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Planetary Ressources: le projet qui n’aurait pas pu voir le jour en France

Il y a à peine un mois, toutes les élites intellectuelles de notre pays se moquaient à qui mieux mieux de Jacques Cheminade et de son projet de colonisation de Mars. Or que n’a-t-on on pas appris hier? « De riches investisseurs visionnaires, dont le P-DG de Google, Larry Page, et le cinéaste James Cameron, ont dévoilé mardi une société pour exploiter les métaux précieux dont regorgent des astéroïdes croisant près de la Terre, faisant de l’espace le nouvel eldorado » (L’espace, nouvel eldorado ? Le Point.fr 25/04/2012). Le 27 mars, Hervé Gattegno, du même Point disait : « …Et puis la perle du projet Cheminade, c’est la colonisation de Mars et de la Lune – il précise qu’il faudra deux générations, ce qui prouve qu’il a quand même les pieds sur terre (si j’ose dire)… » (Je ne soutiens pas particulièrement M. Cheminade, mais la haine de l’establishment à son encontre ne peut que me le rendre sympathique, même si je n’ai pas pour autant voté pour lui. Il a démocratiquement obtenu ses 500 signatures comme le veut la loi, il méritait donc d’être traité avec autant d’égards que n’importe quel autre candidat.)

Pourquoi un français qui propose d’aller chercher des ressources dans l’espace est-il un dangereux illuminé alors qu’un américain se trouve quant à lui qualifié de riche investisseur visionnaire? Et si cela traduisait tout simplement la différence qu’il peut y avoir entre un vieux pays frileux qui a peur de l’avenir et un jeune pays dynamique qui a confiance en sa capacité à se bâtir une destinée grandiose. Au résultat, le vieux finit par mourir malgré toutes les précautions qu’il a prises, et le jeune va au devant de grandes désillusions car il n’a pas atteint l’objectif qu’il s’était fixé comme prévu, mais il a tout de même contribué à faire progresser l’humanité. Christophe Colomb n’a pas trouvé un eldorado regorgeant de métaux et de pierres précieuses, mais grâce à lui nous avons les patates, les tomates, les haricots et le maïs qui sont autant de richesses inestimables. Le projet de colonisation de Mars ou l’exploitation des astéroïdes pourraient bien nous amener des progrès du même ordre.

Les milliers de milliards en minéraux et métaux rares promis par Planetary Ressources resteront encore pour longtemps hors de notre portée, mais les technologies qu’il faut développer pour aller les chercher pourraient bien devenir assez rapidement rentables. Le premier défi qu’ils veulent relever est celui de l’énergie, dans le but de remplacer le pétrole qui deviendra inéluctablement de plus en plus rare et plus cher, à cause de la hausse de la demande en provenance des nouveaux pays industrialisés d’une part et du coût de son extraction d’autre part. Pour cela, ils comptent se servir de l’eau qui se trouve en abondance dans les astéroïdes et dissocier l’oxygène et l’hydrogène qui composent sa molécule. Ce procédé demande lui-même beaucoup d’énergie électrique. Comme je serais assez étonné qu’ils osent envisager de mettre une centrale nucléaire en orbite à l’heure actuelle, vu les risques d’accident au décollage, je suppose qu’ils envisagent plutôt de développer une centrale solaire spatiale, tout comme le font les japonais de la JAXA en association avec 16 entreprises de l’archipel dont Mitsubishi Heavy Industries (lien). Une autre solution serait de faire faire le travail à des bactéries (lien), mais elles ont besoin de matière organique pour l’effectuer et surtout d’eau liquide pour vivre. Il faudrait donc à nouveau de l’énergie pour faire fondre la glace et la maintenir à température vue la température qui règne dans l’espace, et par conséquent, toujours la même centrale électrique. La production d’hydrogène par des bactéries reste cependant une technologie prometteuse sur Terre, de même que celle d’électricité qui a de plus l’avantage de dépolluer l’eau (lien).

Le second défi qu’ils devront relever est celui de faire travailler des robots en parfaite autonomie. Il n’est en effet pas envisageable d’enfermer des être humains pendant des années dans l’espace confinés d’une station orbitale, surtout qu’ils seraient confrontés à l’extrême hostilité du milieu et condamnés au moindre accident; il n’y a qu’à comparer au travail sur une plateforme pétrolière qui est déjà l’un des pires métiers du monde selon une étude récente. De plus, la grande ceinture d’astéroïde qu’ils comptent exploiter est située en Mars et Jupiter, ce qui signifie que l’information met plusieurs minutes pour parvenir sur Terre et autant pour revenir. Il est donc hors de question que les robots puissent être télécommandés comme le sont les drones actuels. Les obstacles à l’exploitation minière d’astéroïdes sont pour le moment totalement insurmontables, en gravité zéro, le premier coup de marteau piqueur propulserait immédiatement l’outil dans le vide interstellaire au lieu d’entamer la surface rocheuse en vertu du principe d’action/réaction, sans compter que les morceaux éventuellement arrachés se mettraient immédiatement à flotter dans toutes les directions au lieu de retomber sagement sur le sol. Mais encore une fois, ce n’est peut être pas l’objectif principal. En effet, dans son livre « The lights in the tunnel », Martin Ford, nous prédit que 70% des emplois actuels, et pas seulement dans le domaine de l’industrie, mais aussi dans celui des services, pourraient bien disparaître d’ici à peine 30 ans au profit des robots (si cela devait s’avérer vrai, nous devrons changer de modèle de civilisation, revoir notre mode de partage de la richesse basé sur le travail car il aura alors disparu. Un événement comparable s’est produit dans la Rome antique avec l’arrivée massive d’esclaves suite à ses nombreuses conquêtes. Cela a fini par provoquer la chute de la République qui s’appuyait sur le travail et la défense du territoire par les citoyens pour laisser place à l’Empire et son célèbre adage « panem et circenses », du pain et des jeux, au détriment de la liberté du peuple). J’ai lu par ailleurs que la décennie 2010-2020 devrait être celle de une explosion de l’équipement des particuliers en robots domestiques comparable à celle de l’automobile en son temps. Pour le moment ils se contentent de tondre le gazon, de passer l’aspirateur ou de changer automatiquement la litière du chat, mais il existe déjà des prototypes capables de repasser, et pas plus tard que la semaine dernière, on a pu voir que la Corée du Sud faisait un essai avec un robot gardien de prison (chouette perspective) et ce n’est qu’un début, bientôt les robots seront capables de communiquer entre eux et de réaliser des tâches bien plus compliquées (voir ce lien et celui-ci). Le jackpot reviendra donc à ceux qui les construiront. Nos amis américains veulent certainement faire la démonstration qu’ils sont déterminés à en prendre leur part contre vents et marées.

Pourquoi cette annonce intervient-elle maintenant, dans un contexte de crise qui ne paraît pas du tout propice à des projets aussi extravagants? Précisément parce que les Etats-Unis sont eux aussi confrontés à un problème de dette qui risque de les priver de crédit. Or qu’est-ce que le crédit? C’est la capacité de faire croire au préteur qu’on aura les moyens de le rembourser, c’est à dire de produire pour au moins autant d’argent que la somme empruntée. Moins le préteur croit en cette capacité, plus il demande d’intérêts. Pour éviter cela, nos milliardaires visionnaires envoient le signal qu’ils investissent dans des technologies qui garantiront la production malgré la raréfaction des ressources naturelles, le vieillissement de la population ou encore les troubles sociaux.

Jusqu’à présent, le coûteux domaine spatial était exclusivement réservé aux états qui se sont lancés à sa conquête pour des raisons militaires. Tout d’abord pour le développement de missiles intercontinentaux, puis pour faire de l’espionnage, avoir une météo fiable, assurer les communications et repérer précisément la position des troupes ou des cibles à atteindre grâce au GPS. Le coup de génie des Américains a consisté en faire profiter son industrie qui s’est chargée de trouver des applications civiles qui ont boosté leur économie, essentiellement dans les domaines de l’informatique et des télécommunications. Mais aujourd’hui, l’heure est à la rigueur et le budget de la NASA en baisse, aussi les entreprises privées ont-elles été incitées à prendre le relais. Par exemple, la compagnie Space-X a décroché le marché du ravitaillement de l’ISS (International Space Station) suite à l’abandon des navettes spatiales. En annonçant leur intention de mettre 20 000 tonnes en orbite pour la construction de leur station solaire spatiale, les Japonais ont fait de même.

L’Europe ne s’est pas encore engagée dans cette voie. Il y a un peu plus d’un siècle, c’était pourtant elle qui était à la pointe de l’innovation. La France s’illustrait d’ailleurs particulièrement avec des ingénieurs audacieux comme Gustave Eiffel, une concurrence féroce entre d’innombrables marques automobiles, ses nombreux pionniers de l’aviation ou encore le projet pharaonique du creusement du canal de Suez. La passation de pouvoir avec les Etats-Unis semble avoir commencé avec l’échec de la construction du canal de Panama qui a commencé en 1882 avec les Français, mais n’a pu être achevé qu’en 1914, après que les droits d’exploitation et de construction aient été vendus aux Américains en 1903. La première guerre mondiale est ensuite venue mettre un terme à nos ambitions. Les réactions à la proposition de M. Cheminade prouvent que nous ne sommes pas encore sur le point de les retrouver. Pour sortir de la crise, il faudrait que nous croyions un peu plus en l’avenir. Le progrès ne peut venir que des hommes déraisonnables, comme le disait George Bernard Shaw.

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