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Archive for décembre 2011

Face à la crise, la Gaule se rassemble autour d’un chef

Au début de l’année 52 av JC, juste après la révolte des Carnutes et le massacre de Cénabum, Vercingétorix réussit, non sans mal, à pendre le pouvoir chez les Arvernes. Il déploie ensuite tous ses talents politiques pour rallier d’autres tribus à sa cause. Il réussit non seulement à convaincre les Lémovices et les Cadurques, traditionnels alliés des Arvernes, de le rejoindre, mais aussi les Pictons, peuple de la côte Atlantique qui avait pourtant fourni des navires à César dans sa guerre contre les Vénètes (ils n’ont peut être pas été très satisfaits de la part de marché du commerce maritime qu’ils ont obtenu en échange), ainsi que leurs voisins du nord, Andes et Turones, mais encore les Aulerques qui lui amènent le soutien de tous les peuples armoricains, et finalement les Carnutes, les Sénons et les Parisii, qui se sont déjà soulevés l’année précédente, mais font partie de la confédération éduenne pour les deux derniers. Tout cela doit être le fruit de longues négociations qui ne remontent certainement pas seulement à l’automne précédent, mais sont susceptibles d’avoir commencé deux ans auparavant lorsque César à contraint toute l’aristocratie gauloise à le suivre en (Grande-) Bretagne. Il ne s’arrête cependant pas là, il se rend lui-même chez les puissants Bituriges, alliés des Eduens et donc de Rome, qu’il persuade de rejoindre la coalition; tandis qu’il envoie le Cadurque Lucterius chez les Rutènes qui entrent à leur tour dans le combat avec leurs alliés Nitiobroges et Gabales. Ce dernier ralliement revêt une importance toute particulière, leur territoire étant situé à la frontière avec la province romaine de Gaule transalpine qu’ils menacent directement. César ne peut faire autrement que de se rendre immédiatement dans la région pour la protéger, bien qu’il redoute que les tribus gauloises qui lui sont fidèles ne se retournent contre lui s’il n’intervient pas rapidement.

Le proconsul réagit selon le plan de Vercingétorix qui consiste en effet à l’obliger à rester en Gaule transalpine pour l’empêcher de faire la jonction avec le reste de son armée qui hiverne au nord. La suite des évènements ne se déroule pourtant pas aussi bien que prévu. César comprend tout de suite ce que le chef gaulois a derrière la tête, aussi décide t-il de contrattaquer sur le champ plutôt que d’attendre le printemps. Il entreprend de se rendre directement sur le territoire arverne, ce qui surprendra son adversaire car il faut pour cela traverser les Cévennes, réputées infranchissables en hiver. Il y parvient malgré l’épaisse couche de neige qui recouvre les chemins. Il envoie alors la cavalerie dévaster la région qui se trouve autour de son camp, mais il ne reste lui-même que deux jours sur place, puis s’en retourne sous prétexte de chercher des renforts en laissant Brutus seul, avec pour consigne de continuer à ravager le pays autant qu’il le peut. La nouvelle que les Romains sont sur ses terres parvient très vite à Vercingétorix qui quitte aussitôt le territoire des Bituriges pour aller secourir les siens avec toute son armée. Pendant ce temps, César arrive à Vienne où l’attend un nouveau corps de cavalerie. Il ne s’y arrête pas, pas plus qu’il ne revient chez les Arvernes, il se dirige au contraire plein nord. Il traverse alors le territoire de ses amis éduens à marche forcée, pour rejoindre les deux légions qui ont pris leurs quartiers d’hiver chez les Lingons, eux aussi toujours fidèles à Rome, avant que les Gaulois ne réalisent qu’ils se sont fait berner. La diversion du proconsul a fonctionné à merveille, non seulement a-t-il réussi à retrouver une partie de son armée, mais les troupes gauloises se trouvent à présent trop loin pour intercepter les six légions stationnées chez les Sénons. Elles le rejoignent donc sans encombres à Agedincum (Sens) où Titus Labiénus arrive lui aussi depuis le territoire trévire avec les deux siennes. L’armée romaine est à présent au complet.

Vercingétorix ne peut que constater que son plan a échoué. Il fait demi-tour, revient chez les Bituriges pour repartir aussitôt chez leurs voisins Boïens, installés depuis peu sur le territoire des Eduens dont ils sont les vassaux par la volonté de César, suite à leur défaite aux côté des Helvètes. Le chef gaulois doit donc penser qu’il ne devrait pas être trop difficile de les convaincre de rejoindre la coalition anti-romains, mais cela non plus ne se passe pas comme prévu. Lorsqu’il arrive à Gorgobina, leur capitale, il trouve porte close. Peut être les Boïens savent-ils gré au proconsul de les avoir traité avec clémence et craignent-ils sa colère au cas ou ils se retourneraient contre lui, ou encore ont-ils l’impression d’avoir été trahis par les Gaulois lors de leur tentative de migration, toujours est-il qu’ils ne veulent pas trop s’impliquer dans cette affaire dont ils n’ont pas grand chose à attendre. Par conséquent, l’armée gauloise entreprend de faire le siège de la ville pour les faire plier. César ne peut rester sans réaction face au signe de fidélité que lui envoie ce peuple; il craint en effet que tous ses alliés gaulois ne passent à l’ennemi si d’aventure il abandonnait celui-ci à son triste sort. Il décide donc de venir à leur secours malgré les difficultés que risque de rencontrer son approvisionnement en cette saison où les chemins sont encore difficilement praticables. Il quitte Agedincum avec dix légions en laissant là tous les bagages sous la protection des deux restantes. Il ne marche pourtant pas directement sur Gogobina, mais se dirige sur le territoire des Sénons où il entreprend le siège de Vellaunodunum pour ne pas laisser derrière lui des ennemis susceptibles de le priver de ravitaillement. Entourée par 60 000 soldats romains, la ville ne met que trois jours pour littéralement rendre les armes. Elle doit en plus livrer 600 otages et tous ses chevaux. César ne reste pas plus longtemps. Son arrivée surprend ainsi les habitants de Cénabum (Orléans), ville des Carnutes. Ils tentent de fuir discrètement pendant la nuit en traversant un pont sur la Loire, mais le proconsul qui avait prévu cette éventualité ordonne aussitôt aux deux légion qui se tenaient prêtes de passer à l’assaut. Elles prennent la ville sans aucune difficulté, puis se vengent du massacre des marchands romains perpétré quelques semaines plus tôt en la pillant puis en la brûlant, mais aussi en exterminant méthodiquement toute sa population. A présent c’est au tour de Vercingétorix d’intervenir rapidement s’il ne veut pas voir ses alliés déserter ses rangs. César continue sur sa lancée, il franchit la Loire, entre en territoire Biturige et met le cap sur Noviodunum (Nevers) qui lui est livrée sans résistance. Cependant l’arrivée de la cavalerie gauloise change la donne. La ville reprend les armes tandis que la bataille s’engage à l’extérieur. Les Romains sont tout d’abord mis en grandes difficultés, mais le renfort d’environ 600 cavaliers fait finalement pencher la balance en leur faveur. Les Gaulois doivent se replier avant que l’infanterie soit arrivée, ce qui oblige Noviodunum à se rendre définitivement. Le rouleau compresseur romain reprend sa route vers Avaricum (Bourges).

Ces déconvenues ne découragent pourtant pas Vercingétorix. Il préfère néanmoins ne pas se risquer à affronter l’armée romaine dans une bataille en ligne, en tout cas pas avant qu’elle ne soit suffisamment affaiblie pour qu’il ait une chance de l’emporter. Aussi convainc t-il ses alliés de pratiquer la politique de la terre brûlée, d’emporter toutes les récoltes pour affamer l’ennemi et de détruire ensuite les villes pour qu’il n’ait pas de place forte où s’abriter. De petits groupes pourront par ailleurs se charger de harceler la cavalerie lorsqu’elle devra s’éloigner de la troupe pour fourrager. Toutes les cités à la portée des Romains sont donc incendiées le même jour, dont vingt rien que chez les Bituriges, mais leur capitale, Avaricum est épargnée en raison de sa position jugée imprenable, une colline entourée d’une rivière et de marais. Elle se retrouve assiégée. Il ne faut pas longtemps pour que les légions commencent à souffrir de la faim, leurs alliés Eduens ne leur fournissant des vivres qu’au compte goutte quand les convois ne sont pas interceptés. Les soldats s’affairent malgré tout à construire les machines destinées à prendre les remparts d’assaut, mais leurs efforts sont contrariés par les habitants de la ville qui incendient les tours de siège, harcèlent les travailleurs et creusent des mines pour atteindre la terrasse.

A ce moment (La Guerre des Gaules Livre VII §17 à 21), le récit de César prend une tournure étrange, qui n’a pas grand intérêt à priori, à moins qu’il ne tienne en fait un double langage destiné à ses contemporains et qu’il ne parle de la situation politique de Rome et de Pompée (j’utilise moi-même assez souvent ce procédé qui consiste à raconter une histoire qui n’a pas de lien évident avec le sujet qui m’intéresse vraiment. Cela donne rarement un résultat immédiat, mais ce n’est pas forcément l’objectif recherché. Le but est de creuser un sillon, de tracer un schéma mental qui sera revisité plus tard, pendant le sommeil. Les rêves se chargent alors tout seuls de remettre les choses à leur place. J’ai donc assez rapidement la puce à l’oreille quand quelqu’un d’autre l’emploie. Il y a presque un an, je m’intéressais à Bismarck pour tenter de comprendre où la crise que nous traversons pourrait nous amener. Je ne serais pas spécialement étonné que bientôt le triumvirat serve prochainement de modèle pour nous en parler avec le risque de voir se généraliser les gouvernements techniques ou d’union nationale comme en Italie ou en Grèce.) . Il commence par dire qu’il est prêt à lever le siège en raison de la famine qui règne, mais que ce sont ses propres soldats qui l’en dissuadent car « il valait mieux endurer toutes les extrémités que de ne point venger les citoyens romains égorgés à Cénabum par la perfidie des Gaulois.(La guerre des Gaules-Livre VII §17) », ce qui peut aussi bien se lire: « que de ne point venger les citoyens romains égorgés à Rome par la perfidie des sbires de Pompée » en plus de faire apparaître le proconsul comme protecteur plus soucieux de ses hommes que de ses propres intérêts. Il cherche aussi à se distinguer de Crassus qui a été tué d’un manière particulièrement cruelle par les Parthes à la bataille des Carrhes, en lui faisant avaler de l’or en fusion pour le punir de sa cupidité. La mort du plus fortuné des triumvirs et de son fils Publius, qui s’est brillament illustré lors des premières campagnes de la guerre des Gaules, privent César d’un soutien financier essentiel, ce qui l’oblige à remplir ses caisses au plus vite. Ce facteur n’est peut être pas étranger à l’accélération du conflit avec les Gaulois. Qui sait si les assassinats des marchands de Cénabum n’a pas été commandité par César lui-même et si Vercingétorix n’a pas été son complice dans le but d’établir sa domination sur les Eduens et leurs alliés. C’est fort improbable, mais le massacre de Cénabum et l’insurrection des Arvernes sont les deux arguments qui manquaient au proconsul pour justifier auprès du Sénat sa prise du pouvoir absolu sur toute la Gaule.

Ensuite, César apprend par des prisonniers que Vercingétorix a rapproché son camp d’Avaricum après avoir épuisé les ressources de la région où il se trouvait précédemment, mais qu’il est lui-même absent, car il est parti avec la cavalerie et l’infanterie légère pour tendre une embuscade à l’endroit où il pense que les Romains iront fourrager le lendemain. Il ordonne aussitôt aux légions de se mettre en marche pour aller surprendre l’armée gauloise. Ce choix est assez surprenant. Pourquoi lancer une attaque contre le gros des troupes plutôt que de tenter une action contre le corps expéditionnaire que commande Vercingétorix? Il fait exactement l’inverse de ce qui avait permis à Titus Labiénus de remporter la victoire sur les Trévires un peu plus d’un an auparavant. Celui-ci avait alors envoyé sa cavalerie appuyée d’un petit groupe de soldats à pieds dans le seul but de tuer leur chef Indutiomaros; sa mort avait dissuadé le reste des troupes de poursuivre l’attaque. On dirait que le proconsul ne tient pas tant que ça à faire cesser rapidement les hostilités, mais peut être ne sait-il tout simplement pas où se trouve Vercingétorix. Les éclaireurs gaulois constatent tout de suite le mouvement des légions, aussi leur armée a-t-elle le temps de cacher ses bagages et de se mettre en ordre de bataille sur les hauteurs d’une colline dont l’accès est rendu difficile par le marais qui l’entoure. Les soldats romains se préparent eux aussi au combat, mais César renonce à engager la bataille en voyant la topographie des lieux, il «  leur (aux soldats) représente « par combien de sacrifices, par la mort de combien de braves, il faudrait acheter la victoire ; il serait le plus coupable des hommes si, disposés comme ils le sont à tout braver pour sa gloire, leur vie ne lui était pas plus chère que la sienne. » (Guerre des Gaules, Livre VII §19) ». Il revient donc à Avaricum pour terminer les préparatifs de l’assaut. Son déplacement n’a servi à rien.

Transposons maintenant cet épisode à Rome. Dans ce cas, César nous dit tout d’abord qu’il savait dès le départ que l’assassinat de Clodius Pulcher n’était qu’un piège que lui tendait Pompée pour qu’il revienne dans la capitale afin qu’il puisse être poursuivi pour les malversations commises lors de son consulat. Aussi n’est-il pas tombé dedans, bien que Pompée n’ait rien fait pour faire cesser les troubles. Il explique ensuite qu’il a renoncé à intervenir avec les légions qu’il venait de lever car cela aurait inévitablement provoqué une nouvelle guerre civile meurtrière et qu’il ne souhaitait pas prendre le pouvoir dans ces conditions, mais qu’il a préféré s’occuper d’achever la conquête de la Gaule qu’il avait préparé de longue date. Cela n’a-t-il pas plus de sens?

Au chapitre suivant, Vercingétorix revient au camp, mais il est immédiatement accusé de trahison. Il est accusé d’avoir trop rapproché le campement de celui des Romains, de s’être éloigné inconsidérément sans laisser à personne le commandement et finalement d’avoir communiqué la position de l’armée à l’ennemi pour négocier le partage du pouvoir avec César. Il se défend habilement de toutes ces accusations, il a fait lever le camp car le fourrage était épuisé, a fait établir le nouveau dans un endroit imprenable où la présence de la cavalerie était inutile tandis qu’elle servait leurs intérêts là où il l’avait menée, et il n’a laissé le commandement à personne de peur que le nouveau chef n’engage une action pour plaire aux soldats fatigués de parcourir le pays en tous sens sans jamais rencontrer l’ennemi, alors que la victoire peut s’obtenir sans verser une goutte de sang, César, accablé par la famine, étant sur le point de lever le siège selon le témoignage de prisonniers romains « instruits d’avance de ce qu’ils doivent répondre ». Quant à l’arrivée des légions, elle ne peut être que le fruit du hasard, mais s’il devait y avoir eu trahison, le petit groupe qui en aurait été responsable n’avait pas dû passer inaperçu du haut de la colline lorsqu’il avait fui lâchement le champ de bataille. Lui-même « ne désirait pas obtenir de César par une trahison une autorité qu’il pouvait obtenir par une victoire qui n’était plus douteuse à ses yeux ni à ceux des Gaulois ; mais il est prêt à s’en démettre, s’ils s’imaginent plutôt lui faire honneur que lui devoir leur salut (La guerre des Gaule-Livre VII §20)». Cette dernière partie ne serait-elle pas purement et simplement un aveu de la part de César qu’il a effectivement passé un pacte avec Vercingétorix dans le but de prendre ensemble le contrôle de la Gaule? Des rumeurs qui vont dans ce sens doivent en tout cas courir à cette époque. De nos jours encore, présenter comme invraisemblables des faits embarrassants qui ne sont pourtant que pure vérité est une des techniques favorites de nos dirigeants pour couper l’herbe sous le pied de leurs détracteurs. C’est vieux comme le monde.

Le doute est d’autant plus renforcé par le chapitre suivant qui voit le chef gaulois confirmé dans ses fonctions par acclamation de la foule, ce qui ne peut que rappeler la manière dont Pompée a obtenu de se voir confier seul les rênes du pouvoir à Rome, lui qui avait effectivement conclu un pacte du même genre avec César. Les reproches que les Gaulois font à Vercingétorix pourraient tout aussi bien s’appliquer à ce que Pompée a manigancé à Rome pour se débarrasser de son rival cantonné en Gaule. Il s’est en effet rapproché des ennemis de César, les optimates, puis il laisse le chaos s’installer sans intervenir ni désigner personne pour s’occuper de rétablir l’ordre jusqu’à ce qu’il trouve un arrangement avec Caton et Bibulus, les plus féroces opposants de César, qui finissent par demander sa nomination en tant que sole consul, à la grande satisfaction du peuple qui acclame cette décision. Le proconsul en profite au passage pour dire à ceux de son parti qui seraient tentés de le trahir qu’il saura s’en souvenir. Pour finir, les Gaulois choisissent d’envoyer 10 000 hommes en renfort dans Avaricum pour ne pas laisser la gloire aux seuls Bituriges en cas de victoire, soit à peu près le même nombre d’hommes que comptent les deux légions que Pompée a prêté à César. L’amalgame qu’il fait entre ses deux ennemis paraît on ne peut plus évident, aussi Pompée est-il averti du sort qui lui sera réservé s’il s’obstine à persévérer dans la voie sur laquelle il s’est engagé.

Le siège d’Avaricum se poursuit, mais les tentatives d’assaut sont à chaque fois repoussées. Les Gaulois s’aventurent même à lancer une contrattaque, sans plus de résultat. Vercingétorix aurait alors donné l’ordre de quitter la ville, mais les femmes auraient réussi dissuader les guerriers de les abandonner. Avaricum finit tout de même par tomber à la faveur d’une attaque menée sous une pluie battante qui surprend les assiégés dont l’attention s’est momentanément relâchée. L’opération tourne au carnage, ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards ne sont épargnés. Seules 800 personnes, sur les 40 000 âmes que comptait la cité, parviennent à échapper au bain de sang pour rejoindre le camp de Vercingétorix qui dès lors sera toujours fortifié. Le chef gaulois exhorte ses troupes à ne pas se laisser abattre par cette abominable défaite due à l’entêtement des Bituriges à ne pas vouloir évacuer leur capitale lorsqu’il était encore temps, comme il l’avait personnellement recommandé, ainsi qu’à l’art romain du siège et non à la supériorité des légions au combat. Il s’engage par ailleurs à gagner à sa cause les peuples qui hésitaient jusque là à le suivre, mais qui ne pourront rester insensibles plus longtemps à l’ignoble barbarie de l’envahisseur. Il y parviendra en effet. Pendant ce temps, les légions se requinquent grâce aux vivres dont ils se sont emparés et se reposent en prévision de la suite de la campagne. Elle est toutefois retardée malgré l’arrivée du printemps, car les Eduens viennent demander à César de trancher dans un conflit politique qui divise leur peuple.

Même s’il doit certainement être authentique, trop de témoins étant susceptibles d’attester de la vérité au cas où ce ne serait que pure invention, ce passage donne une nouvelle occasion au proconsul de discréditer son adversaire, Pompée. En effet, contrairement aux institutions éduennes qui n’admettent à leur tête qu’un seul vergobret, élu pour un an par un conseil dirigé par les druides, deux chefs, Convictolitavis et Cotos, se partageaient alors le pouvoir, ce qui faisait peser la menace d’une guerre civile sur le pays (A Rome, c’est exactement l’inverse, Pompée est seul consul alors qu’il en faudrait deux). César, craignant que le parti qui se croirait le plus faible finisse par appeler Vercingétorix à son secours, décide par conséquent de se rendre sur leur territoire, le vergobret ne pouvant quant à lui le quitter pendant la durée de son mandat sans se mettre hors la loi, dans le but qu’il ne puisse pas conduire de guerre extérieure et se comporter comme un roi(le jeu de miroir continue, César de son côté ne peut pas se rendre à Rome tant qu’il n’a pas licencié son armée et qu’il n’est pas redevenu simple citoyen. Il insiste d’ailleurs lourdement sur le fait qu’il respecte scrupuleusement les lois là où Pompée s’en affranchit, dix ans ne s’étant pas écoulés entre ses deux mandats de consul). Toujours dans un souci de légalité, il désigne Convictolitavis comme seul représentant de son peuple, celui-ci ayant été élu dans les règles, tandis que Cotos a été investi en dehors du lieu prévu à cet effet, de plus par son propre frère, ce qui était strictement interdit, deux personnes de la même famille ne pouvant siéger au sénat en même temps (la même interdiction n’était pas en vigueur à Rome, mais lorsque Pompée choisit de nommer un deuxième consul pour contrebalancer son pouvoir et marquer son attachement aux institutions, il ne prend nul autre que Metellus Scipion, son propre beau-père: il se comporte comme un roi). Une fois cette affaire réglée, César demande aux Eduens de lui fournir toute leur cavalerie et 10 000 hommes de troupe au plus vite, puis il revient à la tête de son armée, confie quatre légions à Titus Labiénus qu’il charge d’aller chez les Sénons et les Parisii, tandis que lui-même, accompagné de six autres légions, prend le chemin de Gergovie…