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Archive for mai 2012

César et Cléopâtre

Quelques jours après la mort de Pompée, le 28 septembre 48 av JC, César arrive à son tour en Egypte. En cherchant à trouver refuge dans ce pays, son ennemi l’a conduit dans une région d’une importance stratégique capitale. A cette époque, Rome ne peut en effet pas se passer des importations de blé égyptien pour assurer sa subsistance. Le consul a donc tout intérêt à prendre le contrôle de ce marché, non seulement dans le but de s’assurer la fidélité des clients entre lesquels il distribuera ce juteux commerce, mais aussi pour démontrer au peuple qu’il est au moins aussi soucieux du bien être des citoyens que d’assouvir sa soif de pouvoir. Il ne lui manque qu’un prétexte pour établir sa domination sur le pays. Il le trouve avec les dettes colossales contractées par Ptolémée XII auprès des Romains. Il les a rachetées pour les reprendre à son compte, mais, comme à son habitude, il ne veut pas passer pour l’agresseur pour autant. Il ne s’est par conséquent pas déplacé avec une armée trop envahissante, mais avec seulement 3 200 hommes et 800 chevaux. Les Alexandrins, qui craignent que cet étranger ne porte atteinte à leur souveraineté, se montrent toutefois immédiatement hostiles à sa présence. Pour sa protection, César fait donc aussitôt venir des renforts d’Asie, ce qui portera le nombre de ses soldats à 7 000. Ces émeutes populaires à son encontre ne représentent néanmoins pas un motif suffisant à une intervention armée de grande ampleur.

L’occasion de se mêler de la vie politique égyptienne lui est donnée par les dirigeants égyptiens eux-mêmes. Un peu moins de trois siècles après la conquête du pays par Alexandre le Grand, le divorce entre la population égyptienne et le pouvoir grec est en effet sérieusement entamé. A l’instar de ses voisins et grands rivaux séleucides, définitivement écartés du trône par Pompée en 63 av JC, la dynastie des Lagides est en pleine déliquescence, minée par le relâchement moral, la dégénérescence due aux mariages consanguins et les querelles intestines pour la succession. Les affaires de l’Egypte sont par conséquent mal gérées, la corruption règne et le peuple ne supporte plus d’être réduit à la misère par une administration qui songe plus à s’enrichir qu’à veiller aux intérêts du pays et au bon fonctionnement des institutions. Cette situation a amené les Romains a être mis en position d’arbitre à plusieurs reprises dans les 150 années qui viennent de s’écouler, tout d’abord par la voie diplomatique, pour finir par des interventions militaires.

Le règne du précédent pharaon, Ptolémée XII illustre tout cela. Il est porté sur le trône par la population d’Alexandrie en 80 av JC, après le très court passage (47 jours) de son prédécesseur Ptolémée XI qui était déjà fort impopulaire parce qu’imposé par Sylla, mais qui a fini égorgé par des membres de sa propre armée, révoltée par le fait qu’il ait fait assassiner son épouse et co-régnante, Bérénice III, qui était par ailleurs sa cousine ainsi que sa belle mère. Dans un premier temps, Ptolémée XII n’est donc pas reconnu comme légitime par les Romains dont il craint par conséquent l’intervention. Pour s’en prémunir, il verse d’énormes sommes d’argent à toute la classe politique romaine, dont César. Il finit cependant par s’attirer les foudres de son peuple lorsqu’il les laisse envahir Chypre où règne son frère sans broncher. Il est alors chassé du pouvoir, en 59 av JC, au profit de sa fille, Bérénice IV. Il trouve refuge à Rome, Puis il va en Syrie où il s’achète au prix fort les services des légions du proconsul Gabinius, qui se rend en Egypte contre l’avis du Sénat, mais avec la bénédiction de Pompée, son protecteur. Grâce à cette aide, il retrouve son trône en 55 av JC et fait assassiner sa fille Bérénice. Il meurt 4 ans plus tard. Par testament, il lègue le pouvoir à son fils Ptolémée XIII, alors âgé de dix ans, ainsi qu’à sa fille Cléopâtre VII qui en a 21. Ils sont mariés pour l’occasion.

Vue la jeunesse du pharaon, la politique du pays est en fait menée par ses ministres et conseillers, l’eunuque Pothin, le professeur Théodote de Chios et le général Achillas, mais elle rencontre vite l’opposition de Cléopâtre qui se montre beaucoup moins malléable que son frère et mari. Contrairement aux usages de l’époque, elle a en effet bénéficié de l’enseignement des meilleurs pédagogues alors que l’éducation des filles était généralement négligé dans le monde hellénistique. Elle est entre autres polyglotte, elle parle bien sûr le grec, mais aussi l’araméen, l’éthiopien, le mède, l’arabe, peut être encore l’hébreu et la langue des troglodytes et, fait unique chez les Lagides (à part peut être Ptolémée VIII Physcon, lui aussi détesté de l’élite grecque), l’égyptien. Cela traduit au moins une grande curiosité d’esprit qui lui permet de se faire une opinion toute seule, et au-delà, d’avoir une conception personnelle de la politique à mener en Egypte pour qu’elle retrouve sa splendeur d’antan. Elle représente donc un obstacle aux ambitions de Pothin et de ses acolytes. Ils s’emploient par conséquent à dresser le frère contre la sœur, tant et si bien que Cléopâtre finit par être évincée du pouvoir après que ses relations avec son frère se soient dégradées au point de les mettre en situation de se faire la guerre. Elle se trouve contrainte de se réfugier en Syrie fin 49 av JC. Elle rejoint ensuite Ascalon où elle réussit à rassembler suffisamment de troupes pour tenter de faire son retour. Lorsque Pompée débarque à Péluse, il trouve Ptolémée en train de barrer l’accès du pays à l’armée de sa sœur. Dans ce contexte de discorde, César doit certainement penser qu’il ne lui sera pas très difficile d’annexer purement et simplement le pays, mais c’était sans compter sur la personnalité hors norme de Cléopâtre.

Les relations du Romain avec Ptolémée/Pothin partent d’emblée sur un mauvais pied. Il n’apprécie guère qu’ils aient tué Pompée sans autre forme de procès pour l’amener à prendre leur parti, et encore moins qu’ils l’aient décapité pour lui offrir sa tête en trophée. Leur refus de s’acquitter des dettes de leur prédécesseur n’arrange pas les choses. Pour leur forcer la main sans toutefois passer à la menace et conserver un aspect légal à sa démarche, César convoque alors Ptolémée, mais aussi Cléopâtre, sous prétexte « qu’il appartenait au peuple romain et à lui-même, en qualité de consul, de régler les différends survenus entre les deux rois, et qu’il y était d’autant plus obligé que, sous son consulat précédent, l’alliance avec Ptolémée, leur père, avait été confirmée par une loi et un décret du Sénat. Il déclara donc qu’il jugeait convenable que le roi Ptolémée et Cléopâtre, sa sœur, licenciassent leurs armées et vinssent discuter devant lui leur querelle, au lieu de la décider entre eux par les armes. (César-Guerre civileLivre III § 107) ». Il pense sans doute qu’il n’aura aucun mal à mener Cléopâtre par le bout du nez, qu’elle avait, dit-on, fort long. Elle le rejoint secrètement au palais où elle entre enroulée dans un tapis pour ne pas être reconnue des gardes. Le déballage de ce cadeau là séduit immédiatement César. Ils deviennent bientôt amants.

L’interprétation romanesque de cette histoire est récente. Dans l’antiquité, elle était plutôt destinée à produire l’effet inverse. L’image véhiculée est celle d’une orientale débauchée qui heurte la pudeur romaine (aujourd’hui le cliché est inversé, les orientaux sont vus comme excessivement prudes, tandis que les Romains sont perçus comme des dépravés férus d’orgie. L’accusation de luxure est depuis longtemps employée pour rabaisser l’autre au rang d’animal), d’une femme de caractère séductrice susceptible de porter atteinte à la virilité et la vertu, et d’une reine ambitieuse qui menace la liberté et la République. Les raisons de leur union sont cependant certainement moins le résultat d’un coup de foudre de César ou du vice de Cléopâtre que celui d’avoir Pothin pour ennemi commun, ce qui n’empêche pas qu’ils aient immédiatement pu se reconnaître comme des alter ego et s’apprécier ou au contraire de se méfier l’un de l’autre au point de ne plus vouloir se quitter d’une semelle selon le principe de Machiavel et Don Corleone : « Sois proche de tes amis, et encore plus proche de tes ennemis ». Ils cherchent tout simplement à s’assurer de la solidité de leur alliance par des liens familiaux (selon Plutarque, César ne quitte l’Egypte qu’après la naissance de Césarion, bien que ni la paternité de César ni la date de sa naissance ne sont clairement établis -47 ou 44 av JC-), un procédé on ne peut plus classique.

Pothin subodore à juste titre que la rencontre entre César et Cléopâtre n’augure rien de bon pour lui, mais il décide quand même de se présenter à la convocation du consul romain avec Ptolémée pour ne pas être accusé d’avoir franchi les bornes de la légalité. Il a sans doute estimé que le risque d’être intercepté par les légions césariennes aurait été trop grand s’il avait entrepris de prendre la fuite pour rejoindre son armée. L’entrevue ne permet évidemment pas de trouver un accord sur le partage du pouvoir. César doit être fort contrarié que l’adversaire n’ait pas commis d’erreur, mais il n’a cependant pas abattu sa dernière carte. Il a en effet appris qu’Achillas vient d’arriver à Alexandrie avec les troupes qui étaient à Péluse, aussi ordonne t-il à Ptolémée de députer vers lui quelque personnage de renom chargé de transmettre sa volonté. Discoridès et Sérapion, qui avaient été ambassadeurs à Rome du temps de Ptolémée XII, sont désignés pour s’acquitter de la tâche. En les voyant arriver, sans doute escortés de soldats de César, Achillas a certainement dû croire à une traîtrise de leur part. Ils ne sont pas reçus, mais roués de coups. L’un meurt sur place, l’autre ne survit que par miracle. César tient son prétexte. Il retient Ptolémée et Pothin pour que les Alexandrins croient à une sédition de l’armée. Achillas s’empare de la ville, à l’exception du quartier occupé par César, quelques cohortes placées dans les rues suffisant à empêcher son passage. Le port est l’enjeu principal de la bataille. Le Romain commence par brûler toutes les galères qui s’y trouvent pour éviter que l’ennemi ne puisse l’assiéger par mer, puis il fait une descente sur le légendaire Phare qui commande l’étroite entrée du port, pour permettre à ses propres navires de le quitter sans danger. Son ravitaillement en vivres et en hommes est ainsi assuré même s’il doit se contenter du vieux port, l’étendue du nouveau ne lui permettant pas d’en prendre le contrôle avec les forces dont il dispose. Chacun reste ensuite sur ses positions. Les césariens s’emploient à les fortifier pendant la nuit. Cela n’empêche cependant pas Arsinoé IV, sœur de Cléopâtre âgée de vingt ans, de prendre la fuite. Elle rejoint Achillas et prétend au commandement de l’armée. Cela fait certainement craindre à César que Pothin ne lui fausse à son tour compagnie, aussi prétend-il avoir intercepté des messagers porteurs de lettres incitant Achillas à continuer la lutte et fait exécuter le conseiller de Ptolémée.

Shepherd, William R.: Historical Atlas. New York: Henry Holt and Company, 1923

Plan de l’Alexandrie antique

Toute la flotte romaine de Rhodes, de Syrie et de Cilicie est appelée à Alexandrie, ainsi que des archers Crétois et des cavaliers Nabatéens. Les travaux de fortification continuent des deux côtés, mais le conflit pour le commandement entre Arsinoé et Achillas ne s’arrange pas. Ce dernier est assassiné par Ganymède, l’eunuque conseiller d’Arsinoé qui prend alors la tête de l’armée (on peut dès lors se demander si l’évasion d’Arsinoé n’a pas été organisée par César dans ce but, comme miser sur deux factions rivales pour tirer les marrons du feu semble avoir été une méthode qu’il a déjà utilisé pendant la guerre des Gaules, mais aussi si l’armée, essentiellement composée de Romains arrivés avec la bénédiction de Pompée, obéit vraiment à ses chefs grecs ou si elle n’agit pas par elle-même). Leur tentative d’imposer un embargo maritime ayant échoué, les Alexandrins s’attaquent à l’approvisionnement en eau des Romains. A cette époque, la ville bénéficiait déjà d’un réseau de distribution qui, grâce à des canaux souterrains, amenait l’eau du Nil jusque dans les maisons. Là, elle arrivait dans des réservoirs qui permettaient aux sédiments de se déposer, la rendant potable. Ganymède fait tout d’abord couper la communication entre le Nil et les canaux, puis il y fait déverser de l’eau de mer, de manière à ce que le mélange devienne saumâtre et impropre à la consommation. Lorsqu’ils constatent cela, les soldats romains se voient perdus. Ils demandent à César de se rembarquer au plus vite, mais celui-ci refuse arguant de ce qu’ils ne parviendraient même pas à atteindre les vaisseaux, comme les habitants du quartier, bien qu’ils feignent d’avoir pris son parti, ne manqueraient pas de dénoncer les préparatifs de la fuite, avec la fourberie inhérente aux Alexandrins. Il résout le problème en faisant creuser des puits qui donnent rapidement de l’eau en abondance. Le moral des troupes remonte, d’autant plus que l’arrivée de Grèce de la 37 ème légion est annoncée.

Des vents contraires l’empêchent cependant les navires de transports de parvenir jusqu’à Alexandrie; ils sont bloqués un peu plus à l’ouest. César décide d’aller la chercher avec sa flotte, sans emmener son armée avec lui. Au retour, il rencontre les Alexandrins qui ont été informés de son expédition; ils ont mis à l’eau tout ce qu’ils ont trouvé pour venir l’attaquer alors qu’il ne dispose pas de tous ses hommes. La victoire revient malgré tout aux Romains, surtout grâce à l’habileté des Rhodiens habitués aux combats navals. Cette défaite convainc les Alexandrins que la mer est la clef de la victoire. La reconstitution d’une flotte puissante devient leur priorité. Ils remettent en état tous les vieux navires remisés dans les entrepôts du port. Une nouvelle bataille navale a lieu lorsqu’ils essaient d’en sortir. Elle tourne encore une fois à l’avantage des Romains conduits par le Rhodien Euphranor. Malgré la victoire, César ne souhaite pas avoir à mobiliser en permanence sa flotte pour empêcher les tentatives de sortie de l’ennemi. Aussi décide t-il de tenter de s’emparer de l’île de Pharos, et surtout du Phare qui surplombe le chenal d’entrée du port. Il est lui-même situé sur un rocher relié à l’île par un pont. Bien que les Alexandrins lui opposent une farouche résistance, l’assaut est un succès et les Romains se rendent maîtres du Phare et d’une partie de l’île. Les choses se gâtent le lendemain, lorsque César ordonne d’attaquer l’heptastade, composé d’un pont et d’une digue qui relient l’île au continent. L’opération est un succès dans un premier temps, mais les Alexandrins organisent aussitôt une violente contre-offensive qui sème la panique dans les rangs Romains. Les soldats abandonnent en désordre leur position sur la digue et se ruent en masse dans les galères qui commencent à manœuvre pour s’en éloigner. Plusieurs vaisseaux coulent sous leur poids, comme c’est le cas pour la galère où César s’est lui-même réfugié. Il est contraint de rejoindre un autre navire à la nage. Autre fait marquant, l’incendie de la grande bibliothèque aurait eu lieu au cours de cette bataille.

Loin d’être abattus par cette défaite, les soldats romains ne mettent que plus d’ardeur au combat les jours suivants. Aucun des deux camps ne parvient cependant à prendre un avantage décisif sur l’autre. Pour sortir de l’impasse, César se résout à accéder à une requête de l’ennemi qui demande à ce que Ptolémée lui soit rendu. Le Romain espère sans doute que ce geste saura convaincre les Alexandrins de signer une paix honorable pour tous. Selon le récit qu’il en fait (César, Guerre d’Alexandrie, § 24), le jeune pharaon l’aurait quitté en pleurs, en lui disant qu’il lui était plus doux de rester en sa compagnie que de régner. Les combats ne cessent pas pour autant, ce qui permet à César de se poser en victime de sa bonté et d’en remettre une couche sur la propension des Alexandrins à trahir leur parole (prêter aux autres ses propres méthodes est une technique on ne peut plus classique), mais cela prouve surtout que Ptolémée n’a pas plus d’autorité sur l’armée que sa sœur Arsinoé.

La flotte alexandrine quitte ensuite le port dans le but d’intercepter les convois de ravitaillement ennemis, avec celle des Romains à ses trousses. Euphranor trouve la mort dans la troisième bataille navale qui s’ensuit. Le conflit prend mauvaise tournure pour César qui risque à présent d’être totalement isolé. Son salut va venir de la terre, avec les armées levées par le Judéen Antipater, mais surtout par Mithridate de Pergame qui viennent à son secours. Ce dernier, qui a été élevé comme un fils par le roi du Pont Mithridate VI, a choisi de rester fidèle aux Romains, contrairement à Pharnace II, successeur et fils légitime de Mithridate VI, qui a quant à lui profité de la guerre civile romaine pour tenter de reconquérir les territoires perdus par son père. Ces troupes venues de Syrie et de Cilicie parviennent à franchir la frontière à Péluse qui est prise malgré sa forte garnison. Elles se dirigent ensuite vers Alexandrie, mais elles sont stoppées sur la branche est du delta du Nil (Alexandrie se trouve sur la branche ouest) par des renforts venus de la ville. Au lieu de se contenter d’empêcher Mithridate de faire la jonction avec César, les Alexandrins lancent immédiatement une attaque contre le camp des envahisseurs, mais elle échoue et ils subissent de lourdes pertes. Aussi Ptolémée décide t-il de se rendre sur place en personne en empruntant la voie fluviale, tandis que César fait de même par la mer.

Ils établissent leurs camps à quelques kilomètres l’un de l’autre, séparés par une rivière. Les Alexandrins postent leur cavalerie et de l’infanterie légère sur ses bords pour prévenir toute attaque romaine, mais ils sont pris à revers par la cavalerie germaine qui a trouvé un gué un peu plus loin, permettant aux légions de traverser à leur tour et d’anéantir le détachement ennemi. Le lendemain, César attaque le camp du pharaon. Les fortifications ennemies ont été installées sur un terrain avantageux. Elles devaient être situées dans le lit majeur du Nil, car d’un côté elle sont adossées à un escarpement certainement creusé par les célèbres crues du fleuve, tandis que de l’autre, elles n’en sont séparées que par un étroit corridor qui permet à la fois d’accabler l’assaillant de flèches venues du haut des remparts, mais aussi des navires positionnés le long des rives. Un assaut massif ne peut être porté que par la plaine qui fait face aux retranchements. Les troupes alexandrines se sont évidemment concentrées à cet endroit là. Dans ces conditions, les légions ne parviennent plus à progresser. Pendant que le combat fait rage, César s’aperçoit que les remparts situés sur les hauteurs n’ont quasiment plus de défenseurs. Il y envoie une partie de ses troupes qui réussissent à pénétrer dans le camp. L’intrusion romaine sème la panique dans les rangs alexandrins. Attaqués à la fois de face et de dos, les soldats ne songent plus qu’à la fuite et à rejoindre au plus vite leurs bateaux sur le Nil, avec les mêmes conséquences qu’à Alexandrie pour les Romains. Certaines galères coulent, dont celle du pharaon. Ptolémée XIII périt noyé. Arsinoé IV est quant à elle capturée vivante. Les alexandrins n’ont plus de chef légitime: la guerre est finie.

César rétablit Cléopâtre VII sur le trône, en compagnie de son jeune frère de 12 ans, Ptolémée XIV, qu’elle épouse (elle le fera empoisonner en 44 av JC, après l’assassinat de César, pour régner seule avec son fils Ptolémée XV, dit Césarion). Le Romain et l’Egyptienne partent ensuite en voyage sur le Nil. Il s’agit certainement moins d’une croisière romantique que d’une tournée politique, plus de 80% de la population vivant sur les rives du fleuve nourricier. S’afficher ensemble leur permet de faire passer le message que la situation a changé. César désire sans doute se donner l’image d’un nouvel Alexandre le Grand, qui avait épousé deux princesses perses et sacrifié aux rites religieux égyptiens pour montrer son respect et son désir de s’unir durablement aux nations qu’il avait conquis. Pour ce qui est de Cléopâtre, elle a certainement dans l’idée de montrer à César toutes les réalisations monumentales, synonymes de puissance, dont sont capables les Egyptiens et d’instaurer une relation de confiance avec le peuple avec qui elle peut dialoguer dans sa langue, pour lui faire comprendre qu’elle est la plus à même à éviter une révolte du pays, ou, le cas échéant, à l’inciter à se soulever. A l’été 47 av JC, César part en Syrie pour en chasser Pharnace, mais il n’emmène qu’une seule légion avec lui, laissant les trois autres sur place, tant pour protéger le pouvoir de la nouvelle reine que pour s’assurer qu’il ne lui vienne pas à l’idée de couper l’approvisionnement en blé de Rome. Arsinoé est d’ailleurs envoyée prisonnière dans la capitale, soit disant pour se prémunir contre une sédition dont elle prendrait la tête, mais elle ne sera pas exécutée lors du triomphe de César auquel Cléopâtre sera conviée en 46 av JC, comme de coutume pour les chefs ennemis. Elle sera envoyée en retraite au temple d’Artémis à Ephèse. Certains disent qu’elle a été épargnée eu égard à son jeune âge, mais il est tout aussi probable que César se soit méfié des ambitions de Cléopâtre et qu’il ait voulu garder sa sœur cadette comme solution de rechange, au cas où la reine se serait montrée indocile. S’il avait réellement été aussi amoureux que nous l’imaginons à notre époque, comme l’ont par exemple été Nicolas II d’Alexandra ou Louis XVI de Marie-Antoinette, il n’aurait certainement pas hésité à faire éliminer une de ses rivales potentielles pour qu’elle puisse exercer sereinement le pouvoir (elle s’en chargera elle-même en 41 av JC en convainquant Marc-Antoine de se charger de l’assassinat, au prix du scandale que provoquera le viol du sanctuaire de l’Artémision).