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Archive for septembre 2012

Victoires par procuration

A l’hiver de 39 av-JC, Octavien et Marc Antoine sont parvenus à apaiser les tensions apparues entre eux tout de suite après leur victoire contre Cassius et Brutus à Philippes. Elles provenaient essentiellement du déséquilibre dans le partage des ressources financières en faveur d’Antoine, qui, à l’établissement du second triumvirat, avait non seulement reçu les riches provinces d’Asie, mais aussi les très intéressantes Gaules Cisalpine et Chevelue. Ces deux dernières reviennent désormais à Octavien qui contrôle de ce fait tout l’occident à partir de Scodra en Illyrie, tandis que l’orient revient à Antoine. Lépide, troisième homme signataire du pacte, n’a quant à lui que les quelques possessions romaines d’Afrique. Aucun des deux grands rivaux n’est cependant complètement maître de la totalité des territoires qui leur ont été dévolus. Antoine doit récupérer ceux entre qui vont de l’Anatolie à la Syrie, pris par les Parthes à la faveur du conflit avec son collègue, tandis qu’Octavien désire reprendre la Sicile, la Sardaigne et la Corse à Sextus Pompée malgré le tout récent accord qui les lie.

A ce moment, Marc Antoine ne se charge pas lui-même de la reconquête. Il passe l’hiver à Athènes, en compagnie de sa nouvelle épouse, Octavie. Il y adopte les habits, ainsi que les coutumes grecques et abandonne le protocole associé à son rang, aussi pourrait-on croire qu’il se contente de prendre du bon temps, mais cette simplicité a certainement l’objectif plus politique d’amadouer la population en lui montrant qu’il respecte la culture locale et qu’il ne souhaite pas imposer la sienne. Pendant ce temps, ses troupes se chargent de mettre au pas les peuples illyriens qui avaient pris le parti de Cassius et Brutus, en guise d’entraînement à la campagne à venir. Sa présence se justifie encore par un autre motif : il refuse de livrer le Péloponnèse à Sextus Pompée comme convenu car il a besoin de l’argent de la province pour financer la guerre contre les Parthes et qu’il soupçonne Sextus de vouloir le garder au lieu de le lui donner comme le stipule le traité qu’ils ont signé.

Ces préparatifs méticuleux démontrent qu’il craint l’affrontement avec les Parthes et qu’il ne pensait pas que Publius Ventidius Bassus, qu’il a envoyé en Asie pour mener la contre attaque en attendant son arrivée, s’acquitterait aussi bien de sa tâche. La campagne de Ventidius est en effet remarquable. Il commence par battre Quintus Labiénus (fils de Titus Labiénus, le meilleur lieutenant de Jules César durant la guerre des Gaules passé plus tard dans le camp pompéien jusqu’à sa mort à la bataille de Munda) et Phranipates reconquérant ainsi les provinces romaines d’Asie. Labiénus est tué au cours des combats. Antoine organise de grandes fêtes à Athènes en son honneur à l’occasion de cette victoire. Il doit ensuite faire face au retour en force de l’armée parthe en Syrie. Il la repousse tout d’abord lors de la bataille des monts Taurus, puis les bats définitivement lors de la bataille du mont Gindarus où Pacorus Ier, héritier du trône, trouve la mort, provoquant une crise de succession (Phraatès IV fait assassiner ses trente frères, son fils aîné ainsi que son vieux roi de père, Orodès II pour obtenir la couronne). Il apparaît alors aux yeux des Romains comme celui qui a rétabli leur honneur en vengeant la mort de Crassus à la bataille de Carrhes 15 ans plus tôt.

Venditius aurait alors pu poursuivre l’armée parthe en déroute jusque sur son territoire sur l’autre rive de l’Euphrate, mais il juge plus prudent de s’arrêter à la frontière pour ne pas qu’Antoine prenne ombrage de ses succès. Il doit avoir à l’esprit l’exemple de Quintus Salvidienus Rufus, qui était tout comme lui de basse extraction et ne devait son ascension sociale qu’à ses talents militaires, qui a été exécuté lorsqu’Antoine l’a accusé de vouloir trahir Octavien bien qu’il ait été le principal artisan de la victoire de ce dernier contre Lucius Antonius (Jérôme Kerviel n’aurait-il pas dû en prendre de la graine ?). Venditius a dû en conclure que les triumvirs n’appréciaient guère qu’un de leurs lieutenant puisse remettre leur autorité en cause en se couvrant de trop de gloire. Il se contente donc de mettre au pas les villes qui ont soutenu les Parthes en attendant l’arrivée son chef. Celui-ci finit par le rejoindre à Commagène où Ventidius assiège Antiochus Ier. Antoine, qui souhaite alors prendre sa part de victoire, refuse de ratifier le traité de paix et les mille talents d’argent que son subordonné avait obtenus. Il prend lui-même le commandement du siège, obtient de même la fin des hostilités, mais il doit se contenter de 300 talents d’indemnités. Ventidius est ensuite éloigné du théâtre des opérations car renvoyé à Rome pour qu’il y célèbre son triomphe. Il restera le premier et le seul Romain à avoir triomphé du puissant empire parthe.

Pendant que tout ceci se déroule en orient, Octavien a lui-même pris le commandement de la lutte contre Sextus Pompée en occident. Les attaques de pirates qui n’ont pas cessé lui donnent un prétexte pour passer à l’offensive, après qu’un équipage ait avoué sous la torture que Sextus était leur commanditaire. Il peut ainsi agir en toute légalité en alléguant que Sextus a violé une clause du traité qu’ils ont signé, même si Sextus dépose à son tour au Sénat une plainte à propos du Péloponnèse que Marc Antoine a refusé de lui livrer. Les deux triumvirs auraient d’ailleurs dû se rencontrer à Brindes pour discuter de la conduite à tenir, mais Marc Antoine n’y trouvant pas son homologue dès son arrivée préfère repartir sans attendre, ce qui lui évite de trop se mouiller dans une affaire qui pourrait être jugée douteuse.

Octavien commence par rompre les liens qui l’unissaient à Sextus en divorçant de Scribonia, puis il passe outre le semi-désaveu de son collègue et rival car il compte bien profiter de l’avantage que lui confère la trahison de Menodorus (ou Menas). Ce dernier, ancien esclave du Grand Pompée, s’est en effet laissé convaincre de rendre la Sardaigne et la Corse en échange de son passage du statut d’affranchi à celui de membre de l’ordre équestre et de l’assurance qu’il pourrait continuer a commander sa flotte. Sitôt les îles deux récupérées et les navires de Menodorus incorporés à la flotte de l’amiral Calvisius, Octavien s’attaque à la Sicile, fief de Sextus. Les effectifs sont divisés en deux parties, l’une, dirigée par Calvisius, arrive par le nord du détroit de Messine, et l’autre, sous les ordres d’Octavien lui-même, vient par le sud. Calvisius est le premier à rencontrer l’ennemi en la personne de Menecrates aux environs de Cumes, Sextus étant resté à Messine pour attendre Octavien. Calvisius pense se protéger en se réfugiant dans la baie de Cumes, mais il se trouve au contraire acculé à la terre où ses navires s’échouent sur les rochers sous les assauts répétés de l’adversaire. L’arrivée de Menodorus sur le flanc gauche lui permet de se dégager de ce mauvais pas, mais elle ne change pas l’issue du combat, bien que Menecrates ait péri dans l’affrontement. Au final, Calvisius subit une lourde défaite, ses meilleurs bateaux ont été détruits et beaucoup d’autres sont sévèrement endommagés.

Octavien arrive en vue de Messine avec sa flotte quelque temps plus tard. Il croise Sextus qui n’est accompagné que de quarante navires, mais, malgré les conseils de ses amis, il préfère renoncer à attaquer l’ennemi qui est pourtant en nette infériorité numérique car il juge plus prudent d’attendre le renfort de son amiral. Il rate ainsi l’occasion d’éliminer le leader au nom prestigieux indispensable à la rébellion. Octavien reste dans le détroit jusqu’à ce qu’il apprenne le désastre de Cumes. Il décide alors d’aller retrouver Calvisius, mais il est attaqué en chemin par Sextus qui a quant à lui été rejoint par la flotte de Menecrates, à présent dirigée par Demochares. Au lieu de livrer combat en pleine mer, il applique la même tactique que son lieutenant et se replie le long de la côte en rangs serrés pour faire face à l’assaillant. Il obtient le même résultat : ses navires s’échouent sur les rochers avant d’être incendiés. Calvisius et Menodorus, qui ne se trouvent qu’à quelques kilomètres de là, arrivent à la rescousse mettant un ennemi fatigué par la bataille en fuite. La nuit se passe, et le lendemain Octavien ordonne à Calvisius de positionner ses navires en protection des siens afin qu’il puisse réparer ceux qui n’ont pas coulé en sécurité. C’est alors que se produit un nouveau désastre : une forte tempête se lève. Elle précipite les bateaux sur les rochers ou les fait se fracasser les uns contre les autres. Seul Menodorus, parti s’ancrer plus au large, parvient à sauver sa flotte. La campagne de cette année 38 av-JC est un échec sur toute la ligne. Octavien a décidément l’air d’avoir été un piètre chef de guerre. Il doit faire face au mécontentement du peuple qui subit toujours encore la pénurie et rechigne à payer l’impôt pour financer une guerre qu’il juge avoir été déclarée en violation du traité passé avec Sextus.

Un an après avoir subi deux sérieux revers avec l’invasion des Parthes et la perte de son autorité sur la Gaule, Marc Antoine semble à nouveau avoir le vent en poupe. Octavien lui reproche d’ailleurs de ne pas l’avoir aidé lorsqu’il s’est trouvé en difficulté, voire d’avoir comploté avec Lépide pour l’évincer du pouvoir afin de focaliser la colère du peuple sur ses collègues. Il envoie donc Mécène en orient pour négocier avec Antoine l’envoi d’une partie de sa flotte. Octavien pense certainement qu’Antoine refusera, ce qui lui permettrait de se poser en victime, mais son homologue accepte de fournir toute l’aide nécessaire. Rendez-vous est pris entre les deux hommes pour le printemps 37 av-JC.

Antoine prend ses dispositions pour assurer la sécurité des territoires reconquis pendant son absence ; il nomme donc des rois acquis à sa cause selon son bon plaisir, comme par exemple Darius dans le Pont, Amyntas en Pisidie, Polémon en Cilicie, ou encore Hérode en Judée. Il passe ensuite par Athènes où il récupère Octavie, puis se dirige vers Tarente avec les 300 vaisseaux promis. Mais, lorsqu’il arrive, Octavien a changé d’avis. Ce revirement s’explique par ce qu’il a entre temps appris les succès de son ami Marcus Vispanius Agrippa en Gaule. Celui-ci a réussi à faire rentrer dans le rang les Belges et les Aquitains qui contestaient de plus en plus ouvertement l’autorité romaine, mais il s’est aussi offert le luxe d’être le second après Jules César à traverser le Rhin pour aller combattre les tribus germaines, notamment les Suèves. Il revient donc auréolé de gloire, mais encore rapporte t-il de quoi financer la construction d’une nouvelle flotte. Il est donc tout désigné pour mener la lutte contre Sextus. Octavien juge alors préférable de jouer cette carte plutôt que d’avoir à partager le prestige d’une potentielle victoire avec Antoine. Il désigne par conséquent Agrippa comme consul pour l’année 37 av-JC bien qu’il n’ait de loin pas atteint l’âge requis ; il sera de ce fait en charge d’assurer la sécurité de l’Italie. Pour montrer qu’il a bien conscience de la gravité de la situation, Agrippa refuse le triomphe que le Sénat lui a accordé en signe de ce qu’il n’est pas temps de gaspiller de l’argent en fêtes, suivant en cela le conseil, voire l’injonction d’Octavien dont il souhaite conserver l’amitié. Cependant, la construction d’une nouvelle flotte, qu’il veut moderniser, tant par la conception des navires qu’il désire élargir que par leur équipement militaire, en particulier un nouveau harpax (harpon à bateaux), prend du temps. Aussi les deux amis ont-ils décidé d’un commun accord de remettre les opérations contre Sextus à l’année suivante.

L’arrivé d’Antoine vient donc perturber leurs plans. Celui-ci s’offusque naturellement du traitement méprisant qui lui est réservé. Aussi envoie t-il sa femme, Octavie, plaider sa cause auprès de son frère, Octavien, de manière à souligner que de tels agissements, qui portent préjudice à sa propre famille, pourraient être considérés comme une rupture du pacte qu’ils ont conclu et qu’à la fois le peuple et le Sénat seraient alors en position de lui en tenir rigueur. Octavien n’a donc plus d’autre choix que de se rabibocher avec Antoine. Pour la forme, Octavien avance à nouveau les arguments qu’Antoine ne l’a pas secouru lorsqu’il en avait besoin et qu’il a de plus envoyé un émissaire à Lépide pour tenter de l’évincer. Pour le premier, Octavie répond que toutes les explications ont déjà été fournies à Mécène, quant au second, si elle admet que l’entrevue a bien eu lieu, elle affirme qu’elle ne concernait que les modalités du mariage prévu entre sa fille et le fils de Lépide, et qu’Antoine est prêt à lui livrer son émissaire Callias, qu’il lui permet de torturer à sa guise pour s’assurer de la vérité de cette assertion. Suite à cela, les deux triumvirs se rencontrent entre Tarente et Métaponte, dormant alternativement l’un chez l’autre sans aucune protection de leurs gardes personnelles respectives pour bien faire étalage de leur bonne entente retrouvée et de leur confiance mutuelle.

Les négociations entre les deux hommes aboutissent à ce qu’Antoine laissera 120 navires à Octavien en échange de 20 000 soldats d’infanterie dont il a besoin pour mener sa nouvelle campagne contre les Parthes qu’il aurait du mal à lever dans une Italie contrôlée par son rival (aujourd’hui nous qualifierions cet accord de win-win, que j’ai personnellement rebaptisé  » Pine d’huître « , rapport à Ouin-Ouin et son totem : l’huître). Dans la foulée, le triumvirat qui arrivait à échéance est renouvelé pour cinq années supplémentaires, sans consultation du Sénat. Antoine retourne en Syrie, tandis qu’Octavie, qui vient de donner naissance à leur deuxième fille, rentre à Rome avec son frère.

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Si vis pacem, para bellum

Une fois la menace que représentaient Cassius et Brutus éliminée après la bataille de Philippes fin 42 av-JC, les triumvirs Marc Antoine et Octavien se retrouvent face à face, mais aucun des deux ne souhaite déclencher l’ultime combat pour le pouvoir dans l’immédiat, de peur de passer pour des tyrans comme Jules César et que Lépide tire alors les marrons du feu. Ils préfèrent passer un marché qui laisse à Marc Antoine les territoires qui s’étendent de l’Illyrie aux riches provinces d’Asie en plus des Gaules Cisalpine et Chevelue, charge à lui de mener la guerre contre le puissant ennemi Parthe, tandis qu’Octavien se voit attribuer la Gaule Transalpine, les provinces ibériques, la Sardaigne, la Sicile, mais avant tout l’Italie, charge à lui d’éliminer Sextus Pompée, dernier représentant des optimates survivant, et surtout d’attribuer aux vétérans des terres qu’il devra prendre à l’aristocratie dans la péninsule ; ne reste que l’Afrique pour Lépide. Chacun des deux espère que l’autre échoue lamentablement et qu’il puisse alors s’imposer comme le dernier recours pour sauver Rome du naufrage (un jeu de dupe du même genre n’aurait-il pas commencé entre les Etats-Unis et l’Europe avec la crise ?).

Tout commence sous les meilleurs auspices pour Marc Antoine dans cette perspective. L’attribution des terres aux très nombreux vétérans provoque en effet bientôt une vague de mécontentement parmi les membres de la noblesse romaine, mais aussi chez beaucoup de citoyens italiens expropriés de force par des soldats qui justifient de leurs actes par la promesse que beaucoup de villes leur reviendraient en échange de leur engagement contre les césaricides. La fronde est orchestrée par Fulvie, la femme de Marc Antoine, et Lucius Antonius Pietas, frère de Marc Antoine et consul de l’année 41 av-JC. Le risque pour Octavien est de voir la grogne se répandre dans les rangs de l’armée et des légions se rebeller contre son autorité alors que son pouvoir repose essentiellement sur la fidélité de ses soldats. Ce scénario ne manque pas de se produire ; beaucoup d’hommes d’Octavien désertent et vont rejoindre Lucius Antonius. Au même moment, Sextus Pompée passe à l’offensive en attaquant les transports de blé en provenance d’Egypte et en ravageant les côtes du Bruttium (Calabre). Rome est alors guettée par la famine. Cela rappelle opportunément que les pouvoirs exceptionnels du triumvirat ont été octroyés à Octavien pour qu’il sauve la patrie de ce danger ; on pourrait même imaginer qu’en fidèle disciple de Jules César, qui a utilisé ce genre de procédé à maintes reprises, il ait passé un accord secret avec un Sextus qui se verrait amnistié en échange de son aide à l’élimination de Marc Antoine.

Octavien quitte par conséquent Rome pour aller lutter contre les troupes de Sextus dans le Bruttium, suivi par Lucius Antonius et les deux fils de Marc Antoine, sur le conseil de Fulvie qui ne veut pas laisser à Octavien toute la gloire d’avoir défendu le pays. Les circonstances offrent alors à Lucius l’opportunité de trouver un motif de grief contre Octavien. Lors d’une expédition de cavalerie des hommes de ce dernier contre ceux de Sextus, il feint (ou pense à juste raison) avoir été pris pour cible par Octavien qu’il accuse de ce fait de déloyauté. Il se rend aussitôt dans les colonies de Marc Antoine pour se recruter une garde personnelle bien qu’Octavien nie farouchement toute mésentente avec son collègue triumvir. Le règlement du différend entre les deux hommes est remis entre les mains des soldats. Ceux-ci décident que la charge de la distribution des terres reviendra dorénavant au consul Lucius Antonius à condition qu’il donne ses deux légions à Octavien pour lutter contre Sextus, qu’il laisse passer les Alpes à celles qu’Octavien a fait venir d’Ibérie et qu’il licencie sa garde personnelle. S’il satisfait aux deux dernières, il refuse de livrer ses soldats au triumvir pour l’instant sous le prétexte qu’il le craint et s’en va pour Préneste. Pendant ce temps, Fulvie prétend elle aussi craindre pour sa vie et celle de ses enfants, mais qu’elle serait plutôt menacée par Lépide.

Sommé de revenir, Lucius refuse à nouveau d’obéir. Octavien le prend comme une déclaration de guerre. Une dernière tentative de conciliation a lieu à Gabii, mais elle échoue, les hommes envoyés en éclaireurs par Octavien ayant été attaqués par ceux de Lucius. Lucius dispose de 17 légions, et surtout de l’appui financier de Marc Antoine qui administre les riches provinces d’Asie et de Gaule, tandis qu’Octavien ne peut aligner qu’une dizaine de légions et se trouve contraint d’emprunter de l’argent aux temples, les territoires lui ayant été attribués étant soit aux mains de l’ennemi pompéien, soit en proie aux révoltes. Octavien laisse Rome à Lépide avec deux légions, puis part rejoindre ses troupes. La ville est prise peu après, sans combat, par un Lucius qui s’attire les faveurs du Sénat en promettant de mettre fin au pouvoir tyrannique des triumvirs. Lépide est contraint de s’enfuir et rejoint Octavien qui tente d’enrôler de force des légionnaires des colonies d’Antoine, tout d’abord à Alba Fuscens, puis à Nursia, sans y parvenir. Il place alors tous ses espoirs dans le retour rapide de Salvidienus qui revient en urgence de Gaule avec les 6 légions qui viennent de passer les Alpes. Mais celui-ci est sous la menace des soldats de Gaius Asinius Pollio et Publius Ventidius Bassus qui se trouvent eux aussi en Gaule Cisalpine et le suivent de près. Il risque d’être pris en étau par Lucius qui vient quant à lui du sud ; Octavien profite de son départ de Rome pour reprendre la ville, avant d’entreprendre le siège de Sentinum, dans le Picénum, pour empêcher que Lucius n’y trouve des renforts et couper la route du nord aux légions que Lucius Munatius Plancus a levées à Spolète.

Pendant ce temps, Agrippa, le meilleur ami d’Octavien, a recruté une armée en Etrurie avec laquelle il entreprend d’assiéger Sutrium. Il détourne ainsi Lucius de son objectif en l’attirant à lui, ce qui permet à Salvidienus d’atteindre Sentinum sans encombre, puis de s’en emparer et de la raser avant de faire capituler Nursia qui craint de subir le même sort. Désormais, c’est Lucius qui se trouve dans le rôle de la souris tandis que Salvidienus et Agrippa reprennent celui du chat. Ils le forcent à se retrancher dans Pérouse. Octavien les rejoints et établit aussitôt de puissantes fortifications autour de la ville, de manière à empêcher toute sortie de l’ennemi ou toute arrivée de renforts de l’extérieur, à l’instar du siège d’Alésia. Salvidienus et Agrippa se chargent quant à eux de maintenir Asinius, Venditius et Munatius à distance, profitant de leur mésentente et de leurs hésitations pour leur infliger de cuisantes défaites. Tous trois abandonnent Lucius à son triste sort. Pérouse finit par tomber en février 40 av-JC, ses habitants sont massacrés sans pitié, mais Lucius et ses soldats sont épargnés par Octavien pour ne pas s’attirer les foudres d’Antoine ; ils sont simplement éloignés de Rome, envoyés en Espagne. Dans la même optique, Fulvie a elle aussi la vie sauve, mais elle est contrainte à l’exil à Sicyone, en Grèce.

Marc Antoine se sent néanmoins obligé de revenir en Italie pour tirer cette affaire au clair. Il débarque à Brindes avec ses troupes en août 40 av-JC. Pendant une grande partie de ces événements, il était en Egypte après avoir fait la connaissance de Cléopâtre. Bien qu’ils se soient certainement déjà fréquentés, soit lorsque les Romains sont intervenus pour remettre Ptolémée XII sur le trône en 55 av-JC, Cléopâtre n’avait alors que quinze ans, soit, et plus probablement, lors des deux séjours de la reine à Rome en 46 et 44 av-JC. Leur rencontre n’a vraiment lieu qu’en 41 av-JC, à Tarse, en Cilicie, où Antoine a convoqué tous les chefs d’état de la région pour juger de leur attitude durant le conflit avec Cassius et Brutus afin de récompenser ou punir, voire destituer, chacun en fonction de sa position et d’imposer un lourd tribut aux villes qui l’ont trahi pour financer la guerre qu’il doit mener contre les Parthes. Ainsi, eu égard à sa fidélité à Rome, Hérode devient-il tétrarque de Judée en compagnie de son frère Phasaël, pour avoir repoussé Antigone II Mattathiah qui tentait d’envahir le pays avec l’appui de Marion, tyran de Tyr, qui s’est quant à lui emparé avec succès de la Galilée avant d’en être chassé manu militari par Antoine. En ce qui la concerne, Cléopâtre a eu un comportement beaucoup plus ambigu.

En 43 av-JC, elle envoie bien les quatre légions stationnées dans son pays à Dolabella pour combattre Cassius en Syrie, mais elle est en même temps bien contente d’être débarrassée de ces troupes qui commettaient des exactions et accaparaient le blé pour l’envoyer à Rome. La famine s’installe d’ailleurs en Egypte cette année là et, les deux suivantes, elle invoque de mauvaises récoltes en raison de crues insuffisantes du Nil pour cesser ses exportations de nourriture à destination de l’un ou l’autre des belligérants romains. Dolabella défait et les quatre légions d’Egypte ayant fait allégeance à Cassius, elle refuse son soutien à ce dernier bien qu’il la menace d’envahir son pays. Des troupes républicaines sont toutefois accueillies à bras ouverts à Chypre par Sérapion, sans doute avec l’assentiment de sa reine. L’Egypte n’échappe à l’invasion que grâce au débarquement de Marc Antoine et Octavien en Grèce qui détourne Cassius et Brutus de cet objectif. Cléopâtre bâtit alors une flotte à destination des triumvirs. Elle en prend personnellement la tête malgré le danger que représente celle de Sextus Pompée, mais elle ne peut effectuer la traversée à cause d’une tempête où elle prétend avoir failli perdre la vie. Une fois la météo devenue plus clémente, la guerre était finie. Tout porte à croire qu’elle a en fait prudemment attendu de connaître le vainqueur pour prendre parti.

Certainement consciente de la crédibilité limitée de ses arguments, Cléopâtre décide de jouer la carte de la séduction pour sauver sa peau. Elle connaît le goût de Marc Antoine pour le luxe et les belles femmes, aussi débarque t-elle à Tarse sur un somptueux navire à la poupe dorée et aux voiles pourpres doté d’un équipage féerique déguisé en Nymphes et autres Néréides, elle même parée de ses plus beaux atours trônant sous un dais tissé d’or. Invité à monter à bord pour participer à un non moins somptueux banquet, Marc Antoine est subjugué par le faste excentrique de la souveraine orientale, ainsi que par sa personne. Ils deviennent amants. Cléopâtre réussit ainsi une nouvelle fois à préserver l’indépendance de l’Egypte, alors que Marc Antoine avait peut être l’intention d’annexer ce pays d’une importance stratégique capitale. Leur alliance est scellée dans le sang. Marc Antoine se fait livrer Sérapion, tandis que Cléopâtre exige que sa sœur Arsinoé IV, seule prétendante au trône survivante, soit éliminée. Elle est assassinée dans l’enceinte même du temple d’Artémis à Ephèse. Le viol du sanctuaire par ses soldats provoque un grand émoi dans la population romaine, ce qui va porter un lourd préjudice à Marc Antoine. Octavien va s’en servir pour ternir l’image de son rival en affirmant qu’il a perdu tout discernement en tombant sous l’emprise de la reine qui aurait réveillé en lui le désir d’établir une monarchie à Rome au détriment de la République.

Cléopâtre rentre à Alexandrie, puis Marc Antoine la rejoint pour passer l’hiver en sa compagnie après avoir en vain tenté de piller Palmyre dont les habitants se sont réfugiés dans l’empire Parthe, juste de l’autre côté de l’Euphrate. Ce long séjour en Egypte est une nouvelle erreur de la part de Marc Antoine. Les partisans d’Octavien, ainsi que les historiens romains qui adoptent systématiquement ce point de vue, diront qu’il s’est alors converti aux mœurs orientales décadentes, avec pour preuve qu’il a adopté la tenue des Grecs, qu’il ne peut par conséquent plus être considéré comme un vrai Romain. Il avait pourtant de bonnes raisons de se rendre en Egypte. Outre d’imiter Jules César, il n’avait peut être pas très confiance en la loyauté de Cléopâtre, aussi a t-il pu juger préférable de la garder à l’œil pour s’assurer de la livraison de blé à Rome, ainsi qu’à son armée en prévision de la campagne à venir. Une fois sur place, il aurait également pu croire bon de mettre à profit son temps pour se cultiver en fréquentant les élites intellectuelles d’Alexandrie, lui le militaire qui passait, peut être à juste titre, pour un rustre, dans le but de donner le change à Cléopâtre qui était, elle, loin d’être une conne ; et d’adopter les coutumes locales pour montrer son respect pour la culture égyptienne, suivant l’exemple d’Alexandre le Grand. Sa relation avec la reine aurait alors été avant tout un choix politique, garantit dans la durée par la naissance d’enfants. Mais l’éloignement de ses troupes lui nuit d’autant plus que les Parthes, encouragés en ce sens par le fils de Titus Labiénus, Quintus Labiénus, qui a trouvé asile à la cour du roi Orodès II, profitent de son absence pour passer à l’offensive, de s’emparer de la Cilicie, du sud des provinces d’Asie et de la Syrie où Antigone Mattatiah est remis sur le trône en Judée tandis qu’Hérode s’enfuit à Rome. A présent, c’est Marc Antoine qui se retrouve dans une position délicate.

Cette attaque le contraint à revenir à Tyr au printemps 40 av-JC. Il se contente d’une contre-offensive limitée avant de se rendre en Italie en août, laissant la plus grande partie de son armée pour défendre les territoires d’orient encore sous son contrôle. Il fait escale en Grèce où il rencontre Fulvia qu’il aurait réprimandé vertement pour ses initiatives, puis croise la flotte d’Ahenobarbus, césaricide lieutenant de Sextus Pompée, lors de sa traversée de l’Adriatique. Contre toute attente, Ahenobarbus n’attaque pas bien qu’il dispose de forces nettement supérieures ; il fait au contraire allégeance à Marc Antoine. Les deux hommes font alors route vers Brindes de concert. Cette attitude est pour le moins étonnante, d’autant plus qu’Octavien qui vient de divorcer de Clodia Pulchra, fille de Fulvie, épouse Scribonia, belle sœur de Sextus et fille de Lucius Scribonius Libo, un autre de ses lieutenants. Il devient par conséquent difficile de dire quel triumvir tire le plus avantage de son alliance avec Sextus. Marc Antoine qui reçoit un renfort de troupes ou Octavien qui peut l’accuser d’avoir pactisé avec l’ennemi ? Sextus semble être celui qui exploite au mieux la situation en jouant sur leur rivalité de manière à s’imposer comme un interlocuteur incontournable, avec l’ambition de remplacer Lépide au sein du triumvirat. Et dire que certains osent aujourd’hui se plaindre de la complexité du monde. Il l’était pourtant au moins autant à l’époque.

A leur arrivée à Brindes, où cinq cohortes d’Octavien sont stationnées, Marc Antoine et Ahenobarbus se voient refuser l’entrée de la ville sous prétexte qu’elle ne peut accueillir un ennemi. Antoine supporte très mal ce rejet. Il entreprend aussitôt des travaux pour encercler la ville et le port, envoie des troupes s’emparer d’autres localités stratégiques tout au long de la côte italienne, dont Sipuntum d’Ausonie, en Apulie, et écrit à Sextus de venir le rejoindre. Ce dernier envoie Menodorus en Sardaigne où les deux légions en garnison, effrayées de l’accord entre Sextus et Antoine, se rendent sans résistance, tandis qu’il assiège lui-même de Thurium et Consentia, dans le Bruttium qu’il ravage avec sa cavalerie. Agrippa, alors préteur de Rome, reçoit l’ordre d’Octavien, qui revient à peine de Gaule après en avoir pris le contrôle, de se porter au secours des habitants de Sipuntum. En chemin, il recrute les vétérans des colonies qu’il traverse, mais ces soldats font demi-tour lorsque ils apprennent qu’ils vont rencontrer les hommes d’Antoine au côté duquel ils ont combattu à Philippes et non pas ceux de Sextus comme ils le pensaient. Octavien, qui se dirige quant à lui vers Brindes, n’est pas victime de la même insubordination de la part des vétérans qu’il engage à le suivre, mais ils ne sont pas pour autant décidés à attaquer Antoine, mais plutôt à forcer les deux triumvirs à négocier. Tous ces vétérans aspirent à présent plus à couler des jours paisibles dans les terres qu’ils ont acquises au péril de leur vie qu’à risquer un nouveau bain de sang à l’issue incertaine.

Octavien tombe malade à ce moment là et doit s’arrêter quelques jours à Canusium, aussi n’a t-il plus l’occasion de rompre l’encerclement de Brindes lorsqu’il y arrive, les travaux de retranchement d’Antoine étant terminés. Il n’a plus d’autre choix que d’établir son camp et d’attendre la suite des événements bien qu’il dispose de forces de loin supérieures en nombre ; Antoine lui fait d’ailleurs croire que son armée de Macédoine est déjà arrivée en faisant débarquer de simples citoyens qu’il a discrètement fait monter à bord de ses navires de nuit. Agrippa, de son côté, a plus de succès. Il reprend Sipuntum tandis que Sextus se voit lui aussi chassé de Thurium et Consentia. Antoine remporte cependant lui aussi un succès lorsqu’il intercepte avec 400 cavaliers seulement les 1 500 conduits par Servilius qui viennent en renfort d’Octavien.

L’option militaire apparaissant de plus en plus hasardeuse ainsi que politiquement préjudiciable, la solution diplomatique est alors privilégiée. Les négociations s’engagent par l’intermédiaire de Lucius Cocceius, ami commun des deux triumvirs, d’Asinius Pollion pour le compte de Marc Antoine et de Mécène pour celui d’Octavien. En signe de bonne volonté, Marc Antoine envoie Ahenobarbus en Bythinie et demande à Sextus de quitter l’Italie. Cela permet d’aboutir à la paix de Brindes qui redéfinit un nouveau partage des territoires entre les deux hommes. Ceux situés à l’est d’une ligne passant par Scodra (actuellement Shkodër, en Albanie) reviennent à Marc Antoine, tandis que ceux à l’ouest seront à Octavien, soit à peu près les mêmes limites qui diviseront l’Empire en deux entités distinctes lorsque celui-ci éclatera quelques 5 siècles plus tard. Octavien en ressort donc grand vainqueur. Il obtient les Gaules, ce qui lui permet de repousser les légions de Marc Antoine loin de l’Italie et de Rome, mais surtout de s’assurer un financement presque équivalent à celui que les provinces d’Asie fournissent à son rival. On peut par conséquent se demander si ce n’était pas là son principal objectif et si ce n’est pas lui qui a déclenché les hostilités avec Lucius Antonius dans ce but, au contraire de ce qu’il prétend.

Le doute est d’autant plus grand qu’en échange des concessions faites par Marc Antoine, Octavien sacrifie Salvidienus, qui se trouve en Gaule au moment de la négociation et doit être consul l’année suivante, alors qu’il est le principal artisan de la victoire contre Lucius. Ses troupes reviennent à Marc Antoine qui l’aurait dénoncé comme étant sur le point de trahir Octavien pour prendre son parti. Salvidienus aurait alors été exécuté pour haute trahison ou se serait donné lui-même la mort. Cela paraît quand même assez étrange qu’il se soit décidé aussi tard, alors que s’il avait eu deux doigts de jugeote, il aurait su dès le départ qu’il pouvait faire pencher la balance en faveur de Marc Antoine en prenant le parti de Lucius et certainement en obtenir la juste récompense. Plus probablement était-il devenu gênant, soit qu’Octavien ait craint que l’aura de la victoire le rende populaire auprès des troupes et que cela réveille ses ambitions, soit qu’il ait été au courant de ce qu’Octavien était en fait le premier agresseur de Lucius lors du raid contre Sextus, compromettant de ce fait l’accord entre les deux triumvirs s’il l’avait dénoncé au Sénat. Agrippa, qui reçoit alors le commandement en chef des armées d’Octavien pourrait aussi avoir voulu sa peau. Ce ne sont là que des hypothèses.

Toujours est-il que l’accord se fait et qu’il est scellé par le mariage entre Marc Antoine et Octavie, sœur d’Octavien dont le mari vient de décéder, Fulvie venant quant à elle de succomber à la maladie en Grèce. Pendant ce temps à Alexandrie, Cléopâtre accouche de jumeaux, un garçon Alexandre Hélios, et une fille Cléopâtre Séléné. Les deux hommes s’octroient de plus le droit de recruter de nouvelles troupes en Italie, en nombre égal. Reste à s’occuper du cas de Sextus Pompée qui, en plus d’occuper la Sicile et la Sardaigne, a pris pied en Corse et maintient le blocus maritime, faisant à nouveau peser la menace de la famine sur Rome. Le problème ne peut cependant pas être réglé sur le champ car l’argent pour construire la flotte nécessaire pour lui faire la guerre manque et le peuple, déjà mécontent de ce que ses impôts aient été dilapidés pour d’obscures raisons de pouvoir personnel au lieu de son bien, se révolte au forum lorsqu’il est question d’augmenter encore sa contribution. La répression qui s’ensuit rend les triumvirs très impopulaires. La négociation doit donc être privilégiée.

Contact est pris avec Libo qui se rend dans l’île de Pithecusa (Ischia) au nord de la baie de Naples. Méfiant, il demande à négocier directement avec Antoine et Octavien qu’il retrouve à Misène. Sextus les rejoint bientôt, après s’être débarrassé de Murcus qui risquait d’être un obstacle. Ils se rencontrent à Putéoles où deux plates-formes ont été construites à proximité du rivage. Bien que Sextus se voit catégoriquement refuser de remplacer Lépide dans le triumvirat, les pourparlers se poursuivent pour parvenir à un accord à l’été 39 av-JC. Il contient les conditions suivantes : «  la guerre devrait cesser sur terre et sur mer ; libre accès partout pour les marchands ; Pompée devait enlever ses garnisons d’Italie et ne plus accepter d’esclaves fugitifs ; il ne devait pas envahir avec sa flotte la côte italienne, mais pouvait garder la Sardaigne, la Sicile, la Corse, et toutes les autres îles alors en sa possession alors qu’Antoine et Octave gardaient la possession des autres régions ; il devait envoyer à Rome le blé que ces îles devaient auparavant fournir comme tribut, et il pouvait avoir en outre le Péloponnèse ; il pourrait donner le consulat en son absence à n’importe quel ami qu’il choisirait, et il serait inscrit comme membre du sacerdoce de premier rang. (Appien, Guerres civiles, livre V)». De plus, les nobles exilés peuvent rentrer chez eux, sauf ceux condamnés pour leur participation au meurtre de Jules César, les proscrits se voient restituer un quart de leurs biens, les esclaves enrôlés par Sextus sont affranchis et ses vétérans libres obtiennent de recevoir les mêmes récompenses que ceux d’Octavien et Antoine.

Le pacte est scellé par la promesse d’un nouveau mariage entre la fille de Sextus et le fils d’Octavie, neveu d’Octavien et beau-fils d’Antoine, qui ne sont alors que des enfants en bas âge. Les trois hommes s’entendent ensuite pour désigner les consuls des quatre années à venir, Sextus devant exercer la charge en 38 av-JC. Tout cela ne sert aux triumvirs qu’à se donner le temps d’apaiser la colère du peuple en faisant cesser la famine, d’attirer les partisans de Sextus à choisir entre l’un des deux pour l’affaiblir et à construire une flotte assez puissante pour enfin s’en débarrasser.

L’accord conclu, Sextus repart en Sicile, Octavien rentre à Rome et Antoine part en Grèce avec Octavie après avoir envoyé Publius Ventidius Bassus et ses meilleures légions en Orient pour reprendre les territoires conquis par les Parthes. L’affrontement final des deux hommes pour la suprématie n’est plus qu’une question de temps.