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Les derniers combats de la Guerre des Gaules

Après sa victoire à Alésia, César espère certainement avoir mis un terme aux révoltes en Gaule, tout du moins veut-il le laisser croire aux citoyens romains, sinon pourquoi aurait-il subitement arrêté la rédaction de ses « Commentaires sur la guerre des Gaules » avec cet épisode alors qu’il s’est empressé de publier ce septième livre quelques mois seulement après la fin du siège? Il doit pourtant bien se douter qu’avoir épargné les Arvernes et les Eduens alors qu’il a réduit en esclavage tous les guerriers des autres tribus qui ont participé à la coalition gauloise ne laissera pas certaines d’entre elles sans réaction.

A commencer par les Bituriges dont une vingtaine de villes ont été incendiées en raison de la politique de la terre brûlée voulue par Vercingétorix. Cette double punition ne peut que leur laisser la désagréable impression d’avoir été les dindons de la farce. Aussi la présence sur leurs terres de la treizième légion de Titus Sextius ne les empêche pas de se préparer une nouvelle fois à la guerre. César décide d’étouffer la révolte dans l’œuf en intervenant en plein hiver. Il quitte Bibracte avec la onzième légion pour rejoindre Titus Sextius, puis il prend les Bituriges par surprise avec sa cavalerie avant que l’armée ennemie n’ait pu se réunir et que les guerriers sont encore dispersés dans leurs villages. Les troupes ont cependant l’ordre de s’abstenir de ravager le pays, signe que le proconsul est plus enclin à négocier qu’à les anéantir. Des milliers de Gaulois sont faits prisonniers, et ceux qui parviennent à s’échapper sont poursuivis jusque dans les tribus voisines où ils ont trouvé refuge, ce qui pousse ces dernières à courber l’échine devant la puissance romaine plutôt qu’à s’y opposer. Un mois est tout de même nécessaire pour que César obtienne la soumission des Bituriges ainsi que de se faire livrer des otages, ce qui laisse à supposer que les négociations ne sont pas restées cantonnées au strict domaine militaire, mais qu’elles ont également porté sur des accords commerciaux, comme l’obtention des mêmes avantages que les Eduens ou les Arvernes. Autrement dit, César a très bien pu acheter la paix. Cela expliquerait peut être la réaction des Carnutes.

En effet, moins de trois semaines après son retour à Bibracte, les Bituriges viennent se plaindre auprès du proconsul de ce que leurs voisins Carnutes leur ont déclaré la guerre. Les causes du différend entre les deux tribus ne sont pas connues, mais on peut envisager que les Carnutes se sont considérés comme trahis par la signature d’un traité de paix séparé de leur allié biturige. Ce durcissement de la politique d’alliance gauloise pourrait avoir pour origine la manière dont s’est achevé le siège d’Alésia. Là-bas, les 240 000 hommes venus au secours de Vercingétorix étaient divisés en trois groupes placés sous le commandement des Arvernes pour l’un, des Eduens pour le second et des Belges pour le dernier. Après deux tentatives d’assaut de toute l’armée contre les fortifications de la plaine, les Gaulois avaient changé de tactique en détachant le contingent dirigé par les Arvernes pour une attaque sur les hauteurs d’une colline qui constituait le point faible du dispositif romain. A l’heure dite, la cavalerie s’était déployée dans la plaine et le reste de l’infanterie rangée en ordre de bataille devant la camp. Seule l’intervention de Titus Labiénus avait alors permis aux Romains de résister à l’assaut arverne, puis l’arrivée de César et l’aide de la cavalerie qui avait contourné l’assaillant par l’extérieur pour le prendre à revers leur avait finalement donné la victoire. Si le proconsul mentionne également une attaque de Vercingétorix et des assiégés, elle aussi repoussée, il ne parle pas de ce qui se passe dans la plaine, mais toujours est-il que lorsque le gros de l’armée gauloise apprend l’échec de l’expédition arverne, les guerriers quittent aussitôt le camp pour rentrer chez eux. Ce départ précipité témoigne de la fragilité de l’unité gauloise, le ressentiment des uns envers les autres a dû être encore accentué par la réduction en esclavage des participants à la coalition, à l’exception des Eduens et des Arvernes qui n’ont eux eu qu’à livrer des otages. Il ne serait dès lors pas très étonnant que tout nouvel accord d’alliance ait stipulé qu’aucune partie ne puisse négocier séparément avec les Romains sans être immédiatement considérée comme ennemie par l’autre. La déclaration de guerre des Carnutes à leurs voisins Bituriges serait alors logique; mais ce n’est pas la seule hypothèse plausible.

Il se pourrait tout aussi bien que les Carnutes n’aient pas montré autant de signes d’agressivité que cela, mais que César se soit emparé du premier incident de frontière venu pour les attaquer, une technique usée jusqu’à la corde tant elle a été employée au cours de l’Histoire. Il pense désormais à son retour à Rome où il a perdu beaucoup d’influence depuis la mort de Marcus Crassus en 53 av JC. Ce dernier occupait en effet la position d’arbitre du triumvirat en garantissant l’équilibre entre Pompée, soutenu par les optimates, parti des aristocrates, et César, quant à lui soutenu par le parti de la plèbe, les populares. Mais depuis sa disparition, les optimates règnent sans partage. Pompée a tout d’abord épousé Cornélia, fille de Métellus Scipion et veuve de Publius Crassus, le fils de Marcus, qui a lui aussi péri à la bataille de Carrhes. Puis il a été nommé sole consul pour mettre fin aux troubles qui ont éclaté après l’assassinat de l’émissaire de César, Clodius Pulcher, ce qui lui a permis d’éliminer bon nombre de ses adversaires sous le prétexte qu’ils avaient corrompu les électeurs pour obtenir leur charge, et lorsqu’il s’est décidé à prendre un collègue consul pour montrer son respect de la loi et éviter d’être taxé de tyran, il n’a nommé nul autre que son beau-père.

César ses retrouve donc dans une très mauvaise posture, d’autant plus que Caton lui a promis un procès pour les malversations commises lors de son mandat de consul en 59 av JC dès qu’il reviendrait à Rome comme l’exigeait la procédure. S’il veut continuer sa carrière politique, il doit donc faire en sorte d’assurer la continuité de son immunité. Pour cela, il prévoit de briguer à nouveau le consulat pour l’année 49 av JC, tout juste 10 ans après le premier, conformément à la loi, son proconsulat en Gaule s’achevant en 50 av JC. Il lui faut par conséquent s’employer à redorer son blason dès cette année 51 av JC, en reconquérant tout d’abord l’opinion publique, comme il a commencé à le faire avec la publication de ses « commentaires sur la Guerre des Gaules », mais aussi en cherchant de nouveaux appuis auprès de l’aristocratie. Et pour ces deux choses, il a non seulement besoin de stabilité en Gaule de manière à pouvoir se présenter en vainqueur, mais encore d’argent; de beaucoup d’argent. Que ce soit aujourd’hui ou il y a 2 000 ans, l’aspect financier reste la clef indispensable à la conquête du pouvoir. Il a par exemple offert une prime de 200 sesterces à chaque légionnaire et 2 000 écus à chaque centurion ayant participé à la campagne hivernale contre les Bituriges pour s’assurer qu’ils lui seront fidèles contre vents et marées. Peut être même n’est-il rentré à Bibracte que pour changer de légions afin qu’il n’y ait pas de jalousie entre elles.

Pressé par le temps et l’ampleur de la tâche qu’il lui reste encore à accomplir, il n’hésite donc pas à repartir faire la guerre aux Carnutes en plein mois de Février, avec les VIème et XIVème légions cette fois-ci, 18 jours seulement après être revenu de son expédition contre les Bituriges. La campagne qu’il mène est très différente de la précédente. Avec les Carnutes, il n’est plus question de ménager la population pour la gagner à la cause romaine. César a déjà essayé en mettant Tasgétios au pouvoir dès 57 av JC, mais il a été accusé de traîtrise et exécuté par son peuple en 54 av JC, ce qui avait nécessité l’intervention d’une légion sans qu’elle n’ait toutefois à combattre pour obtenir la soumission de la tribu. Cette issue pacifique n’a pourtant pas empêché le proconsul de mettre à mort le chef de la conjuration, le très respecté Sénon Acco, avec pour conséquence une nouvelle révolte qui trouvera son point d’orgue en 52 av JC avec le massacre des marchands romains de Cénabum qui provoquera l’entrée en guerre des Arvernes de Vercingétorix. L’objectif de César est donc de les écraser définitivement. L’armée ennemie n’est pourtant pas rassemblée comme on pourrait s’y attendre pour une nation sur le point d’attaquer ses voisins, la population quitte au contraire les villes où elle se protège des rigueurs de l’hiver bien que beaucoup d’entre elles soient en ruines suite à la politique de la terre brûlée menée l’année précédente, et elle se disperse dans la campagne pour éviter d’être prise au piège en masse. Les légions prennent leurs quartiers à Cénabum d’où elles s’organisent pour ratisser méthodiquement la province, déloger les gens de partout où ils se cachent et les tuer ou les réduire en esclavage, mais surtout piller sans vergogne toutes les richesses du pays. Une partie des Carnutes réussit malgré tout à s’enfuir, ils trouvent refuge chez leurs voisins, vraisemblablement chez les Andécaves, peut être aussi chez les Aulerques. – Peu de temps après cet épisode, les Bituriges se divisent en deux tribus distinctes, les Bituriges Cubes qui restent là où ils sont, et les Bituriges Vivisques qui se voient attribuer un territoire à l’embouchure de la Gironde, avec Burdigala (Bordeaux), comptoir de commerce par lequel passent les routes de l’étain et du plomb en provenance des ports de la Loire, comme capitale. Cette séparation traduit peut être des divergences inconciliables entre pro- et anti-Romains, mais elle évoque tout autant une forme de récompense en échange de leur pleine collaboration, ce qui a pu être l’objet des hypothétiques tractations évoquées plus haut, charge aux Bituriges de fournir un motif valable pour attaquer les Carnutes.-

Une fois cette affaire réglée, César apprend par ses fidèles alliés Rèmes qu’une coalition belge, Bellovaques et Atrébates en tête, auxquels il faut ajouter les Ambiens, les Calètes, les Véliocasses, mais aussi les Aulerques rattachés quant à eux aux peuples celtes, lève une armée avec l’intention d’envahir le territoire des Suessions. L’intervention romaine est une nouvelle fois justifiée par le risque d’un conflit entre Gaulois. Cette approche s’explique par le fait que ce huitième livre des « commentaires sur la Guerre des Gaules » a été écrit dans un contexte radicalement différent des précédents, après la défaite de Pompée et de ses partisans dans la guerre civile, dans l’intervalle entre la mort de César en Mars 54 av JC et celle de son auteur, Aulus Hirtius, en avril 53 av JC. A ce moment, un nouveau conflit voit le jour. Il oppose des partis qui ont tous deux soutenus César, car l’un, celui de Marc-Antoine, refuse toute forme de pardon aux assassins de son mentor, tandis que l’autre, celui d’Octave, dont Hirtius fait partie, prône leur réhabilitation au nom de la paix de la République. – La mésentente entre les deux hommes survient après l’ouverture du testament de César qui fait d’Octave son unique héritier alors que Marc-Antoine s’attendait à y figurer en bonne place. Il se sert donc du rappel des « Césaricides » au Sénat comme prétexte pour faire valoir les droits dont il a selon lui été spolié. Aulus Hirtius, alors consul, trouvera la mort, ainsi son collègue Caïus Vibius Pansa Caetronianus, lors de la bataille de Modène qu’ils viennent pourtant de remporter contre les troupes de Marc-Antoine. Il se pourrait qu’ils aient été assassinés sur ordre de Cicéron, dans le but de favoriser la réconciliation ultérieure entre Octave et Marc-Antoine.-

Sous cet éclairage, l’attitude attribuée à César prend tout son sens; il se montre clément avec les ennemis qui s’opposent directement à lui, comme les Bituriges, par contre, il se montre impitoyable avec ceux qui, comme les Carnutes ou les Belges, sèment la discorde entre Gaulois. Hirtius présente les évènements de manière a apparaître comme le plus fidèle à son modèle. – Nos politiciens modernes ne font pas autrement en invoquant à tout bout de champ la mémoire du général De Gaulle ou de François Mitterrand selon leur opinion. Ils trouvent même judicieux de légiférer pour empêcher certaines interprétation de l’Histoire. Cela ne me paraît pas être la meilleure des choses à faire pour éviter que les horreurs du passé ne se reproduisent, car la politique menée aujourd’hui risque fort d’être rejetée en bloc dans un avenir plus ou moins proche, ce qui pourrait par la même occasion semer le doute quant à la réalité de faits pourtant incontestables. Pratiquement en même temps que la loi visant à punir toute négation d’un génocide, qui a fait grand bruit et provoqué un incident diplomatique avec la Turquie, était votée au Parlement, une autre loi mémorielle passait sans susciter aucune indignation, celle qui fait du 11 novembre non plus la commémoration de l’armistice de la première guerre mondiale et du sacrifice absurde de millions de gens, mais aussi celle de tous les soldats tombés pour la France après la guerre d’Algérie. Cette loi cherche à faire oublier toutes les folies commises par les militaires avec l’assentiment des gouvernements au cours du 20ème siècle, à la fois les assauts aussi meurtriers qu’inutiles de la guerre de 14-18 pour gagner quelques mètres de terrain sans cesse reperdus, mais aussi les guerres coloniales et la torture institutionnalisée en Algérie, pour laisser place à la célébration du glorieux soldat tombé au champ d’honneur en défendant la veuve et l’orphelin. Le changement peut paraître négligeable, mais dans notre République laïque, les jours fériés tels que le 11 novembre, le 1er et le 8 mai ou le 14 juillet sont un succédané des fêtes religieuses qui célèbrent les valeurs qui assurent la cohésion d’une communauté; la signification qu’on leur donne n’est pas sans conséquences. Ces manœuvres pour redorer le blason de l’armée rappellent étrangement celles des années 1880 avec l’adoption de la Marseillaise comme hymne national et l’instauration du 14 juillet et de son défilé militaire comme fête nationale. L’objectif de l’époque était de faire oublier l’humiliante défaite de 1870 et de préparer le peuple à la revanche, mais surtout d’effacer de la mémoire collective les exécutions massives opérées par l’armée lors de la semaine sanglante qui a mis fin à la Commune et ainsi marqué d’un sceau d’infamie la naissance de la troisième République. Dès lors, celle-ci a tout fait pour essayer de se débarrasser de cette image sanguinaire (soit dit en passant, la République turque souffre exactement du même mal, si elle reconnaissait le génocide arménien, elle admettrait qu’elle née dans un bain de sang; l’armée étant son principal pilier cela saperait ses fondations et ouvrirait la porte aux plus extrémistes de ses opposants. Laissons les digérer leur histoire à leur rythme, nous n’avons pas de leçon à leur donner.). Pour ce faire, elle a exalté le sentiment nationaliste et enseigné la supériorité de la race blanche pour favoriser sa politique colonialiste qui devait redonner sa fierté à la France. L’antisémitisme qui désignait les Juifs comme responsables du désastre est devenu populaire au même moment. Nous en connaissons le résultat: deux guerres mondiales et deux génocides. Einstein disait que « la folie, c’est de se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent. ». Heureusement qu’il reste encore des gens comme Monsieur Letchimy pour rappeler que tout a commencé comme ça et qu’il n’a pas été sanctionné pour ses propos.-

Le fait que les Bellovaques et les Atrébates soient désignés comme les instigateurs de la nouvelle coalition belge n’est pas non plus innocent. Cela sert à rappeler comment César est parvenu au sommet de sa gloire. Il a en effet lui-même décrit les Belges comme étant les plus braves des Gaulois, ceux-ci ayant été les seuls à pouvoir résister à l’invasion des Cimbres et des Teutons qui avait fait trembler jusqu’à Rome (cette « résistance » s’explique peut être autant par leur bravoure que par leur proximité culturelle avec les Germains), et parmi eux, les Bellovaques sont les plus puissants de par leur nombre (ils auraient disposé de 100 000 guerriers) et leur détermination. Ils n’ont cependant pas refait parler d’eux depuis la défaite de la première coalition belge en 57 av JC. Ils s’étaient alors soumis sans avoir à subir d’autre dommage que celui de fournir 600 otages au proconsul, grâce à l’intervention en leur faveur des Eduens. Depuis lors ils ne sont guère intervenus pour soutenir les révoltes de leurs anciens alliés. Ils ont même rechigné à participer à l’armée de secours destinée à sauver Vercingétorix assiégé à Alésia l’année précédente, seule l’intervention de Commios, le chef des Atrébates, les ayant convaincus de ne pas jouer leur carte personnelle et de fournir 2 000 soldats, à peine. Nul doute que les Romains leur avaient accordé un régime de faveur, sorte de triple A de l’époque, pour s’assurer de leur fidélité tout comme c’était le cas des Atrébates.

Chez eux, César s’était occupé de mettre Commios sur le trône dès 57 av JC, avant de l’envoyer en (Grande-) Bretagne deux ans plus tard pour tenter de convaincre les tribus de l’île de ne pas s’opposer au débarquement romain, ce qui lui avait valu d’être emprisonné sitôt arrivé. Le débarquement ayant eu lieu malgré tout, il fut libéré un peu plus tard en signe de bonne volonté. L’année suivante, il est chargé de négocier le traité de paix avec le Breton Cassivellaunos. En récompense pour ses loyaux services et sa fidélité pendant les révoltes de 54-53 av JC, César confirme son indépendance par rapport aux autres Gaulois, exempte son peuple de taxes, et lui donne les Morins comme vassaux. Cependant, Titus Labiénus le soupçonne de fomenter une révolte avec ses voisins à la fin de 53 av JC et tente de le faire assassiner au cours d’une entrevue avec le tribun Caïus Volusenus (c’est aussi l’occasion pour Hirtius de dénigrer Labiénus qui n’a pas attendu les ordres de son chef pour agir; Labiénus ayant pris plus tard le parti de Pompée.). Commios est gravement blessé à la tête, mais il parvient à s’enfuir et survit à l’attentat. Par conséquent, en 52 av JC, il prend la tête d’une partie de l’armée de secours demandée par Vercingétorix pour rompre le siège d’Alésia, ce qui lui vaut d’être considéré comme un traître et un ingrat par César.

Plus que de menacer leurs voisins, le principal tort de ces deux tribus est certainement de se trouver sur la route la plus directe vers la (Grande-) Bretagne et ses mines d’étain tant convoitées par l’ambitieux proconsul, mais aussi peut être de boire trop de bière produite localement et pas assez de vin exporté depuis la péninsule italienne et la Sicile, grosse source de revenus pour l’aristocratie romaine ( la distinction que César fait entre les Belges et les autres peuples Gaulois ne vient peut être pas tant de leur origine ethnique, celte ou germaine, mais de la nature de l’alcool qu’ils consomment dont il fait un indicateur de civilisation. La bière est pour les barbares, tandis que le vin est la boisson des gens civilisés. Cet indicateur est assez fiable, je l’associe aux techniques de maîtrise de la pourriture des aliments telles que le salage, le séchage, le fumage des viandes ou la fabrication du fromage qui permet la conservation d’un produit pourtant extrêmement périssable comme le lait; elles déterminent leur durée de conservation et donc la capacité d’un peuple de résister à la pénurie due aux aléas climatiques ou à un siège. La bière se conserve moins longtemps que le vin. Le progrès suivant en la matière viendra des Arabes avec l’invention de l’alambic indispensable à la distillation. La conception pyramidale de l’avancement des civilisations avec un sommet et une base est complètement archaïque, elle devrait plutôt être arborescente. Lorsque le sommet dépérit, les branches du dessous se développent d’autant mieux qu’elles bénéficient de plus de lumière et de sève. Tout le monde sait qu’il faut tailler les arbres pour avoir de beaux fruits. Il faut assurément couper l’extrémité que représente M. Guéant, tout autant que les Arabes doivent se débarrasser de l’intégrisme. Les civilisations aussi pourrissent jusqu’à devenir imbuvables.).

César se rend donc sur le territoire des Suessions, en passant par celui des anciens alliés des Carnutes, Sénons et Parisii, jusqu’à la frontière bellovaque; soit pour faire face à la menace d’une invasion, soit pour montrer qu’il ne laissera désormais plus personne se mettre en travers de son chemin, qu’ils soient puissants comme les Bellovaques ou qu’ils se aient été dociles comme les Atrébates. Cette fois-ci, il reprend avec lui la onzième légion, mais change à nouveau les trios autres qui l’accompagnent en emmenant la huitième et la neuvième stationnées non loin de là, chez les Rèmes et en demandant à Titus Labiénus de lui en envoyer l’une des siennes de puis le territoire séquane, la septième. Après avoir envoyé des cavaliers en reconnaissance avec l’ordre de ramener des prisonniers susceptibles de le renseigner sur les intentions de l’ennemi, César apprend que les habitants ont déserté leurs demeures ne laissant que quelques observateurs et que l’armée des coalisés belges s’est regroupée sur une colline boisée défendue par un marais. Les bagages ont quant à eux été cachés au plus profond d’une forêt des plus reculée. Cette attitude laisse plutôt penser à une armée sur la défensive qu’à des troupes sur le point d’envahir leur voisin. Commios est d’ailleurs parti chercher des secours auprès des Germains. Les légions se dirigent donc vers cet endroit, mais pas toutes les quatre; la onzième reste en arrière de la colonne avec les bagages. Le proconsul espère ainsi que les intrépides Gaulois seront tentés d’attaquer en voyant le faible nombre de soldats engagés. Le stratagème ne prend cependant pas. L’armée gauloise se contente de s’aligner sur les flancs de la colline et d’attendre l’assaut romain qui ne vient pas. Constatant son échec, César élabore une nouvelle tactique destinée à pousser l’ennemi à se lancer dans des manœuvres inconsidérées. Il établit son camp juste en face de celui des Belges et se retranche derrière d’imposantes fortifications, un double fossé de 15 pieds derrière lequel il fait construire un rempart de douze pieds de haut hérissé de tours à trois étages reliées entre elles par des galeries. Il pense que ce luxe de précautions laissera croire à ses adversaires qu’il se sent faible face à la multitude qu’ils lui opposent et qu’ils tenteront par conséquent une action pour l’anéantir. Une fois de plus, la ruse tombe à l’eau. Les Gaulois ne s’aventurent jamais trop près de ce dispositif, ils livrent tout au plus quelques petits combats d’avant garde dans l’espace qui sépare les deux camps sans grandes pertes ni pour l’un ni pour l’autre des belligérants, mais ils portent par contre tous leurs efforts dans le harcèlement des détachements chargés d’aller quotidiennement chercher des vivres dans les villages alentour. Le proconsul craint alors un nouveau Gergovie, surtout que des renforts de cavalerie germaine viennent d’arriver avec Commios. Il ne dispose en effet pas d’assez de troupes pour entreprendre la circonvallation du camp gaulois qui les empêcherait de sortir au contact des fourrageurs. Aussi décide t-il de faire appel à trois légions supplémentaires pour remédier au problème, les deux stationnées à Cénabum, plus la treizième laissée chez les Bituriges.

Deux actions un peu plus importantes ont lieu en attendant l’arrivée de ces renforts. D’un côté les Bellovaques tendent une embuscade à la cavalerie des Rèmes qui subit de lourdes pertes, dont leur chef Vertiscos, et d’autre part, les auxiliaires germains de César réussissent à franchir le marais et à mettre en déroute une partie de l’armée gauloise qui n’a d’autre solution que de se réfugier au plus vite à l’abri de son camp. Aucun de ces combats ne s’avère pourtant décisif. L’arrivée des trois légions supplémentaires précipite les évènements. Conscients qu’ils risquent à présent d’être encerclés, les chefs belges décident de déplacer leur camp dans un endroit où cela ne sera pas possible. Pour atteindre cet objectif, il leur faut cependant parcourir une dizaine de milles au cours desquels ils seront très exposés aux attaques romaines. Ils commencent dons par faire sortir de nuit les gens inaptes au combat ainsi que les nombreux chariots qui accompagnent habituellement les campagnes des Gaulois. Cette opération dure jusqu’au lever du jour, ce qui oblige quelques troupes à sortir pour permettre à la colonne de s’éloigner suffisamment en toute sécurité, le reste se range en ordre de bataille devant le camp. De leur côté, les légions avancent, franchissent le marais pour ne pas être retardées au cas où elles devraient engager une poursuite, puis gagnent une hauteur qui n’est séparée du camp gaulois que par un petit vallon. César y fait construire un nouveau retranchement, car l’ennemi, sûr de l’avantage de sa position, ne bouge pas. Les Gaulois sont cependant conscients qu’ils ne pourront pas veiller éternellement maintenant qu’ils n’ont plus aucun approvisionnement. Les deux armées se font ainsi face toute la journée jusqu’en fin d’après-midi. Les Barbares mettent alors le feu aux fagots et à la paille sur laquelle ils ont coutume de s’asseoir en attendant le combat, ce qui crée un épais rideau de flammes et de fumée qui les dérobe à la vue des Romains. César se doute bien qu’il ne s’agit que d’une ruse pour couvrir leur retraite, mais il ne peut tout à fait exclure l’hypothèse d’un traquenard, que les Belges n’ont en fait pas bougé et qu’ils attendent ses légions de pied ferme de l’autre côté de l’écran de fumée que sa cavalerie est incapable de traverser. Il ne prend donc aucun risque et s’avance très lentement. Pendant ce temps, les Gaulois s’enfuient à toutes jambes jusqu’à avoir assez d’avance pour gagner l’emplacement de leur nouveau camp sans aucune perte.

La situation revient à son point de départ. Les Romains se trouvent dans l’impossibilité d’encercler le camp ennemi, ils tombent régulièrement dans les embuscades tendues à leurs fourrageurs. C’est au cours de l’une d’elles qu’un affrontement qui va s’avérer décisif ne va pas tarder à se produire, grâce aux informations livrées par un prisonnier Gaulois. César apprend de lui que Corréos a imaginé un nouveau guet-apens dans une plaine étroite cernée par une profonde rivière d’une part et de l’autre par une forêt où 6 000 hommes et 1 000 cavaliers se tiendront cachés. Le proconsul trouve là l’occasion de prendre l’ennemi à son propre piège. Il y envoie sa cavalerie par escadrons suivie de près par des cohortes de fourrageurs à peine plus nombreuses qu’à l’habitude, comme s’il ne se doutait de rien, tandis que lui-même et ses légions se tiennent à distance. Comme prévu, Corréos et sa cavalerie engagent le combat contre celle des Romains, mais cette dernière ne se regroupe pas dans la confusion comme à l’ordinaire lorsqu’elle est attaquée par surprise mais supporte le choc en continuant à se battre par petits groupes. L’infanterie bellovaque sort alors du bois pour venir prêter main forte à son chef, faisant reculer la cavalerie ennemie. Sur ce les cohortes d’infanterie légère arrivent à leur tour sur les lieux pour se mêler à une bataille dont l’issue reste toujours indécise. Les choses en sont là lorsque se répand la nouvelle de l’arrivée imminente de César et de ses légions. Elle sème tout autant le doute dans les rangs gaulois qu’elle décuple l’ardeur au combat des soldats romains déjà engagés. Les Bellovaques tentent alors de prendre la fuite mais se retrouvent pris aux pièges du terrain qu’ils ont eux-mêmes choisi. Une grande partie se fait massacrer par la cavalerie qui les poursuit sans pitié. Corréos préfère périr les armes à la main plutôt que de se rendre.

Le reste de la coalition est bientôt informée du désastre et de l’approche des légions par les rescapés qui rentrent au camp. Les chefs se réunissent pour décider de la suite des évènements; ils tombent rapidement d’accord pour envoyer des ambassadeurs négocier la paix. Seuls les Atrébates s’en vont avec les Germains car Commios s’est juré de ne plus jamais se retrouver en face de l’un de ces perfides Romains. Il tiendra parole en allant par la suite s’établir en (Grande-) Bretagne avec les siens après un dernier baroud d »honneur. Ses descendants favoriseront ultérieurement la conquête romaine de l’île. L’épisode des négociations pour la reddition des Gaulois est l’occasion pour Hirtius de prêter à César un discours qui a plus l’air de s’adresser aux citoyens romains qui seraient tentés de soutenir Marc-Antoine qu’aux peuples belges. César s’y montre clément envers eux car le malheur de la perte de milliers de valeureux guerriers lui paraît être une punition suffisante même s’il ne peut croire que « nul particulier n’est assez puissant par lui-même ou avec le secours d’une misérable poignée de populace, pour exciter et soutenir une guerre malgré les chefs, en dépit du sénat, contre le voeu de tous les gens de bien. (Guerre des Gaules, Livre VIII §22) »

A la suite de ce succès, César continue sa démonstration de force. Il se rend chez les Eburons avec Marc-Antoine sans plus même se soucier de chercher le prétexte qui aurait donné un semblant de légalité à son intervention devant le Sénat. Il désire par dessus tout mettre la main sur Ambiorix qui a donné le signal de la révolte généralisée en 54 av JC avec son éclatante victoire lors de la bataille d’Aduatuca, mais qui lui a échappé malgré tous ses efforts pour le retrouver et le massacre de son peuple. Ses recherches s’avèrent une fois de plus sans résultat. Frustré d’avoir fait chou blanc, César ordonne alors l’extermination systématique de toute la population, ainsi que du bétail et la destruction de tous les édifices du pays, ce qui lui permet par la même occasion d’augmenter un peu ses richesses. De nos jours nous qualifierions certainement cela de génocide. Le message envoyé à tous les autres peuples est on ne peut plus clair: désormais César ne tolèrera plus aucune forme d’opposition à sa domination; ceux qui essaieront en subiront les conséquences. Il s’adresse en premier lieu aux Trévires chez lesquels il envoie Labiénus et ses deux légions pour s’assurer de leur obéissance inconditionnelle.

Pendant ce temps, Caninius, qui séjourne en Aquitaine chez les Rutènes, apprend que Duratios, un Picton fidèle allié de Rome, est assiégé dans Lemonum (Limoges) par une partie de son peuple avec l’aide des Andécaves et leur chef Dumnacos, ainsi que des Carnutes qui ont trouvé refuge auprès de lui. Une fois Caninius arrivé dans la région, il renonce à donner l’assaut tout seul. Il se retranche dans un camp fortifié puis écrit a Fabius, qui est quant à lui rentré à Cénabum, de venir le rejoindre au plus vite. Entretemps, Dumnacos a appris qu’un lieutenant de César s’apprête à venir le déloger, aussi décide t-il de prendre les devants, de lever le siège et de venir attaquer le camp où il se trouve. En vain. Après plusieurs jours et plusieurs assauts aussi meurtriers qu’infructueux contre la position de Caninius, Dumnacos abandonne et revient assiéger Lemonum. Cela ne dure cependant plus très longtemps. Avec le nouvelle de l’arrivée de Fabius et ses légions de renfort, Dumnacos ne voit plus que la fuite comme unique planche de salut. Il ne peut alors pas se douter que Fabius est informé de l’endroit où il se dirige, un pont sur la Loire étant le lieu de passage obligé sur le chemin du retour vers ses terres. Fabius s’y rend au plus vite avec ses légions, tandis qu’il envoie sa cavalerie attaquer la colonne gauloise pour la retarder. Pris par surprise et encombré par ses bagages, l’ennemi est facilement mis en déroute. Les cavaliers reviennent au camp nantis de la victoire et d’un riche butin. Fabius la renvoie au contact des Gaulois la nuit suivante pour les empêcher de traverser à la faveur de l’obscurité, tandis que lui-même ne tardera pas à arriver avec le gros des troupes. Cette fois-ci, le combat entre les deux corps de cavalerie est beaucoup plus acharné, mais au moment où Dumnacos met toute son infanterie en ordre de bataille pour venir appuyer les siens, les légions de Fabius font leur apparition, ce qui et sème la panique dans les rangs adverses. 12 000 guerriers gaulois sont tués alors qu’ils tentaient de fuir le champ de bataille. 5 000 autres réussissent à rejoindre le Sénon Drappès. Caninius se charge de les poursuivre. Fabius revient quant à lui chez les Carnutes dont il reçoit enfin la soumission et des otages. Dans leur sillage, les Armoricains font de même.

Le ralliement des fuyards à Drappès sent encore une fois le message politique. Le chef sénon est en effet l’un des principaux instigateurs de la révolte de son peuple en 53 av JC. A ce moment, il a rejoint Luctérios, un chef cadurque qui a quant à lui servi fidèlement Vercingétorix l’année précédente. Ils auraient projeté d’aller porter la guerre jusque chez les Volques, dans la province romaine de Gaule transalpine, mais la nouvelle de l’arrivée des légions de Caninius bouleverse leur plan. Ils choisissent alors de se réfugier dans le très difficile d’accès oppidum d’Uxellodunum, en terre cadurque. Une fois sur place, Caninius s’aperçoit immédiatement qu’il sera quasiment impossible de prendre la place d’assaut, aussi entreprend-il des travaux pour l’encercler par une ligne de circonvallation pour affamer les assiégés. Ceux-ci, qui ont bien retenu la leçon d’Alésia ne l’entendent pas de cette oreille. Ils laissent une garnison de deux mille guerriers seulement pour garder la ville, tandis que tous les autres, avec Luctérios et Drappès à leur tête, entreprennent une sortie de nuit pour aller chercher de grandes quantités de vivres avant que cela ne soit plus possible. Leur expédition ne dure pas plus de quelques jours, mais le retour à Uxellodunum ne se passe pas aussi bien que prévu. Leur camp est établi à une dizaine de milles de l’oppidum. Pour y revenir en toute discrétion, ils ont choisi d’emprunter d’étroits chemins à travers la forêt qu’ils pensent inconnus des Romains, mais cela les oblige à ramener les provisions en plusieurs fois. Luctérios est le premier à tenter le passage laissant à Drappès la garde du camp. Il part de nuit, mais avec le tumulte du convoi, il est vite repéré par les sentinelles romaines qui montent la garde. Caninius envoie les cohortes des forts les plus proches l’intercepter. A l’aube, elles tombent sur les Gaulois qui sont pris de panique et se font massacrer. Luctérios parvient cependant à s’échapper, mais pas à revenir au camp pour prévenir Drappès. Il ne faut pas longtemps pour que les prisonniers indiquent où ce dernier se trouve. Caninius se met immédiatement en marche à la tête d’une légion, de toute la cavalerie et de l’infanterie germaine. L’emplacement du camp gaulois, en plaine, au bord d’une rivière, ne leur permet pas d’opposer une grande résistance. Beaucoup de guerriers se font tuer, Drappès est fait prisonnier. Luctérios trouve quant à lui refuge chez les Arvernes, mais leur chef Epasnatcos, pro-romain convaincu, le livre peu après à César en signe de bonne entente.

Après ce désastre, Caninius pense raisonnablement que les derniers occupants d’Uxellodunum vont se rendre sans faire d’histoire. Il se trompe lourdement. Le petit nombre d’assiégés qui reste n’a désormais plus à s’inquiéter des stocks de nourriture et leur position est toujours aussi imprenable. Ils décident donc de ne pas céder aux Romains. Ils espèrent certainement que leur exemple saura ranimer la flamme de la révolte dans les tribus voisines, voire au-delà. Caninius informe César de la situation. Celui-ci se trouve à cet instant chez les Carnutes dont il a obtenu qu’ils lui livrent leur gutuater, soit le druide qui a mis le feu aux poudres l’année précédente en ordonnant le massacre de Cénabum. Bien qu’il craigne que sa mise à mort ne provoque le même mouvement d’indignation que celle d’Acco fin 53 av JC, il fait exécuter ce personnage influent à la mode romaine, en le faisant fouetter à mort, puis décapiter. Le proconsul qui, comme nous l’avons vu, est occupé à punir tous les fauteurs de troubles depuis le début de l’année, ne peut tolérer de voir un nouveau foyer d’agitation se développer impunément. Il décide donc de se rendre sur les lieux en personne; il récupère peut être Luctérios au passage à Gergovie.

Une fois sur place, son analyse de la situation est simple: s’il n’est pas possible d’affamer les assiégés, il suffit de les priver d’eau. Aussitôt dit, aussitôt fait. Des archers et des frondeurs, ainsi que des scorpions (des arbalètes géantes sur pied) sont placés de manière à empêcher les habitants de descendre jusqu’à la rivière. Il ne reste alors plus qu’une seule source qui jaillit au pied même des murs de l’oppidum. En barrer l’accès s’avère plus compliqué. Bien que les soldats soient très exposés à l’ennemi qui les harcèle depuis les hauteurs, César fait bâtir une terrasse surmontée d’une tour de 10 étages juste en face de la fontaine, en s’adossant à la montagne. De là-haut, les porteurs d’eau sont à portée de flèche et le ravitaillement devient très dangereux. Hommes et animaux commencent à souffrir durement de la soif. Les assiégés ne se résignent cependant pas. Ils remplissent des tonneaux de suif et de poix, les enflamment puis les font rouler le long de la pente qui les conduit directement à s’écraser contre la terrasse romaine qui est ainsi incendiée. Dans le même temps, les guerriers gaulois attaquent avec toutes leurs forces pour que le feu ne puisse pas être éteint. Tous ces efforts s’avèrent pourtant vains, car même si les édifices romains sont gravement endommagés, parallèlement à ses travaux, César à fait creuser des mines qui finissent quelques jours plus tard par croiser le chemin des eaux de la source qui se trouve de ce fait subitement tarie. Les derniers combattants survivants n’ont dès lors plus d’autre choix que de s’avouer vaincus et de se rendre. Le proconsul leur réserve un châtiment cruel. Il leur laisse la vie, mais leur fait couper les deux mains. Toutes les nations gauloises sont désormais averties du sort qui les attend si elles refusent de se soumettre à la domination romaine. Après cela, César se rend pour la première fois chez les peuples d’Aquitaine, qui n’ont plus eu affaire aux Romains depuis la victoire de Publius Crassus en 56 av JC, et obtient de tous qu’ils se soumettent.

Pendant que ces évènements se déroulent, Titus Labiénus a battu la cavalerie des Trévires et de leurs alliés germains et fait prisonnier de nombreux chefs ennemis, dont Suros le dernier Eduen qui se battait encore contre Rome. Hirtius ne s’attarde guère sur cet épisode pourtant glorieux, Labiénus ayant pris le parti de Pompée dès le début de la guerre civile contre César jusqu’à lui infliger une défaite à Ruspina en 46 av JC, avant de trouver la mort à Munda en mars 45 av JC. Hirtius minimise le rôle du plus talentueux des généraux de le guerre des Gaules pour dissimuler le fait que César doit une grande partie de son succès à celui qu’il considère comme un traître.

Il aura donc fallu 8 années de campagne à César pour achever complètement la conquête des Gaules qu’il a commencé sous prétexte de les défendre du risque d’invasions barbares. La population gauloise aurait alors diminué de près de 50%, 1 million de personnes ayant été tuées et un autre million réduites en esclavage. Ces chiffres sont à prendre avec précaution, il est plus probable qu’il faille en fait les diviser par deux, mais il ne reste certainement plus grand monde pour s’opposer à la domination de Rome, plus aucun notable gaulois ne pouvant affirmer devant son peuple qu’il ne doit pas son pouvoir et sa fortune aux manigances du proconsul, celui-ci leur ayant octroyé la citoyenneté romaine pour s’assurer de leurs loyaux services. Fort de ce résultat, César peut à présent se consacrer à plein temps au nouveau défi qu’il s’est lancé: reprendre le pouvoir à Rome malgré l’éviction de la plupart de ses soutiens et l’opposition farouche de ses adversaires optimates, Pompée en tête. Pour ce faire, il dispose d’un atout majeur, les immenses richesses qu’il a accumulées tout au long de ses campagnes, mais surtout lors des deux dernières qui ont vu son capital augmenter considérablement grâce à la vente d’une précieuse marchandise: les esclaves; et encore la mainmise sur les échanges commerciaux avec la Gaule dont il va pouvoir distribué les juteux marchés à sa clientèle en contrepartie de ses voix. Il va par exemple acquitter toutes les dettes du tribun de la plèbe Curion ou financer les travaux de reconstruction de la basilique Æmilia promise par le consul Lucius Aemilius Paullus pour qu’ils prennent leurs distances avec le parti de Pompée. Mais il compte avant tout sur la légitimité que lui confèrerait le soutien massif de la plèbe pour s’imposer. Il s’est déjà employé à se donner une aura d’irrésistible vainqueur avec la publication de ses « Commentaires sur la Guerre des Gaules » qu’il compte bien renforcer par une réputation de grande générosité grâce à l’annonce d’un magnifique forum flambant neuf sur lequel il fera aussi bâtir le temple de Venus Genitrix dont il s’enorgueillit de descendre pour souligner qu’il doit son pouvoir et ses succès à la volonté des Dieux, comme c’est toujours le cas pour ceux qui désirent rendre incontestable l’exercice d’un pouvoir absolu. Dorénavant, rien ni personne ne pourra plus l’arrêter.

Nous voilà arrivés au terme de cette série d’articles consacrés à la guerre des Gaules. L’intérêt de la raconter maintenant aussi en détail réside essentiellement à ce qu’elle pourrait bien servir de modèle à la crise que nous traversons en ce moment. La réaction de l’Europe suite à la crise des subprimes ressemble par bien des aspects à celle de la Gaule de l’époque. Elle a commencé par vouloir faire barrage à la barbarie qu’aurait représenté un écroulement du système financier en s’endettant auprès de lui, avant que ses éléments les plus faibles ne se fassent attaquer parce qu’ils risquaient de ne pas être en mesure de rembourser. Puis, au lieu de se montrer tout de suite solidaires de ces pays les plus en difficulté qu’ils étaient bien contents de voir importer leurs produits, les plus forts les ont élégamment affublés du surnoms de porcs avec l’acronyme PIIGS (pour Portugal-Ireland-Italy-Greece-Spain) sans se soucier outre mesure des sacrifices insupportables qui leur étaient demandés (baisse des salaires, des retraites et des prestations sociales, hausse vertigineuse du chômage, coupes budgétaires drastiques, gouvernements nommés sans avoir aucune légitimité démocratique, etc.) qui ont plongé une partie de la population dans la précarité et la misère, tout cela pour se mettre à l’abri d’éventuelles représailles, jusqu’à participer sans vergogne au massacre pur et simple de la petite nation grecque. Enfin, ils se sont décidés non sans mal à se coaliser par l’intermédiaire du FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière) supposé pouvoir résister au siège, puis à faire appel à une nouvelle armée de secours qui se nomme MES (Mécanisme Européen de Stabilité) qui semble devoir être tout autant voué à l’échec vu les inéluctables baisses de recette dues au innombrables plans d’austérité successifs dont nous n’avons encore vu que le début. Au final, ce sont les peuples qui paieront l’addition, le MES prévoyant littéralement leur mise en esclavage au service des banques, ceux-ci étant les ultimes garants et cautions des dettes contractées auprès d’elles. La seule bonne nouvelle au milieu de cet océan de merde est que nous pourrions peut être bénéficier d’une période de calme jusqu’en 2013, le temps que passent les élections françaises, américaines puis allemandes au cours desquelles personne, pas même le système financier qui dicte la conduite à tenir à nos politiciens, ne souhaite qu’il y ait des troubles, voire des émeutes. Mais cela ne sera qu’un moment de répit comme dans l’œil du cyclone, la tempête repartira de plus belle après son passage et peu importe qui sera alors le capitaine du bateau comme il ne sera plus gouvernable à cause de la panne de ses moteurs. Nous verrons dans les prochains articles que cela à conduit les Romains à l’abandon de la République trop instable à leur goût au profit de l’Empire qui leur donnait du pain et des jeux.

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  1. 08/04/2012 à 16:06

    Bonjour,

    Je me permets de vous mettre un message concernant un de mes albums BD, une adaptation de La guerre des Gaules prévues en deux tomes (sortie du premier tome le 12 avril 2012 ; dessin de Vincent Pompetti et scénario de Tarek ) :

    Notre histoire se déroule durant la conquête de la Gaule dite « celtique » par les légions de Jules César (- 58 à – 50 Av. JC.). Nous nous sommes basés sur l’ouvrage qu’il a rédigé tandis qu’il menait cette guerre et qu’il a ensuite publié à Rome, pour sa propre gloire et sa propagande, dès la fin de son proconsulat en Gaule :La guerre des Gaules. L’arrière-plan du scénario se réfère essentiellement à ce livre, même si nous avons tenu compte des dernières recherches sur cette question afin d’avoir un rendu plus proche de la réalité. Cependant, le récit que nous développons (sur deux ou trois tomes selon le nombre de pages et la présence ou pas de dossier) s’attarde avant tout sur le parcours de six « personnalités » traversant cette époque troublée. Jules César et Vercingétorix, une espionne éduenne au service des Romains et un druide fanatique qui prêche la guerre à outrance contre l’envahisseur, un chef Arverne combattant sous les ordres de Vercingétorix et un général romain proche du parti sénatorial qui obéit à César, mais ne partage pas ses desseins

    Merci et à bientôt !

    Les sites pour plus d’infos :
    .
    Tartamudo éditions : http://tartamudobd.wordpress.com/
    Pompetti : http://pompetti.wordpress.com/
    Tarek : http://www.tarek-bd.fr
    Le blog de la BD : http://guerredesgaules-bd.blogspot.com/

  1. 31/03/2012 à 13:53

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