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Archive for juillet 2012

Second triumvirat

A la mort de Jules César, une énième crise politique se dessine à Rome. Elle est en partie provoquée par le testament du dictateur qui désigne les trois petits fils de ses sœurs, Lucius Pinarius Scarpus, Quintus Pedius et Caïus Octavius Thurinus, soit Octave, comme ses successeurs; les trois quarts de l’héritage revenant à ce dernier qui est en plus adopté par César dans la dernière clause. Cela contrarie en particulier Marc Antoine qui pensait être désigné pour reprendre les rênes du pouvoir, eu égard à son exemplaire fidélité. Mais à ce moment, le jeune homme d’à peine 19 ans, qui se trouve à Apollonie en Illyrie lors des faits, n’est pas sa principale préoccupation, il doit plutôt se concentrer sur le Sénat qui veut à nouveau imposer son autorité à la tête de la République. Aussi organise t-il des funérailles théâtrales à son mentor pour obtenir le soutien du peuple contre l’assemblée d’où sont issus les « césaricides ».

Le corps de César est tout d’abord déposé dans une chapelle dorée dressée sur le forum. Il est étendu sur un lit d’ivoire recouvert de pourpre et d’or, et, comme dans cette position la foule venue lui rendre hommage, composée de citoyens qui ont chacun hérité de 300 sesterces, ne peut pas contempler la dépouille martyrisée, sa toge ensanglantée ainsi qu’une effigie de cire grandeur nature où les blessures qui lui ont été infligées ne manquent pas d’avoir été représentées sont exposées au public. Puis, le 20 mars 44 av-JC, 5 jours après l’assassinat, il est conduit au Champ de Mars où un bûcher a été dressé, à proximité de la tombe de sa fille bien aimée, Julia. Là, on prononce son éloge funèbre alors que Marc Antoine se tient à ses côtés, aussi fidèlement que de son vivant. Elle commence par la liste des honneurs qui lui ont été décernés, puis le serment des sénateurs de protéger sa vie est relu, et finalement on chante des vers parmi lesquels la citation du Jugement des Armes de Pacuvius : « Fallait-il les sauver pour qu’ils devinssent mes meurtriers ? » revient en leitmotiv pour souligner la clémence dont il avait fait preuve envers ses futurs assassins (cela ne manque pas d’une certaine dose d’ironie de la part de Marc Antoine qui a, ainsi que Lépide, été épargné à la demande de Brutus alors que Cassius prônait leur élimination). La mise en scène galvanise le peuple. Le bois des boutiques alentour est arraché pour alimenter le brasier tandis que les femmes y jettent leurs bijoux et les soldats leurs armes. Les Juifs veillent plusieurs nuits d’affilée sur le tombeau pour honorer la mémoire de celui qui leur a permis de relever les murs de Jérusalem abattus par Pompée. Il ne reste plus à Marc Antoine qu’à inciter la masse à se faire justice elle-même. La colère populaire force alors les sénateurs impliqués dans le complot à quitter la ville. Il joue en fait le même jeu que Pompée à la mort de Publius Clodius Pulcher. Il provoque l’agitation afin de se présenter comme le seul à pouvoir rétablir l’ordre.

A ce moment, Marc Antoine semble avoir pris le contrôle de la situation, surtout qu’il peut compter sur l’appui de Lépide, l’homme qui a proposé de nommer César dictateur en 49 av-JC lorsqu’il était préteur de Rome, et qui dispose à présent de nombreuses troupes en tant que maître de cavalerie (général en chef) du défunt dictateur. Il désire cependant ne pas apparaître comme un nouveau tyran, aussi fait-il approuver par le Sénat sa proposition de retirer de la loi la possibilité d’octroyer la dictature, même temporaire, à qui que ce soit. Cela ne lui permet pourtant pas de trouver un terrain d’entente avec Cicéron qui s’oppose dès lors de plus en plus violemment à sa politique dans ses Philippiques, dont il espère un sursaut républicain équivalent à celui qu’il avait obtenu avec ses Catilinaires.

Pour arriver à ses fins, il compte sur la légitimité de celui qui, suite à la ratification du testament de César par le Sénat, s’appellera désormais Caïus Iulius Caesar Octavianus, ou plus simplement Octavien. Bien qu’il n’ait pas suivi le cursus honorum, ni l’âge requis, Cicéron parvient à le faire nommer propréteur arguant de ce que « la valeur n’attend pas le nombre des années ». Il peut aussi s’appuyer sur Publius Cornelius Dolabella, qui a été son gendre et se trouve à présent consul en remplacement de César. Le moins qu’on puisse dire est que le parcours de Dolabella est plus caractérisé par son désir de faire fortune que par ses convictions politiques. Il se fait connaître en 52 av-Jc par le procès pour corruption qu’il intente à Appius Clodius Pulcher dont il espère certainement qu’il lui permettra d’acquérir une réputation qui le mènera aux plus hauts postes de l’état, mais il le perd. En 49 av-JC, il est criblé de dettes ; aussi rejoint-il le rang des césariens avec l’ambition d’en tirer profit. Il obtient le commandement de la flotte de l’Adriatique, mais il n’est pas à la hauteur et se fait chasser de Dalmatie par les généraux optimates. Il pense néanmoins être récompensé après avoir pris part à la bataille de Pharsale, mais il est déçu. Il se fait alors adopter par Lentulus Vatia grâce auquel il passe à la plèbe pour devenir son tribun en 47 av-JC. L’annulation des dettes, dont la question est pourtant mise en suspes par le Sénat jusqu’au retour de campagne de César, est une des premières mesures qu’il tente d’imposer. Il se heurte à l’opposition des ses collègues Asinius et Trebellius, au point que des émeutes finissent par éclater. Elles sont violemment réprimées par Marc Antoine, alors maître de cavalerie du dictateur absent. Dolabella manque d’être tué au cours de l’une d’elles. César, une fois revenu et avec lui le calme, juge pourtant opportun de ne pas punir le fauteur de trouble, mais il préfère l’emmener avec lui en Afrique, puis en Espagne où Dolabella participe aux batailles de Thapsus et de Munda, au cours de laquelle il est blessé. César lui promet que son dévouement sera récompensé par le consulat, mais le dictateur décide d’occuper le poste seul pour l’année 45 av-JC et lui préfère Marc Antoine pour 44. Dolabella se voit alors offrir l’opportunité de reprendre la charge suprême en tant que consul suffect, dès que César aura quitté Rome pour aller combattre les Parthes ; mais Marc Antoine, qui était aussi augure, s’y oppose le jour de sa nomination, en invoquant de mauvais présages. Ces vexations successives poussent donc Dolabella à se déclarer en faveur des tyrannicides suite au meurtre de César et à reprendre de son propre chef les faisceaux ainsi que les insignes de consul le jour même de l’assassinat. Le Sénat le confirme par la suite à ce poste, tandis qu’il fait preuve du plus grand zèle en détruisant la colonne érigée sur le forum en l’honneur de César et précipiter du haut de la roche tarpéienne ceux venus faire des offrandes à son pied. Sa frénésie anti-César ne dure pourtant pas. Il change à nouveau de camp lorsque Marc Antoine lui ouvre les portes du trésor du défunt dictateur, et lui donne la province de Syrie assortie du commandement de la guerre contre les Parthes. Il part dons prendre possession de sa province, pourtant aux mains de Cassius, traverse la Grèce, la Macédoine, la Thrace et l’Asie où il assouvit sa soif de fortune en se livrant au pillage, mais il bute sur Smyrne lorsque Caïus Trebonius, un « césaricide », lui ferme les portes de la ville tout en lui faisant livrer des vivres. Dolabella tend un piège à ce dernier, l’exécute, puis met la cité à sac. Outré pas ces exactions, le Sénat le déclare alors ennemi public et Cassius marche contre lui. Plusieurs batailles ont lieu jusqu’à ce que Dolabella se retrouve enfermé dans Laodicée, en Cilicie. Il préfère se donner la mort plutôt que d’être pris.

Tout cela n’empêche pas Cicéron de faire voter une loi d’amnistie des « césaricides », qui peuvent par conséquent revenir siéger au Sénat en 43 av-JC, ce qui permet par exemple à Sextus Pompée, seul fils survivant du Grand Pompée, alors réfugié en Sicile, d’être nommé préfet de la flotte et commandant en chef des côtes romaines, et de s’installer à Marseille (il est démis de ses fonctions après seulement 4 mois et retourne en Sicile). Cicéron ne parvient toutefois pas à convaincre les sénateurs de déclarer Marc Antoine ennemi public. Ce dernier ne tolère cependant pas la réhabilitation des assassins, aussi part-il dès le printemps assiéger l’un d’eux, Decimus Brutus qui s’est réfugié à Modène. Cette fois-ci il est allé trop loin. Le Sénat réagit en mandatant Aulus Hirtius (auteur présumé du dernier livre de la Guerre des Gaules, ainsi que de ceux sur la guerre civile, d’Alexandrie, d’Afrique et d’Espagne) et Vibius Pansa, les deux consuls de l’année selon la volonté de César, pour aller le combattre. Octavien les accompagne. Ils parviennent à le battre et à l’obliger à prendre la fuite, mais les deux consuls meurent à quelques jours d’intervalle suite aux blessures qu’ils ont reçu au cours des affrontements (il se pourrait que Cicéron ne soit pas étranger à leur décès), ce qui laisse à Octavien toute la gloire de la victoire alors qu’il n’y a que modestement contribué. Il est même acclamé imperator pas les troupes.

Marc Antoine, poursuivi par Decimus Brutus, se retrouve en mauvaise posture, mais il reçoit le renfort de trois légions amenées par Publius Ventidius Bassus, ce qui inverse le rapport de force. Il peut alors tranquillement rejoindre Lépide en Gaule Transalpine. De son côté, Octavien se voit refuser l’ovation par le Sénat, ainsi que l’un des postes de consul vacants, l’institution s’étant débarrassée d’un tyran soupçonné de vouloir rétablir la monarchie ne pouvant décemment nommer son fils adoptif pour lui succéder alors qu’il ne remplit aucun des critères exigés. Frustré, le jeune homme avide de pouvoir change son fusil d’épaule et cherche à trouver un arrangement avec Marc Antoine par l’intermédiaire de Lépide. Il réussit à obtenir leur soutien, ce qui lui permet d’être élu consul par les comices en août 43 av-JC. Les trois hommes se retrouvent aux environs de Bologne début novembre pour définir les modalités du partage du pouvoir.

Ils forment ainsi le second triumvirat, qui, contrairement au premier resté secret, est légalisé par la lex Titia dès le 13 novembre. Pendant cinq ans, ils auront ainsi le droit de nommer les magistrats en se passant du vote des comices, de disposer des armées comme bon leur semble et de décréter des proscriptions, soit le droit de faire exécuter et de s’approprier les biens de n’importe quel citoyen par simple voie d’affichage, sans aucun procès. Plusieurs centaines de personnes, sénateurs et chevaliers, en seront victimes ; la plus célèbre étant Cicéron, qu’Octavien ne parvient pas à sauver en raison de la haine farouche que lui voue Marc Antoine suite aux Philippiques. Dans ce climat de terreur, le Sénat charge les trois compères de réorganiser la vie publique de Rome avec le titre de triumvirs rei publicae constitundae. Chacun d’eux reçoit aussi le gouvernement de plusieurs provinces, hormis celles d’Asie, d’Illyrie, de Thrace et de Macédoine, aux mains de Brutus et Cassius. A Octavien reviennent l’Afrique, la Sicile et la Sardaigne, avec vingt légions, à Marc Antoine, autant de légions ainsi que les Gaules Chevelue et Cisalpine, tandis qu’en position d’arbitre, Lépide devra se contenter de trois légions, de la Gaule Transalpine et des provinces ibériques ; l’Italie reste quant à elle indivise. L’alliance est renforcée par un mariage, comme au temps du premier triumvirat lorsque Pompée avait épousé Julia, fille de Jules César. Ainsi Octavien s’unit à Clodia Pulchra, fille de l’ambitieuse Fulvia issue d’un premier mariage et actuelle épouse de Marc Antoine, après qu’il ait refusé la main de la nièce de Lépide.

Avec cet accord, les trois hommes forts de Rome concluent avant tout une trêve qui doit leur donner le temps de venir à bout de leurs opposants. Ils remettent simplement leur inévitable affrontement à plus tard pour éviter que leurs adversaires ne profitent de leur querelle pour se renforcer pendant qu’eux risqueraient de s’affaiblir. Peut être espèrent-ils aussi que la guerre qu’ils auront à mener sera fatale à l’un ou l’autre de leurs rivaux, comme celle contre les Parthes a vu la disparition de Crassus, ou qu’ils connaissent des déboires dans la gestion de leurs provinces, tout comme Pompée escomptait que César se casse les dents sur la Gaule. En tous cas, avec ce second triumvirat, le Sénat n’est déjà plus qu’une coquille vide dont le pouvoir est réduit à néant. La République romaine ne s’en remettra jamais. Il ne lui reste plus que quelques année à vivre avant que l’un des triumvirs atteigne l’objectif de César ou Pompée : régner sans partage sur Rome. A cet instant, la plupart des citoyens doit déjà avoir fait le deuil de la démocratie et espérer qu’après quasiment un siècle de troubles politiques et de guerres civiles la stabilité revienne au plus vite.

Trop près du soleil, César finit par se brûler les ailes

Au bout de quinze années de guerre et d’intrigues politiques, Jules César a presque atteint son objectif. Le butin de la guerre des Gaules l’a rendu immensément riche et, à Rome, il ne reste plus personne en mesure de s’opposer à son hégémonie sur les institutions. Seule une poignées de ses adversaires optimates continue le combat, mais leurs forces sont à présent très réduites et isolées aux Baléares. Ils ont cependant l’opportunité de tenter un retour en Espagne. En effet, bien que César ait vaincu et chassé les partisans de Pompée de la péninsule dès la première année de la guerre civile, l’occupation du pays par ses troupes, compliquée depuis l’arrivée des Romains lors des guerres puniques, s’est très vite mal passée.

La responsabilité en reviendrait à un certain Cassius Longinus qui avait été chargé de l’administration de la province d’Hispanie ultérieure (au sud). Il avait pourtant commencé par s’illustrer en soumettant plusieurs villes, mais aussitôt ces victoires militaires acquises, il s’est mis à lever des impôts exorbitants, à la fois pour punir les locaux d’avoir apporté leur soutien à Pompée, qui, comme Sertorius, les avait quant à lui fort bien traités en son temps pour s’assurer de leur fidélité, mais aussi pour son enrichissement personnel et celui de ses hommes. Comme les Gaulois ou les Syriens soumis au même traitement, les Ibères se sont alors soulevés contre lui. Ses agissements inconsidérés finissent même par lui attirer des inimitiés dans son propre camp. Il est alors victime d’une tentative d’assassinat fomentée par des Romains. Cassius Longinus survit malgré tout à ses blessures et les commanditaires sont exécutés. Cela provoque la mutinerie de deux légions qui se revendiquent dans la foulée du parti de Pompée. Les rebelles renoncent cependant à l’étendard des optimates un peu plus tard pour ne pas effrayer les habitants de Cordoue, prêts à rallier leur cause, mais qui craignent d’être pillés. Cassius Longinus s’en charge pour punir la ville de sa trahison, sans qu’il ne s’aventure toutefois à défier les renégats dans une bataille rangée. Il préfère faire appel aux renforts du roi Bogus de Maurétanie et surtout à celui des troupes de Lépide, alors proconsul d’Hispanie citérieure. Il réussit quand même à les chasser de Cordoue et les suit jusqu’à Ulia. Lépide les rejoint à cet endroit, mais il intercède en faveur des rebelles et Trebonius remplace Cassius Longinus qui trouve la mort peu après dans le naufrage du navire chargé de sa fortune volée, alors qu’il tentait de s’enfuir.

L’incertitude quant à la fidélité à César d’une partie des soldats associée à l’hostilité chronique à l’occupation romaine de la population étranglée par les impôts sont donc le terreau idéal pour les optimates survivants qui cherchent à reconstituer leurs forces après leur défaite en Afrique. Lorsque les deux fils de Pompée, Sextus et Gnaeus, ainsi que Titus Labiénus débarquent, beaucoup de villes leur ouvrent grand leurs portes, mais d’autres font le choix de leur résister. Gnaeus se trouve devant l’une d’elles, Ulia, quand César arrive d’Italie avec ses légions, tandis que Sextus s’occupe de l’administration de la province à Cordoue. Le dictateur romain a décidé d’intervenir sans attendre car il n’a fallu que quelques mois aux optimates pour lever une armée forte de treize légions, les deux de vétérans romains qui s’étaient révoltées, une de citoyens romains de la province, une survivante d’Afrique et neuf autres composées d’Espagnols. Il craint par conséquent que ses adversaires ne finissent par occuper toute la péninsule et qu’il faille des années pour les en déloger comme au temps de Sertorius, voire qu’ils ne réussissent à propager le soulèvement jusqu’à la Gaule récemment conquise, mais il veut aussi ôter tout espoir à ses opposants qui, à Rome, n’attendent que de le voir en difficulté pour contester son hégémonie.

La présence de César dans la région en plein hiver surprend les pompéiens. Il n’envoie que quelques cohortes à Ulia tandis qu’il marche lui-même sur Cordoue avec le gros de l’armée, ce qui force Gnaeus à lever le siège et à rejoindre Sextus qui ne dispose pas d’assez de forces pour défendre la capitale de la province contre une attaque massive. Les deux armées se retrouvent alors à camper face à face devant Cordoue dont ils sont séparés par le Guadalquivir, mais sur les conseils avisés de Titus Labiénus, Gnaeus refuse d’affronter l’ennemi dans une bataille en ligne. Les combats font pourtant rage pour obtenir la maîtrise du pont qui mène à la cité construit par les césariens. Les deux chefs ont fait ériger des retranchements qui s’étirent depuis leurs camps respectifs jusque là. L’enjeu est pour les uns d’empêcher les assaillants d’accéder à la ville et pour les autres de couper les défenseurs du ravitaillement qu’elle leur procure. Malgré des affrontements de plus en plus meurtriers, aucun des deux adversaires na parvient à prendre l’avantage sur l’autre, aussi César décide t-il de renoncer au siège et de lever le camp pour se diriger vers la plus forte place de la région, Atégua. Les pompéiens lui emboîtent le pas dès qu’ils s’en aperçoivent. Ils arrivent cependant trop tard pour déloger l’ennemi des positions dont il s’est emparé et ne peuvent empêcher les travaux de siège. Quelques combats ont lieu aux alentours de l’un et l’autre camp ou de postes avancés, mais cette fois-ci, César connaît la tactique de Labiénus qui mêle cavalerie et infanterie légère et il s’est doté d’un très important contingent d’hommes à cheval.Les citoyens romains ayant épousé le parti de Pompée qui sont faits prisonniers sont exécutés sans pitié, contrairement à la clémence dont ils avaient bénéficié lors de la première campagne d’Espagne. Dans ces conditions, L.Munatius, commandant de la garnison d’Atégua, décide de se rendre au tout début du mois de mars.

L’incapacité des pompéiens à défendre cette cité alliée provoque un choc dans toute la province. Plusieurs villes abandonnent le parti des optimates et font allégeance à César. Les troupes sont elles aussi ébranlées par la cruauté du traitement infligé aux combattants faits prisonniers, particulièrement par la décapitation d’un soldat et la crucifixion de trois esclaves pris à espionner dont les dépouilles sont exhibées. S’ensuivent de nombreuses défections. En réaction, les frères Pompée durcissent à leur tour leur politique. Ils font exécuter soixante quatorze habitants d’Ucubi où ils se sont déplacés, car ils sont soupçonnés de favoriser les intérêts de César. Ces crimes commis de part et d’autre témoignent de ce que le conflit dégénère en une lutte à mort qui s’affranchit des lois de la guerre classique.

César se déplace à son tour à Ucubi et les escarmouches concernant de l’occupation du terrain reprennent, mais cette fois-ci, une bataille rangée pour le contrôle d’un point stratégique aux alentours de Soricaria se produit. Elle voit la victoire des césariens. Le doute s’amplifie encore dans les rangs pompéiens qui menacent de se débander. Aussi les chefs décident-ils de déplacer l’armée à Munda où ils attendent l’ennemi en ordre de combat devant leur camp. César s’installe à son tour sur un promontoire non loin de là, puis il fait descendre ses huit légions dans la plaine pour livrer bataille, nous sommes le 17 mars. Selon le récit qu’en fait l’auteur des commentaires sur la Guerre d’Espagne, soucieux de souligner le courage des uns et la couardise des autres, les pompéiens ne viennent pourtant pas à leur rencontre. Aussi les césariens s’avancent-ils jusqu’au pied de la colline occupée par l’ennemi avant de s’arrêter pour ne pas avoir à pâtir du désavantage de combattre en montée. Les troupes optimates, enhardies par ce signe de faiblesse, descendent alors et le combat s’engage. Les pompéiens, qui savent qu’ils n’ont d’autre alternative que de vaincre ou périr, se battent avec l’énergie du désespoir. L’issue de la bataille reste pendant longtemps incertaine, même les généraux césariens sont contraints de se battre, ce qui fera dire à leur chef qu’il ne se battait pas cette fois-ci pour la victoire, mais pour sa vie.

La situation bascule lorsque la dixième légion de César commence à faire reculer les soldats en face d’eux sur l’aile droite. Pour éviter qu’elle ne puisse attaquer le reste des troupes par le flanc ou s’infiltrer par l’arrière, Gnaeus Pompée décide de prélever une légion sur l’aile gauche afin de venir en renfort des ses hommes en difficulté. César lance aussitôt sa cavalerie à l’assaut de ce côté à présent affaibli, ce qui permet à son allié, le roi Bogud de Maurétanie, de faire passer la sienne derrière les formations ennemies. Titus Labiénus se précipite au contact, mais ce mouvement soudain est mal interprété par l’infanterie qui croit qu’il est en train de fuir le champ de bataille. La panique s’installe dans les rangs qui rompent dès lors sous la charge des césariens. 30 000 pompéiens trouvent la mort dans la bataille, dont Titus Labiénus, tandis que César n’a à déplorer la perte de 1 000 hommes uniquement. Le reste des troupes optimates, tout comme Sextus et Gnaeus, prend la fuite ; une grande partie se réfugie à l’abri des remparts de Munda que César assiège dans la foulée. Détail sordide, il fait planter la tête des vaincus sur la palissade qui entoure la ville pour semer l’épouvante parmi les survivants ; une tradition attribuée aux Gaulois par l’auteur.

César laisse à Fabius Maximus le soin de conduire les opération de siège tandis qu’il se rend lui-même à Cordoue qui finit par tomber, non sans résistance de la garnison. Ses 14 000 membres sont par conséquent exécutés en représailles. Les autres villes renégates subissent le même sort lorsqu’elles ne se rendent pas immédiatement. Munda est elle aussi prise après que les pompéiens aient tenté une sortie. Seuls quatorze sont faits prisonniers, le reste est tué. Gnaeus Pompée est quant à lui blessé lors de la bataille de Cartéia, mais il parvient une nouvelle fois à s’enfuir par la mer. Il est cependant contraint d’accoster pour faire de l’eau et les trente galères de sa flotte sont détruites ou prises par Didius. Gnaeus est débusqué alors qu’il se cachait dans une grotte, passé par les armes et sa tête est envoyée à Hispalis où elle est exhibée au peuple. Seul Sextus survit. Il parvient à rejoindre la Sicile accompagné d’une poignée d’hommes.

Les opérations militaires en Espagne sont terminées courant avril ; César revient à Rome en octobre. Il y triomphe pour la cinquième fois, une de plus que Pompée, mais une de trop, cette dernière fois célébrant sa victoire non pas sur des étrangers, mais sur d’autres Romains. Ses opposants optimates ne disposant plus d’aucune force armée susceptible de lui contester le pouvoir, il ne se soucie plus du tout du scrupuleux respect des lois dont il s’était fait le chantre pour justifier son entrée en guerre contre Pompée. Bien que la menace ait disparu, il se fait à nouveau proclamer dictateur, et ce pour dix ans au lieu des six mois prévus par la loi. Il abdique cependant le consulat qu’il exerçait seul cette année là et désigne deux remplaçants à la fonction pour les quelques semaines qui le séparent de la fin de la mandature ; mais il reprend la charge pour l’année suivante, pour la cinquième fois également, avec son fidèle lieutenant Marc Antoine pour collègue. Il nomme personnellement tous les autres magistrats supérieurs, seuls les représentants du peuple, les tribuns de la plèbe, sont encore élus.

Il exclut ses opposants du Sénat sous le prétexte qu’ils ont commis des malversations financières, une accusation dont tous les sénateurs auraient pu faire l’objet, mais il ne va toutefois pas jusqu’à décréter leur proscription (leur condamnation à mort arbitraire qui autorisait tout citoyen à tuer la personne visée, ainsi que la saisie de tous leurs biens dont une partie revenait à l’assassin en récompense du service rendu) comme sous la dictature de Sylla, ce qui avait permis à Marcus Crassus de devenir la première fortune de Rome. Le Sénat voit par contre ses effectifs augmenter à 900 au lieu de 300, ainsi que l’arrivée en son sein de représentants de Gaule Cisalpine et d’Espagne ; ce qui traduit plus la perte du pouvoir de la vénérable institution qu’un souci de justice (la parité accordée aux femmes de nos jours ne traduirait-elle pas aussi l’affaiblissement du pouvoir politique face au pouvoir économique ? J’aurais dû placer un « malheureusement » caractéristique de notre époque dans la phrase, mais la mode de le coller à tout bout de champ me hérisse le poil d’importance, à l’égal des « jamais depuis » ou autre « malgré le fait que ».)

Si le système qu’il instaure a le mérite de soulager les citoyens du fardeau financier lié aux sommes extravagantes prélevées pour alimenter les circuits de corruption électorales, il a néanmoins de gros inconvénients. Les postes importants n’étant plus accessibles qu’avec la bénédiction de César, la flatterie devient le moyen privilégié pour entrer dans les petits papiers du dictateur. Cicéron, qui avait mollement pris le parti de Pompée, a été le premier à user de son art oratoire pour obtenir la réhabilitation de ses amis, dès son retour à Rome après la bataille de Pharsale. Il avait alors qualifié de divine la clémence de César et obtenu gain de cause. Il propose à présent de décerner des honneurs au grand homme. Les sénateurs rivalisent alors d’inventivité, jusqu’à lui accorder des privilèges délirants. Il reçoit le nom de Liberator, son titre d’Imperator devient héréditaire, il peut à titre permanent arborer les insignes du triomphe, couronne de lauriers et robe pourpre, lors des jeux, son siège au Sénat est plaqué d’or, etc… , le cinquième mois de l’année prend en son honneur le nom de Iulius, notre juillet, il obtient même la licence d’avoir des relations avec toutes les femmes qu’il voudra.

Ces excès font peser sur lui le soupçon de rétablir la monarchie que les Romains ont en horreur. D’autres mesures viennent encore renforcer cette impression, il ôte le droit d’intercessio aux tribuns de la plèbe sous son imperium et s’arroge le droit de les nommer pour l’année 42 av-JC, car il compte s’absenter pour faire la guerre aux Parthes. Le 14 février 44 av-JC, se produit l’événement qu va sceller son sort : le Sénat le fait dictateur à vie. Même si, dans une mise en scène à l’occasion des Lupercales qui ont lieu le lendemain, il repousse par deux fois le diadème royal que Marc Antoine lui met sur la tête sous les acclamations de la foule, il est allé trop loin. Il n’y a désormais plus d’espoir de retour à un fonctionnement démocratique des institutions avant sa mort. Cela décide Marcus Junius Brutus à rejoindre les rangs de ceux qui complotent contre César. Il est pour eux le chef idéal car il se prétend descendant de Lucius Junius Brutus, soit celui qui a renversé le dernier roi de Rome, Tarquin le Superbe.

Les conjurés viennent de différents horizons. Il y a tout naturellement des pompéiens qui ont été exclus de la vie publique, mais aussi des césariens qui, tel Cassius, n’ont pas obtenu le poste qu’ils convoitaient ou alors n’ont pas accumulé la fortune qu’ils escomptaient quand leur chef leur avait promis monts et merveilles (ce même schéma pourrait aussi expliquer les raisons des révoltes pendant la guerre des Gaules), et encore, plus surprenant, des militaires qui ont suivi César lors de toutes ses campagnes, mais sont effrayés par sa mégalomanie galopante car ils redoutent que celle qui s’annonce contre les Parthes ne soit celle de trop et qu’elle ne leur coûte la vie comme à Crassus. Lorsque la rumeur d’un attentat dans lequel Brutus serait impliqué parvient aux oreilles de César, il répond : « il attendra bien la fin de cette carcasse ! », il licencie au contraire sa garde personnelle et décrète une amnistie générale. Il ne tient pas compte des mauvais présages des augures qui l’avertissent des risques qu’il courre jusqu’au ides de Mars, ni du cauchemar que fait sa femme la veille de ce jour. Les assassins ont en effet choisi cette date de réunion du Sénat pour passer à l’action. Marc Antoine, qui doit être épargné à la demande de Brutus, est tout d’abord éloigné par de faux solliciteurs, puis les conjurés entourent César et Métellus donne le signal convenu. Chacun lui porte un coup de poignard, pour finir par Brutus qui lui assène le vingt troisième et dernier. Il aurait alors prononcé en grec la fameuse phrase « toi aussi, mon fils » avant de succomber. Sa mort déclenche immédiatement une nouvelle crise politique…