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De Gergovie à Alésia (1)

Au printemps de l’année 52 av JC, une large coalition gauloise s’est formée autour des Arvernes. Elle regroupe presque toutes les tribus, à l’exception notable des Trévires qui redoutent une invasion des Germains, des Lingons et des Rèmes, fidèles à Rome, mais surtout des Eduens, principaux alliés de Jules César depuis le début de son incursion en Gaule. Les hostilités ont commencé dès Janvier avec le massacre des marchands romains de Cénabum (Orléans) par les Carnutes qui a incité Vercingétorix à prendre le pouvoir chez les Arvernes, puis à fédérer un grand nombre de peuples contre l’occupation romaine. Ils n’arrivent cependant pas à empêcher César de rassembler son armée à Agedincum (Sens), bien qu’il se trouve lui-même en Italie lorsque la révolte éclate et que ses légions stationnent dans diverses régions du nord de la Gaule. Le proconsul fait alors rapidement tomber Vellaunodunum, chez les Sénons, suit Cénabum, où la population est exterminée par vengeance, puis il entre en territoire Biturige, allié des Eduens, où il s’empare de Novidunum (Nevers). A ce moment, Vercingétorix décide de pratiquer la politique de la terre brûlée pour affamer les soldats ennemis et de détruire les villes qui pourraient être les prochaines cibles des Romains, mais Avaricum (Bourges), capitale des Bituriges, est épargnée à leur demande. Elle est à son tour assiégée et finit par céder après une longue résistance de ses habitants qui se voient alors eux aussi massacrés jusqu’au dernier. L’autorité de Vercingétorix, qui avait prôné son évacuation et sa destruction pour épargner des vies, n’en est que renforcée; il convainc de nouvelles tribus de rallier sa cause. Pendant ce temps, César est appelé à arbitrer le conflit qui oppose deux chefs qui se disputent le pouvoir chez ses amis Eduens avant de retourner à l’offensive vers Gergovie, capitale des Arvernes, avec six légions, tandis qu’il charge Titus Labiénus et quatre autres légions de s’occuper du cas des Sénons et des Parisii qui risqueraient de couper son ravitaillement s’il les laissait dans son dos.

Pour atteindre son objectif, César doit franchir l’Allier. Les deux armées avancent donc parallèlement, chacune de son côté de la rivière dont les Gaulois ont pris la précaution de détruire tous les ponts. Pour remédier au problème, le proconsul a recours à la ruse. Il dissimule deux légions sous le couvert de la forêt tandis que le reste des troupes continue sa progression; il est naturellement suivi par l’ennemi qui ne s’est aperçu de rien. Il attend que tout ce petit monde se soit suffisamment éloigné, puis fait sortir ses hommes qui s’empressent de rétablir la jonction avec l’autre rive en se servant des pilotis d’un ouvrage dont seul le tablier a été démonté. Les soldats n’ont plus qu’à traverser pour établir une ligne de défense, avant que le gros de l’armée ne soit rappelé et franchisse à son tour la rivière en toute tranquillité. Quand il s’aperçoit qu’il est trop tard pour empêcher le déferlement des troupes romaines sur ses terres, Vercingétorix décide de rejoindre au plus vite l’oppidum de Gergovie, car il ne veut absolument pas se risquer à un combat en ligne en rase campagne, domaine de prédilection des légions.

César ne tarde pas à arriver sur les lieux. Il ne peut que constater que la configuration du terrain lui est très défavorable, l’oppidum étant situé en haut d’une montagne de 700 m aux versants escarpés en plus d’être bien fortifié et défendu par le camp gaulois qui s’étend devant ses remparts. Il établit lui-même son camp sur une colline séparée du massif principal et s’occupe tout d’abord à sécuriser son approvisionnement. Il s’empare ensuite d’un poste avancé gaulois, peu défendu selon ses propres dires, situé sur une colline au pied de l’oppidum. Il y établit un camp secondaire, relié au camp principal par un double fossé de manière à ce que les soldats puissent circuler dans la tranchée entre les deux sans être exposés à l’ennemi. Ainsi, il espère priver les assiégés d’une grande partie de leur eau et les empêcher de mener leurs chevaux au pré. Des escarmouches ont quotidiennement lieu entre les deux corps de cavalerie.

Pendant ce temps, les 10 000 fantassins éduens exigés par César se sont mis en marche avec Litaviccos à leur tête. Ils se trouvent devant un choix pour le moins délicat. Conformément à leur titre de « peuple ami de Rome », ils ont jusque là toujours apporté leur soutien à l’action de César, même si des dissensions sont apparues dès le début de son intervention et qu’il y ont mis plus ou moins de zèle, surtout sous l’influence de Dumnorix qui avait encouragé les siens à ne pas livrer les vivres promis lors de la guerre contre les Helvètes, puis avait déserté les rangs romains avec toute sa cavalerie lors de la seconde expédition en (Grande-)Bretagne avant d’être rattrapé et tué. A cette époque, aucune autre tribu n’avait suivi le mouvement qu’il tentait d’initier, pas même les Arvernes, alors que Vercingétorix était certainement le chef de leur corps expéditionnaire. Dumnorix, qui avait la mainmise sur le commerce, a dû être le premier à sentir, après la conquête de la Gaule Belgique et de la côte Atlantique, que les Gaulois ne seraient pas les principaux bénéficiaires de l’extension du marché, mais qu’elle servait avant tout à enrichir César pour qu’il puisse assouvir ses ambitions politiques à Rome, et qu’ils y perdraient finalement leur indépendance. Deux ans plus tard, ce sentiment a petit à petit fini par s’imposer à la grande majorité des peuples, y compris parmi les alliés et les clients des Eduens, comme les Parisii, les Sénons et les les puissants Bituriges qui participent dorénavant activement à la coalition menée par les Arvernes, leurs principaux rivaux. Maintenant que l’équilibre des forces semble s’être inversé, ils risquent donc d’être isolés, de perdre leur hégémonie en Gaule et de voir leurs pairs se retourner contre eux en cas de victoire contre les Romains. Litaviccos et Convictolitavis, qui a pourtant reçu le pouvoir des mains de César, ont par conséquent décidé de changer de camp pour rejoindre celui de Vercingétorix. Le proconsul donne quant à lui une explication toute différente à ce revirement. Il prétend que les notables éduens se sont laissés séduire par les discours de l’émissaire arverne qui leur a promis la victoire s’ils se joignaient à la coalition, mais surtout qu’ils ont été achetés et qu’ils sont avant tout motivés par l’appât du gain, ce qui doit plutôt ressembler à la méthode qu’il a lui-même employé pour les convaincre de le suivre. Les soldats auraient quant à eux été dupés par Litaviccos qui aurait affirmé que tous les cavaliers que César avait exigé d’emmener avec lui à Gergovie avaient été tués par les Romains.

Toujours est-il qu’il apprend que la colonne éduenne a prévu de rejoindre le camp gaulois au lieu du sien alors qu’elle n’est pas encore arrivée. D’après lui, il aurait été informé de la trahison par Eporédorix, un aristocrate éduen. A cette nouvelle, César décide de les intercepter sur le champ avec quatre légions et toute la cavalerie pour les empêcher de passer à l’ennemi. Il aurait alors suffi qu’Eporédorix et Viridomaros se montrent aux leurs qui les croyaient morts pour qu’ils déposent les armes et implorent la pardon de César. Litaviccos et ses clients s’enfuient pour rejoindre Vercingétorix. Si la chose pouvait se régler aussi facilement, il aurait mieux fait de s’abstenir de déplacer 5 fois plus de soldats que ne comptaient les rangs éduens, mais il veut avant tout souligner qu’il sait se montrer clément envers ses ennemis (qu’il aurait très bien pu tuer sans enfreindre les lois de la guerre comme il le dit dans le courrier adressé aux Eduens), alors qu’il accuse leur population d’avoir pillé et massacré les citoyens romains qui se trouvaient sur leur territoire dès qu’ils ont appris la trahison de Litaviccos. Il se montre tout aussi magnanime avec ces civils qu’il pardonne également après qu’ils se soient ravisés en apprenant que leurs troupes sont à nouveau dans le camp de César. Nul doute que le message qu’il désire faire passer est essentiellement destiné à rassurer les citoyens de Rome qui pourraient craindre qu’il ne soit tenté de régner par la terreur comme au temps de Caïus Marius s’il revenait au pouvoir; son livre ayant été publié bien avant qu’il ne franchisse le Rubicon avec son armée. Dans la suite du texte (Guerre des Gaules Livre VII §43), il prétend s’être attendu dès ce moment à un nouveau soulèvement des Eduens à la moindre occasion et qu’il cherche par conséquent un moyen de se retirer de Gergovie pour rejoindre Labiénus et ne pas être assailli de toutes parts, sans avoir pour autant l’air de fuir. La suite des évènements montre plutôt qu’à cet instant il croit encore dur comme fer qu’il peut rapidement remporter la victoire, mais a posteriori, il préfère dissimuler le fait qu’il a subi un grave échec militaire et commis une erreur qui aurait pu lui être fatale en se séparant de son meilleur lieutenant et en divisant ses forces.

En effet, à Gergovie, les Gaulois profitent de l’absence des deux tiers des légions pour attaquer en masse le camp romain. Beaucoup de défenseurs sont blessés par la grêle de flèches et de traits qui s’abat sur eux. Ils ne peuvent de plus pas être relevés de leur poste en haut des remparts étant donnée la taille imposante du camp et leur faible nombre, tandis que les ennemis voyaient sans cesse leurs troupes renouvelées. Seules leurs machines de guerre telles que les catapultes ou les balistes leur ont permis de tenir la position, mais Caïus Fabius craint que les Gaulois ne reviennent à l’assaut le lendemain et que ses hommes déjà fort éprouvés ne soient pas en mesure de réitérer l’exploit même s’il a pris la précaution d’ajouter es parapets aux remparts et de condamner toutes les portes sauf deux. Il dépêche donc d’urgence un courrier à César pour l’informer de la situation; celui-ci décampe en pleine nuit pour venir au secours de son lieutenant en péril et arrive avant l’aube. Les Gaulois renoncent à l’attaque.

Une fois de retour, le proconsul échafaude un plan pour s’emparer de l’oppidum. Son objectif ne semble pourtant pas très clair. Lors d’une visite du petit camp, il s’aperçoit que les Gaulois n’occupent plus une colline qui en était couverte les jours précédents. Vercingétorix considère que cet endroit est d’une importance vitale, si jamais les Romains venaient à s’en emparer, il ne pourrait plus descendre dans la plaine pour fourrager. Il l’a donc fait fortifier, et maintenant que les travaux sont terminés, ses troupes n’ont plus besoin d’y être présentes en si grand nombre pour la défendre. César y voit une opportunité. Il va faire croire à l’ennemi qu’il va attaquer là pour l’attirer, tandis qu’il enverra ses légions dans leur dos, directement sur l’oppidum. Pour faire diversion, des escadrons sortent pendant la nuit sans aucune discrétion, des muletiers déguisés en cavaliers s’éloignent dans la campagne, puis une légion entière se dirige vers ladite colline avant de se dissimuler dans un bois. Tous ces mouvements mettent la puce à l’oreille des Gaulois qui reviennent occuper en masse la position stratégique. Pendant ce temps, deux légions passent discrètement par petits groupes du grand au petit camp en profitant du couvert du fossé. Une fois les troupes réunies, le succès de l’attaque repose essentiellement sur la vitesse. La huitième légion atteint assez rapidement le camp gaulois malgré la raideur de la pente et l’étroitesse de sentier, puis elle y pénètre et en ravage une partie. César dit alors avoir atteint son objectif et fait sonner la retraite, mais que la topographie du terrain a empêché la huitième légion de l’entendre, aussi poursuit-elle l’assaut jusque sous les remparts de la ville. Mais à ce moment, l’effet de surprise est passé et les Gaulois reviennent, cavalerie en tête. Les Romains sont submergés, ils ne peuvent plus que reculer, mais au lieu de se replier en bon ordre, la panique les gagne lorsqu’ils voient surgir la cavalerie éduenne sur leur flanc droit qui est complètement découvert. Ils confondent alors leur allié avec l’ennemi et subissent de nombreuses pertes, César en avoue 700, mais il doit minimiser. Les rangs ne se reforment qu’une fois qu’ils sont revenus dans la plaine, après avoir effectué la jonction avec les dixième et treizième légions. Tous se retournent alors pour faire face aux troupes gauloises qui dévalent la colline. Vercingétorix ordonne d’arrêter la poursuite, le terrain plat étant à son désavantage. Les Gaulois regagnent donc leur camp. L’attaque romaine se solde par un échec, soit que les légions n’ont pas progressé assez vite pour prendre la ville, ou qu’elles n’ont pas réussi à bloquer le passage de la colline vers la ville pour isoler les troupes gauloises, ou encore que les Gaulois ne sont pas tombés dans le piège tendu par César en remontant immédiatement la colline au lieu de s’aventurer plus loin dans la plaine. Le proconsul n’assume cependant pas son erreur tactique, mais il en rejette la faute sur ses hommes qui se sont selon lui laissés aveugler par la perspective du butin.

Les deux jours suivants, Romains et Gaulois se retrouvent face à face dans la plaine sans que cela ne donne lieu à autre chose que quelques escarmouches entre les deux corps de cavalerie. Le troisième jour, César estime qu’il en a fait assez pour sauver la face et décide de lever le camp pour rejoindre le territoire éduen. Il apprend alors que Litaviccos l’a précédé pour soulever son peuple. Eporédorix et Viridomaros quittent par conséquent la colonne romaine avec toute la cavalerie éduenne: l’alliance avec les Eduens est définitivement morte. César s’en va rejoindre Labiénus à Agedincum (Sens) où sont restés les bagages gardés par les deux légions levées en début d’année.

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