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De Gergovie à Alésia (2)

En cette année 52 av JC, Titus Labiénus et ses quatre légions connaissent presque d’aussi grandes difficultés avec les Parisii et les Sénons que César à Gergovie. L’objectif initial du lieutenant du proconsul était de prendre Lutèce, capitale des Parisii qui se trouve sur une île au milieu de la Seine, sans qu’on sache exactement laquelle. Il lui faut donc pour cela traverser le fleuve, mais des marais rendent l’accès aux rives difficile, d’autant plus que les Gaulois accourus de tous les pays voisins, sous le commandement expert du vieil Aulerque Camulogène, y ont établi leur camp fortifié. Titus Labiénus entreprend tout d’abord la construction d’une passerelle posée sur des fagots de bois et de la terre pour éviter que son armée ne s’enlise, mais les travaux, plus complexes qu’il ne le pensait, prennent trop de temps.. Aussi décide t-il de revenir discrètement sur ses pas pour s’emparer de Metlosédum (Melun), faiblement défendue, les guerriers étant partis au secours de Lutèce. La ville tombe sans opposer de résistance, ce qui lui permet de rétablir un pont et de traverser la Seine à cet endroit. Quand Camulogène en est informé, il abandonne Lutèce, l’incendie et fait détruire tous les ponts, puis il établit son camp à sur la rive opposée, en face de celui des Romains. C’est à ce moment qu’une nouvelle vient bouleverser la donne: celle de la défection des Eduens. La rumeur court même que les légions de César subissent la famine (ce qui doit être plus ou moins vrai), et qu’elles se dirigent à présent vers la Gaule Transalpine (ce qui paraît par contre devoir être faux. Il se peut que la boue qui recouvrait les chemins cévenols en cette période de fonte des neiges ait incité le proconsul a renoncer à cette option, mais il prétend ne jamais l’avoir envisagée, préoccupé qu’il était par le sort de son fidèle lieutenant au nord).

Du coup, les Bellovaques commencent à mobiliser des troupes, bien qu’ils n’aient reçu aucun secours des Gaulois lorsqu’ils participaient à la coalition belge et qu’ils préféraient donc jusque là ne pas se mêler de leurs histoires. Labiénus craint alors que ces derniers ne l’attaquent par derrière, aussi ne songe t-il plus qu’à rejoindre Agedincum sans subir trop de dégâts, mais il lui faut pour cela retraverser le fleuve. Dans ce but, il met au point un stratagème destiné à diviser les forces gauloises. Il confie la cinquantaine de bateaux dont il s’est servi pour prendre Melosédum à autant de chevaliers; ils ont pour consigne de s’éloigner aussi discrètement que possible de 4 000 pas en aval puis d’attendre là d’être rejoints par Labiénus. Il laisse ensuite la garde du camp à 5 cohortes, tandis qu’il envoie au beau milieu de la nuit et à grand bruit l’autre moitié de cette légion vers l’amont. Lui même et les trois légions restantes quittent alors le camp en catimini afin de récupérer les embarcations qui les attendent. Une fois sur le lieu du rendez-vous, un orage permet de surprendre les éclaireurs gaulois postés sur l’autre rive; le reste de l’armée et la cavalerie peuvent alors traverser en toute tranquillité. L’opération dure jusqu’à midi. Pendant ce temps, Camulogène a été averti de tous ces mouvements désordonnés, aussi croit-il l’ennemi en proie à la panique et qu’il tente de fuir en passant le fleuve en trois points. Il laisse par conséquent une partie de ses troupes à la garde du camp, en en voie une autre vers Metlosédum, en amont, tandis qu’il se rend en aval, là où se trouve Labiénus, avec le restant de ses hommes. La bataille s’engage entre ces deux corps d’armée. Sur l’aile droite, la septième légion met les Gaulois en déroute dès le premier choc, mais sur la gauche, où Camulogène dirige les opérations en personne, la douzième rencontre une résistance acharnée. Elle ne parvient à prendre le dessus qu’avec l’arrivée en renfort de la septième; le vénérable chef aulerque finit par périr les armes à la main ainsi que tous ses soldats. La garnison du camp gaulois, prévenue de l’importance des forces romaines engagées de ce côté, arrive à son tour sur le champ de bataille, mais trop tard pour en changer l’issue. La défaite des Gaulois permet à Labiénus de regagner Agedincum sans autre encombre. César, qui a quant à lui réussi à traverser un gué de la Loire, ne tarde pas à le rejoindre.

Entretemps, Litaviccos a été fort bien reçu a Bibracte où il a dès lors été convenu de faire alliance avec Vercingétorix, ce qui a incité Eporédorix et Viridomaros à s’emparer de Noviodunum (Nevers) où se trouvaient tous les otages de Gaule détenus par César, ainsi que ses vivres, beaucoup de son argent et de nombreux chevaux achetés pour mener cette guerre. Ils brûlent ensuite la ville pour montrer qu’ils adhèrent à présent pleinement aux préceptes du chef arverne et pour tenter de se faire pardonner leur collaboration avec les Romains. Pour les Eduens, le changement d’alliance reste néanmoins une opération délicate. Ils tiraient en effet le plus grand bénéfice de la coopération avec les Romains qui leur avaient accordé le quasi monopole de l’importation des marchandises produites chez eux, ce qui leur avait permis d’étendre considérablement leur influence au détriment des Arvernes, mais ils risquent à présent de tout perdre. Ils invitent donc Vercingétorix à Bibracte pour discuter du partage du pouvoir et de la direction de la suite des opérations. Celui-ci demande alors à ce que l’assemblée des Gaules soit convoquée pour en décider. L’arverne ressort grand vainqueur du vote. Il obtient le commandement unique de l’armée gauloise; les Eduens deviennent de fait ses vassaux. Vercingétorix a atteint l’objectif politique qu’il s’était fixé: rétablir l’hégémonie de son peuple sur les autres tribus gauloises; seuls les Lingons et les Rèmes sont encore fidèles à Rome. Il ne lui reste plus qu’à se débarrasser des Romains pour que la victoire soit totale.

Toutes les nations lui livrent des otages, mais il n’exige pas de nouvelles troupes, hormis de la cavalerie. Il compte poursuivre sa stratégie de la terre brûlée pour affamer l’ennemi tout en évitant une bataille en ligne. Il lui faut encore empêcher que des secours puissent venir de Gaule Cisalpine ou Transalpine; aussi envoie t-il dix mille fantassins et huit cents cavaliers éduens et ségusiaves porter la guerre chez les Allobroges qu’il espère convaincre de se joindre à lui, leur conflit avec Rome. Plus au sud, les Gabales assistés de quelques Arvernes sont chargés de dévaster le territoire des Helviens, tandis que les Cadurques et les Rutènes doivent en faire autant chez les Volques Arécomiques. De ce côté, tout se passe bien, même si les Helviens préfèrent prendre l’initiative de l’attaque plutôt que d’attendre l’invasion, ils sont battus et leur chef Caburus est tué. Par contre , les Allobroges résistent. Les nombreux postes qu’ils ont installés le long du Rhône empêchent la coalition de le franchir. Ils n’ont en effet aucune raison de s’impliquer dans ce conflit vu qu’ils n’ont reçu aucune aide de la part des Arvernes ou des Eduens lors de leur révolte contre Rome dix ans auparavant. Ce n’est toutefois qu’un demi-échec, le passage des 22 cohortes romaines susceptibles de venir au secours de César se trouvant bloqué. Le proconsul va donc en chercher ailleurs, chez les Germains où il embauche des mercenaires, surtout de la cavalerie qui lui fait défaut face aux 15 000 gaulois à cheval.

Ces renforts permettent à l’armée romaine de lever le camp. Suivie par les Gaulois, elle se dirige vers le territoire séquane en passant par le pays lingon, dans le but de rejoindre la Gaule Cisalpine pour la protéger d’une éventuelle invasion. Vercingétorix comprend le dessein du proconsul, mais il n’a pas l’intention de le laisser s’enfuir car il sait qu’en ce cas il reviendra plus tard et surtout plus nombreux. Il décide donc de passer à l’attaque. Sûr de la supériorité de sa cavalerie, il la divise en trois corps. Il en envoie un sur chaque aile romaine et le dernier au centre, tandis que l’infanterie reste en arrière. Il pense qu’il pourra ainsi immobiliser les légions qui se porteront au secours de leur cavalerie, ou alors qu’elles abandonneront leurs bagages et seront privées de ressources si elles sont gagnées par la panique. La bataille ne déroule pourtant pas comme prévu. César peut aussi se permettre de diviser ses forces de cavalerie en trois, et si elles sont mises en difficultés au centre et à gauche, les légions interviennent pour interrompre la poursuite gauloise, mais c’est sur la droite, là où se trouvent les Germains que la victoire se décide. Ils parviennent à prendre la colline qu’occupe la cavalerie gauloise, puis ils la poursuivent jusqu’à une rivière où Vercingétorix avait posté une partie de l’infanterie; elle est mise en déroute. Le reste de la cavalerie gauloise s’enfuit, craignant de se retrouver enveloppée. De nombreux soldats périssent, tandis que trois dignitaires éduens, Cotos, Cavarillos et Eporédorix sont faits prisonniers. Après cette défaite, Vercingétorix lève immédiatement le camp : c’est au tour des Gaulois d’être poursuivis par les Romains. Ils se réfugient sur les hauteurs de l’oppidum d’Alésia, non sans avoir encore perdu 3 000 hommes à l’arrière garde. Le siège débute.

Vercingétorix a installé son camp, protégé par une muraille et un fossé, au pied de l’oppidum d’Alésia. Les Gaulois occupent à nouveau ce genre de forteresse depuis l’invasion du pays par les Cimbres et les Teutons quelques décennies plus tôt. Il est situé sur une colline et très bien fortifié, donc difficilement prenable d’assaut, mais contrairement à Gergovie, il n’est pas accolé au reste du massif mais isolé. Cela permet aux Romains d’entreprendre la circonvallation du site, c’est à dire de l’entourer complètement d’un fossé et d’une palissade, dans le but d’empêcher le ravitaillement de parvenir à l’ennemi et de le priver de toute possibilité d’emmener les chevaux au pré. Pour éviter d’être prise au piège, la cavalerie gauloise lance une nouvelle offensive contre son homologue romaine avant que les travaux ne soient achevés. Cela se solde encore une fois par un échec, grâce aux mercenaires germains. Vercingétorix en tire la conséquence : il profite de la brèche encore ouverte dans le dispositif romain pour renvoyer toute cette noblesse à cheval dans ses foyers, avec consigne de revenir aussi vite que possible accompagnée de tout ce qu’il reste d’hommes aptes au combat, afin d’assiéger l’assiégeant. Il dispose d’assez de vivres pour tenir un mois avec ses 80 000 soldats.

Informé de ces dispositions, César entreprend de nouveaux travaux, cette fois-ci une contrevallation de 14 000 pas, c’est à dire la même chose que pour la circonvallation, mais dirigé vers l’extérieur au lieu de l’intérieur. L’ouvrage est impressionnant par sa dimension, mais aussi par sa conception. Un premier fossé de 6 m de large et autant de profondeur, tiré entre les deux cours d’eau qui passent de part et d’autre de la colline, barre la plaine qui en commande l’accès de manière à empêcher que les troupes assiégés, qui tentent régulièrement des sorties, ne puissent arriver en masse au pied des remparts situés à 120 m de là et à maintenir les soldats qui travaillent à son érection hors de portée des archers ennemis. La palissade se trouve elle-même dressée sur un remblai de 3,5 m de haut hérissé de pieux à la jonction entre la partie en terre et la partie en bois. Une tour de défense s’élève tous les 24 m tout au long du rempart. La terre nécessaire au remblai provient des deux fossés de 4,5 m de largeur et de profondeur, dont l’un rempli d’eau, qui doivent maintenir l’assaillant à distance. Avant d’arriver là, il fallait encore franchir un no man’s land composé de trois sortes de pièges différents, soit de nombreux petits trous garnis de pointe en fer, puis huit rangs d’autres trous disposés en quinconce, coniques, de 90 cm de profondeur garnis d’un pieu durci au feu dissimulé sous des broussailles, et pour finir, une tranchée de 6 m de large et 1,5 m de profondeur pleine de troncs et de grosses branches taillés en pointe dignes de barbelés. L’ouvrage est gardé par des soldats repartis dans 23 forts tout au long du circuit. Les pires craintes de Vercingétorix en ce qui concerne l’art romain du siège se trouvent donc confirmées. Les Gaulois en sont réduits à attendre passivement l’armée de secours.

Ces renforts se font attendre plus que prévu. Il faut en effet 6 semaines au lieu de 4 pour rassembler les 240 000 guerriers et 8 000 cavaliers venus de toute la Gaule. On peut s’interroger sur les raisons de ce retard, alors que le facteur temps est déterminant pour la réussite de l’opération, les assiégés s’affaiblissant un peu plus à chaque jour qui passe au-delà du délai imparti, César ayant même refusé que les civils quittent l’oppidum pour accélérer le processus. Bien sûr, les raisons peuvent être uniquement techniques, rassembler autant d’hommes n’est pas une mince affaire et assurer leur ravitaillement est encore plus difficile, mais cela traduit peut être aussi des dissensions politiques entre les diverses factions gauloises comme la répartition du commandement de l’armée de secours pourrait l’indiquer. Si Vercingétorix avait obtenu d’être reconnu comme chef unique de la coalition, le pouvoir est cette fois-ci partagé en trois. Ce qui évoque inéluctablement une forme de triumvirat. Il se peut que César se serve de cet épisode pour mettre en garde ses concitoyens romains contre les dangers de ce système de gouvernement plutôt qu’il ne décrit fidèlement la réalité historique, mais il semble quand même que cela reflète assez bien à la situation gauloise. Une partie des troupes se retrouvent sous les ordres des Arvernes représentés par Vercassivellaunos, un cousin de Vercingétorix; ils contribuent eux-mêmes avec leurs clients à hauteur de 35 000 hommes. Une autre partie revient aux Eduens menés par Eporédorix et Viridomaros qui fournissent le même contingent, et la dernière est attribuée aux Belges, par l’intermédiaire de l’Atrébate Commios. Les autres tribus doivent se répartir en fonction des affinités qu’elles ont avec l’une de ces trois factions. En dehors des Rèmes et des Lingons, toujours fidèles à Rome, et des Trévires, au prises avec les Germains, seuls les Bellovaques revendiquent leur indépendance et refusent dans un premier temps de s’impliquer dans le conflit, mais Commios finit par les convaincre de lui donner 2 000 soldats au lieu des 10 000 initialement prévus. La répartition a dû se faire dans un souci d’équilibre numérique, pour éviter qu’un clan puisse prétendre avoir eu un rôle plus important que les autres, aussi ce ne sont pas tous les hommes disponibles qui sont envoyés, comme Vercingétorix l’avait demandé. Chaque tribu participe à la coalition selon un quota qui correspond à sa taille, mais aussi au poids politique qui lui est accordé, sinon le facteur démographique aurait certainement joué en faveur des Arvernes dont le territoire était très peuplé. Cela a dû être l’objet d’âpres négociations qui peuvent à elles seules expliquer le retard pris, d’autant plus qu’il subsiste toujours des partisans des Romains, artisans et commerçants qui s’enrichissent grâce au échanges avec eux, à la fois chez les Arvernes et les Eduens. Tous doivent être préoccupé par ce qui pourrait advenir en cas de victoire. Il y a fort à parier qu’en ce cas ils seraient tentés de régler leurs comptes, tout d’abord avec les Rèmes et les Lingons, puis entre eux, toutes les alliances étant possibles. Bien que cela soit peu probable, les Arvernes et les Eduens pourraient se retourner ensemble contre les Belges (fortement influencés par la culture germanique) et les Armoricains (eux aussi indépendants car tournés vers le commerce maritime) déjà affaiblis par les Romains avant de se disputer l’hégémonie, mais plus vraisemblablement, l’un des deux gros pourrait être tenté de faire alliance avec les plus petits, les Arvernes arguant que ce sont les Eduens qui ont fait appel à Rome qui sont à la source de tous leurs malheurs, et les Eduens avançant qu’ils ont fait tout ce qu’il pouvaient pour modérer les ardeurs de César en participant à la conquête tandis que les Arvernes restaient complètement passifs. Autrement ces deux tribus auraient risqué de tomber dans la guerre civile, alors autant désigner l’autre comme nouvel ennemi. Bref, la Gaule aurait eu toutes les raisons de sombrer dans le chaos pour une assez longue période, ce qui aurait favorisé les tentatives d’invasion germaines, voire le retour des légions romaines. Paradoxalement, une défaite serait par contre susceptible d’amener plus de stabilité, l’arbitrage revenant aux Romains. Ces considérations ont aussi pu convaincre les Gaulois de ne pas trop se hâter pour rejoindre Vercingétorix.

Tout cela n’empêche pas l’armée de secours de passer à l’offensive dès l’installation du camp terminée, le lendemain de son arrivée. La cavalerie gauloise se déploie alors dans la plaine de son côté des fortifications romaines, tandis que du leur, les assiégés sortent et s’emploient à combler le fossé qui les maintient à 400 pas du rempart. La bataille entre les deux corps de cavalerie s’engage vers midi et dure jusqu’à la tombée de la nuit sans qu’aucun des deux camps ne prennent l’avantage, jusqu’à l’intervention décisive des Germains qui repoussent les cavaliers Gaulois et massacrent les quelques archers et soldats qui les soutenaient. Voyant cela, Vercingétorix rentre à Alésia sans avoir eu l’occasion de combattre. Le jour suivant, les secours changent de tactique, les soldats passent la journée à confectionner des claies, des échelles et des grappins pour monter à l’assaut des remparts. Ils attendent le beau milieu de la nuit pour sortir discrètement du camp et lancer l’attaque. Au cri des assaillants, Vercingétorix ordonne une nouvelle sortie. Une grêle de flèches s’abat sur les défenseurs romains qui répliquent avec leurs frondes et les scorpions qui leur permettent de lancer des traits à une cadence élevée. L’obscurité aidant, de nombreux soldats sont blessés de part et d’autre; les Romains ne tiennent que grâce à l’aide des troupes qui accourent des forts plus éloignés de l’attaque. Les nombreux pièges disposés en avant des fortifications empêchent ce pendant les Gaulois d’arriver en masse au pied des remparts, soit qu’ils y tombent, soit qu’ils se trouvent ralentis à une distance où les traits les percent à tous les coups. Aussi n’arrivent-ils pas à créer de brèche dans la palissade avant le lever du soleil. Ils craignent alors d’être enveloppés par les légions qui commencent à sortir des camps situés sur les hauteurs et se retirent. Du côté des assiégés, Vercingétorix et ses hommes ont perdu beaucoup trop de temps pour combler le fossé qui barre la plaine, ils ne parviennent pas à le franchir et à rejoindre le pied du rempart pour obliger les Romains à se battre sur deux fronts avant le retrait de leurs alliés de l’extérieur; ils rentrent derechef sans avoir affronté l’ennemi.

Ces deux attaque en plaine ayant été infructueuses, les Gaulois échafaudent un nouveau plan. Cette fois-ci, il s’agira d’attaquer directement une partie du camp sous la responsabilité de deux légions commandées par C. Antistius Réginus et C. Caninius Rébilus. A cet endroit, les retranchements ont été construits à mi-côte d’une colline qui n’a pu être complètement incluse dans les fortifications, ils peuvent donc être approchés en surplomb. Cette mission échoit à Vercasivellaunos accompagné de 60 000 soldats d’élite. Ils quittent secrètement le camp gaulois à la nuit tombée pour aller prendre position à l’abri des regards romains, derrière la crête de la colline. Arrivés là avant l’aube, ils se reposent en attendant l’assaut qui ne doit être donné qu’à midi. A l’heure dite, ils sortent de leur cachette et s’élancent à l’assaut du camp romain. Dans le même temps, la cavalerie revient à la charge dans la plaine tandis que le reste de l’armée gauloise sort du camp et se range en ordre de bataille. Vercingétorix et les assiégés sortent à leur tour de l’oppidum pour se ruer sur les retranchements ennemis. Les Romains ne savent plus où donner de la tête; la situation devient particulièrement critique sur les hauteurs où Réginus et Rébilus sont dépassés, Vercasivellaunos et ses hommes ayant réussi à combler les pièges pour atteindre le pied du rempart. De sa colline située à l’opposé du lieu du combat, Titus Labiénus voit que la situation tourne à l’avantage des Gaulois. Il décide donc de se porter au secours de ses collègues en difficulté avec six cohortes. César nous dit que c’est lui qui ordonne ce mouvement décisif à son lieutenant, mais il cherche probablement à minimiser le rôle de son subalterne pour s’arroger tous les lauriers de la victoire; Labiénus ayant à plusieurs reprises démontré qu’il était un plus fin stratège que son chef, il n’avait certainement pas besoin d’attendre un ordre pour en prendre l’initiative.

Pendant ce temps, les assiégés renoncent à se rendre maître des fortifications de la plaine trop étendues. Ils regroupent tous leurs moyens « sur les hauteurs » (César ne précise pas l’endroit exact), où ils parviennent à faire une brèche dans la palissade et à s’y engouffrer. Le proconsul y envoie le jeune Brutus avec six cohortes, puis Fabius avec sept autres avant de s’y rendre lui-même avec des troupes fraîches. Une fois les Gaulois repoussés hors de l’enceinte, César se dirige à son tour sur la zone attaquée par Vercasivellaunos où Labiénus tient grâce aux 39 nouvelles cohortes qu’il a rassemblées. Il arrive accompagné d’une partie de la cavalerie tandis que l’autre fait le tour par l’extérieur pour prendre l’ennemi à revers. Le nombre permet aux Romains de reprendre l’avantage. Les Gaulois subissent de lourdes pertes. Sédullus, chef des Lémovices, est tué, tandis que Vercasivellaunos est fait prisonnier. Vercingétorix constate le désastre et se retire dans l’oppidum. Lorsque la nouvelle parvient au camp de l’armée de secours, les guerriers plient bagage et décident de rentrer chez eux. Les derniers espoirs des assiégés s’envolent avec eux. La cavalerie part à la poursuite des fuyards pendant la nuit; elle tue ou fait prisonnier une grande partie de leur arrière garde.

Le lendemain, Vercingétorix dépose les armes aux pieds de César pour éviter un massacre, puis il est couvert de chaînes pour être emmené à Rome où il servira de trophée après avoir été traîné à la suite de l’armée de son vainqueur tout au long de sa campagne contre les partisans Pompée, soit six longues années. Les autres guerriers prisonniers sont réduits en esclavage puis distribués aux légionnaires à raison d’un par tête, à l’exception des Eduens, entraînés dans la coalition presque malgré eux, mais aussi des Arvernes qui en sont pourtant à l’origine. La clémence à géométrie variable du proconsul reflète parfaitement la situation politique gauloise. Il épargne également les deux tribus les plus puissantes, à la tête desquelles il place ses partisans après avoir reçu leur soumission, car il compte tirer profit du commerce qu’il fera avec elles une fois qu’il aura attribué les marchés à ses clients, tandis qu’il dépouille les autres de leurs forces vives pour s’enrichir sur le champ tout en soignant sa popularité auprès de ses troupes. Tout cela lui sert à consolider son pouvoir à Rome où Pompée s’emploie à tenter de l’évincer. Cette année là, il décide de passer l’hiver à Bibracte où il s’efforce de stabiliser enfin la Gaule plutôt que de rentrer en Italie comme il en a l’habitude.

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