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Si vis pacem, para bellum

Une fois la menace que représentaient Cassius et Brutus éliminée après la bataille de Philippes fin 42 av-JC, les triumvirs Marc Antoine et Octavien se retrouvent face à face, mais aucun des deux ne souhaite déclencher l’ultime combat pour le pouvoir dans l’immédiat, de peur de passer pour des tyrans comme Jules César et que Lépide tire alors les marrons du feu. Ils préfèrent passer un marché qui laisse à Marc Antoine les territoires qui s’étendent de l’Illyrie aux riches provinces d’Asie en plus des Gaules Cisalpine et Chevelue, charge à lui de mener la guerre contre le puissant ennemi Parthe, tandis qu’Octavien se voit attribuer la Gaule Transalpine, les provinces ibériques, la Sardaigne, la Sicile, mais avant tout l’Italie, charge à lui d’éliminer Sextus Pompée, dernier représentant des optimates survivant, et surtout d’attribuer aux vétérans des terres qu’il devra prendre à l’aristocratie dans la péninsule ; ne reste que l’Afrique pour Lépide. Chacun des deux espère que l’autre échoue lamentablement et qu’il puisse alors s’imposer comme le dernier recours pour sauver Rome du naufrage (un jeu de dupe du même genre n’aurait-il pas commencé entre les Etats-Unis et l’Europe avec la crise ?).

Tout commence sous les meilleurs auspices pour Marc Antoine dans cette perspective. L’attribution des terres aux très nombreux vétérans provoque en effet bientôt une vague de mécontentement parmi les membres de la noblesse romaine, mais aussi chez beaucoup de citoyens italiens expropriés de force par des soldats qui justifient de leurs actes par la promesse que beaucoup de villes leur reviendraient en échange de leur engagement contre les césaricides. La fronde est orchestrée par Fulvie, la femme de Marc Antoine, et Lucius Antonius Pietas, frère de Marc Antoine et consul de l’année 41 av-JC. Le risque pour Octavien est de voir la grogne se répandre dans les rangs de l’armée et des légions se rebeller contre son autorité alors que son pouvoir repose essentiellement sur la fidélité de ses soldats. Ce scénario ne manque pas de se produire ; beaucoup d’hommes d’Octavien désertent et vont rejoindre Lucius Antonius. Au même moment, Sextus Pompée passe à l’offensive en attaquant les transports de blé en provenance d’Egypte et en ravageant les côtes du Bruttium (Calabre). Rome est alors guettée par la famine. Cela rappelle opportunément que les pouvoirs exceptionnels du triumvirat ont été octroyés à Octavien pour qu’il sauve la patrie de ce danger ; on pourrait même imaginer qu’en fidèle disciple de Jules César, qui a utilisé ce genre de procédé à maintes reprises, il ait passé un accord secret avec un Sextus qui se verrait amnistié en échange de son aide à l’élimination de Marc Antoine.

Octavien quitte par conséquent Rome pour aller lutter contre les troupes de Sextus dans le Bruttium, suivi par Lucius Antonius et les deux fils de Marc Antoine, sur le conseil de Fulvie qui ne veut pas laisser à Octavien toute la gloire d’avoir défendu le pays. Les circonstances offrent alors à Lucius l’opportunité de trouver un motif de grief contre Octavien. Lors d’une expédition de cavalerie des hommes de ce dernier contre ceux de Sextus, il feint (ou pense à juste raison) avoir été pris pour cible par Octavien qu’il accuse de ce fait de déloyauté. Il se rend aussitôt dans les colonies de Marc Antoine pour se recruter une garde personnelle bien qu’Octavien nie farouchement toute mésentente avec son collègue triumvir. Le règlement du différend entre les deux hommes est remis entre les mains des soldats. Ceux-ci décident que la charge de la distribution des terres reviendra dorénavant au consul Lucius Antonius à condition qu’il donne ses deux légions à Octavien pour lutter contre Sextus, qu’il laisse passer les Alpes à celles qu’Octavien a fait venir d’Ibérie et qu’il licencie sa garde personnelle. S’il satisfait aux deux dernières, il refuse de livrer ses soldats au triumvir pour l’instant sous le prétexte qu’il le craint et s’en va pour Préneste. Pendant ce temps, Fulvie prétend elle aussi craindre pour sa vie et celle de ses enfants, mais qu’elle serait plutôt menacée par Lépide.

Sommé de revenir, Lucius refuse à nouveau d’obéir. Octavien le prend comme une déclaration de guerre. Une dernière tentative de conciliation a lieu à Gabii, mais elle échoue, les hommes envoyés en éclaireurs par Octavien ayant été attaqués par ceux de Lucius. Lucius dispose de 17 légions, et surtout de l’appui financier de Marc Antoine qui administre les riches provinces d’Asie et de Gaule, tandis qu’Octavien ne peut aligner qu’une dizaine de légions et se trouve contraint d’emprunter de l’argent aux temples, les territoires lui ayant été attribués étant soit aux mains de l’ennemi pompéien, soit en proie aux révoltes. Octavien laisse Rome à Lépide avec deux légions, puis part rejoindre ses troupes. La ville est prise peu après, sans combat, par un Lucius qui s’attire les faveurs du Sénat en promettant de mettre fin au pouvoir tyrannique des triumvirs. Lépide est contraint de s’enfuir et rejoint Octavien qui tente d’enrôler de force des légionnaires des colonies d’Antoine, tout d’abord à Alba Fuscens, puis à Nursia, sans y parvenir. Il place alors tous ses espoirs dans le retour rapide de Salvidienus qui revient en urgence de Gaule avec les 6 légions qui viennent de passer les Alpes. Mais celui-ci est sous la menace des soldats de Gaius Asinius Pollio et Publius Ventidius Bassus qui se trouvent eux aussi en Gaule Cisalpine et le suivent de près. Il risque d’être pris en étau par Lucius qui vient quant à lui du sud ; Octavien profite de son départ de Rome pour reprendre la ville, avant d’entreprendre le siège de Sentinum, dans le Picénum, pour empêcher que Lucius n’y trouve des renforts et couper la route du nord aux légions que Lucius Munatius Plancus a levées à Spolète.

Pendant ce temps, Agrippa, le meilleur ami d’Octavien, a recruté une armée en Etrurie avec laquelle il entreprend d’assiéger Sutrium. Il détourne ainsi Lucius de son objectif en l’attirant à lui, ce qui permet à Salvidienus d’atteindre Sentinum sans encombre, puis de s’en emparer et de la raser avant de faire capituler Nursia qui craint de subir le même sort. Désormais, c’est Lucius qui se trouve dans le rôle de la souris tandis que Salvidienus et Agrippa reprennent celui du chat. Ils le forcent à se retrancher dans Pérouse. Octavien les rejoints et établit aussitôt de puissantes fortifications autour de la ville, de manière à empêcher toute sortie de l’ennemi ou toute arrivée de renforts de l’extérieur, à l’instar du siège d’Alésia. Salvidienus et Agrippa se chargent quant à eux de maintenir Asinius, Venditius et Munatius à distance, profitant de leur mésentente et de leurs hésitations pour leur infliger de cuisantes défaites. Tous trois abandonnent Lucius à son triste sort. Pérouse finit par tomber en février 40 av-JC, ses habitants sont massacrés sans pitié, mais Lucius et ses soldats sont épargnés par Octavien pour ne pas s’attirer les foudres d’Antoine ; ils sont simplement éloignés de Rome, envoyés en Espagne. Dans la même optique, Fulvie a elle aussi la vie sauve, mais elle est contrainte à l’exil à Sicyone, en Grèce.

Marc Antoine se sent néanmoins obligé de revenir en Italie pour tirer cette affaire au clair. Il débarque à Brindes avec ses troupes en août 40 av-JC. Pendant une grande partie de ces événements, il était en Egypte après avoir fait la connaissance de Cléopâtre. Bien qu’ils se soient certainement déjà fréquentés, soit lorsque les Romains sont intervenus pour remettre Ptolémée XII sur le trône en 55 av-JC, Cléopâtre n’avait alors que quinze ans, soit, et plus probablement, lors des deux séjours de la reine à Rome en 46 et 44 av-JC. Leur rencontre n’a vraiment lieu qu’en 41 av-JC, à Tarse, en Cilicie, où Antoine a convoqué tous les chefs d’état de la région pour juger de leur attitude durant le conflit avec Cassius et Brutus afin de récompenser ou punir, voire destituer, chacun en fonction de sa position et d’imposer un lourd tribut aux villes qui l’ont trahi pour financer la guerre qu’il doit mener contre les Parthes. Ainsi, eu égard à sa fidélité à Rome, Hérode devient-il tétrarque de Judée en compagnie de son frère Phasaël, pour avoir repoussé Antigone II Mattathiah qui tentait d’envahir le pays avec l’appui de Marion, tyran de Tyr, qui s’est quant à lui emparé avec succès de la Galilée avant d’en être chassé manu militari par Antoine. En ce qui la concerne, Cléopâtre a eu un comportement beaucoup plus ambigu.

En 43 av-JC, elle envoie bien les quatre légions stationnées dans son pays à Dolabella pour combattre Cassius en Syrie, mais elle est en même temps bien contente d’être débarrassée de ces troupes qui commettaient des exactions et accaparaient le blé pour l’envoyer à Rome. La famine s’installe d’ailleurs en Egypte cette année là et, les deux suivantes, elle invoque de mauvaises récoltes en raison de crues insuffisantes du Nil pour cesser ses exportations de nourriture à destination de l’un ou l’autre des belligérants romains. Dolabella défait et les quatre légions d’Egypte ayant fait allégeance à Cassius, elle refuse son soutien à ce dernier bien qu’il la menace d’envahir son pays. Des troupes républicaines sont toutefois accueillies à bras ouverts à Chypre par Sérapion, sans doute avec l’assentiment de sa reine. L’Egypte n’échappe à l’invasion que grâce au débarquement de Marc Antoine et Octavien en Grèce qui détourne Cassius et Brutus de cet objectif. Cléopâtre bâtit alors une flotte à destination des triumvirs. Elle en prend personnellement la tête malgré le danger que représente celle de Sextus Pompée, mais elle ne peut effectuer la traversée à cause d’une tempête où elle prétend avoir failli perdre la vie. Une fois la météo devenue plus clémente, la guerre était finie. Tout porte à croire qu’elle a en fait prudemment attendu de connaître le vainqueur pour prendre parti.

Certainement consciente de la crédibilité limitée de ses arguments, Cléopâtre décide de jouer la carte de la séduction pour sauver sa peau. Elle connaît le goût de Marc Antoine pour le luxe et les belles femmes, aussi débarque t-elle à Tarse sur un somptueux navire à la poupe dorée et aux voiles pourpres doté d’un équipage féerique déguisé en Nymphes et autres Néréides, elle même parée de ses plus beaux atours trônant sous un dais tissé d’or. Invité à monter à bord pour participer à un non moins somptueux banquet, Marc Antoine est subjugué par le faste excentrique de la souveraine orientale, ainsi que par sa personne. Ils deviennent amants. Cléopâtre réussit ainsi une nouvelle fois à préserver l’indépendance de l’Egypte, alors que Marc Antoine avait peut être l’intention d’annexer ce pays d’une importance stratégique capitale. Leur alliance est scellée dans le sang. Marc Antoine se fait livrer Sérapion, tandis que Cléopâtre exige que sa sœur Arsinoé IV, seule prétendante au trône survivante, soit éliminée. Elle est assassinée dans l’enceinte même du temple d’Artémis à Ephèse. Le viol du sanctuaire par ses soldats provoque un grand émoi dans la population romaine, ce qui va porter un lourd préjudice à Marc Antoine. Octavien va s’en servir pour ternir l’image de son rival en affirmant qu’il a perdu tout discernement en tombant sous l’emprise de la reine qui aurait réveillé en lui le désir d’établir une monarchie à Rome au détriment de la République.

Cléopâtre rentre à Alexandrie, puis Marc Antoine la rejoint pour passer l’hiver en sa compagnie après avoir en vain tenté de piller Palmyre dont les habitants se sont réfugiés dans l’empire Parthe, juste de l’autre côté de l’Euphrate. Ce long séjour en Egypte est une nouvelle erreur de la part de Marc Antoine. Les partisans d’Octavien, ainsi que les historiens romains qui adoptent systématiquement ce point de vue, diront qu’il s’est alors converti aux mœurs orientales décadentes, avec pour preuve qu’il a adopté la tenue des Grecs, qu’il ne peut par conséquent plus être considéré comme un vrai Romain. Il avait pourtant de bonnes raisons de se rendre en Egypte. Outre d’imiter Jules César, il n’avait peut être pas très confiance en la loyauté de Cléopâtre, aussi a t-il pu juger préférable de la garder à l’œil pour s’assurer de la livraison de blé à Rome, ainsi qu’à son armée en prévision de la campagne à venir. Une fois sur place, il aurait également pu croire bon de mettre à profit son temps pour se cultiver en fréquentant les élites intellectuelles d’Alexandrie, lui le militaire qui passait, peut être à juste titre, pour un rustre, dans le but de donner le change à Cléopâtre qui était, elle, loin d’être une conne ; et d’adopter les coutumes locales pour montrer son respect pour la culture égyptienne, suivant l’exemple d’Alexandre le Grand. Sa relation avec la reine aurait alors été avant tout un choix politique, garantit dans la durée par la naissance d’enfants. Mais l’éloignement de ses troupes lui nuit d’autant plus que les Parthes, encouragés en ce sens par le fils de Titus Labiénus, Quintus Labiénus, qui a trouvé asile à la cour du roi Orodès II, profitent de son absence pour passer à l’offensive, de s’emparer de la Cilicie, du sud des provinces d’Asie et de la Syrie où Antigone Mattatiah est remis sur le trône en Judée tandis qu’Hérode s’enfuit à Rome. A présent, c’est Marc Antoine qui se retrouve dans une position délicate.

Cette attaque le contraint à revenir à Tyr au printemps 40 av-JC. Il se contente d’une contre-offensive limitée avant de se rendre en Italie en août, laissant la plus grande partie de son armée pour défendre les territoires d’orient encore sous son contrôle. Il fait escale en Grèce où il rencontre Fulvia qu’il aurait réprimandé vertement pour ses initiatives, puis croise la flotte d’Ahenobarbus, césaricide lieutenant de Sextus Pompée, lors de sa traversée de l’Adriatique. Contre toute attente, Ahenobarbus n’attaque pas bien qu’il dispose de forces nettement supérieures ; il fait au contraire allégeance à Marc Antoine. Les deux hommes font alors route vers Brindes de concert. Cette attitude est pour le moins étonnante, d’autant plus qu’Octavien qui vient de divorcer de Clodia Pulchra, fille de Fulvie, épouse Scribonia, belle sœur de Sextus et fille de Lucius Scribonius Libo, un autre de ses lieutenants. Il devient par conséquent difficile de dire quel triumvir tire le plus avantage de son alliance avec Sextus. Marc Antoine qui reçoit un renfort de troupes ou Octavien qui peut l’accuser d’avoir pactisé avec l’ennemi ? Sextus semble être celui qui exploite au mieux la situation en jouant sur leur rivalité de manière à s’imposer comme un interlocuteur incontournable, avec l’ambition de remplacer Lépide au sein du triumvirat. Et dire que certains osent aujourd’hui se plaindre de la complexité du monde. Il l’était pourtant au moins autant à l’époque.

A leur arrivée à Brindes, où cinq cohortes d’Octavien sont stationnées, Marc Antoine et Ahenobarbus se voient refuser l’entrée de la ville sous prétexte qu’elle ne peut accueillir un ennemi. Antoine supporte très mal ce rejet. Il entreprend aussitôt des travaux pour encercler la ville et le port, envoie des troupes s’emparer d’autres localités stratégiques tout au long de la côte italienne, dont Sipuntum d’Ausonie, en Apulie, et écrit à Sextus de venir le rejoindre. Ce dernier envoie Menodorus en Sardaigne où les deux légions en garnison, effrayées de l’accord entre Sextus et Antoine, se rendent sans résistance, tandis qu’il assiège lui-même de Thurium et Consentia, dans le Bruttium qu’il ravage avec sa cavalerie. Agrippa, alors préteur de Rome, reçoit l’ordre d’Octavien, qui revient à peine de Gaule après en avoir pris le contrôle, de se porter au secours des habitants de Sipuntum. En chemin, il recrute les vétérans des colonies qu’il traverse, mais ces soldats font demi-tour lorsque ils apprennent qu’ils vont rencontrer les hommes d’Antoine au côté duquel ils ont combattu à Philippes et non pas ceux de Sextus comme ils le pensaient. Octavien, qui se dirige quant à lui vers Brindes, n’est pas victime de la même insubordination de la part des vétérans qu’il engage à le suivre, mais ils ne sont pas pour autant décidés à attaquer Antoine, mais plutôt à forcer les deux triumvirs à négocier. Tous ces vétérans aspirent à présent plus à couler des jours paisibles dans les terres qu’ils ont acquises au péril de leur vie qu’à risquer un nouveau bain de sang à l’issue incertaine.

Octavien tombe malade à ce moment là et doit s’arrêter quelques jours à Canusium, aussi n’a t-il plus l’occasion de rompre l’encerclement de Brindes lorsqu’il y arrive, les travaux de retranchement d’Antoine étant terminés. Il n’a plus d’autre choix que d’établir son camp et d’attendre la suite des événements bien qu’il dispose de forces de loin supérieures en nombre ; Antoine lui fait d’ailleurs croire que son armée de Macédoine est déjà arrivée en faisant débarquer de simples citoyens qu’il a discrètement fait monter à bord de ses navires de nuit. Agrippa, de son côté, a plus de succès. Il reprend Sipuntum tandis que Sextus se voit lui aussi chassé de Thurium et Consentia. Antoine remporte cependant lui aussi un succès lorsqu’il intercepte avec 400 cavaliers seulement les 1 500 conduits par Servilius qui viennent en renfort d’Octavien.

L’option militaire apparaissant de plus en plus hasardeuse ainsi que politiquement préjudiciable, la solution diplomatique est alors privilégiée. Les négociations s’engagent par l’intermédiaire de Lucius Cocceius, ami commun des deux triumvirs, d’Asinius Pollion pour le compte de Marc Antoine et de Mécène pour celui d’Octavien. En signe de bonne volonté, Marc Antoine envoie Ahenobarbus en Bythinie et demande à Sextus de quitter l’Italie. Cela permet d’aboutir à la paix de Brindes qui redéfinit un nouveau partage des territoires entre les deux hommes. Ceux situés à l’est d’une ligne passant par Scodra (actuellement Shkodër, en Albanie) reviennent à Marc Antoine, tandis que ceux à l’ouest seront à Octavien, soit à peu près les mêmes limites qui diviseront l’Empire en deux entités distinctes lorsque celui-ci éclatera quelques 5 siècles plus tard. Octavien en ressort donc grand vainqueur. Il obtient les Gaules, ce qui lui permet de repousser les légions de Marc Antoine loin de l’Italie et de Rome, mais surtout de s’assurer un financement presque équivalent à celui que les provinces d’Asie fournissent à son rival. On peut par conséquent se demander si ce n’était pas là son principal objectif et si ce n’est pas lui qui a déclenché les hostilités avec Lucius Antonius dans ce but, au contraire de ce qu’il prétend.

Le doute est d’autant plus grand qu’en échange des concessions faites par Marc Antoine, Octavien sacrifie Salvidienus, qui se trouve en Gaule au moment de la négociation et doit être consul l’année suivante, alors qu’il est le principal artisan de la victoire contre Lucius. Ses troupes reviennent à Marc Antoine qui l’aurait dénoncé comme étant sur le point de trahir Octavien pour prendre son parti. Salvidienus aurait alors été exécuté pour haute trahison ou se serait donné lui-même la mort. Cela paraît quand même assez étrange qu’il se soit décidé aussi tard, alors que s’il avait eu deux doigts de jugeote, il aurait su dès le départ qu’il pouvait faire pencher la balance en faveur de Marc Antoine en prenant le parti de Lucius et certainement en obtenir la juste récompense. Plus probablement était-il devenu gênant, soit qu’Octavien ait craint que l’aura de la victoire le rende populaire auprès des troupes et que cela réveille ses ambitions, soit qu’il ait été au courant de ce qu’Octavien était en fait le premier agresseur de Lucius lors du raid contre Sextus, compromettant de ce fait l’accord entre les deux triumvirs s’il l’avait dénoncé au Sénat. Agrippa, qui reçoit alors le commandement en chef des armées d’Octavien pourrait aussi avoir voulu sa peau. Ce ne sont là que des hypothèses.

Toujours est-il que l’accord se fait et qu’il est scellé par le mariage entre Marc Antoine et Octavie, sœur d’Octavien dont le mari vient de décéder, Fulvie venant quant à elle de succomber à la maladie en Grèce. Pendant ce temps à Alexandrie, Cléopâtre accouche de jumeaux, un garçon Alexandre Hélios, et une fille Cléopâtre Séléné. Les deux hommes s’octroient de plus le droit de recruter de nouvelles troupes en Italie, en nombre égal. Reste à s’occuper du cas de Sextus Pompée qui, en plus d’occuper la Sicile et la Sardaigne, a pris pied en Corse et maintient le blocus maritime, faisant à nouveau peser la menace de la famine sur Rome. Le problème ne peut cependant pas être réglé sur le champ car l’argent pour construire la flotte nécessaire pour lui faire la guerre manque et le peuple, déjà mécontent de ce que ses impôts aient été dilapidés pour d’obscures raisons de pouvoir personnel au lieu de son bien, se révolte au forum lorsqu’il est question d’augmenter encore sa contribution. La répression qui s’ensuit rend les triumvirs très impopulaires. La négociation doit donc être privilégiée.

Contact est pris avec Libo qui se rend dans l’île de Pithecusa (Ischia) au nord de la baie de Naples. Méfiant, il demande à négocier directement avec Antoine et Octavien qu’il retrouve à Misène. Sextus les rejoint bientôt, après s’être débarrassé de Murcus qui risquait d’être un obstacle. Ils se rencontrent à Putéoles où deux plates-formes ont été construites à proximité du rivage. Bien que Sextus se voit catégoriquement refuser de remplacer Lépide dans le triumvirat, les pourparlers se poursuivent pour parvenir à un accord à l’été 39 av-JC. Il contient les conditions suivantes : «  la guerre devrait cesser sur terre et sur mer ; libre accès partout pour les marchands ; Pompée devait enlever ses garnisons d’Italie et ne plus accepter d’esclaves fugitifs ; il ne devait pas envahir avec sa flotte la côte italienne, mais pouvait garder la Sardaigne, la Sicile, la Corse, et toutes les autres îles alors en sa possession alors qu’Antoine et Octave gardaient la possession des autres régions ; il devait envoyer à Rome le blé que ces îles devaient auparavant fournir comme tribut, et il pouvait avoir en outre le Péloponnèse ; il pourrait donner le consulat en son absence à n’importe quel ami qu’il choisirait, et il serait inscrit comme membre du sacerdoce de premier rang. (Appien, Guerres civiles, livre V)». De plus, les nobles exilés peuvent rentrer chez eux, sauf ceux condamnés pour leur participation au meurtre de Jules César, les proscrits se voient restituer un quart de leurs biens, les esclaves enrôlés par Sextus sont affranchis et ses vétérans libres obtiennent de recevoir les mêmes récompenses que ceux d’Octavien et Antoine.

Le pacte est scellé par la promesse d’un nouveau mariage entre la fille de Sextus et le fils d’Octavie, neveu d’Octavien et beau-fils d’Antoine, qui ne sont alors que des enfants en bas âge. Les trois hommes s’entendent ensuite pour désigner les consuls des quatre années à venir, Sextus devant exercer la charge en 38 av-JC. Tout cela ne sert aux triumvirs qu’à se donner le temps d’apaiser la colère du peuple en faisant cesser la famine, d’attirer les partisans de Sextus à choisir entre l’un des deux pour l’affaiblir et à construire une flotte assez puissante pour enfin s’en débarrasser.

L’accord conclu, Sextus repart en Sicile, Octavien rentre à Rome et Antoine part en Grèce avec Octavie après avoir envoyé Publius Ventidius Bassus et ses meilleures légions en Orient pour reprendre les territoires conquis par les Parthes. L’affrontement final des deux hommes pour la suprématie n’est plus qu’une question de temps.

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  1. 14/10/2012 à 14:40

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