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Archive for octobre 2011

Le temps des révoltes

Au printemps de 54 av JC, César commence par aller en Illyrie où il trouve rapidement un accord avec les Pirustes qui mettaient à sac la région frontalière, puis il rejoint son armée qui a hiverné en Gaule belgique où il découvre les 600 navires de sa flotte. Il ne s’embarque cependant pas immédiatement pour la (Grande-) Bretagne car les Trévires ne viennent plus aux assemblées qu’il convoque. Deux hommes de cette tribu, Cingétorix et Indutiomaros sont en effet en désaccord sur la conduite à tenir envers les Romains et se disputent le pouvoir. Le proconsul les soupçonne d’inciter les Germains à franchir le Rhin pour leur venir en aide; il se met en marche vers leur territoire avec 4 légions (environ 24 000 soldats) et 800 cavaliers pour faire cesser les troubles. Cingétorix vient immédiatement à sa rencontre pour lui confirmer sa loyauté, mais Indutiomaros prend le maquis avec ses partisans et va se cacher dans la forêt ardennaise. Ce dernier se ravise bientôt devant la puissance déployée contre lui par l’armée romaine car il craint de s’attirer l’animosité de son peuple. Il prétend alors par l’intermédiaire de ses ambassadeur de n’avoir suivi les rebelles que pour les dissuader de se livrer à d’imprudentes actions contre leur ami romain. César, qui n’est pas dupe de la manœuvre mais ne souhaite pas non plus voir son armée occupée tout l’été à régler le problème, accepte la soumission d’Indutiomaros, mais en gage de bonne foi, il lui demande de livrer 200 otages, parmi lesquels toute sa famille. Ceci fait, Cingétorix est intronisé comme seul chef des Trévires eu égard à son exemplaire loyauté. Nul besoin de préciser que le ressentiment d’Indutiomaros s’en trouve d’autant renforcé.

Le proconsul subodore alors que la révolte pourrait bien s’étendre à d’autres régions de la Gaule pendant son absence, aussi décide t-il d’emmener avec lui 4 000 cavaliers gaulois, soit la presque totalité de la noblesse du pays qui lui servira ainsi d’otage. Il commet là une erreur qui va finir par lui coûter fort cher. Il ne peut non seulement plus se poser en protecteur des tribus gauloises, mais il permet de surcroît à leurs chef de se concerter en vue de l’action à mener contre lui. – Avec la crise que nous traversons actuellement, nos dirigeants s’exposent au même genre de risque. Le peuple a de plus en plus l’impression d’être pris en otage plutôt que d’être protégé et l’exemple du « printemps arabe » risque de le contaminer. Les réseaux sociaux inquiétaient déjà avec les apéros géants alors que les gens n’aspiraient qu’à se regrouper pour faire la fête, il n’est dès lors pas étonnant que tous les regroupements non autorisés soient partout sévèrement réprimés.- Mais pour l’instant, Dumnorix, un chef Eduen déjà connu pour avoir déserté le champ de bataille lors de la guerre contre les Helvètes, est le seul a s’opposer à César. Pour rester en Gaule, il prétend tantôt qu’il craint la mer, tantôt que ses dieux voient l’expédition d’un mauvais œil et qu’il préfère se plier à leur volonté. Pour couronner le tout, il fait peur aux autres tribus en soutenant que les romains n’avaient d’autre but que de massacrer la noblesse outre Manche car ils craignaient trop de le faire sous les yeux du peuple gaulois. Aussi s’enfuit-il avec les siens à l’heure de s’embarquer. César, furieux de devoir encore repousser la traversée, ordonne de le ramener ou de le tuer au moindre signe de résistance. Une fois rattrapé, Dumnorix déclare qu’il fait partie d’une nation libre de ses choix et porte la main à son épée, il est par conséquent exécuté sur le champ et la cavalerie éduenne finit par se soumettre.

Après ce dernier contretemps, César et ses 5 légions peuvent enfin effectuer la traversée de la Manche. Le débarquement se passe cette fois-ci sans encombres, les troupes bretonnes s’étant retirées vers une place fortifiée plus loin dans les terres à la vue de l’imposante flotte romaine. Le contact entre les deux armées a lieu peu après sur une rivière. La cavalerie romaine prend assez aisément le dessus sur les chars bretons qui se retirent rapidement sous le couvert des bois où se trouvent leurs retranchements. L’infanterie formée en tortue se charge avec succès de les déloger, mais la poursuite de l’ennemi est remise au lendemain, le reste de la journée devant être consacré à l’édification du camp. Pendant la nuit, une tempête vient à nouveau endommager la flotte, aussi les poursuivant sont-ils rappelés aussitôt partis car le proconsul estime qu’il est plus urgent de mettre ses navires à l’abri des aléas climatiques. L’armée revient au camp fortifié après une dizaine de jours passés à ramener la flotte à terre, là, elle retrouve les Bretons unifiés sous les ordres de Cassivellaunos. César décide de marcher sur son territoire pour le faire plier plutôt que de diviser ses forces en poursuivant l’ennemi dans différentes directions.

La colonne en mouvement est alors régulièrement attaquée. La tactique employée par les Bretons a de quoi déstabiliser le rouleau compresseur romain. Ils ne chargent en effet jamais en masse, mais envoient leurs chars par petits groupes qui frappent puis se retirent aussitôt que l’adversaire se ressaisi pour se mettre en ordre de combat. Des troupes fraîches viennent alors remplacer les guerriers fatigués et on recommence. Les pertes les plus importantes sont infligées à la cavalerie qui se lance à la poursuite des chars qui font volte face une fois qu’elle se trouve assez éloignée de son infanterie, les Bretons sautant à bas de leurs engins pour lui livrer un combat à pieds. Ils attaquent aussi une fois alors que les Romains sont occupés à construire leur camp pour la nuit. Ils se précipitent sur les deux cohortes qui leur sont opposées, mais au lieu d’aller au choc frontal, ils s’engouffrent dans l’espace laissé entre les deux formations, tuent autant qu’ils peuvent et s’en vont aussi vite qu’ils sont venus n’ayant perdu que très peu d’hommes. Ils se font cependant mettre en pièces à une autre occasion lors d’une embuscade qui vise les légions en train de fourrager, toute la cavalerie étant réunie et soutenue par l’infanterie.

Le tournant décisif de la campagne arrive un peu plus tard, lorsque les légions se présentent devant le seul gué traversable sur la Tamise, porte du territoire de Cassivellaunos. Le chef breton est bien décidé à stopper la progression romaine à cet endroit; il a fait planter des pieux sur les bords du fleuve et posté toute son armée sur la rive. Malgré tout, ce dispositif ne résiste pas bien longtemps à l’assaut et il doit battre en retraite. Convaincu du fait qu’il n’est pas possible de remporter la victoire dans une bataille en ligne, il revoie alors l’infanterie dans ses foyers et reprend sa tactique de « hit and run » avec les chars qui vise empêcher la cavalerie de mener tranquillement ses montures au pré tout en cachant le bétail et les habitants munis de toutes leurs provisions dans le but d’affamer les soldats ennemis qui ravagent à présent le pays. Cette solution ne s’avère pas beaucoup plus payante car la coalition commence à se fissurer. Les Trinovantes ,qui ont un contentieux avec Cassivellaunos depuis que ce dernier a tué leur chef et obligé son fils Mandubracios à s’exiler en Gaule pour ne pas subir le même sort, sont les premiers à venir trouver César. Ils lui offrent leur soumission et lui demandent de rapatrier Mandubracios et de le protéger. Le proconsul accepte en échange de la fourniture de vivres et de 40 otages seulement. Voyant la mansuétude avec laquelle ils sont traités, cinq autres tribus suivent leur exemple et révèlent l’endroit ou Cassivellaunos s’est retranché. La place ne résiste pas longtemps mais le chef breton parvient encore une fois à s’enfuir. Il tente une dernière action en demandant aux tribus de la côte d’attaquer le camp où les bateaux romains sont abrités, mais elle échoue à son tour et il finit par se rendre. Un tribut est fixé, puis César retourne en Gaule avec ses légions accompagnées de nombreux prisonniers. Il ne reviendra plus jamais en Bretagne. Au final, s’il n’a pas réussi à conquérir de nouveaux territoires, il jouit du prestige d’avoir été le premier Romain à s’aventurer dans ces contrées légendaires dont les tribus deviennent clients de Rome qui s’enrichit ainsi grâce au commerce du cuivre.

Une fois revenues en Gaule, les légions prennent leurs quartiers d’hiver, mais contrairement aux années précédentes, l’armée ne reste pas groupée à cause de mauvaises récoltes dues à la sécheresse, aussi sont-elles réparties dans 6 différentes provinces de Gaule belgique pour ne pas être un trop lourd fardeau pour leurs hôtes. Lorsqu’elles sont installées, César retourne à son habitude en Italie, très affecté par une nouvelle qu’il a reçu quelques temps auparavant: sa fille Julia, épouse de Pompée, est morte en couches et le bébé ne lui a pas survécu bien longtemps.

Un premier incident se produit alors plus au sud, chez les Carnutes où Tsagétios, chef mis en place par le proconsul, est assassiné. Lucius Munatius Plancus est envoyé sur place avec sa légion pour rétablir l’autorité de Rome. Les hostilités commencent réellement chez les Eburons où Quintus Titurius Sabinus et Lucius Aurunculeius Cotta sont stationnés avec une légion et 5 cohortes. Ils reçoivent tout d’abord les vivres promis, mais au bout de quinze jours les guerriers gaulois attaquent leur camp. Ils sont repoussés. Ambiorix, un chef éburon, invite alors les Romains à des pourparlers. Il prétend que son peuple a donné l’assaut contre son gré sous l’influence du Trévire Indutiomaros qui a planifié un soulèvement général en Gaule, chaque légion devant être attaquée le même jour dans sa région pour empêcher l’armée romaine de se réunir. Il affirme également que les Germains sont en chemin pour prêter main forte à la coalition gauloise, mais qu’il ne soutien pas personnellement l’initiative et qu’il laissera la légion libre de traverser son territoire si elle veut rejoindre les autres. Les Romains hésitent longuement sur la conduite à tenir. Ils décident finalement de rejoindre Titus Labiénus qui se trouve chez les Rèmes. Mais c’est un piège, Ambiorix leur tend une embuscade dans une vallée étroite qu’ils sont forcés d’emprunter. Attaqués de tout côtés, la légion et les 5 cohortes se font massacrer au terme d’une bataille qui dure toute la journée. Quintus Sabinus et Lucius Cotta n’y survivent pas, seule une poignée de soldats parvient jusqu’au camp de Labiénus.

Cette victoire encourage les Nerviens a passer à l’action contre Quintus Cicero. Ils sont aidés par les Atuatuques et une demi douzaine de tribus moins importantes. Ils échouent eux aussi à prendre le camp romain. Ils entreprennent alors d’assiéger la place, la ruse d’Ambiorix n’ayant pas pris cette fois-ci. Les attaques incessantes affaiblissent la septième légion de jour en jour et Quintus Cicero désespère de plus en plus de voir arriver les secours ses courriers étant tous interceptés et exécutés devant ses yeux. Seul un esclave gaulois réussit à passer le barrage; il prévient César en Italie. Le proconsul ordonne à Titus Labiénus de se rendre sur place aussi vite que possible. Ce dernier se trouve cependant dans l’impossibilité de répondre à cet ordre car il est à présent lui-même encerclé par les Trévires d’Indutiomaros. César, averti et informé du massacre de Sabinus et Cotta, se met aussitôt en marche avec deux légion. A l’annonce de l’arrivée des renforts, les Nerviens lèvent le siège pour aller à leur rencontre, ce qui soulage Quintus Cicero. A cette nouvelle, César arrête sa progression pour attendre l’ennemi dans un camp qu’il a le temps de fortifier. Les Nerviens s’y cassent les dents, suite à quoi la jonction avec la légion en danger peut avoir lieu. Indutiomaros craignant de voir trois légions fondre sur lui lève à son tour le siège du camp de Labiénus, les Armoricains se retirent eux aussi laissant tranquille la treizième légion de Lucius Roscius. César peut alors prendre ses quartiers d’hiver à Samarobriva. Les Trévires, qui ont tenté de rallier à nouveau les Germains, reviennent alors à la charge contre Labiénus avec entre autres le renfort des Nerviens, des Carnutes, des Atuatuques et des Sénons. Le lieutenant de César met au point un plan ingénieux pour les arrêter. Il renonce à affronter la coalition dans une bataille en ligne et préfère envoyer un commando composé de sa cavalerie et de quelques cohortes qui a pour seul but de tuer le chef Indutiomaros avant que l’infanterie gauloise n’entre en action. La mission est un succès, Labiénus peut parader en brandissant la tête de son ennemi, ce qui met les Gaulois en fuite. Le reste de l’année se passe dans le calme. Les Trévires n’ont pas pour autant abandonné la partie, ils s’emploient toujours à convaincre les peuples germains de les rejoindre et voient la coalition se renforcer avec le ralliement des Eburons d’Ambiorix.

Au début de l’année suivante, César, bien décidé à punir sévèrement les rebelles, lève une légion pour remplacer celle qui a été massacrée tandis que Pompée lui en prête deux supplémentaires. Il démontre ainsi qu’il peut aisément rassembler plus d’hommes qu’il n’en perd. Les Nerviens sont les premiers à faire les frais de la vengeance romaine. Ils sont défaits et leur territoire est ravagé avant même la fin de l’hiver de manière à ce qu’ils ne puissent pas rejoindre leurs alliés au printemps. Il convoque ensuite l’assemblée de la Gaule et constate que les Trévires, les Carnutes et les Sénons ne s’y présentent pas. Aussi déplace t-il le lieu de la réunion à Lutèce, chez les Parisii. Il fond directement sur le territoire de leurs voisins Sénons qui n’ont pas le temps de rassembler leur armée. Ils envoient immédiatement des députés qui offrent leur soumission et obtiennent la clémence du proconsul qui n’exige que cent otages en gage de bonne foi grâce à l’intercession des Eduens. Les Carnutes suivent aussitôt l’exemple; le médiation des Rèmes leur garantit le même traitement.

Une fois cette partie de la Gaule sécurisée, César peut se tourner vers l’est pour s’occuper du cas des Trévires, tout en prenant soin d’emmener avec lui des cavaliers de toutes les nations gauloises soumises pour dissuader leurs peuples de se soulever à nouveau. Il envoie les bagages suivis de peu par deux légions à Labiénus, tandis qu’il se dirige vers le territoire des Ménapiens où il craint de voir les Trévires se réfugier. Ils subissent le même sort que les Nerviens et finissent par se soumettre. Pendant ce temps, Labiénus et son unique légion voient les Trévires se rapprocher en vue d’une attaque. Mais ils se ravisent à l’annonce de l’arrivée imminente des deux légions de renfort et décident d’attendre les Germains qui sont eux mêmes en chemin. Ce revirement, qui traduit une certaine appréhension de la puissance romaine, encourage Labiénus à établir son camp juste en face de celui de l’ennemi alors que seule une rivière les sépare. Aucune des deux armées ne peut raisonnablement s’engager à la traverser compte tenu du désavantage que cela représente, aussi Labiénus met-il au point un stratagème pour pousser l’ennemi à la faute. Il laisse croire aux Trévires qu’il s’inquiète de l’arrivée des Germains le jour suivant et ordonne à ses soldats de s’apprêter au départ le plus bruyamment possible pour donner l’impression d’une fuite précipitée. Il quitte en effet le camp au petit matin avec armes et bagages bientôt poursuivi par les Trévires qui ne veulent pas laisser une si belle occasion, mais à peine ont-ils traversé que la légion dépose les objets qui les encombre pour revenir en ordre de bataille. Les ennemis pris par surprise ne résistent pas au choc et s’enfuient poursuivis par la cavalerie romaine qui fait beaucoup de prisonniers en tue un grand nombre. A cette nouvelle, les Germains rebroussent chemin, ce qui oblige les Trévires à se soumettre peu de jours plus tard. Cingétorix, rival de feu Indutiomaros et resté fidèle à César, redevient leur chef.

Ce problème résolu par son lieutenant, le proconsul décide de franchir une nouvelle fois le Rhin, dans l’intention de punir les Germains d’avoir soutenu l’insurrection gauloise, mais aussi pour empêcher les Eburons de trouver refuge hors de sa juridiction. Le pont est reconstruit tout aussi rapidement que 2 ans auparavant puis il se rend chez les Ubiens, seuls alliés de Rome dans la région. Ils jurent qu’ils n’ont pas trahi leur serment et livrent des otages. De leur côté, les Suèves mobilisent leurs troupes qu’ils réunissent dans une vaste forêt aux confins de leur territoire de manière à ne pas laisser aux romains l’avantage d’une bataille en ligne dans la plaine, domaine de la légion par excellence. César ne se risque pas à les affronter dans ces conditions et se retire sur l’autre rive du fleuve. Il ne fait cependant pas démonter complètement le pont, mais en fait retirer 200 pieds seulement du côté ubien pour qu’il puisse intervenir rapidement au cas où les Germains viendraient porter assistance aux Eburons, son prochain objectif. Il compte les prendre par surprise en approchant sous le couvert de l’immense forêt ardennaise précédé de sa cavalerie qui doit la traverser aussi rapidement que discrètement dans l’objectif de capturer ou de tuer leur chef Ambiorix. La tactique réussit à merveille, comme elle réussira à Hitler 2 000 ans plus tard, l’armée éburonne n’ayant pas le temps de se réunir, mais Ambiorix parvient malgré tout à s’échapper du piège. L’avantage initial se transforme à présent en handicap. Les Eburons choisissent en effet de déserter leurs villages et de se réfugier à l’abri des bois et des marais au lieu de rassembler leur armée, certains quittent même le pays. Les Sègnes et les Condruses, des peuples voisins, viennent offrir leur soumission. Le proconsul leur promet qu’ils ne seront pas considérés comme ennemis à condition qu’ils lui livrent les Eburons qui se seraient réfugiés chez eux.

César prend alors une décision radicale pour mettre fin à la révolte: l’extermination pure et simple des Eburons. Mais il ne s’en charge pas lui-même car il lui faudrait trop disperser ses troupes pour les faire combattre dans des lieux difficiles d’accès, ce qui les exposerait à d’importantes pertes, aussi invite t-il les autres peuples gaulois à venir piller le pays. Il dépose ses bagages à Aduatuca et les laisse sous la garde d’une légion commandée par Quintus Cicero, tandis qu’il sépare le reste de son armée en trois. Labiénus est envoyé à la frontière avec les Ménapiens avec trois légions, Gaïus Trebonius disposant du même nombre d’hommes à celle des Atuatuques avec ordre de ravager le pays et lui-même se dirige vers l’Escaut à l’est avec les trois dernières, car il a entendu dire qu’Ambiorix se cacherait dans les parages. Une fois le pays bouclé, le carnage peut commencer. Les Sugambres, peuple germanique dont le territoire a été ravagé par César 2 ans plus tôt car ils avaient accueilli des fuyards Usipètes et Tenctères, rassemblent 2 000 cavaliers et passent le Rhin pour venir participer à la curée. Mais ils n’en restent pas là, lorsqu’ils apprennent que les bagages et les richesses qu’ils contiennent ont été laissés à la garde d’une seule légion et qu’en plus de nombreux soldats se sont absentés pour s’approvisionner en nourriture, nous dit César, mais aussi certainement pour prendre leur part du butin, ils décident d’attaquer le camp d’Aduatuca. La garde aux portes résiste à grand peine à l’assaut tandis que les légionnaires à l’extérieur reviennent précipitamment. Deux cohortes périssent, mais trois autres réussissent à réintégrer le fort qui résiste finalement. Les Sugambres rentrent chez eux avant que César n’arrive le lendemain, sans avoir trouvé Ambiorix qui a réussi à passer à travers les mailles du filet. Une fois le pays complètement dévasté, le proconsul convoque derechef l’assemblée de la Gaule à Durocortorum, c’est à dire Reims.

Là, il instruit le procès des Carnutes et des Sénons et condamne l’instigateur de leur révolte, Acco, à mort, puis l’exécute à la romaine. Cette dernière exaction ne produit pas l’effet escompté. A l’issue de la réunion, les chefs gaulois décident de tenir leur propre assemblée au plus profond de la forêt, les Carnutes y décrètent le début de la révolte générale en Gaule. Elle verra émerger un nouveau chef: Vercingétorix. Mais pour l’instant, les légions prennent leurs quartiers d’hiver, deux sont chez les Lingons, deux chez les Trévires et les six restantes restent chez les Sénons.

L’avenir s’obscurcit de plus en plus pour César en cette fin d’année 53 av JC. Non seulement n’a t-il plus aucun liens de sang avec Pompée, celui-ci ayant décliné l’offre d’épouser sa nièce, Octavie, après la mort de sa fille, Julia, et de son enfant, mais Crassus et son fils Publius, valeureux lieutenant du proconsul, ont été tués par les Parthes à la bataille des Carrhes. Le pacte entre les deux hommes n’a plus de raison d’être et celui qui aurait fait pencher la balance en faveur de l’un ou l’autre a disparu. De plus, Publius Clodius Pulcher, qui tenait jusque là Rome avec la bénédiction de César, grâce à la violence de ses hommes de main, a été assassiné par les clients de son adversaire, Milon, plongeant la ville dans l’anarchie. Un tribun de la plèbe propose alors d’élire Pompée dictateur pour faire cesser les troubles, mais Caton s’y oppose farouchement avant de consentir à ce que le Grand général puisse exercer seul la fonction de consul. A cet instant, le temps du triumvirat est définitivement révolu…

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César en terre inconnue

En 55 av JC,la guerre des Gaules se poursuit, mais les objectifs de Jules César semblent radicalement différents de ceux des 3 années précédentes. S’il pouvait jusque là faire croire qu’il s’employait uniquement à protéger Rome du risque d’une nouvelle tentative d’invasion par les barbares tout en conquérant de nouveaux territoires à même de limiter la dépendance de son pays aux importations de blé égyptien, il devient alors évident qu’il œuvre au mois autant pour accroitre son prestige personnel ainsi que sa fortune tout comme l’avait fait Pompée en Asie quelques années auparavant.

La campagne commence par une intervention contre les Usipètes et les Tenctères, des peuples germaniques chassés de leur territoire par les Suèves qui cherchent à s’installer ailleurs depuis 3 ans. Ils se sont par conséquent mis en marche contre les Ménapes au printemps et ont réussi à s’emparer d’une petite partie de leur territoire en les repoussant sur la rive gauche du Rhin. César et ses légions viennent alors à leur rencontre sous le prétexte que Rome est garant de la sécurité des Gaulois alors même qu’il a échoué à soumettre les Ménapes à son autorité l’année précédente. L’affrontement n’a cependant pas lieu, les Germains préfèrent en effet négocier leur installation sur de nouvelles terres, là où il plaira au proconsul, à la manière de ce qu’avaient tenté les Helvètes en 58 av JC. Cette fois-ci, les deux parties parviennent à un accord: Usipètes et Tenctères pourront s’établir chez les Ubiens, peuple « ami de Rome » où ils seront utiles pour s’opposer à l’avancée des Suèves. Mais à peine sont-ils parvenus à s’entendre que 800 cavaliers germains lancent de leur propre initiative une attaque contre les quelques 5 000 cavaliers romains. Aussitôt les Germains envoient une délégation au camp de César dans le but de s’expliquer et de désamorcer la situation, mais elle est immédiatement prise en otage tandis que les légions se mettent en ordre de combat. S’ensuit l’extermination pure et simple de toute la population des Usipètes et des Tenctères, femmes, enfants et vieillards compris. Outre les prisonniers qui sont alors libérés, seule leur cavalerie, occupée ailleurs à dévaster le pays, survit au massacre; elle rejoint les Sugambres établis sur la rive droite du Rhin. A Rome, Caton s’indigne de cet « acte exécrable envers des députés » et propose de livrer César aux Germains. Le message est avant tout destiné à semer le doute parmi les sénateurs alliés de l’ambitieux proconsul quant à sa loyauté envers eux. Jean-Louis Borloo, Bernard Kouchner, Rama Yade et compagnie auraient été bien avisés de se souvenir des avertissements du sénateur romain avant de s’engager auprès de notre ambitieux président.

Cela n’empêche pas César d’intimer l’ordre aux Sugambres de lui remettre la cavalerie ennemie réfugiée chez eux. Ceux-ci, offusqués par cette atteinte à leur souveraineté, refusent tout net de s’exécuter. Ils pensent être à l’abri comme les traités stipulent que l’autorité romaine s’arrête au Rhin. Cependant le proconsul va trouver le moyen de les contourner sans les enfreindre. Pour passer de l’autre côté du fleuve sans violer les accords passés, il fait en sorte que les Ubiens sollicitent son aide pour faire face à la menace Suève, leur territoire étant fortuitement séparé des légions romaines par celui des Sugambres. Il peut alors agir en toute légalité. L’opération ayant pour but d’impressionner les peuples germaniques, mais aussi ses concitoyens romains, il décide de réaliser un authentique exploit technique. Au lieu de traverser le Rhin sur des bateaux, il fait construire un pont malgré la largeur et la puissance du courant du fleuve. La préparation des matériaux prend plus de temps que la construction en elle même qui ne prend que dix jours seulement. La démonstration de la supériorité technologique romaine porte ses fruits, de nombreuses tribus germaniques envoient des ambassadeurs à la rencontre du proconsul pour leur offrir leur soumission; il exige des otages en gage de leur bonne foi. Les Sugambres ont quant à eux préféré la fuite devant l’avancée des légions plutôt que de risquer l’annihilation. Leurs villes abandonnées et leurs récoltes sont systématiquement brûlées en représailles de leur insoumission. César poursuit ensuite sa route jusqu’en territoire ubien où il est informé que les Suèves ont réuni leur armée pour l’attendre au beau milieu de leurs terres. Contre toute attente il se déclare alors satisfait des résultats de son expédition et rebrousse chemin sans livrer combat, retraverse le Rhin après seulement 18 jours passés à l’est et fait démanteler le pont. Il ne donne pas d’autre explication à ce revirement dans sa « Guerre des Gaules », mais peut être n’avait-il pas tellement confiance en la parole donnée par les peuples germaniques qui l’entouraient, lui même n’ayant pas accordé beaucoup d’importance à la sienne, et a t-il craint de se retrouver encerclé par l’ennemi et de voir ses lignes d’approvisionnement coupées tandis que son armée ne se trouvait pas au complet, une importante garnison ayant été laissée en arrière pour garder le pont. Aussi aura t-il jugé préférable de se contenter du prestige que lui conférait son audacieux raid en territoire hostile plutôt que de risquer d’essuyer un revers que ses adversaires politiques n’auraient pas manqué d’exploiter à Rome.

Après s’être soucié de son aura personnelle, il songe à s’occuper de ses finances et bien que la saison soit déjà très avancée, nous sommes alors en août, il entreprend de traverser la Manche pour se rendre en (Grande-)Bretagne dans le but de nouer des liens commerciaux avec les tribus qui commerçaient jusque là avec les Belges ou les Vénètes. Il justifie sa décision par le fait que les Bretons ont, selon lui, constamment apporté leur soutien aux Gaulois. Il regroupe sa flotte à Portus Itius (Boulogne), sur le territoire des Morins dont il finit par recevoir la soumission à la suite de celle de quelques tribus bretonnes qui, informées de son projet par des marchands gaulois, lui promettent des otages. L’île étant alors totalement inconnue des Romains, Caïus Volusenus est envoyé en reconnaissance pour rassembler le maximum d’informations sur la topographie des côtes et la localisation des diverses tribus en vue de déterminer un lieu de débarquement. Cette mission n’apporte cependant pas grand chose, elle ne dure que 5 jours car Volsenus n’ose s’aventurer à l’intérieur terre. Aussi les députés bretons, accompagnés de Commios, roi des Atrebates, sont-ils chargés de rendre visite au plus grand nombre de tribus possible pour leur annoncer l’arrivée de l’armée romaine. César pense certainement que le récit de ses exploits militaires suffira à dissuader ces peuples inconnus de s’opposer à sa puissance, mais il se trompe. Lorsqu’il arrive en vue de l’île, il ne peut que constater que l’armée bretonne s’est rassemblée sur les hauteurs des falaises de Douvres, empêchant toute tentative de débarquement de ses deux légions. Il se met donc en quête d’un endroit plus propice, suivi par l’ennemi. Une fois trouvé, le combat s’engage alors que les légionnaires chargés de tout leur attirail sont encore dans l’eau sans pouvoir se mettre en ordre de bataille. Ils ne parviennent par conséquent pas à prendre pied sur la terre ferme, aussi les navires de transport se retirent-ils pour laisser place aux galères qui s’approchent au plus près de la côte de manière ce que l’ennemi se trouve à portée des arcs et des frondes et à pouvoir mettre en œuvre leurs machines de guerre. Suite à cette manœuvre un détachement parvient enfin sur la plage, bientôt suivi du gros des troupes qui met l’assaillant en déroute après une lutte acharnée. La victoire des Romains n’est cependant pas écrasante, leur cavalerie n’ayant toujours pas encore pu effectuer la traversée, ils ne peuvent poursuivre les guerriers bretons qui réussissent en grande majorité à s’enfuir. Ceux-ci sont toutefois suffisamment impressionnés pour demander la paix en promettant des otages.

César peut donc établir sereinement son camp, mais il n’est pas pour autant au bout de ses peines. L’arrivée de l’hiver le met en grande difficulté. En effet, les conditions météo lui sont très défavorables, une tempête empêche tout d’abord sa cavalerie de le rejoindre, mais pire encore, elle détruit une partie de ses navires à l’ancre. Le corps expéditionnaire romain se retrouve dans l’impossibilité de retourner en Gaule où il devait passer la mauvaise saison et il ne dispose pas d’assez de provisions pour subvenir à ses besoins bien longtemps. Les soldats sont par conséquent obligés de se consacrer entièrement à la réparation de la flotte. Cette situation redonne confiance aux Bretons qui réunissent à nouveau leur armée dans le but d’exploiter l’état de faiblesse de l’ennemi. Ils se postent en embuscade autour de l’un des rares champs de la région qui n’a pas encore été récolté puis attendent que les légionnaires se présentent, ce qui ne manque pas d’arriver. La septième légion occupée à couper les blés est avant tout surprise par la tactique employée par les Bretons. Les guerriers embarqués sur des chars fondent sur les rangs romains en protection tout en décochant leurs flèches. Cette manœuvre a pour but de semer le désordre. Ils s’engouffrent dans les brèches ainsi crées puis sautent de leurs machines pour venir au corps à corps tandis que les chars s’extraient de la mêlée pour se mettre en position de se récupérer rapidement les fantassins au cas où ils seraient mis en difficulté. C’est ainsi qu’ils réunissent dans les combats l’agilité du cavalier à la fermeté du fantassin, selon les propres mots de César dans ses « commentaires sur la guerre des Gaules », livre IV § 33. Cependant la poussière soulevée par l’affrontement alerte les guetteurs romains du camp, ce qui permet au proconsul de rendre immédiatement sur les lieux avec le reste de ses troupes. A la vue des renforts bien organisés qui arrivent, les Bretons rompent l’engagement évitant à la septième d’être totalement anéantie. César ne connaissant pas la région renonce à les poursuivre. Ils reviennent à la charge quelques jours plus tard. Bien décidés à en finir avec l’occupation étrangère, ils attaquent directement le camp romain. Les légions qui s’attendaient à l’offensive sortent à leur approche pour leur livrer une bataille en ligne et les mettent aisément en déroute. Le jour même, des ambassadeurs bretons viennent demander à nouveau la paix. César accepte au prix du doublement du nombre des otages.

Il rentre en Gaule sans plus tarder, trop heureux que son expédition mal préparée n’ait pas tourné au désastre. Seuls deux navires n’arrivent pas à bon port et se retrouvent isolés à quelques encablures du reste des troupes. Sitôt débarqués, les 300 légionnaires esseulés sont violemment pris a parti par les Morins qui s’étaient pourtant soumis quelques mois auparavant. Les Romains résistent héroïquement jusqu’à l’arrivée de leur cavalerie qui met l’ennemi en déroute. Titus Labienus est chargé de mater la révolte des Morins dont il obtient la soumission, tandis que Lucius Cotta et Quintus Sabinus, qui n’ont pas participé à l’expédition bretonne, apportent celle des Ménapiens après qu’ils aient méthodiquement ravagé leur territoire. Les Bretons quant à eux n’envoient pas les otages promis, à l’exception de deux tribus. Aussi César ordonne t-il de mettre l’hiver à profit pour construire une nouvelle flotte de manière à revenir en force sur l’île insoumise dès le printemps suivant.

Malgré ces succès mitigés, le Sénat décrète 20 jours d’action de grâce en l’honneur du proconsul pour s’être rendu là où nul Romain ne s’était aventuré avant lui. Sa popularité auprès du peuple ainsi que de ses soldats s’en trouve grandie, mais il passe à côté de ce qui était peut être son objectif principal, à savoir normaliser ses relations avec les peuples gaulois en leur leur faisant la démonstration qu’il était là pour les protéger des envahisseurs et non pour les asservir. Les 5 années supplémentaires de proconsulat qu’il a obtenues ne s’annoncent pas sous les meilleurs auspices, d’autant plus qu’après leur consulat, Crassus, qui ne s’est plus illustré depuis sa victoire contre Spartacus 20 ans auparavant, s’en va exercer son mandat en Syrie où il compte bien se couvrir à nouveau de gloire et d’argent en faisant la guerre aux Parthes tandis que Pompée choisit de laisser à ses légats le soin d’administrer l’Hispanie et l’Afrique pour rester seul au cœur du pouvoir alors que Lucius Domitius Ahenobarbus, l’un des principaux opposants au triumvirat, a finalement réussi à se faire élire consul.