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César en terre inconnue

En 55 av JC,la guerre des Gaules se poursuit, mais les objectifs de Jules César semblent radicalement différents de ceux des 3 années précédentes. S’il pouvait jusque là faire croire qu’il s’employait uniquement à protéger Rome du risque d’une nouvelle tentative d’invasion par les barbares tout en conquérant de nouveaux territoires à même de limiter la dépendance de son pays aux importations de blé égyptien, il devient alors évident qu’il œuvre au mois autant pour accroitre son prestige personnel ainsi que sa fortune tout comme l’avait fait Pompée en Asie quelques années auparavant.

La campagne commence par une intervention contre les Usipètes et les Tenctères, des peuples germaniques chassés de leur territoire par les Suèves qui cherchent à s’installer ailleurs depuis 3 ans. Ils se sont par conséquent mis en marche contre les Ménapes au printemps et ont réussi à s’emparer d’une petite partie de leur territoire en les repoussant sur la rive gauche du Rhin. César et ses légions viennent alors à leur rencontre sous le prétexte que Rome est garant de la sécurité des Gaulois alors même qu’il a échoué à soumettre les Ménapes à son autorité l’année précédente. L’affrontement n’a cependant pas lieu, les Germains préfèrent en effet négocier leur installation sur de nouvelles terres, là où il plaira au proconsul, à la manière de ce qu’avaient tenté les Helvètes en 58 av JC. Cette fois-ci, les deux parties parviennent à un accord: Usipètes et Tenctères pourront s’établir chez les Ubiens, peuple « ami de Rome » où ils seront utiles pour s’opposer à l’avancée des Suèves. Mais à peine sont-ils parvenus à s’entendre que 800 cavaliers germains lancent de leur propre initiative une attaque contre les quelques 5 000 cavaliers romains. Aussitôt les Germains envoient une délégation au camp de César dans le but de s’expliquer et de désamorcer la situation, mais elle est immédiatement prise en otage tandis que les légions se mettent en ordre de combat. S’ensuit l’extermination pure et simple de toute la population des Usipètes et des Tenctères, femmes, enfants et vieillards compris. Outre les prisonniers qui sont alors libérés, seule leur cavalerie, occupée ailleurs à dévaster le pays, survit au massacre; elle rejoint les Sugambres établis sur la rive droite du Rhin. A Rome, Caton s’indigne de cet « acte exécrable envers des députés » et propose de livrer César aux Germains. Le message est avant tout destiné à semer le doute parmi les sénateurs alliés de l’ambitieux proconsul quant à sa loyauté envers eux. Jean-Louis Borloo, Bernard Kouchner, Rama Yade et compagnie auraient été bien avisés de se souvenir des avertissements du sénateur romain avant de s’engager auprès de notre ambitieux président.

Cela n’empêche pas César d’intimer l’ordre aux Sugambres de lui remettre la cavalerie ennemie réfugiée chez eux. Ceux-ci, offusqués par cette atteinte à leur souveraineté, refusent tout net de s’exécuter. Ils pensent être à l’abri comme les traités stipulent que l’autorité romaine s’arrête au Rhin. Cependant le proconsul va trouver le moyen de les contourner sans les enfreindre. Pour passer de l’autre côté du fleuve sans violer les accords passés, il fait en sorte que les Ubiens sollicitent son aide pour faire face à la menace Suève, leur territoire étant fortuitement séparé des légions romaines par celui des Sugambres. Il peut alors agir en toute légalité. L’opération ayant pour but d’impressionner les peuples germaniques, mais aussi ses concitoyens romains, il décide de réaliser un authentique exploit technique. Au lieu de traverser le Rhin sur des bateaux, il fait construire un pont malgré la largeur et la puissance du courant du fleuve. La préparation des matériaux prend plus de temps que la construction en elle même qui ne prend que dix jours seulement. La démonstration de la supériorité technologique romaine porte ses fruits, de nombreuses tribus germaniques envoient des ambassadeurs à la rencontre du proconsul pour leur offrir leur soumission; il exige des otages en gage de leur bonne foi. Les Sugambres ont quant à eux préféré la fuite devant l’avancée des légions plutôt que de risquer l’annihilation. Leurs villes abandonnées et leurs récoltes sont systématiquement brûlées en représailles de leur insoumission. César poursuit ensuite sa route jusqu’en territoire ubien où il est informé que les Suèves ont réuni leur armée pour l’attendre au beau milieu de leurs terres. Contre toute attente il se déclare alors satisfait des résultats de son expédition et rebrousse chemin sans livrer combat, retraverse le Rhin après seulement 18 jours passés à l’est et fait démanteler le pont. Il ne donne pas d’autre explication à ce revirement dans sa « Guerre des Gaules », mais peut être n’avait-il pas tellement confiance en la parole donnée par les peuples germaniques qui l’entouraient, lui même n’ayant pas accordé beaucoup d’importance à la sienne, et a t-il craint de se retrouver encerclé par l’ennemi et de voir ses lignes d’approvisionnement coupées tandis que son armée ne se trouvait pas au complet, une importante garnison ayant été laissée en arrière pour garder le pont. Aussi aura t-il jugé préférable de se contenter du prestige que lui conférait son audacieux raid en territoire hostile plutôt que de risquer d’essuyer un revers que ses adversaires politiques n’auraient pas manqué d’exploiter à Rome.

Après s’être soucié de son aura personnelle, il songe à s’occuper de ses finances et bien que la saison soit déjà très avancée, nous sommes alors en août, il entreprend de traverser la Manche pour se rendre en (Grande-)Bretagne dans le but de nouer des liens commerciaux avec les tribus qui commerçaient jusque là avec les Belges ou les Vénètes. Il justifie sa décision par le fait que les Bretons ont, selon lui, constamment apporté leur soutien aux Gaulois. Il regroupe sa flotte à Portus Itius (Boulogne), sur le territoire des Morins dont il finit par recevoir la soumission à la suite de celle de quelques tribus bretonnes qui, informées de son projet par des marchands gaulois, lui promettent des otages. L’île étant alors totalement inconnue des Romains, Caïus Volusenus est envoyé en reconnaissance pour rassembler le maximum d’informations sur la topographie des côtes et la localisation des diverses tribus en vue de déterminer un lieu de débarquement. Cette mission n’apporte cependant pas grand chose, elle ne dure que 5 jours car Volsenus n’ose s’aventurer à l’intérieur terre. Aussi les députés bretons, accompagnés de Commios, roi des Atrebates, sont-ils chargés de rendre visite au plus grand nombre de tribus possible pour leur annoncer l’arrivée de l’armée romaine. César pense certainement que le récit de ses exploits militaires suffira à dissuader ces peuples inconnus de s’opposer à sa puissance, mais il se trompe. Lorsqu’il arrive en vue de l’île, il ne peut que constater que l’armée bretonne s’est rassemblée sur les hauteurs des falaises de Douvres, empêchant toute tentative de débarquement de ses deux légions. Il se met donc en quête d’un endroit plus propice, suivi par l’ennemi. Une fois trouvé, le combat s’engage alors que les légionnaires chargés de tout leur attirail sont encore dans l’eau sans pouvoir se mettre en ordre de bataille. Ils ne parviennent par conséquent pas à prendre pied sur la terre ferme, aussi les navires de transport se retirent-ils pour laisser place aux galères qui s’approchent au plus près de la côte de manière ce que l’ennemi se trouve à portée des arcs et des frondes et à pouvoir mettre en œuvre leurs machines de guerre. Suite à cette manœuvre un détachement parvient enfin sur la plage, bientôt suivi du gros des troupes qui met l’assaillant en déroute après une lutte acharnée. La victoire des Romains n’est cependant pas écrasante, leur cavalerie n’ayant toujours pas encore pu effectuer la traversée, ils ne peuvent poursuivre les guerriers bretons qui réussissent en grande majorité à s’enfuir. Ceux-ci sont toutefois suffisamment impressionnés pour demander la paix en promettant des otages.

César peut donc établir sereinement son camp, mais il n’est pas pour autant au bout de ses peines. L’arrivée de l’hiver le met en grande difficulté. En effet, les conditions météo lui sont très défavorables, une tempête empêche tout d’abord sa cavalerie de le rejoindre, mais pire encore, elle détruit une partie de ses navires à l’ancre. Le corps expéditionnaire romain se retrouve dans l’impossibilité de retourner en Gaule où il devait passer la mauvaise saison et il ne dispose pas d’assez de provisions pour subvenir à ses besoins bien longtemps. Les soldats sont par conséquent obligés de se consacrer entièrement à la réparation de la flotte. Cette situation redonne confiance aux Bretons qui réunissent à nouveau leur armée dans le but d’exploiter l’état de faiblesse de l’ennemi. Ils se postent en embuscade autour de l’un des rares champs de la région qui n’a pas encore été récolté puis attendent que les légionnaires se présentent, ce qui ne manque pas d’arriver. La septième légion occupée à couper les blés est avant tout surprise par la tactique employée par les Bretons. Les guerriers embarqués sur des chars fondent sur les rangs romains en protection tout en décochant leurs flèches. Cette manœuvre a pour but de semer le désordre. Ils s’engouffrent dans les brèches ainsi crées puis sautent de leurs machines pour venir au corps à corps tandis que les chars s’extraient de la mêlée pour se mettre en position de se récupérer rapidement les fantassins au cas où ils seraient mis en difficulté. C’est ainsi qu’ils réunissent dans les combats l’agilité du cavalier à la fermeté du fantassin, selon les propres mots de César dans ses « commentaires sur la guerre des Gaules », livre IV § 33. Cependant la poussière soulevée par l’affrontement alerte les guetteurs romains du camp, ce qui permet au proconsul de rendre immédiatement sur les lieux avec le reste de ses troupes. A la vue des renforts bien organisés qui arrivent, les Bretons rompent l’engagement évitant à la septième d’être totalement anéantie. César ne connaissant pas la région renonce à les poursuivre. Ils reviennent à la charge quelques jours plus tard. Bien décidés à en finir avec l’occupation étrangère, ils attaquent directement le camp romain. Les légions qui s’attendaient à l’offensive sortent à leur approche pour leur livrer une bataille en ligne et les mettent aisément en déroute. Le jour même, des ambassadeurs bretons viennent demander à nouveau la paix. César accepte au prix du doublement du nombre des otages.

Il rentre en Gaule sans plus tarder, trop heureux que son expédition mal préparée n’ait pas tourné au désastre. Seuls deux navires n’arrivent pas à bon port et se retrouvent isolés à quelques encablures du reste des troupes. Sitôt débarqués, les 300 légionnaires esseulés sont violemment pris a parti par les Morins qui s’étaient pourtant soumis quelques mois auparavant. Les Romains résistent héroïquement jusqu’à l’arrivée de leur cavalerie qui met l’ennemi en déroute. Titus Labienus est chargé de mater la révolte des Morins dont il obtient la soumission, tandis que Lucius Cotta et Quintus Sabinus, qui n’ont pas participé à l’expédition bretonne, apportent celle des Ménapiens après qu’ils aient méthodiquement ravagé leur territoire. Les Bretons quant à eux n’envoient pas les otages promis, à l’exception de deux tribus. Aussi César ordonne t-il de mettre l’hiver à profit pour construire une nouvelle flotte de manière à revenir en force sur l’île insoumise dès le printemps suivant.

Malgré ces succès mitigés, le Sénat décrète 20 jours d’action de grâce en l’honneur du proconsul pour s’être rendu là où nul Romain ne s’était aventuré avant lui. Sa popularité auprès du peuple ainsi que de ses soldats s’en trouve grandie, mais il passe à côté de ce qui était peut être son objectif principal, à savoir normaliser ses relations avec les peuples gaulois en leur leur faisant la démonstration qu’il était là pour les protéger des envahisseurs et non pour les asservir. Les 5 années supplémentaires de proconsulat qu’il a obtenues ne s’annoncent pas sous les meilleurs auspices, d’autant plus qu’après leur consulat, Crassus, qui ne s’est plus illustré depuis sa victoire contre Spartacus 20 ans auparavant, s’en va exercer son mandat en Syrie où il compte bien se couvrir à nouveau de gloire et d’argent en faisant la guerre aux Parthes tandis que Pompée choisit de laisser à ses légats le soin d’administrer l’Hispanie et l’Afrique pour rester seul au cœur du pouvoir alors que Lucius Domitius Ahenobarbus, l’un des principaux opposants au triumvirat, a finalement réussi à se faire élire consul.

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