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Archive for septembre 2011

Jules César chez les Belges

Pour sa deuxième année de campagne en Gaule, César, averti par Titus Labienus de la coalition des tribus belges, revient à Vesontio (Besançon) accompagné de deux légions supplémentaires. De là, il rejoint la terre des Rèmes, restés fidèles à Rome, et établit son camp sur l’Aisne, non loin de Bibrax tandis qu’il envoie les Eduens dévaster le territoire ennemi. Les 300 000 guerriers de l’armée belge viennent aussitôt à sa rencontre mais s’arrêtent à Bibrax dont ils entreprennent le siège. César charge un détachement, essentiellement composé d’archers et de frondeurs, de les harceler, de sorte que les Belges lèvent le siège et viennent installer leur camp en face de celui des Romains. Ils sont uniquement séparés par des marais traversés par un petit cours d’eau qui se jette dans l’Aisne à l’extrémité gauche du dispositif romain. Le proconsul ne souhaite pas prendre le risque d’engager un combat en ligne contre des troupes 5 fois plus nombreuses que les siennes, mais à tirer parti de la position avantageuse qu’il occupe. D’une part, les marais rendent difficile toute tentative d’attaque frontale, et d’autre part, les légions romaines sont adossées à une colline qu’il faudrait contourner pour les prendre à revers, mais cet accès est commandé par une vallée où César a pris soin de construire un fort qui en interdit le passage. Une fois tous les travaux terminés, le proconsul passe à la provocation. Il fait aligner ses légions en bordure du marais; en réponse, les Belges en font autant de l’autre côté. Il envoie ensuite sa cavalerie au contact de l’ennemi, mais elle n’engage pas réellement le combat et réintègre bientôt le camp romain suivie par toutes ses troupes. Piqués au vif, les Belges entreprennent de passer à l’offensive. Ils attendent la nuit pour tenter de faire traverser l’Aisne à une partie de leur armée dans le but d’attaquer le fort à l’aube puis d’encercler les Romains et de leur couper leur ligne d’approvisionnement. Mais César a prévu le coup, ils sont attendus par la cavalerie, les frondeurs et les archers qui leur font subir de lourdes pertes et les empêchent de prendre pied sur la rive. Se voyant dans l’impasse, les tribus belges décident d’un commun accord de se retirer dans leurs terres, d’autant plus qu’elles craignent à présent d’être prises au piège, les Eduens arrivant dans leur dos. Elles lèvent le camp en pleine nuit, aussi César croit-il à une ruse de leur part et attend-il le matin pour envoyer ses légions à leur poursuite. Elles rattrapent rapidement les fuyards qui ne sont pas en état de se défendre et se font par conséquent mettre en pièce tout au long de la journée sans infliger de pertes aux Romains.

Dès le lendemain, l’armée romaine se met à son tour en marche vers le territoire voisin des Suessions, dans le but de s’emparer de leur capitale, Noviodunum, avant le retour de leurs guerriers. L’oppidum ne tombe cependant pas immédiatement et retrouve sa garnison, mais impressionné par la rapidité de la réaction romaine et de par l’efficacité de la construction des machines de siège, le chef Galba rend les armes sans combattre et donne ses deux fils en otage en gage de sa soumission. Son peuple est ainsi épargné grâce à l’intercession des Rèmes. Le même scénario se reproduit avec les Bellovaques, sauvés par les Eduens, puis avec les Ambiens. Les Nerviens sont quant à eux biens décidés à en découdre et forment une coalition avec les Aterbates et Viromanduens, ils attendent les Romains sur les bords de la rivière Sabis. Les positions sont relativement similaires à celles occupées lors de la première confrontation, les deux camps sont face à face séparés par une rivière, mais cette fois-ci les Belges ne laissent pas le temps aux Romains de s’installer; ils attaquent immédiatement. Les légions ont à peine le temps de former une ligne de défense avant le choc et sont mises en grande difficultés sans toutefois céder à la pression ennemie. Les Aterbates et les Viromanduens sont même assez aisément repoussés de l’autre côté de la rivière, vers leur camp qui finit par tomber aux mains des Romains. Pendant ce temps, sur la rive opposée, le gros de l’armée Belge composée par les Nerviens, met les deux légions qu’elle affronte en déroute et s’empare elle aussi du camp ennemi. Mais aussitôt, deux autres légions, restées jusque là en arrière pour protéger les bagages, arrivent sur les lieux du combat et une supplémentaire retraverse la rivière pour prendre les assaillants à revers. Les Belges se retrouvent encerclés; ils préfèrent mourir les armes à la main plutôt que de se rendre. Tous les peuples de le Gaule belgique sont alors soumis à Rome, à l’exception des Atuatuques qui étaient en chemin pour venir en aide aux Nerviens mais sont retournés chez eux en apprenant la défaite de leurs alliés. César se rend immédiatement sur leurs terres et entreprend le siège de la ville où ils se sont réfugiés. Il ne faut pas longtemps pour qu’ils fassent mine de capituler devant les impressionnants préparatifs romains, mais ils profitent alors de la nuit pour lancer une attaque qui se solde par échec cuisant. Cette traîtrise vaut aux 53 000 Atuatuques survivants d’être réduits en esclavage. Ainsi s’achève la campagne contre les Belges.

L’année n’est pas pour autant terminée, la conquête se poursuit vers l’ouest. Publius Crassus, un fils du triumvir, soumet sans combattre les Parisi, les Senones, les Carnutes, les Turons et les Andes avec une seule légion et arrive jusqu’à Nantes, isolant ainsi l’Armorique et la Normandie du reste de la Gaule. Il obtient ainsi pacifiquement la soumission de ces deux régions. Servilius Galba, chargé quant à lui d’ouvrir une voie dans les Alpes à la frontière de l’Helvétie, rencontre plus de difficultés. Il doit affronter à plusieurs reprises les Nantuates, qu’il bat sans trop de difficultés avant de signer un traité de paix avec eux, puis poursuit sa progression en pays Véragre où il prend ses quartiers d’hiver dans la ville d’Octodure, située au pied du col du Grand Saint-Bernard, dans une vallée désertée par ses habitants. Mais ces derniers ne sont pas loin, ils sont allés chercher l’aide de leurs voisins Sédunes et occupent les hauteurs qui dominent le cantonnement romain qu’ils ne tardent pas à cribler de flèches. Ils descendent ensuite, puis parviennent à combler le fossé de protection, ce qui provoque la sortie de la légion romaine qui repousse ainsi l’ennemi. Malgré cette victoire, Servilius Galba préfère abandonner sa position de peur de voie les Gaulois revenir à l’attaque; il hiverne alors chez les Allobroges, alliés de Rome.

Pour honorer ses conquêtes, le Sénat, presque intégralement acquis à la cause du proconsul, vote 15 jours de célébrations religieuses à Rome, un fait alors inédit. César a d’ores et déjà atteint son objectif: égaler le prestige militaire de Pompée. Mais il est toujours obligé de rester dans les frontières des provinces qu’il gouverne, aussi ne peut-il pas encore se passer de l’appui de son encombrant allié. Il le reçoit à Lucqes en avril 56 av JC, accompagné de Crassus et de tous les sénateurs qui les soutiennent. Les triumvirs renouvellent leur pacte d’entraide mutuelle pour 5 années supplémentaires, ils planifient de faire élire Crassus et Pompée aux postes de consuls pour l’année suivante, puis définissent les territoires qui leur seront attribués en tant que proconsuls au terme de leur mandat. Crassus obtient les provinces asiatiques et Pompée l’Hispanie et l’Afrique. César verra quant à lui son proconsulat en Gaule prolongé de 5 ans. Sur ce, il doit quitter précipitamment la Gaule Cisalpine pour s’occuper de la situation en Bretagne où Publius Crassus est confronté à la rébellion des peuples armoricains qui se sont coalisés sous l’impulsion des Vénètes. Cette tribu qui domine le commerce maritime dans la région, en particulier avec l’Angleterre, craint de voir son activité péricliter avec l’arrivée de la concurrence romaine. Aussi a-t-elle décidé de ne pas fournir le ravitaillement demandé par l’envahisseur et retenu les délégués romains venus le lui demander. En échange de leur libération, les Vénètes réclament que leurs otages leur soient rendus. Les autres tribus armoricaines ont alors suivi leur exemple. Une fois de plus, la provocation romaine, qui consistait en l’espèce à l’isolement de la Bretagne du reste du monde gaulois, a porté ses fruits; César peut ainsi justifier l’occupation militaire de tous les territoires soumis en arguant qu’il souhaite éviter la propagation de la révolte aux autres régions côtières. D’une part il fait donc construire une flotte pour affronter les Vénètes et la confie à Decimus Junius Brutus Albinus, mais il envoie aussi Quintus Titurius Sabinus au nord, chez les Unelles pour s’assurer le contrôle de la côte normande et Publius Crassus au sud, pour faire de même en Aquitaine.

Le combat naval avec les Vénètes s’engage dans le Morbihan, à la sortie de la baie de Quiberon. Les Romains sont désavantagés par la taille de leurs embarcations qui ne leur permet pas d’atteindre avec leurs projectiles les voiliers gaulois, nettement plus grands, mais ils ont l’avantage d’être mus à la rame, aussi la situation se retourne t-elle lorsque le vent tombe, privant les vaisseaux ennemis de toute manœuvrabilité. Une fois immobilisée, la flotte Vénète est détruite. Ce peuple rebelle finit réduit en esclavage après que ses chefs aient été exécutés, ce qui permet aux Romains de reprendre leur juteuse activité commerciale. Pendant ce temps, en Normandie, Quintus Titurius Sabinus refuse de sortir de son camp pour se livrer à un combat en ligne car il fait croire aux Unelles et à leurs alliés que César a perdu la bataille et que les Romains sont par conséquent perdus. Aussi les Gaulois galvanisés par cette bonne nouvelle se jettent-ils pèle-mêle sur les remparts du retranchement romain où ils se font laminer. Publius Crassus de son côté a traversé sans encombre le territoire des Pictons et des Santons qui ont montré leur fidélité à Rome en fournissant des navires de combat à César. Il se heurte ensuite à la résistance des Sotiates qui l’attaquent sans succès alors qu’il est en marche puis capitulent lors du siège de leur capitale. Le reste des peuples aquitains tente alors de se coaliser, ils font même appel aux tribus d’Hispanie citérieure, mais Publius Crassus réussit à prendre leur camp avant que leur armée ne se trouve complet. A la suite de cette défaite, la plupart des Aquitains se soumettent à Rome qui contrôle ainsi la presque totalité des côtes depuis les Pyrénées jusqu’à la Manche. César lui même connaît le seul revers à la fin de cette année de campagne triomphale lorsqu’il part à la conquête des côtes de la mer du nord contrôlée par les Ménapes et les Morins. Ils ne se cherchent pas l’affrontement direct, mais ils se cachent dans la forêt et les marais d’où ils lancent quelques attaques sporadiques sans grands effets. Aussi le proconsul se retire t-il du pays après avoir brûlé villes et provisions pour passer la mauvaise saison dans des contrées moins hostiles.

Ces succès n’empêchent pas les adversaires de César d’être toujours aussi virulents à son encontre. Caton et Cicéron soutiennent la candidature de Lucius Domitius Ahenobarbus au consulat pour l’année 55 av JC avec la destitution du proconsul au programme. Caton et son poulain sont alors empêchés de faire campagne après leur agression en plein forum par les hommes de Crassus et Pompée qui emportent l’élection conformément à leur plan. A ce moment, le pacte passé par le triumvirat semble plus solide que jamais. Il ne faudra cependant plus très longtemps pour qu’il vole en éclats…

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