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Le second triumvirat prend du plomb dans l’aile

A l’été 37 av-JC, Octavien et Marc Antoine ont bien du mal à dissimuler leur rivalité (voir Si vis pacem, para bellum) malgré le renouvellement du second triumvirat pour cinq années supplémentaires. Chacun d’eux compte remplir au plus vite la mission qui lui a été assignée afin de s’imposer comme l’homme providentiel seul capable d’assurer la prospérité de Rome (toute ressemblance avec un ex-président défait aux élections serait presque une coïncidence). Pour Octavien, cela consiste à éliminer Sextus Pompée qui affame l’Italie grâce au blocus maritime qu’il exerce avec sa flotte depuis la Sicile, tandis qu’Antoine se doit de juguler la menace que les Parthes font peser sur les territoires asiatiques sous domination romaine.

Octavien ayant besoin de temps pour construire une flotte capable de rivaliser avec celle de Sextus, Antoine est le premier à passer à l’action dès son retour en Syrie à l’automne de cette même année, son lieutenant Sossius ayant jugé préférable de ne rien entreprendre en son absence pour ne pas risquer de l’irriter comme Ventidius avec ses victoires de l’année précédente. Il veut en effet profiter du désordre qui règne dans les hautes sphères de l’empire parthe suite à la récente accession au trône de Phraatès IV qui a profité de la mort au combat du successeur désigné, son frère Pacorus Ier, et assassiné ses frères, son père, Orodès II, ainsi que son fils aîné pour prendre le pouvoir. Cette méthode ultra-violente choque la noblesse du pays, elle aussi victime de la purge. Bon nombre d’aristocrates sont par conséquent entrés en dissidence. L’un de ceux-là, Monaesès, est venu rejoindre les Romains. Antoine peut aussi compter sur le renfort des souverains de la région qu’il a pour la plupart lui-même mis en place, ainsi que sur celui de Cléopâtre, qu’il met à nouveau enceinte lors de leur rencontre à Antioche.

Phraatès s’inquiète bien entendu de ces préparatifs, mais surtout de la popularité grandissante de Monaesès à qui Marc Antoine a confié la conduite de la guerre ainsi que promis le trône en cas de victoire. Il engage donc des négociations avec son compatriote. Ses offres se révèlent suffisamment alléchantes pour que Monaesès rentre pacifiquement au pays. Bien qu’il soit fort contrarié de cette trahison, Marc Antoine ne fait rien pour l’empêcher de s’en aller de crainte qu’une condamnation n’incite certains de ses alliés à faire défection pour passer à un ennemi plus magnanime que lui. Il fait au contraire accompagner Monaesès par des ambassadeurs qui promettent la paix, à condition que Phraatès rende les enseignes prises à Crassus 15 ans auparavant et qu’il libère les prisonniers capturés à la bataille de Carrhes. Ainsi pense t-il pouvoir tromper la vigilance des Parthes tandis qu’il se dirige vers l’Euphrate avec son armée de 100 000 hommes. Mais il trouve la frontière bien défendue, ce qui le force à renoncer provisoirement à l’invasion. Il se retourne alors contre les Mèdes.

L’hiver approchant, il hâte sa marche autant que possible, et pour ce faire, il abandonne en chemin une partie des 300 chariots chargés du matériel de siège, dont un bélier colossal, qui le ralentissent en les laissant sous la protection de Statianus. Il arrive trop tard malgré tout ; le roi est déjà parti rejoindre son allié parthe. Certains historiens antiques, dont Plutarque, lui reprochent d’avoir voulu mener une campagne à la mauvaise saison au lieu d’attendre sagement le retour du printemps et mettent son empressement sur le compte de son envie de retrouver au plus vite sa maîtresse Cléopâtre, censée l’avoir littéralement ensorcelé par ses charmes. Il est quand même plus vraisemblable qu’il ait désiré remporter une victoire avant Octavien dans le but de démontrer sa supériorité en matière militaire. Cela explique certainement son entêtement à vouloir s’emparer de Phraata, résidence de la famille royale mède, en dépit des imposantes défenses de la ville et du manque de matériel adéquat qui l’oblige à pousser à grand peine une levée contre les remparts.

Averti de l’incursion, Phraatès arrive à son tour en Atropatène, mais il préfère laisser Marc Antoine s’épuiser en vain dans sa tentative de siège plutôt que de l’attaquer frontalement. Il charge cependant sa cavalerie de s’occuper du détachement de Statianus qui périt avec 10 000 hommes, le reste, dont le roi Polémon du Pont, est fait prisonnier. Lorsqu’Antoine arrive à son secours, il ne trouve qu’un champ de bataille jonché de cadavres. A la vue du désastre, Artavazde II d’Arménie se retire dans ses terres. Cela ne dissuade toujours pas Antoine de continuer le siège. Il déchante rapidement. A son retour à Phraata, il décide de provoquer le combat avec l’armée parthe, aussi part-il au fourrage avec dix légions et toute sa cavalerie. Il la trouve rangée en bataille après avoir établi son camp au bout d’une journée de marche. Il fait d’abord mine de plier bagage, puis se retourne dès que l’ennemi se trouve à sa portée. Les Parthes ne résistent pas bien longtemps à l’assaut, mais ils prennent la fuite n’ayant perdu que quelques dizaines de soldats dans le choc. Le résultat est décevant pour les Romains, d’autant plus qu’ils sont harcelés par l’ennemi tout au long du chemin de retour à Phraata. Mais c’est là qu’Antoine enregistre son plus grand revers. Les Mèdes ont en effet profité de son absence pour faire une sortie et chassé les soldats chargés de garder la levée. Pour punir ces derniers de leur couardise, Antoine ne leur donne plus que de l’orge au lieu de froment et pratique à leur décimation (exécution d’un soldat sur dix), comme l’avait fait Crassus au temps de la guerre servile contre Spartacus.

Les jours suivants, les Parthes envoient des signes d’apaisement. Les attaques des soldats partis en quête de vivres dans les villages de la région se font moins pressantes, certains vont même à la rencontre des Romains dont ils louent la bravoure tout en blâmant Antoine de les sacrifier par son refus de conclure la paix que propose Phraatès. Le triumvir envoie donc des émissaires s’enquérir des conditions de la cessation des hostilités et réitère sa demande de restitution des enseignes prises à Crassus, ainsi que celle des prisonniers. Phraatès refuse catégoriquement de céder à ces exigences, mais, désirant lui-même que ses soldats puissent passer l’hiver dans leurs foyers pour éviter leur grogne, il promet au Romain qu’il pourra se retirer sans qu’il lui soit fait de mal s’il consent à lever le siège sans attendre. Menacé par la famine, Antoine accepte.

Forts de cet accord, les Romains prennent le chemin du retour confiants, mais un Madre avertit Antoine qu’il ne devrait pas trop se fier à la parole du Parthe, qu’il ferait mieux d’éviter d’emprunter la route des plaines qu’il avait prise à l’aller et qu’il se chargera de le guider par une voie plus courte à travers la montagne, tout en l’assurant qu’il y trouvera de quoi subsister. Le Madre accepte même d’être lié jusqu’à l’arrivée en Arménie en gage de bonne foi. Bien qu’il ne soit pas convaincu du bien fondé de ces assertions, Antoine suit le conseil. Deux jours de marche se passent sans aucune encombre, mais le troisième, la colonne romaine est prise dans une embuscade tendue par les Parthes. Elle n’arrive cependant pas à semer le désordre escompté et est vite repoussée sans faire de gros dégâts. Dorénavant sur ses gardes, Antoine fait protéger son arrière garde et ses flancs par des archers et des frondeurs, tandis que les soldats marchent à présent par précaution en formation de bataillon carré. Le même scénario se répète régulièrement au cours des jours suivants.

Notons ici que ce que nous pourrions prendre pour de la félonie de la part du Parthe n’en est pas vraiment. En effet, dans les mœurs grecques, une victoire acquise par la ruse ou la tromperie en épargnant des vies n’était pas moins, voire plus, prestigieuse que celle obtenue en règle sur le champ de bataille, contrairement à la conception romaine ou à la nôtre qui ne voit de la gloire que dans celles remportées suivant les règles de la chevalerie, comme dans les duels du far west, face à face à midi dans la rue principale (en général, le type se faisait plutôt dégommer de dos par huit autres mecs alors qu’il sortait du saloon complètement bourré par une nuit sans lune, mais c’est moins classe). L’accusation du même ordre portée contre Antoine au déclenchement du conflit peut d’ailleurs s’interpréter comme une preuve de sa conversion à ces pratiques jugées barbares, sous l’influence de la vénéneuse orientale Cléopâtre, bien entendu. Le lecteur antique en déduira qu’Antoine n’était déjà plus un vrai Romain attaché à ses valeurs dès cette époque. -De nos jours, quand Bachar al Assad bombarde sa population avec des avions, des canons longue portée ou canarde tout ce qui bouge depuis un hélicoptère, c’est un dictateur sanguinaire qui passe à côté de son objectif car il incite les familles brisées par sa barbarie à passer à la rébellion, mais quand nos soldats font la même chose en notre nom sur un village afghan parce qu’ils ont essuyé les tirs de trois talibans qui se servent lâchement de civils comme boucliers humains, ce sont des héros qui se battent pour la liberté. Mêmes méthodes, mêmes conséquences, mais valeurs différentes.-

Les pertes subies par les Romains ne sont jamais très importantes lors de ces guets apens, la formation de la tortue les réduisant au minimum, on pourrait même assimiler leur défense à des victoires, mais le pénurie de vivres ou d’eau, les rigueurs de l’hiver dans la montagne et les maladies font tout autant de victimes que ces attaques, surtout parmi ceux qui ont été blessés. Le calvaire dure 27 jours, 20 000 soldats ont alors péri. Bien qu’il attribue son échec au départ d’Artavazde, Antoine juge plus opportun de remettre sa vengeance à plus tard, afin que ses soldats puissent passer l’hiver en Arménie dans les meilleures conditions. Il s’en va ensuite rejoindre Cléopâtre à Alexandrie.

A Rome, en contradiction avec les rapports envoyés par Antoine au Sénat, Octavien se fait un plaisir de faire diffuser les nouvelles de la désastreuse campagne de son rival, bien qu’en public il feigne de croire à son succès et organise des fêtes en conséquence. N’ayant lui-même pas encore vaincu Sextus Pompée, il ne peut dénigrer son collègue outre mesure, mais cela conforte sa position d’attente et d’affirmer qu’il préfère quant à lui ne pas sous estimer l’adversaire et bien préparer son action au lieu de se précipiter. Après les humiliantes défaites qu’il a subies en 38 av-JC, il a en effet choisi de mettre toutes les chances de son côté avant de retourner au combat. Il a tout d’abord nommé au consulat pour 37 av-JC son ami Marcus Vipsanius Agrippa, bien qu’il n’ait ni l’âge requis, ni suivi le cursus honorum obligatoires pour accéder à la fonction, mais qui revient de Gaule tout auréolé de gloire après avoir soumis les Belges ainsi que les Aquitains et avoir été le second Romain après Jules César à franchir le Rhin, et lui a confié la tâche de construire une nouvelle flotte.

Pour pallier son inexpérience en matière de combat naval, Agrippa fait bâtir des navires beaucoup plus gros que ceux de l’ennemi, moins manœuvrables, mais dotés de plus de soldats, de hautes tours pour y mettre archers et frondeurs et de perfectionner les équipements tel le harpax (harpon à bateaux). Il privilégie clairement l’abordage à la traditionnelle technique d’éperonnage. Une fois construites, Agrippa regroupe ces galères produites dans différentes villes disséminées tout au long de la côte italienne sur le lac Lucrin, en Campanie, après avoir fait creuser un canal pour le relier à la mer. La flotte peut ainsi s’entraîner à l’abri des attaques de l’ennemi. Elle en a fort besoin car 20 000 esclaves viennent d’être enrôlés pour faire office de rameurs, alors que ce mode de conscription avait jusque là été vivement reproché à Sextus qui était de ce fait qualifié de pirate ou de brigand enfreignant les lois de la guerre plutôt que de soldat. Dans le même temps, Lucius Caninius Gallus, nommé par Antoine, est forcé d’abdiquer son mandat de consul au profit de Titus Statilius Taurus, fervent partisan d’Octavien qui reçoit le commandement de la flotte prêtée par Antoine. Déçu de ce que ses services ne lui valent pas une promotion, Ménodore (Ménas) retourne en Sicile rejoindre Sextus qu’il avait pourtant trahi l’année précédente (il sera là aussi déçu de ne pas recevoir le commandement de la flotte de feu Ménécrates et reviendra vers Octavien quelques mois plus tard.).

Au printemps 36 av-JC, Agrippa et Octavien sont fin prêts à mener la guerre contre Sextus. Lépide a reçu l’ordre de leur prêter main forte. Ils doivent ainsi attaquer l’ennemi de tous côtés dans la région du détroit de Messine. Agrippa arrive par le nord et s’installe à Lipari, Démocharès, le lieutenant de Sextus, se positionne juste en face à Mylae, tandis que son chef reste stationné à Messine même en attendant de voir comment la situation évolue. Octavien, qui vient de Tarente pour bloquer le détroit par le sud, rencontre quant à lui des problèmes : il est une fois de plus victime d’une tempête qui lui fait perdre une partie de ses navires et le retarde, d’autant plus que Ménécrates profite du désordre généré par les intempéries pour l’attaquer. Pendant ce temps, Agrippa et Démocharès s’observent. Cela donne lieu à quelques accrochages, mais ne leur permet pas pour autant de découvrir quelles sont exactement les forces qui leur sont opposées. Lassé de ce petit jeu dans lequel il n’a rien à gagner, Agrippa décide de passer à l’offensive avec sa flotte au complet. Il ignore cependant que Démocharès est arrivé à la même conclusion au même moment et qu’il a fait appel à Sextus qui arrive à Mylae la nuit précédent le jour choisi.

Lorsque les deux flottes s’aperçoivent le lendemain, la surprise créée par le nombre les fait hésiter, mais le combat s’engage malgré tout. Il reste pendant très longtemps indécis, la solidité des grands vaisseaux de l’un équivalant à la vitesse des navires légers de l’autre. Au bout du compte, Agrippa finit par prendre l’avantage et met Sextus en fuite. Il ne le poursuit cependant pas pour achever définitivement la guerre, soit que la nuit dans un environnement parsemé de hauts fonds et la fatigue de ses équipages l’en aient empêché, soit qu’il ait jugé préférable d’éviter de s’octroyer toute la gloire de la victoire, ce qui aurait fait de l’ombre à Octavien. -Cette attitude de retenue, déjà constatée chez les lieutenants d’Antoine, pourrait aussi bien être en partie cause de nos problèmes actuels. En effet, mieux vaut ne pas se montrer trop compétent lorsqu’on veut être promu dans une entreprise pour éviter que son supérieur hiérarchique ne se sente menacé par la concurrence et ne vous mette des bâtons dans les roues ou vous réoriente vers un placard doré. Pour se sentir bien, un chef doit toujours avoir l’impression d’être indispensable. Il préfère alors au mieux faire progresser des gens bien obéissants sans talents particuliers, et au pire des incompétents qui choisiront eux-mêmes des employés encore plus cons qu’eux pour justifier de leur place. Cela nuit bien évidemment à la bonne marche de l’entreprise, et cela vaut aussi pour les partis politiques. On appelle ça une médiocratie.-

Tandis que cette bataille se déroule sur mer, Octavien profite de l’absence de Sextus pour franchir le détroit et débarquer trois légions à Messine, avec Cornificius à leur tête. Il pense alors être en mesure d’empêcher l’ennemi de revenir à son port d’origine, et encore plus lorsqu’il constate que sa flotte n’est plus au complet. Mais il se trompe lourdement. A navires égaux, comme Octavien est venu avec ceux d’Antoine, les marins beaucoup plus expérimentés de Sextus font des ravages dans la flotte du triumvir, d’autant plus que Sextus a eu l’opportunité de remplacer ses équipages fatigués par des frais. Octavien lui-même s’en tire de justesse avant de trouver refuge sur le continent. Cornificius est piégé, isolé en territoire ennemi et sans vivres. Son seul avantage est de disposer d’une infanterie lourde qui n’a pas à craindre de livrer bataille. Il décide par conséquent de se déplacer en permanence en espérant trouver en chemin de quoi rassasier ses troupes. Il subit cependant les attaques incessantes d’une cavalerie appuyée par des frondeurs et des archers qu’il se trouve incapable de poursuivre avec ses soldats lourdement équipés. L’extermination de ses hommes n’est qu’une question de temps. Il ne doit son salut qu’à Agrippa. Ce dernier a été informé de la position délicate de son collègue dès son retour à Lipari, aussi est-il reparti au plus vite pour la Sicile où il a tout d’abord pris Mylae, désertée par Démocharès, puis Tyndaris. Une fois maître de ces villes, il a pu envoyer du blé et quelques soldats à Cornificius. Sextus, voyant ces renforts arriver, craint alors d’avoir bientôt affaire à toute l’armée d’Agrippa, aussi quitte t-il précipitamment son camp, laissant une partie de ses bagages et ses vivres sur place. Cornificius peut par conséquent rejoindre tranquillement Agrippa sans subir plus de pertes.

Rassuré par ce sauvetage, Octavien revient en Sicile. Il est enfin rejoint par Lépide, qui a subi la tempête pendant la traversée depuis l’Afrique, puis les attaques de Démocharès, a de ce fait été obligé de faire escale à Lilybée (Marsala) où il a été assailli par Gallus, mais qu’Octavien soupçonne d’être de mauvaise volonté. Les deux hommes se retrouvent sur le promontoire de Nauloque où Sextus est venu camper face à eux. Le moins qu’on puisse dire est qu’il ne s’entendent pas du tout. Bien que la loi en fasse théoriquement des égaux, Octavien n’informe pas du tout son homologue de ses plans ; il s’en sert comme d’un simple lieutenant à ses ordres. Selon Dion Cassius, Lépide est indigné par cette attitude qu’il doit juger comme une dérive monarchique, aussi aurait-il pris contact avec Sextus en vue d’une alliance, les Romains ayant la monarchie en horreur. Mais peut être Octavien a-t-il manipulé Lépide en lui laissant croire qu’il était prêt à négocier avec Sextus, ce dernier n’ayant plus ni blé, ni argent pour continuer la guerre. Ils se seraient alors réparti les rôles selon le schéma good cop/bad cop qui nous est si familier. En effet, alors que la flotte d’Agrippa est venue s’ancrer au large, les légions d’Octavien se présentent quotidiennement en ordre de bataille sans que Sextus, en très nette infériorité, ne se décide au combat. Il finit par s’y résoudre avant que la faim n’ait raison de ses hommes et que ses alliés commencent à déserter.

La bataille se déroule essentiellement sur mer. Elle est tout aussi acharnée et sanglante que la première. Elle tourne à nouveau à l’avantage d’Agrippa, mais cette fois-ci, la flotte de Sextus ne peut prendre la fuite car elle se trouve acculée à la terre où Octavien attend les équipages venus s’échouer. Dans ces conditions, seuls 17 navires pompéiens sur 300 parviennent à s’échapper, le reste est pris ou coulé. A l’exception de certains qui, comme Gallus et sa cavalerie, préfèrent se rendre, le désastre naval convainc les troupes terrestres de se replier sur Messine. Elles sont aussitôt prises en chasse par Lépide. Sextus réussit quant à lui à s’embarquer sur l’un de ses bateaux rescapé avec sa fille et à mettre le cap sur l’Asie. On peut imaginer qu’Octavien n’ait tout bonnement rien fait pour l’empêcher de partir, ce qui lui aurait donné un motif pour accuser Antoine de trahison au cas ou ce dernier aurait accueilli Sextus dans sa juridiction.

De son côté, Lépide s’empare facilement de Messine. La guerre est finie, mais il est bientôt rejoint par un Octavien qui investit la ville sous prétexte de faire cesser les pillages et les destructions. Cette réaction hostile effraye Lépide. Il quitte précipitamment les lieux pour aller se retrancher sur une colline voisine avec quelques uns de ses soldats, avant de revendiquer la Sicile comme l’accord passé avec son collègue le prévoyait. Octavien se rend à son camp, entouré d’une faible garde en signe de paix, mais il refuse tout net de satisfaire les demandes pourtant légitimes de Lépide. Il n’en faut pas plus pour que la situation dégénère. Octavien et ses hommes sont agressés et aussitôt secourus. Octavien peut à présent passer pour la victime de son homologue, aussi fait-il assiéger son camp par toute son armée. Devant cette démonstration de force, les légionnaires abandonnent Lépide l’un après l’autre. Il finit lui-même par se livrer en habits de deuil, suppliant la clémence. Il est dépouillé de tous ses territoires et doit abandonner ses fonctions, à l’exception de celle de Pontifex maximus pour éviter un sacrilège. Il est ensuite envoyé en résidence surveillée en Italie.

Tout est prêt pour qu’Octavien fasse un retour triomphal à Rome, mais ses troupes se révoltent sans attendre. Elles réclament à corps et à cri des récompenses pour le sacrifice qu’elles ont consenti, fortes de la présomption que leur chef aura sous peu besoin de leurs services pour se débarrasser du dernier obstacle qui le sépare du pouvoir absolu : Marc Antoine. N’ayant plus d’ennemi à craindre dans l’immédiat, Octavien ne s’alarme cependant pas du désordre. Il refuse de céder aux revendications de ses soldats malgré la pression, car cela risquerait selon lui d’en entraîner d’autres. Les troupes lui demandent alors leur congé. Feignant de trouver la demande équitable, il commence par l’accorder à ceux de ses plus fidèles qui l’accompagnent depuis son expédition contre Antoine à Modène 7 ans plus tôt, puis, cela ne suffisant pas à calmer les esprits, à tous ceux ayant 10 ans de service au moins. Il déclare ensuite qu’il ne reprendra jamais aucun de ceux-là à son service et qu’il ne tiendra ses promesses de gratification qu’à ceux d’entre eux qui s’en sont montrés les plus dignes, avant d’octroyer 50 drachmes à tous les légionnaires encore mobilisés. Les troubles cessent immédiatement. Il faut reconnaître que, bien que piètre militaire, Octavien était un meneur d’hommes et un politicien hors pair. Il a à présent le champ libre pour se consacrer à son prochain objectif : éliminer du jeu Marc Antoine. Il va pour ce faire procéder à de nombreuses provocations…

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  1. 26/10/2012 à 10:04

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