne de l’aristocratie, lui-même étant d’origine plébéienne. Une religion propre à l’armée souligne son pouvoir de choisir son maître. Vespasien a d’ailleurs du mal à se glisser dans la peau de l’élu des dieux conféré par le titre d’Auguste ; il se consacrera plus aux dieux d’Alexandrie au début de son règne, avant d’accepter de l’incarner pleinement, mais sans y croire pour autant, à sa mort il dira ironiquement : « Malheur, je crois que je deviens dieu ! » (d’après Suétone).

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  1. 04/12/2013 à 09:47

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