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La mauvaise circulation et ses conséquences

L’absurdité de la politique en matière de circulation automobile dans la ville où j’habite est un sujet qui, au-delà des désagréments qu’elle engendre, pourrait bien expliquer en grande partie les raisons pour lesquelles notre société va mal.

Accolée à Strasbourg, cette commune a la particularité d’être coincée entre deux obstacles parallèles qui en compliquent la desserte. Elle est délimitée d’un côté par une voie de chemin de fer, tandis que de l’autre se trouve une rivière, l’Ill. Aussi s’est-elle développée le long d’une unique rue qui la traverse dans son intégralité, un bout donnant un accès direct à la grande ville et l’autre à un nœud autoroutier, naturellement saturé en quasi permanence. Au départ petit bourg rural de quelques centaines d’habitants, elle s’est agrandie au fil du temps jusqu’à compter aujourd’hui plus de dix mille âmes, les différents quartiers ayant été construits de part et d’autre l’axe principal, une cité H.L.M des années 1970 située à une extrémité en rassemblant près de la moitié ; ceux-ci doivent donc traverser toute l’agglomération s’ils ont l’idée saugrenue de prendre l’autoroute ou de se rendre dans la zone commerciale sise à l’opposé de leur lieu d’habitation. L’inconvénient majeur réside en ce qu’il est rigoureusement impossible de passer d’un quartier à son voisin par un chemin de traverse, pour ce faire on est systématiquement obligé d’emprunter la route principale. Il suffirait donc que cette dernière se trouve malencontreusement obstruée par un accident ou un incendie nécessitant l’intervention massive des secours pour que la circulation soit totalement paralysée dans tout le bled. En terme médical, cette situation s’appelle infarctus. Une artère se bouche, faute de circuit vasculaire secondaire (anastomose), le flux sanguin n’irrigue plus l’organe qui s’asphyxie et meurt rapidement.

Comme ils ne sont pas idiots, les responsables municipaux, de quelque bord qu’ils soient, sont bien évidemment conscients du problème. Grâce à leur action, ou plutôt leur relation privilégiée avec les élus strasbourgeois au moment de la création de la ligne, le tram dessert une partie de la commune (il faut bien satisfaire le maire de la ville d’â côté, lui aussi ami et, d’autant plus s’il est, influent), par chance la plus peuplée, mais cela ne résous toujours pas celui du trafic automobile qui n’en reste pas moins intense, en plus d’avoir été rendu plus chaotique par l’ajout des feux tricolores nécessaires à la cohabitation avec ce transport en commun. Aussi existe-t-il un projet d’axe transversal important qui pourvoirait la ville d’une entrée supplémentaire. Il emprunterait le pont historique, élargi pour le passage du tram, qui franchit la voie de chemin de fer, mais qui n’a que peu d’intérêt pour soulager le trafic qui se fait essentiellement dans la direction opposée, le plus intéressant en la matière, sur l’Ill, restant à construire. La mairie a d’ailleurs déjà été transférée dans un bâtiment situé sur la route où il devrait aboutir (il faut maintenant bien la chercher, au lieu de passer obligatoirement devant en suivant l’itinéraire le plus évident), en prévision du déplacement du centre de gravité de la ville vers cet endroit, et un nouveau quartier, écologique (ce qui signifie entre autres que les voitures en seront quasiment bannies, avec au mieux une place de parking par foyer), qui augmentera la population de plus de 30% est actuellement en construction aux abords de ce futur boulevard urbain. Il y a cependant une couille dans le potage, si vous me permettez l’expression : ledit axe pourrait en effet ne jamais voir le jour. A l’image du grand contournement ouest, qui semble quant à lui définitivement enterré, et comme toutes les réalisations de ce genre, il se heurte à l’hostilité des riverains qui ne souhaitent pas voir leur tranquillité remise en cause par le transit quotidien de milliers de véhicules, et encore plus à celle des protecteurs de l’environnement. N’aurait-on pas mis la charrue avant les bœufs ? Car dans ce cas, lorsque les nouveaux arrivants auront emménagé, la congestion de la circulation risque fort de dépasser le cadre accidentel pour devenir chronique, même si une nouvelle voie d’accès au nœud autoroutier qui, comme je l’ai déjà dit, n’est plus capable d’absorber grand chose, est en construction. Mais en contrepartie, la rue principale sera réaménagée, ce qui signifie en clair que l’emprunter deviendra un calvaire sans nom.

En attendant, une solution palliative serait peut-être de relier les quartiers entre eux pour permettre au flux de s’écouler malgré l’engorgement, mais cela ne semble pas non plus à l’ordre du jour, à moins d’un revirement total, qui n’est pas exclure ; ne dit-on pas que faire et défaire, c’est toujours du travail. Mais jusqu’ici, tout a été fait pour que le cloisonnement reste étanche. Le quartier que j’ai habité pendant 25 ans en est un bon exemple. Construit en 1980 là où il n’y avait auparavant que des champs, il se terminait à l’origine en cul de sac. Il a même fallu plusieurs années pour que la chaussée qui le dessert soit goudronnée, le temps de la rétrocession de la voirie à la commune ; les gens qui devaient y venir avaient alors du mal à le trouver comme la rue ressemblait plus à une piste pour chars d’assaut qu’à une voie carrossable, bien que son entrée ait été située sur l’artère qui devait par la suite se prolonger par la route qui mène à l’échangeur autoroutier qui n’était à l’époque qu’un chemin vicinal aussi tortueux qu’étroit. Quelques immeubles et maisons individuelles sont venus l’agrandir au courant des années ’90, puis, à la faveur d’une tranche plus importante, il a fini par être relié à l’axe principal par une belle rue bien droite (une petite rue permettait de même de rejoindre celle qui mène au pont vers la ville voisine, mais sa sortie a presque aussitôt été barrée par deux énormes rochers). Il devenait donc possible de passer par là pour rejoindre plus aisément l’autoroute. Cet itinéraire bis restait cependant peu connu. Il aura fallu qu’une déviation l’emprunte à l’occasion de travaux pour qu’il le devienne.

Quelques personne ont par conséquent continué à le prendre après ça, sans toutefois que le trafic ne devienne franchement intense. Cela aura pourtant suffi à ce qu’un voisin fraîchement débarqué dans le coin commence à s’en plaindre, sous le prétexte qu’un quartier résidentiel n’avait pas à devenir un lieu de transit. Pour donner plus de poids à sa démarche, il a aussi sec monté l’association des riverains, certainement pour bien s’intégrer. Subitement, tout le monde a trouvé que la circulation générait des nuisances intolérables, surtout à cause de la vitesse soit disant excessive des automobilistes. Personnellement, et quitte à passer pour le mauvais citoyen de service, j’ai refusé de me rendre à ces réunions, comme j’utilise moi-même les chemins détournés dès que je peux, ce qui, au regard que me lancent certains, doit aussi emmerder des gens (il faut dire que je préfère utiliser un rapport inférieur lorsque je vois des gens marcher de dos sur le trottoir pour qu’ils m’entendent arriver et avoir un meilleur freinage au cas où, plutôt que d’aller plus vite sur un rapport supérieur et de les retrouver sous mes roues. Ce bruit me vaut force gestes de ceux qui sont surpris et se trouvent donc avertis, mais mieux vaut passer pour un assassin en puissance que de le devenir par souci discrétion). La municipalité a bien évidemment réagi sans délai, de peur de se mettre à dos ces électeurs.

Un dos d’âne a donc été construit pour casser la vitesse des véhicules. Encouragés par cette victoire, mais ne trouvant pas cela suffisant, l’association est allé plus loin dans ses revendications. Ce sont donc deux îlots centraux qui ont ensuite été installés, et comme ce n’était toujours pas assez, nous avons eu droit à un second dos d’âne, puis un troisième et un quatrième, à un peu près dix mètres de précédent. Sont ensuite venues les bordures en saillie pour délimiter les places de stationnement et pour finir, non pas un, mais deux réductions de la chaussée à une seule voie qui empêchent le croisement. A ce compte là, pourquoi ne pas tout simplement arracher le bitume pour revenir au chemin criblé de trous des origines ? Je n’attends plus que les mines et les miradors équipés de mitrailleuses lourdes avec militaires de faction ayant ordre de tirer à vue sur tout véhicule qui ne serait pas dûment accrédité et tout conducteur n’ayant pas réglementairement ses mains à dix heures dix sur son volant. Si encore cela se limitait à ce quartier, je dirai que nous avons simplement affaire à un nid de cons qu’il vaut mieux éviter, mais ce délire fort onéreux a peu à peu gagné tout le bled. On ne compte plus les aménagements de ce genre et les rues mises en sens unique, mais j’apprécie tout particulièrement le mini rond-pont flambant neuf qui se passe sans qu’on ait besoin de donner le moindre coup de volant pour le contourner, un coup de peinture pour créer un cédez-le-passage aurait donc suffi, et encore plus la rue qui a été rétrécie au point de rendre tout croisement périlleux, avec un trottoir qui pourrait servir de piste d’atterrissage à un A-380, planté sur son bord une d’une végétation luxuriante qui améliore le taux de verdissement pour faire plaisir aux écolos, mais masque jusqu’au dernier moment les piétons qui commettraient la folie de vouloir traverser. Je ne vous dit même pas s’il devait s’agir d’un enfant un peu distrait. Entre le véhicule qui vient en face et le piéton, il faut choisir sur quoi se concentrer…, et prier pour que ça se passe bien. Ah non, j’oubliais, une solution a été trouvée : réduction de la chaussée à une seule voie sur dos d’âne (et ce n’est pas une blague). En terme médical, cela aussi porte un nom, la sclérose en plaques, qui évolue par poussées et empêche peu à peu à l’influx nerveux de circuler à cause d’une démyélinisation des axones.

Je me demande quelle serait la réaction de ces braves gens si soucieux de leur sécurité et de leur tranquillité (même si je suis persuadé qu’ils sont dans l’erreur, je le dis sans ironie, individuellement ce sont presque tous des gens biens, serviables et généreux, mais ils peuvent devenir cons comme des portes sans poignées dès qu’ils s’identifient à un groupe, comme c’est le cas pour ces bandes de jeunes qui leur font si peur. -des études ont démontré que la réflexion est une des seules activités humaines qui se fait mieux seul qu’à plusieurs-), si un jour par malheur un de leurs proches avait un accident chez eux, qu’il se retrouve en arrêt cardiorespiratoire et que les secours mettent douze minutes pour arriver. Ils s’interrogeraient certainement sur la lenteur intolérable de leur intervention. Les secouristes ne pourraient que leur répondre qu’ils en sont désolés, qu’ils auraient mis quatre minutes de moins il y a encore 15 ans, mais qu’avec le rétrécissement de la route dans la ville voisine et ses bordures de trottoir verticales de 20 cm de haut qui empêchent les gens de se pousser pour les laisser passer, ce qui ne servirait d’ailleurs pas à grand chose vu qu’il y a désormais un îlot infranchissable au milieu de la chaussée tous les 50 mètres, qu’ils ne peuvent plus non plus couper par le quartier dont les rues ont été mises en sens unique, pas plus que par celui dont la sortie qu’ils empruntaient a été supprimée, qu’ils perdent encore du temps sur les douze dos d’âne qu’ils ont eu à franchir, ainsi que dans les trois zones trente où il leur faut slalomer entre les places de stationnement et les bacs à fleurs, sans compter la réduction à une voie où un abruti a dû faire marche arrière pour leur céder le passage, ni les priorités à droite qu’ils ne peuvent décemment pas passer à fond de train sans risquer de s’emplafonner un hurluberlu qui, sûr de son bon droit, en sort sans regarder ni ralentir. Et que c’est à cause de toutes ces petites choses accumulées qu’ils ont perdu ce temps si précieux qui risque de laisser à leur parent de lourdes séquelles à vie, les neurones asphyxiés mourant par centaines de milliers à chaque seconde, alors qu’il aurait sans doute pu récupérer toutes ses facultés s’il avait été ranimé quatre minutes plus tôt. De nos jours, le risque de mourir chez soi d’un accident domestique est plus de trois fois plus élevé que celui de perdre la vie dans un accident de la route. Cela concerne presque un enfant par jour ; un autre meurt quotidiennement sous les coups de ses parents, mais c’est un autre débat. L’extérieur et l’étranger ne sont pas forcément les principaux dangers.

Vous me direz que si je suis aussi insatisfait de cette politique, je n’ai qu’à partir. Certes, mais pour aller où ? La configuration particulière de ma ville ne fait que souligner un peu plus les inconvénients de ces dispositifs qui pourrissent la vie de l’automobiliste, mais ils fleurissent à vitesse grand V partout dans la région (où les conducteurs sont pourtant les plus courtois de France, paraît-il, disziplin germanique oblige), et ce n’est pas mieux ailleurs. A part peut être en Amérique du Sud, où, dans je ne sais plus quelle capitale (Buenos Aires ? Bogota ?) , des modèles informatiques prédisaient que la circulation devrait être totalement paralysée, étant donnés le nombre de véhicules et la configuration des rues. Elle ne l’est pourtant pas, et cela uniquement parce que les automobilistes roulent comme des malades, sans respecter aucune règle du code de la route ; avec les conséquences sur la mortalité routière qu’on peut imaginer. Faudrait-il qu’un tel chaos s’installe pour qu’on revienne à la raison ?

Ma seule expérience dans ce domaine remonte à la tempête du 26 décembre 1999. Bien malgré moi, je me suis retrouvé obligé de me déplacer juste après qu’elle soit passée. Etant donnés les divers objets qui jonchaient les routes et les arbres qui les obstruaient totalement ou en partie, sans compter la panne des feux tricolores, la circulation aurait dû être totalement impossible. Elle a cependant continué à se faire, grâce au changement radical de comportement des gens. Les circonstances ont fait que la bulle d’égoïsme qui entoure chacun de nous lorsqu’il est au volant a purement et simplement éclaté. Tout le monde cherchait les autres conducteurs du regard pour se céder poliment le passage, se faisait signe et s’arrêtait n’importe comment pour renseigner ses alter ego dans la même galère sur l’état des routes, sans que personne ne trouve rien à y redire. Comme il fallait parfois rouler à contresens, emprunter les trottoirs et effectuer des manœuvres absolument proscrites en temps normal, on aurait pourtant pu s’attendre à ce que cela tourne à l’engueulade générale, à l’instar de ces Américains qui s’arment jusqu’au dents par peur d’être confrontés à la sauvagerie qui suivra l’apocalypse qu’ils attendent sous peu. J’en garde au contraire un souvenir de solidarité qui m’a redonné confiance en mes congénères, comme ces gens qui se sont rapprochés pour former une communauté plus soudée après le passage de Katrina à la Nouvelle-Orléans. Les individus qui représentaient le plus grand danger ce jour là étaient ceux qui, complètement paumés sous le choc du bouleversement absolu auquel ils étaient confrontés, se raccrochaient aux règles et suivaient encore scrupuleusement le code de la route sans tenir compte de cette situation hors du commun.

Ce phénomène n’est pas très différent de celui qui régit le taux de récidive des justiciables qui sortent de prison en fonction des punitions qu’ils ont reçu pendant leur détention. Il est particulièrement fort pour deux catégories minoritaires de personnes. Tout d’abord, il y a bien évidemment les irréductibles qui ont subi sanction sur sanction sans que cela ne change rien à leur attitude. Personne ne doute que ceux là reviendront bien vite faire un séjour dans les geôles de la République. L’autre catégorie concernée est plus surprenante : ce sont ceux qui au contraire se sont montrés exemplaires, qui ont suivi le règlement au pied de la lettre et ne se sont jamais rebellés contre les ordres des gardiens. Les meilleurs résultats sont obtenus avec les prisonniers à qui il est occasionnellement arrivé d’être puni pour avoir fait leur forte tête. Seule cette part de la population carcérale n’a pas perdu toute dignité humaine. La « tolérance zéro » est un dogme aussi dangereux qu’imbécile (Barack Obama avait raison lorsqu’il disait en 2007 qu’il fallait réduire le terrorisme à une nuisance supportable plutôt que de viser à son éradication, même si ses conseillers l’ont dissuadé de s’exprimer en ce sens en public). A force de mettre en place des règles de plus en plus contraignantes sans jamais faire appel à la liberté de conscience des citoyens, le risque est de voir la majorité dotée de dignité humaine s’affranchir de ces règles et d’autres encore, ainsi que de remettre violemment en cause la légitimité de ceux qui les ont mises en place. A partir de là, toutes les dérives deviennent possibles, comme le pouvoir reviendrait sans aucun doute aux radicaux qui ne manqueraient pas de lancer une nouvelle chasse aux sorcières. Pour éviter cela, mieux vaudrait tenir compte du fait que tous les systèmes impliquant l’être humain se grippent lorsqu’on applique rigoureusement toutes les règles et garder la marge de tolérance qui permet d’huiler la machine.

Tout ces problèmes qui ont rendu la circulation automobile infernale ressemblent comme deux gouttes d’eau à ceux qui ont conduit à ce que l’ascenseur social tombe en panne, les deux phénomènes étant liés par l’expansion économique des trente glorieuses qui était tirée vers le haut par le marché automobile, comme chacun le sait. Avant cela, la mobilité sociale était très faible, seuls les plus aisés possédaient une voiture. La route leur appartenait, tout comme le privilège de faire des études. Puis, avec la prospérité et le plein emploi d’après guerre, les gens ont pu se déplacer sans entrave, obtenir de l’avancement en fonction de leurs compétences, ou quitter leur boulot pour en retrouver un aussitôt lorsqu’ils estimaient que leurs conditions de travail ne leur convenaient plus. L’automobile était alors l’objet de liberté par excellence, il ne serait venu à l’idée de personne de vouloir limiter sa circulation, au contraire. C’est par exemple à ce moment que les réseaux de tram, pourtant très développés, ont été démantelés presque partout pour libérer la chaussée et vendre de bon gros bus bien polluants, ainsi que des voitures. Puis en 1973, le premier choc pétrolier est arrivé, et avec lui les prémices du chômage de masse, l’année où le nombre de morts sur les routes atteignait le funeste record de 16 000 victimes. La congestion de la circulation devenait en même temps une grosse préoccupation, comme les 6 000 km de bouchons du départ en vacances de 1975 le prouvent.

Les solutions envisagées pour inverser ces tendances me semblent elles aussi étonnamment parallèles. En ce qui concerne la circulation, les responsables comptent sur la mise en service de nouvelles infrastructures pour fluidifier le trafic. Par exemple, le dernier tronçon du périphérique parisien, dont la construction a débuté en 1960, est inauguré en avril 1973. Des voies rapides qui permettent d’éviter que le transit passe par le centre des agglomérations sont construites dans la plupart des grandes villes. Pour les relier entre elles, le réseau autoroutier, le plus souvent payant, arrive lui aussi bientôt à maturité. D’autre part, l’augmentation des prix des carburants donne un bon prétexte aux limitations de vitesse hors agglomération. Le volet sécurité est quant à lui ouvert avec l’obligation du port du casque pour les motards et celui de la ceinture à l’avant pour les automobilistes.

Pour tenter d’enrayer la montée du chômage, l’accent est mis sur l’éducation. Le collège unique est-il créé donc par la loi Haby de 1975. L’objectif est de permettre au plus grand nombre d’avoir accès à l’enseignement général, de retarder l’orientation vers les filières techniques ou l’entrée sur le marché du travail. Les responsables pensent à juste titre qu’une meilleure éducation ouvrira une perspective de carrière plus large aux élèves, ainsi que de meilleurs salaires, une année d’étude supplémentaires augmentant le revenu de 10 à 16% d’après le livre d’Eric Maurin de 2007 (ou alors ils pensent que cela donnera une meilleure chance de victoire en cas de guerre avec l’URSS, Jules Ferry ayant décidé que tout le monde devait aller à l’école car il attribuait la défaite de 1870 à une meilleure éducation des Prussiens plutôt qu’au manque de voies de chemin de fer pour acheminer les soldats, de lignes de télégraphe pour assurer la communication et d’un armement moderne). A la fin des années 1980, 90% des élèves va jusqu’en fin de troisième contre 70% 10 ans plus tôt. Cela n’empêche cependant pas le chômage de progresser inexorablement. Le même principe est pourtant reconduit par Jean-Pierre Chevènement en 1985 qui veut permettre à 80% d’une classe d’âge d’arriver jusqu’au baccalauréat, résultat auquel nous sommes aujourd’hui arrivés. Au final, bien que les gens soient maintenant suréquipés comme les voitures (pour une fois que la pub ne ment pas, les bagnoles actuelles sont en effet doté de plein d’options que le conducteur lambda n’utilisera jamais, tout en alourdissant inutilement la facture et le poids du véhicule), la circulation se fait toujours de plus en plus difficile. Les autoroutes périphériques scolaires sont saturés, les études sont interminables, il est ensuite souvent difficile de trouver une place pour se garer, la vie active commence fréquemment par le chômage (et avec les critères de sélection devenus totalement obscurs tant il y a de candidats, mieux vaut avoir un ami qui vous prévient et vous garde la place lorsque l’une d’entre elles se libère) et il est en plus devenu presque impossible de passer d’un quartier à l’autre sans avoir à se farcir à nouveau les grands axes surchargés, il faut maintenant pouvoir attester d’une formation spécifique même pour balayer. Sans parler des rigueurs du climat qui clouent tout le monde sur place en attendant le dégel. Au bout du compte, la situation est revenue à celle d’avant guerre, la mobilité sociale est très réduite et chacun doit chercher à se caser là où il peut ses rendre à pied, c’est à dire dans son quartier d’origine, à la grande satisfaction des habitants des quartiers chics qui ne souhaitent pas que leur tranquillité soit dérangée.

Une dernière chose pour finir. Une étude (lauréate il y a 5-6 ans d’un prix IgNobel qui récompense des travaux scientifiques moins cons qu’ils n’en ont l’air à priori) a démontré que les chauffeurs de taxi londoniens obtiennent de meilleurs résultats que la moyenne aux tests de Q.I. Il ne faut certes pas être un imbécile pour parvenir à apprendre où se trouvent toutes les rues d’une métropole aussi étendue que Londres, mais cela ne demande après tout qu’une compétence spécifique de mémoire alors que le Q.I. reflète plus nos aptitudes dans un peu tous les domaines. Aussi ce résultat plutôt surprenant est-il peut être plus la conséquence de l’exercice de ce métier que celui d’une capacité préexistante. En effet, le stockage de la carte de la ville doit se faire de manière analogique. C’est à dire que les différents lieux de la ville se situent dans le cerveau exactement comme ils le sont en réalité, comme si le plan avait été littéralement collé sur le cortex (je dois avouer que la carte mentale du monde dans lequel j’évolue est une chose qui me fascine depuis que je suis tout petit). Et, étant donnée la taille de la ville, cela doit recouvrir toute sa surface, ce qui permettrait donc aux taximen d’avoir plus facilement accès à toutes les zones particulières du cerveau, sans qu’ils ne soient spécialistes dans aucune, et de se rendre de l’une à l’autre sans la moindre difficulté. A partir de là, rien d’étonnant à ce que cette corporation ait un Q.I. plus élevé que la moyenne, la définition de l’intelligence étant tout bonnement cette faculté d’avoir accès à l’information par différents chemins et de la mettre en relation avec les autres par les voies les plus courtes pour la traiter le plus efficacement possible. Quelles conclusions en tirer ? Primo que le GPS est un instrument dont l’utilisation nous rend bêtes et obéissants (qui nous empêche en plus de nous perdre, comment voulez-vous alors découvrir quoi que ce soit?), et secundo que dissuader les gens d’emprunter des chemins alternatifs qui traversent tous les quartiers pour garantir la tranquillité de leurs habitants est une mauvaise chose, car si les grandes artères qu’ils sont habitués à fréquenter venaient à être obstruées, ils deviendraient incapables d’aller là où ils doivent se rendre. Lorsque cela se produit dans le cerveau, c’est le signe caractéristique qu’on est atteint d’une démence sénile de type maladie d’Alzheimer. Peut-être est-ce de cette pathologie dont souffre notre société. En plus, cela rend agressif…

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