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Archive for janvier 2012

De Gergovie à Alésia (2)

En cette année 52 av JC, Titus Labiénus et ses quatre légions connaissent presque d’aussi grandes difficultés avec les Parisii et les Sénons que César à Gergovie. L’objectif initial du lieutenant du proconsul était de prendre Lutèce, capitale des Parisii qui se trouve sur une île au milieu de la Seine, sans qu’on sache exactement laquelle. Il lui faut donc pour cela traverser le fleuve, mais des marais rendent l’accès aux rives difficile, d’autant plus que les Gaulois accourus de tous les pays voisins, sous le commandement expert du vieil Aulerque Camulogène, y ont établi leur camp fortifié. Titus Labiénus entreprend tout d’abord la construction d’une passerelle posée sur des fagots de bois et de la terre pour éviter que son armée ne s’enlise, mais les travaux, plus complexes qu’il ne le pensait, prennent trop de temps.. Aussi décide t-il de revenir discrètement sur ses pas pour s’emparer de Metlosédum (Melun), faiblement défendue, les guerriers étant partis au secours de Lutèce. La ville tombe sans opposer de résistance, ce qui lui permet de rétablir un pont et de traverser la Seine à cet endroit. Quand Camulogène en est informé, il abandonne Lutèce, l’incendie et fait détruire tous les ponts, puis il établit son camp à sur la rive opposée, en face de celui des Romains. C’est à ce moment qu’une nouvelle vient bouleverser la donne: celle de la défection des Eduens. La rumeur court même que les légions de César subissent la famine (ce qui doit être plus ou moins vrai), et qu’elles se dirigent à présent vers la Gaule Transalpine (ce qui paraît par contre devoir être faux. Il se peut que la boue qui recouvrait les chemins cévenols en cette période de fonte des neiges ait incité le proconsul a renoncer à cette option, mais il prétend ne jamais l’avoir envisagée, préoccupé qu’il était par le sort de son fidèle lieutenant au nord).

Du coup, les Bellovaques commencent à mobiliser des troupes, bien qu’ils n’aient reçu aucun secours des Gaulois lorsqu’ils participaient à la coalition belge et qu’ils préféraient donc jusque là ne pas se mêler de leurs histoires. Labiénus craint alors que ces derniers ne l’attaquent par derrière, aussi ne songe t-il plus qu’à rejoindre Agedincum sans subir trop de dégâts, mais il lui faut pour cela retraverser le fleuve. Dans ce but, il met au point un stratagème destiné à diviser les forces gauloises. Il confie la cinquantaine de bateaux dont il s’est servi pour prendre Melosédum à autant de chevaliers; ils ont pour consigne de s’éloigner aussi discrètement que possible de 4 000 pas en aval puis d’attendre là d’être rejoints par Labiénus. Il laisse ensuite la garde du camp à 5 cohortes, tandis qu’il envoie au beau milieu de la nuit et à grand bruit l’autre moitié de cette légion vers l’amont. Lui même et les trois légions restantes quittent alors le camp en catimini afin de récupérer les embarcations qui les attendent. Une fois sur le lieu du rendez-vous, un orage permet de surprendre les éclaireurs gaulois postés sur l’autre rive; le reste de l’armée et la cavalerie peuvent alors traverser en toute tranquillité. L’opération dure jusqu’à midi. Pendant ce temps, Camulogène a été averti de tous ces mouvements désordonnés, aussi croit-il l’ennemi en proie à la panique et qu’il tente de fuir en passant le fleuve en trois points. Il laisse par conséquent une partie de ses troupes à la garde du camp, en en voie une autre vers Metlosédum, en amont, tandis qu’il se rend en aval, là où se trouve Labiénus, avec le restant de ses hommes. La bataille s’engage entre ces deux corps d’armée. Sur l’aile droite, la septième légion met les Gaulois en déroute dès le premier choc, mais sur la gauche, où Camulogène dirige les opérations en personne, la douzième rencontre une résistance acharnée. Elle ne parvient à prendre le dessus qu’avec l’arrivée en renfort de la septième; le vénérable chef aulerque finit par périr les armes à la main ainsi que tous ses soldats. La garnison du camp gaulois, prévenue de l’importance des forces romaines engagées de ce côté, arrive à son tour sur le champ de bataille, mais trop tard pour en changer l’issue. La défaite des Gaulois permet à Labiénus de regagner Agedincum sans autre encombre. César, qui a quant à lui réussi à traverser un gué de la Loire, ne tarde pas à le rejoindre.

Entretemps, Litaviccos a été fort bien reçu a Bibracte où il a dès lors été convenu de faire alliance avec Vercingétorix, ce qui a incité Eporédorix et Viridomaros à s’emparer de Noviodunum (Nevers) où se trouvaient tous les otages de Gaule détenus par César, ainsi que ses vivres, beaucoup de son argent et de nombreux chevaux achetés pour mener cette guerre. Ils brûlent ensuite la ville pour montrer qu’ils adhèrent à présent pleinement aux préceptes du chef arverne et pour tenter de se faire pardonner leur collaboration avec les Romains. Pour les Eduens, le changement d’alliance reste néanmoins une opération délicate. Ils tiraient en effet le plus grand bénéfice de la coopération avec les Romains qui leur avaient accordé le quasi monopole de l’importation des marchandises produites chez eux, ce qui leur avait permis d’étendre considérablement leur influence au détriment des Arvernes, mais ils risquent à présent de tout perdre. Ils invitent donc Vercingétorix à Bibracte pour discuter du partage du pouvoir et de la direction de la suite des opérations. Celui-ci demande alors à ce que l’assemblée des Gaules soit convoquée pour en décider. L’arverne ressort grand vainqueur du vote. Il obtient le commandement unique de l’armée gauloise; les Eduens deviennent de fait ses vassaux. Vercingétorix a atteint l’objectif politique qu’il s’était fixé: rétablir l’hégémonie de son peuple sur les autres tribus gauloises; seuls les Lingons et les Rèmes sont encore fidèles à Rome. Il ne lui reste plus qu’à se débarrasser des Romains pour que la victoire soit totale.

Toutes les nations lui livrent des otages, mais il n’exige pas de nouvelles troupes, hormis de la cavalerie. Il compte poursuivre sa stratégie de la terre brûlée pour affamer l’ennemi tout en évitant une bataille en ligne. Il lui faut encore empêcher que des secours puissent venir de Gaule Cisalpine ou Transalpine; aussi envoie t-il dix mille fantassins et huit cents cavaliers éduens et ségusiaves porter la guerre chez les Allobroges qu’il espère convaincre de se joindre à lui, leur conflit avec Rome. Plus au sud, les Gabales assistés de quelques Arvernes sont chargés de dévaster le territoire des Helviens, tandis que les Cadurques et les Rutènes doivent en faire autant chez les Volques Arécomiques. De ce côté, tout se passe bien, même si les Helviens préfèrent prendre l’initiative de l’attaque plutôt que d’attendre l’invasion, ils sont battus et leur chef Caburus est tué. Par contre , les Allobroges résistent. Les nombreux postes qu’ils ont installés le long du Rhône empêchent la coalition de le franchir. Ils n’ont en effet aucune raison de s’impliquer dans ce conflit vu qu’ils n’ont reçu aucune aide de la part des Arvernes ou des Eduens lors de leur révolte contre Rome dix ans auparavant. Ce n’est toutefois qu’un demi-échec, le passage des 22 cohortes romaines susceptibles de venir au secours de César se trouvant bloqué. Le proconsul va donc en chercher ailleurs, chez les Germains où il embauche des mercenaires, surtout de la cavalerie qui lui fait défaut face aux 15 000 gaulois à cheval.

Ces renforts permettent à l’armée romaine de lever le camp. Suivie par les Gaulois, elle se dirige vers le territoire séquane en passant par le pays lingon, dans le but de rejoindre la Gaule Cisalpine pour la protéger d’une éventuelle invasion. Vercingétorix comprend le dessein du proconsul, mais il n’a pas l’intention de le laisser s’enfuir car il sait qu’en ce cas il reviendra plus tard et surtout plus nombreux. Il décide donc de passer à l’attaque. Sûr de la supériorité de sa cavalerie, il la divise en trois corps. Il en envoie un sur chaque aile romaine et le dernier au centre, tandis que l’infanterie reste en arrière. Il pense qu’il pourra ainsi immobiliser les légions qui se porteront au secours de leur cavalerie, ou alors qu’elles abandonneront leurs bagages et seront privées de ressources si elles sont gagnées par la panique. La bataille ne déroule pourtant pas comme prévu. César peut aussi se permettre de diviser ses forces de cavalerie en trois, et si elles sont mises en difficultés au centre et à gauche, les légions interviennent pour interrompre la poursuite gauloise, mais c’est sur la droite, là où se trouvent les Germains que la victoire se décide. Ils parviennent à prendre la colline qu’occupe la cavalerie gauloise, puis ils la poursuivent jusqu’à une rivière où Vercingétorix avait posté une partie de l’infanterie; elle est mise en déroute. Le reste de la cavalerie gauloise s’enfuit, craignant de se retrouver enveloppée. De nombreux soldats périssent, tandis que trois dignitaires éduens, Cotos, Cavarillos et Eporédorix sont faits prisonniers. Après cette défaite, Vercingétorix lève immédiatement le camp : c’est au tour des Gaulois d’être poursuivis par les Romains. Ils se réfugient sur les hauteurs de l’oppidum d’Alésia, non sans avoir encore perdu 3 000 hommes à l’arrière garde. Le siège débute.

Vercingétorix a installé son camp, protégé par une muraille et un fossé, au pied de l’oppidum d’Alésia. Les Gaulois occupent à nouveau ce genre de forteresse depuis l’invasion du pays par les Cimbres et les Teutons quelques décennies plus tôt. Il est situé sur une colline et très bien fortifié, donc difficilement prenable d’assaut, mais contrairement à Gergovie, il n’est pas accolé au reste du massif mais isolé. Cela permet aux Romains d’entreprendre la circonvallation du site, c’est à dire de l’entourer complètement d’un fossé et d’une palissade, dans le but d’empêcher le ravitaillement de parvenir à l’ennemi et de le priver de toute possibilité d’emmener les chevaux au pré. Pour éviter d’être prise au piège, la cavalerie gauloise lance une nouvelle offensive contre son homologue romaine avant que les travaux ne soient achevés. Cela se solde encore une fois par un échec, grâce aux mercenaires germains. Vercingétorix en tire la conséquence : il profite de la brèche encore ouverte dans le dispositif romain pour renvoyer toute cette noblesse à cheval dans ses foyers, avec consigne de revenir aussi vite que possible accompagnée de tout ce qu’il reste d’hommes aptes au combat, afin d’assiéger l’assiégeant. Il dispose d’assez de vivres pour tenir un mois avec ses 80 000 soldats.

Informé de ces dispositions, César entreprend de nouveaux travaux, cette fois-ci une contrevallation de 14 000 pas, c’est à dire la même chose que pour la circonvallation, mais dirigé vers l’extérieur au lieu de l’intérieur. L’ouvrage est impressionnant par sa dimension, mais aussi par sa conception. Un premier fossé de 6 m de large et autant de profondeur, tiré entre les deux cours d’eau qui passent de part et d’autre de la colline, barre la plaine qui en commande l’accès de manière à empêcher que les troupes assiégés, qui tentent régulièrement des sorties, ne puissent arriver en masse au pied des remparts situés à 120 m de là et à maintenir les soldats qui travaillent à son érection hors de portée des archers ennemis. La palissade se trouve elle-même dressée sur un remblai de 3,5 m de haut hérissé de pieux à la jonction entre la partie en terre et la partie en bois. Une tour de défense s’élève tous les 24 m tout au long du rempart. La terre nécessaire au remblai provient des deux fossés de 4,5 m de largeur et de profondeur, dont l’un rempli d’eau, qui doivent maintenir l’assaillant à distance. Avant d’arriver là, il fallait encore franchir un no man’s land composé de trois sortes de pièges différents, soit de nombreux petits trous garnis de pointe en fer, puis huit rangs d’autres trous disposés en quinconce, coniques, de 90 cm de profondeur garnis d’un pieu durci au feu dissimulé sous des broussailles, et pour finir, une tranchée de 6 m de large et 1,5 m de profondeur pleine de troncs et de grosses branches taillés en pointe dignes de barbelés. L’ouvrage est gardé par des soldats repartis dans 23 forts tout au long du circuit. Les pires craintes de Vercingétorix en ce qui concerne l’art romain du siège se trouvent donc confirmées. Les Gaulois en sont réduits à attendre passivement l’armée de secours.

Ces renforts se font attendre plus que prévu. Il faut en effet 6 semaines au lieu de 4 pour rassembler les 240 000 guerriers et 8 000 cavaliers venus de toute la Gaule. On peut s’interroger sur les raisons de ce retard, alors que le facteur temps est déterminant pour la réussite de l’opération, les assiégés s’affaiblissant un peu plus à chaque jour qui passe au-delà du délai imparti, César ayant même refusé que les civils quittent l’oppidum pour accélérer le processus. Bien sûr, les raisons peuvent être uniquement techniques, rassembler autant d’hommes n’est pas une mince affaire et assurer leur ravitaillement est encore plus difficile, mais cela traduit peut être aussi des dissensions politiques entre les diverses factions gauloises comme la répartition du commandement de l’armée de secours pourrait l’indiquer. Si Vercingétorix avait obtenu d’être reconnu comme chef unique de la coalition, le pouvoir est cette fois-ci partagé en trois. Ce qui évoque inéluctablement une forme de triumvirat. Il se peut que César se serve de cet épisode pour mettre en garde ses concitoyens romains contre les dangers de ce système de gouvernement plutôt qu’il ne décrit fidèlement la réalité historique, mais il semble quand même que cela reflète assez bien à la situation gauloise. Une partie des troupes se retrouvent sous les ordres des Arvernes représentés par Vercassivellaunos, un cousin de Vercingétorix; ils contribuent eux-mêmes avec leurs clients à hauteur de 35 000 hommes. Une autre partie revient aux Eduens menés par Eporédorix et Viridomaros qui fournissent le même contingent, et la dernière est attribuée aux Belges, par l’intermédiaire de l’Atrébate Commios. Les autres tribus doivent se répartir en fonction des affinités qu’elles ont avec l’une de ces trois factions. En dehors des Rèmes et des Lingons, toujours fidèles à Rome, et des Trévires, au prises avec les Germains, seuls les Bellovaques revendiquent leur indépendance et refusent dans un premier temps de s’impliquer dans le conflit, mais Commios finit par les convaincre de lui donner 2 000 soldats au lieu des 10 000 initialement prévus. La répartition a dû se faire dans un souci d’équilibre numérique, pour éviter qu’un clan puisse prétendre avoir eu un rôle plus important que les autres, aussi ce ne sont pas tous les hommes disponibles qui sont envoyés, comme Vercingétorix l’avait demandé. Chaque tribu participe à la coalition selon un quota qui correspond à sa taille, mais aussi au poids politique qui lui est accordé, sinon le facteur démographique aurait certainement joué en faveur des Arvernes dont le territoire était très peuplé. Cela a dû être l’objet d’âpres négociations qui peuvent à elles seules expliquer le retard pris, d’autant plus qu’il subsiste toujours des partisans des Romains, artisans et commerçants qui s’enrichissent grâce au échanges avec eux, à la fois chez les Arvernes et les Eduens. Tous doivent être préoccupé par ce qui pourrait advenir en cas de victoire. Il y a fort à parier qu’en ce cas ils seraient tentés de régler leurs comptes, tout d’abord avec les Rèmes et les Lingons, puis entre eux, toutes les alliances étant possibles. Bien que cela soit peu probable, les Arvernes et les Eduens pourraient se retourner ensemble contre les Belges (fortement influencés par la culture germanique) et les Armoricains (eux aussi indépendants car tournés vers le commerce maritime) déjà affaiblis par les Romains avant de se disputer l’hégémonie, mais plus vraisemblablement, l’un des deux gros pourrait être tenté de faire alliance avec les plus petits, les Arvernes arguant que ce sont les Eduens qui ont fait appel à Rome qui sont à la source de tous leurs malheurs, et les Eduens avançant qu’ils ont fait tout ce qu’il pouvaient pour modérer les ardeurs de César en participant à la conquête tandis que les Arvernes restaient complètement passifs. Autrement ces deux tribus auraient risqué de tomber dans la guerre civile, alors autant désigner l’autre comme nouvel ennemi. Bref, la Gaule aurait eu toutes les raisons de sombrer dans le chaos pour une assez longue période, ce qui aurait favorisé les tentatives d’invasion germaines, voire le retour des légions romaines. Paradoxalement, une défaite serait par contre susceptible d’amener plus de stabilité, l’arbitrage revenant aux Romains. Ces considérations ont aussi pu convaincre les Gaulois de ne pas trop se hâter pour rejoindre Vercingétorix.

Tout cela n’empêche pas l’armée de secours de passer à l’offensive dès l’installation du camp terminée, le lendemain de son arrivée. La cavalerie gauloise se déploie alors dans la plaine de son côté des fortifications romaines, tandis que du leur, les assiégés sortent et s’emploient à combler le fossé qui les maintient à 400 pas du rempart. La bataille entre les deux corps de cavalerie s’engage vers midi et dure jusqu’à la tombée de la nuit sans qu’aucun des deux camps ne prennent l’avantage, jusqu’à l’intervention décisive des Germains qui repoussent les cavaliers Gaulois et massacrent les quelques archers et soldats qui les soutenaient. Voyant cela, Vercingétorix rentre à Alésia sans avoir eu l’occasion de combattre. Le jour suivant, les secours changent de tactique, les soldats passent la journée à confectionner des claies, des échelles et des grappins pour monter à l’assaut des remparts. Ils attendent le beau milieu de la nuit pour sortir discrètement du camp et lancer l’attaque. Au cri des assaillants, Vercingétorix ordonne une nouvelle sortie. Une grêle de flèches s’abat sur les défenseurs romains qui répliquent avec leurs frondes et les scorpions qui leur permettent de lancer des traits à une cadence élevée. L’obscurité aidant, de nombreux soldats sont blessés de part et d’autre; les Romains ne tiennent que grâce à l’aide des troupes qui accourent des forts plus éloignés de l’attaque. Les nombreux pièges disposés en avant des fortifications empêchent ce pendant les Gaulois d’arriver en masse au pied des remparts, soit qu’ils y tombent, soit qu’ils se trouvent ralentis à une distance où les traits les percent à tous les coups. Aussi n’arrivent-ils pas à créer de brèche dans la palissade avant le lever du soleil. Ils craignent alors d’être enveloppés par les légions qui commencent à sortir des camps situés sur les hauteurs et se retirent. Du côté des assiégés, Vercingétorix et ses hommes ont perdu beaucoup trop de temps pour combler le fossé qui barre la plaine, ils ne parviennent pas à le franchir et à rejoindre le pied du rempart pour obliger les Romains à se battre sur deux fronts avant le retrait de leurs alliés de l’extérieur; ils rentrent derechef sans avoir affronté l’ennemi.

Ces deux attaque en plaine ayant été infructueuses, les Gaulois échafaudent un nouveau plan. Cette fois-ci, il s’agira d’attaquer directement une partie du camp sous la responsabilité de deux légions commandées par C. Antistius Réginus et C. Caninius Rébilus. A cet endroit, les retranchements ont été construits à mi-côte d’une colline qui n’a pu être complètement incluse dans les fortifications, ils peuvent donc être approchés en surplomb. Cette mission échoit à Vercasivellaunos accompagné de 60 000 soldats d’élite. Ils quittent secrètement le camp gaulois à la nuit tombée pour aller prendre position à l’abri des regards romains, derrière la crête de la colline. Arrivés là avant l’aube, ils se reposent en attendant l’assaut qui ne doit être donné qu’à midi. A l’heure dite, ils sortent de leur cachette et s’élancent à l’assaut du camp romain. Dans le même temps, la cavalerie revient à la charge dans la plaine tandis que le reste de l’armée gauloise sort du camp et se range en ordre de bataille. Vercingétorix et les assiégés sortent à leur tour de l’oppidum pour se ruer sur les retranchements ennemis. Les Romains ne savent plus où donner de la tête; la situation devient particulièrement critique sur les hauteurs où Réginus et Rébilus sont dépassés, Vercasivellaunos et ses hommes ayant réussi à combler les pièges pour atteindre le pied du rempart. De sa colline située à l’opposé du lieu du combat, Titus Labiénus voit que la situation tourne à l’avantage des Gaulois. Il décide donc de se porter au secours de ses collègues en difficulté avec six cohortes. César nous dit que c’est lui qui ordonne ce mouvement décisif à son lieutenant, mais il cherche probablement à minimiser le rôle de son subalterne pour s’arroger tous les lauriers de la victoire; Labiénus ayant à plusieurs reprises démontré qu’il était un plus fin stratège que son chef, il n’avait certainement pas besoin d’attendre un ordre pour en prendre l’initiative.

Pendant ce temps, les assiégés renoncent à se rendre maître des fortifications de la plaine trop étendues. Ils regroupent tous leurs moyens « sur les hauteurs » (César ne précise pas l’endroit exact), où ils parviennent à faire une brèche dans la palissade et à s’y engouffrer. Le proconsul y envoie le jeune Brutus avec six cohortes, puis Fabius avec sept autres avant de s’y rendre lui-même avec des troupes fraîches. Une fois les Gaulois repoussés hors de l’enceinte, César se dirige à son tour sur la zone attaquée par Vercasivellaunos où Labiénus tient grâce aux 39 nouvelles cohortes qu’il a rassemblées. Il arrive accompagné d’une partie de la cavalerie tandis que l’autre fait le tour par l’extérieur pour prendre l’ennemi à revers. Le nombre permet aux Romains de reprendre l’avantage. Les Gaulois subissent de lourdes pertes. Sédullus, chef des Lémovices, est tué, tandis que Vercasivellaunos est fait prisonnier. Vercingétorix constate le désastre et se retire dans l’oppidum. Lorsque la nouvelle parvient au camp de l’armée de secours, les guerriers plient bagage et décident de rentrer chez eux. Les derniers espoirs des assiégés s’envolent avec eux. La cavalerie part à la poursuite des fuyards pendant la nuit; elle tue ou fait prisonnier une grande partie de leur arrière garde.

Le lendemain, Vercingétorix dépose les armes aux pieds de César pour éviter un massacre, puis il est couvert de chaînes pour être emmené à Rome où il servira de trophée après avoir été traîné à la suite de l’armée de son vainqueur tout au long de sa campagne contre les partisans Pompée, soit six longues années. Les autres guerriers prisonniers sont réduits en esclavage puis distribués aux légionnaires à raison d’un par tête, à l’exception des Eduens, entraînés dans la coalition presque malgré eux, mais aussi des Arvernes qui en sont pourtant à l’origine. La clémence à géométrie variable du proconsul reflète parfaitement la situation politique gauloise. Il épargne également les deux tribus les plus puissantes, à la tête desquelles il place ses partisans après avoir reçu leur soumission, car il compte tirer profit du commerce qu’il fera avec elles une fois qu’il aura attribué les marchés à ses clients, tandis qu’il dépouille les autres de leurs forces vives pour s’enrichir sur le champ tout en soignant sa popularité auprès de ses troupes. Tout cela lui sert à consolider son pouvoir à Rome où Pompée s’emploie à tenter de l’évincer. Cette année là, il décide de passer l’hiver à Bibracte où il s’efforce de stabiliser enfin la Gaule plutôt que de rentrer en Italie comme il en a l’habitude.

Eva Joly a raison de jeter un pavé dans la mare

Pourquoi la proposition d’Eva Joly d’accorder un jour férié pour Kippour et l’Aïd-el-Kebir suscite t-elle une pareille levée de boucliers de la part tous les partis ? Peut être est-ce parce que le moment est mal choisi; tous approuvent en effet quasi unanimement le mot d’ordre donné par François Bayrou: « achetez français! ». Il est alors assez mal venu de rappeler que ce slogan nationaliste était étroitement associé à l’idée que nos colonies nous permettraient de surmonter la crise économique, à la fois dans les 1930, mais surtout dans les années 1880 sous l’impulsion de Jules Ferry. Par deux fois cela a abouti à une guerre mondiale.

Ne serait-il pas temps que nous reconnaissions ce que l’étranger a apporté à notre pays ? Nos racines chrétiennes doivent-elles nous forcer à scier nos branches juives, maghrébines ou encore asiatiques et africaines ? La connotation religieuse n’est sûrement pas la plus judicieuse qui soit, mais sans l’apport de ces cultures à notre patrimoine nous serions probablement aussi dégénérés que les familles royales consanguines qui ne se reproduisaient qu’entre elles pour garder le pouvoir. Une des grandes vertus du christianisme n’est-elle pas justement d’éviter ce problème en intégrant l’autre par le baptême ? Un jour férié pour ces autres cultures ne serait alors qu’une forme de baptême laïque qui officialiserait leur appartenance à la communauté nationale.

La notion d’Europe n’est née qu’avec la Renaissance, lorsque les Arabes ont été repoussés de l’autre côté de la Méditerranée avec la prise de Grenade en 1453; c’est avant cela qu’on parlait de Chrétienté pour définir ce que nous sommes. Ce renouveau qui nous a permis de dominer le monde doit beaucoup aux travaux des Arabes qui nous ont alors été apportés par les Juifs chassés d’Espagne par Isabelle la Catholique. Averroès, Avicenne et tant d’autres ont fait évoluer notre manière d’envisager les choses grâce à leurs traités de médecine, qui sont restés une référence pendant des siècles, de mathématiques, dont beaucoup s’appuyaient sur les avancées venues d’Inde, comme le zéro qui se dit sifr en arabe et a donné le nom de chiffre et permis de passer à la notation décimale si pratique qu’elle a envoyé la notation romaine aux oubliettes, mais aussi de politique et de philosophie, grâce à leurs traduction des auteurs grecs si déterminants dans l’avènement de notre démocratie. A cette même époque, nous produisions le « Malleus Maleficarum », le « marteau des sorcières » d’Heinrich Kramer dit Henri Institoris, qui a donné lieu à la chasse aux sorcières, et encore Torquemada, grand manitou de l’inquisition espagnole, de sinistre mémoire. Est-ce trop demander que d’accorder un jour férié à ceux qui nous apporté un peu de lumière en ces temps d’obscurantisme ? La période que nous vivons est angoissante au possible, mais nous ne gagnerons assurément rien en nous repliant sur nous mêmes à part la guerre, la mort et la destruction. Qui alors nous accordera le Grand Pardon ?

P.S. En même temps, je me méfie énormément de l’écologie en tant que programme politique, cela aussi m’évoque l’inquisition.

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De Gergovie à Alésia (1)

Au printemps de l’année 52 av JC, une large coalition gauloise s’est formée autour des Arvernes. Elle regroupe presque toutes les tribus, à l’exception notable des Trévires qui redoutent une invasion des Germains, des Lingons et des Rèmes, fidèles à Rome, mais surtout des Eduens, principaux alliés de Jules César depuis le début de son incursion en Gaule. Les hostilités ont commencé dès Janvier avec le massacre des marchands romains de Cénabum (Orléans) par les Carnutes qui a incité Vercingétorix à prendre le pouvoir chez les Arvernes, puis à fédérer un grand nombre de peuples contre l’occupation romaine. Ils n’arrivent cependant pas à empêcher César de rassembler son armée à Agedincum (Sens), bien qu’il se trouve lui-même en Italie lorsque la révolte éclate et que ses légions stationnent dans diverses régions du nord de la Gaule. Le proconsul fait alors rapidement tomber Vellaunodunum, chez les Sénons, suit Cénabum, où la population est exterminée par vengeance, puis il entre en territoire Biturige, allié des Eduens, où il s’empare de Novidunum (Nevers). A ce moment, Vercingétorix décide de pratiquer la politique de la terre brûlée pour affamer les soldats ennemis et de détruire les villes qui pourraient être les prochaines cibles des Romains, mais Avaricum (Bourges), capitale des Bituriges, est épargnée à leur demande. Elle est à son tour assiégée et finit par céder après une longue résistance de ses habitants qui se voient alors eux aussi massacrés jusqu’au dernier. L’autorité de Vercingétorix, qui avait prôné son évacuation et sa destruction pour épargner des vies, n’en est que renforcée; il convainc de nouvelles tribus de rallier sa cause. Pendant ce temps, César est appelé à arbitrer le conflit qui oppose deux chefs qui se disputent le pouvoir chez ses amis Eduens avant de retourner à l’offensive vers Gergovie, capitale des Arvernes, avec six légions, tandis qu’il charge Titus Labiénus et quatre autres légions de s’occuper du cas des Sénons et des Parisii qui risqueraient de couper son ravitaillement s’il les laissait dans son dos.

Pour atteindre son objectif, César doit franchir l’Allier. Les deux armées avancent donc parallèlement, chacune de son côté de la rivière dont les Gaulois ont pris la précaution de détruire tous les ponts. Pour remédier au problème, le proconsul a recours à la ruse. Il dissimule deux légions sous le couvert de la forêt tandis que le reste des troupes continue sa progression; il est naturellement suivi par l’ennemi qui ne s’est aperçu de rien. Il attend que tout ce petit monde se soit suffisamment éloigné, puis fait sortir ses hommes qui s’empressent de rétablir la jonction avec l’autre rive en se servant des pilotis d’un ouvrage dont seul le tablier a été démonté. Les soldats n’ont plus qu’à traverser pour établir une ligne de défense, avant que le gros de l’armée ne soit rappelé et franchisse à son tour la rivière en toute tranquillité. Quand il s’aperçoit qu’il est trop tard pour empêcher le déferlement des troupes romaines sur ses terres, Vercingétorix décide de rejoindre au plus vite l’oppidum de Gergovie, car il ne veut absolument pas se risquer à un combat en ligne en rase campagne, domaine de prédilection des légions.

César ne tarde pas à arriver sur les lieux. Il ne peut que constater que la configuration du terrain lui est très défavorable, l’oppidum étant situé en haut d’une montagne de 700 m aux versants escarpés en plus d’être bien fortifié et défendu par le camp gaulois qui s’étend devant ses remparts. Il établit lui-même son camp sur une colline séparée du massif principal et s’occupe tout d’abord à sécuriser son approvisionnement. Il s’empare ensuite d’un poste avancé gaulois, peu défendu selon ses propres dires, situé sur une colline au pied de l’oppidum. Il y établit un camp secondaire, relié au camp principal par un double fossé de manière à ce que les soldats puissent circuler dans la tranchée entre les deux sans être exposés à l’ennemi. Ainsi, il espère priver les assiégés d’une grande partie de leur eau et les empêcher de mener leurs chevaux au pré. Des escarmouches ont quotidiennement lieu entre les deux corps de cavalerie.

Pendant ce temps, les 10 000 fantassins éduens exigés par César se sont mis en marche avec Litaviccos à leur tête. Ils se trouvent devant un choix pour le moins délicat. Conformément à leur titre de « peuple ami de Rome », ils ont jusque là toujours apporté leur soutien à l’action de César, même si des dissensions sont apparues dès le début de son intervention et qu’il y ont mis plus ou moins de zèle, surtout sous l’influence de Dumnorix qui avait encouragé les siens à ne pas livrer les vivres promis lors de la guerre contre les Helvètes, puis avait déserté les rangs romains avec toute sa cavalerie lors de la seconde expédition en (Grande-)Bretagne avant d’être rattrapé et tué. A cette époque, aucune autre tribu n’avait suivi le mouvement qu’il tentait d’initier, pas même les Arvernes, alors que Vercingétorix était certainement le chef de leur corps expéditionnaire. Dumnorix, qui avait la mainmise sur le commerce, a dû être le premier à sentir, après la conquête de la Gaule Belgique et de la côte Atlantique, que les Gaulois ne seraient pas les principaux bénéficiaires de l’extension du marché, mais qu’elle servait avant tout à enrichir César pour qu’il puisse assouvir ses ambitions politiques à Rome, et qu’ils y perdraient finalement leur indépendance. Deux ans plus tard, ce sentiment a petit à petit fini par s’imposer à la grande majorité des peuples, y compris parmi les alliés et les clients des Eduens, comme les Parisii, les Sénons et les les puissants Bituriges qui participent dorénavant activement à la coalition menée par les Arvernes, leurs principaux rivaux. Maintenant que l’équilibre des forces semble s’être inversé, ils risquent donc d’être isolés, de perdre leur hégémonie en Gaule et de voir leurs pairs se retourner contre eux en cas de victoire contre les Romains. Litaviccos et Convictolitavis, qui a pourtant reçu le pouvoir des mains de César, ont par conséquent décidé de changer de camp pour rejoindre celui de Vercingétorix. Le proconsul donne quant à lui une explication toute différente à ce revirement. Il prétend que les notables éduens se sont laissés séduire par les discours de l’émissaire arverne qui leur a promis la victoire s’ils se joignaient à la coalition, mais surtout qu’ils ont été achetés et qu’ils sont avant tout motivés par l’appât du gain, ce qui doit plutôt ressembler à la méthode qu’il a lui-même employé pour les convaincre de le suivre. Les soldats auraient quant à eux été dupés par Litaviccos qui aurait affirmé que tous les cavaliers que César avait exigé d’emmener avec lui à Gergovie avaient été tués par les Romains.

Toujours est-il qu’il apprend que la colonne éduenne a prévu de rejoindre le camp gaulois au lieu du sien alors qu’elle n’est pas encore arrivée. D’après lui, il aurait été informé de la trahison par Eporédorix, un aristocrate éduen. A cette nouvelle, César décide de les intercepter sur le champ avec quatre légions et toute la cavalerie pour les empêcher de passer à l’ennemi. Il aurait alors suffi qu’Eporédorix et Viridomaros se montrent aux leurs qui les croyaient morts pour qu’ils déposent les armes et implorent la pardon de César. Litaviccos et ses clients s’enfuient pour rejoindre Vercingétorix. Si la chose pouvait se régler aussi facilement, il aurait mieux fait de s’abstenir de déplacer 5 fois plus de soldats que ne comptaient les rangs éduens, mais il veut avant tout souligner qu’il sait se montrer clément envers ses ennemis (qu’il aurait très bien pu tuer sans enfreindre les lois de la guerre comme il le dit dans le courrier adressé aux Eduens), alors qu’il accuse leur population d’avoir pillé et massacré les citoyens romains qui se trouvaient sur leur territoire dès qu’ils ont appris la trahison de Litaviccos. Il se montre tout aussi magnanime avec ces civils qu’il pardonne également après qu’ils se soient ravisés en apprenant que leurs troupes sont à nouveau dans le camp de César. Nul doute que le message qu’il désire faire passer est essentiellement destiné à rassurer les citoyens de Rome qui pourraient craindre qu’il ne soit tenté de régner par la terreur comme au temps de Caïus Marius s’il revenait au pouvoir; son livre ayant été publié bien avant qu’il ne franchisse le Rubicon avec son armée. Dans la suite du texte (Guerre des Gaules Livre VII §43), il prétend s’être attendu dès ce moment à un nouveau soulèvement des Eduens à la moindre occasion et qu’il cherche par conséquent un moyen de se retirer de Gergovie pour rejoindre Labiénus et ne pas être assailli de toutes parts, sans avoir pour autant l’air de fuir. La suite des évènements montre plutôt qu’à cet instant il croit encore dur comme fer qu’il peut rapidement remporter la victoire, mais a posteriori, il préfère dissimuler le fait qu’il a subi un grave échec militaire et commis une erreur qui aurait pu lui être fatale en se séparant de son meilleur lieutenant et en divisant ses forces.

En effet, à Gergovie, les Gaulois profitent de l’absence des deux tiers des légions pour attaquer en masse le camp romain. Beaucoup de défenseurs sont blessés par la grêle de flèches et de traits qui s’abat sur eux. Ils ne peuvent de plus pas être relevés de leur poste en haut des remparts étant donnée la taille imposante du camp et leur faible nombre, tandis que les ennemis voyaient sans cesse leurs troupes renouvelées. Seules leurs machines de guerre telles que les catapultes ou les balistes leur ont permis de tenir la position, mais Caïus Fabius craint que les Gaulois ne reviennent à l’assaut le lendemain et que ses hommes déjà fort éprouvés ne soient pas en mesure de réitérer l’exploit même s’il a pris la précaution d’ajouter es parapets aux remparts et de condamner toutes les portes sauf deux. Il dépêche donc d’urgence un courrier à César pour l’informer de la situation; celui-ci décampe en pleine nuit pour venir au secours de son lieutenant en péril et arrive avant l’aube. Les Gaulois renoncent à l’attaque.

Une fois de retour, le proconsul échafaude un plan pour s’emparer de l’oppidum. Son objectif ne semble pourtant pas très clair. Lors d’une visite du petit camp, il s’aperçoit que les Gaulois n’occupent plus une colline qui en était couverte les jours précédents. Vercingétorix considère que cet endroit est d’une importance vitale, si jamais les Romains venaient à s’en emparer, il ne pourrait plus descendre dans la plaine pour fourrager. Il l’a donc fait fortifier, et maintenant que les travaux sont terminés, ses troupes n’ont plus besoin d’y être présentes en si grand nombre pour la défendre. César y voit une opportunité. Il va faire croire à l’ennemi qu’il va attaquer là pour l’attirer, tandis qu’il enverra ses légions dans leur dos, directement sur l’oppidum. Pour faire diversion, des escadrons sortent pendant la nuit sans aucune discrétion, des muletiers déguisés en cavaliers s’éloignent dans la campagne, puis une légion entière se dirige vers ladite colline avant de se dissimuler dans un bois. Tous ces mouvements mettent la puce à l’oreille des Gaulois qui reviennent occuper en masse la position stratégique. Pendant ce temps, deux légions passent discrètement par petits groupes du grand au petit camp en profitant du couvert du fossé. Une fois les troupes réunies, le succès de l’attaque repose essentiellement sur la vitesse. La huitième légion atteint assez rapidement le camp gaulois malgré la raideur de la pente et l’étroitesse de sentier, puis elle y pénètre et en ravage une partie. César dit alors avoir atteint son objectif et fait sonner la retraite, mais que la topographie du terrain a empêché la huitième légion de l’entendre, aussi poursuit-elle l’assaut jusque sous les remparts de la ville. Mais à ce moment, l’effet de surprise est passé et les Gaulois reviennent, cavalerie en tête. Les Romains sont submergés, ils ne peuvent plus que reculer, mais au lieu de se replier en bon ordre, la panique les gagne lorsqu’ils voient surgir la cavalerie éduenne sur leur flanc droit qui est complètement découvert. Ils confondent alors leur allié avec l’ennemi et subissent de nombreuses pertes, César en avoue 700, mais il doit minimiser. Les rangs ne se reforment qu’une fois qu’ils sont revenus dans la plaine, après avoir effectué la jonction avec les dixième et treizième légions. Tous se retournent alors pour faire face aux troupes gauloises qui dévalent la colline. Vercingétorix ordonne d’arrêter la poursuite, le terrain plat étant à son désavantage. Les Gaulois regagnent donc leur camp. L’attaque romaine se solde par un échec, soit que les légions n’ont pas progressé assez vite pour prendre la ville, ou qu’elles n’ont pas réussi à bloquer le passage de la colline vers la ville pour isoler les troupes gauloises, ou encore que les Gaulois ne sont pas tombés dans le piège tendu par César en remontant immédiatement la colline au lieu de s’aventurer plus loin dans la plaine. Le proconsul n’assume cependant pas son erreur tactique, mais il en rejette la faute sur ses hommes qui se sont selon lui laissés aveugler par la perspective du butin.

Les deux jours suivants, Romains et Gaulois se retrouvent face à face dans la plaine sans que cela ne donne lieu à autre chose que quelques escarmouches entre les deux corps de cavalerie. Le troisième jour, César estime qu’il en a fait assez pour sauver la face et décide de lever le camp pour rejoindre le territoire éduen. Il apprend alors que Litaviccos l’a précédé pour soulever son peuple. Eporédorix et Viridomaros quittent par conséquent la colonne romaine avec toute la cavalerie éduenne: l’alliance avec les Eduens est définitivement morte. César s’en va rejoindre Labiénus à Agedincum (Sens) où sont restés les bagages gardés par les deux légions levées en début d’année.