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Des conflits externes masquent les dissensions internes de la République Romaine

Une fois Sertorius éliminé par Pompée en Hispanie et la révolte des esclaves matée par Crassus en 71 av JC, les menaces internes sont temporairement écartées. Pompée obtient le triomphe en récompense, tandis que Crassus doit se contenter d’une ovation car le Sénat ne considère pas que son combat contre des va-nu-pieds équipés de bric et de broc puisse vraiment être considéré comme une guerre. Mais aucun des problèmes qui ont conduit à ces tensions n’ont encore été résolus. Les riches patriciens ont toujours encore la mainmise sur la vie politique et économique de la République et l’amélioration des conditions de vie des esclaves est toute relative, elle ne tient qu’à la peur des maîtres de les voir se révolter à nouveau (il faudra encore attendre 70 ans pour que le meurtre d’un esclave devenu incapable de travailler de par son âge ou suite à une infirmité soit reconnu en tant que tel et devienne punissable. C’est à dire qu’ils ne seront plus considérés comme du bétail qu’après l’achèvement de l’extension territoriale, que le « stock » ne pourra par conséquent plus être renouvelé par l’asservissement des armées et des peuples ennemis.).

A ce moment, Pompée et Crassus estiment donc tous deux qu’ils peuvent être considérés comme les sauveurs de l’unité de la République. La popularité qu’ils ont acquise chacun de leur côté les convainc de présenter leur candidature au mandat de consul pour l’année 70 av JC. Maintenant ce sont eux qui menacent les institutions du pays, en violation de toutes les règles, aucun ne démobilise son armée malgré la fin des hostilités. Pompée argue du fait qu’il attend le retour de Metellus pour triompher avec lui, aussi Crassus déclare qu’il ne licenciera ses troupes qu’après que le Grand général en ait fait de même. Ainsi entretiennent-ils un climat délétère qui force leur élection au consulat. Crassus l’obtient en tant que représentant des patriciens tandis que Pompée sera celui des plébéiens bien qu’il n’ait ni suivi le cursus honorum (à l’inverse de son homologue) comme le veut la loi , ni l’âge requis pour exercer la fonction. Ils ne désarment pas pour autant; Crassus doit certainement se servir de l’argument de l’illégalité de l’élection de Pompée pour que ce dernier le reconnaisse à son égal. Seule l’abolition des lois de Sylla, qui satisfait à la fois les populares que représente Crassus et rend sa légitimité à Pompée, leur permet de trouver un modus vivendi. Pour sauver la face auprès du peuple, ils préfèrent cependant présenter leur accord comme le signe de leur obéissance à la volonté divine qu’ils mettent en scène par l’intermédiaire des augures qui prédisent le pire au cas où la situation viendrait à perdurer. Crassus se lève alors de son siège au Sénat pour venir serrer la main de Pompée. (une question relative à un contexte similaire ne cesse de me turlupiner. Après la seconde guerre mondiale, à la fois les gaullistes, mais aussi les communistes pouvaient revendiquer le fait d’avoir organisé la résistance en France. Quels accords De Gaulle a-t-il bien pu passer avec le Parti pour qu’il accepte de déposer les armes et reconnaisse sa légitimité en tant que chef de l’état? Je suppose que cela doit tourner autour du contre pouvoir donné avec le contrôle octroyé à la CGT des grandes entreprises telles que la SNCF, EDF, ou encore la nationalisation de Renault qui faisait rentrer de grosses sommes dans les caisses du syndicat par l’intermédiaire de leurs comités d’entreprise et le refus de Moscou de financer un coup d’état, plus que pour des considérations patriotiques. Je saurai gré à tous ceux qui auraient des informations à ce sujet de bien vouloir me les donner; notre désarroi politique actuel me semble provenir du fait que la droite en général, poussée à se radicaliser par la politique acquise au libéralisme du parti socialiste depuis 1983 -suite à l’échec des réformes initiées en 1981, favorisé par le manque manifeste de coopération de ses adversaires comme le démontre la fuite des capitaux à l’étranger constaté juste après l’élection- et par la marginalisation délibérée du parti communiste, et le gouvernement actuel en particulier, à rompu l’équilibre qui s’était instauré à cette époque, comme s’il n’avait jamais existé. Il serait peut être temps de le rappeler pour éviter que des groupuscules extrémistes n’estiment légitime de passer à l’action plutôt que de dialoguer.)

Les deux hommes n’arrivent pas à s’entendre sur la politique à mener tout au long de leur mandat, mais le Sénat a repris la main le gouvernement du pays. L’expérience de cohabitation ne se poursuit pas les années suivantes, ce qui n’empêche pas les deux rivaux de vouloir retrouver le pouvoir dès que la conjoncture leur sera redevenue favorable. Aussi s’emploient-ils chacun de leur côté à soigner leur popularité. Si Crassus n’était jamais aussi à l’aise que dans la fréquentation de la société Romaine et savait faire preuve de diligence pour satisfaire sa clientèle, ce n’était pas le cas de Pompée qui préférait de loin l’atmosphère des camps militaires car il excellait quant à lui à galvaniser ses troupes. Il cherche par conséquent à se voir confier un nouveau commandement, mais le Sénat échaudé par son refus de déposer les armes rechigne à le lui donner. Il finit cependant par l’obtenir à l’hiver 67 av JC avec pour mandat d’éliminer la piraterie en Méditerranée qui perturbe gravement le commerce, en particulier les importations de blé égyptien, ce qui a pour effet de mettre le pain à des prix prohibitifs et de faire monter la colère du peuple. L’imperium tout à fait exceptionnel qu’il reçoit nécessite une nouvelle loi. Comme les pirates ne sont pas localisés à un endroit précis, la lex Gabinia stipule qu’il n’est pas restreint à une unique province conformément à la loi ordinaire, mais étendu à toute la mer Méditerranée et jusqu’à 20 km à l’intérieur des terres pour qu’il puisse s’attaquer aux villes qui leur servent de refuge. Il s’acquitte très rapidement de cette tâche, il ne lui aurait en effet fallu que 3 mois pour rendre la navigation sûre à nouveau et faire baisser dans la foulée le prix des denrées alimentaires. Encouragé par ce succès éclatant, le tribun de la plèbe Caïus Manilius propose alors, en 66 av JC, de confier à Pompée le soin de mettre un terme à la troisième guerre contre Mithridate qui s’éternise depuis 74 sous le commandement de Lucullus.

Le conflit entre la République Romaine et le Royaume du Pont avait repris à cette date, suite à la mort de Nicomède IV, roi de Bithynie, qui avait décidé de léguer par testament son territoire à Rome. Aucun traité de paix définissant formellement les zones d’influence des deux protagonistes à la fin de la seconde guerre mithridatique en 78 av JC n’ayant été signé, les troupes pontiques ont aussitôt envahi leur voisin. En réaction, le consul Cotta prend l’offensive, sans attendre son homologue Lucullus avec qui il ne veut pas partager les lauriers de la victoire. Mais il est battu, à la fois sur mer et sur terre et se retrouve assiégé dans Chalcédoine. Magnanime, Lucullus vient à son secours au lieu de l’abandonner à son triste sort. Devant le nombre des ennemis, il ne cherche cependant pas à livrer bataille, mais, renseigné sur l’état de leurs réserves de nourriture, il entreprend d’encercler les assaillants pour empêcher leur ravitaillement. Cette manœuvre incite Mithridate à lever le camp de nuit pour immédiatement entreprendre le siège de Cyzique, une autre ville voisine acquise à la cause romaine; Lucullus le poursuit et continue d’appliquer sa tactique précédente. S’ensuit une terrible famine dans les camps pontiques. A l’hiver, la majeure partie de la cavalerie, accompagnée des bêtes de somme et des soldats hors de combat, profitent de ce qu’une partie de l’armée romaine est occupée ailleurs pour s’échapper du piège, mais ils sont bientôt rattrapés et sont mis en déroute; 6 000 chevaux sont pris à l’ennemi et 15 000 hommes capturés. A cette nouvelle, Mithridate décide de lever le siège. Lui même s’enfuit par la mer tandis que ces généraux conduisent son armée par la terre. Rejoints à leur tour par les légions romaines, les soldats du Pont très affaiblis par la faim se font massacrer, mais leur roi court toujours. Cyzique libérée est déclarée ville libre pour sa résistance héroïque à l’envahisseur.

Lucullus obtient une autre grande victoire au cours de laquelle la flotte ennemie est réduite à néant aux abords de l’île de Ténédos. Marius, l’envoyé de Sertorius, est fait prisonnier. Pendant ce temps, Mithridate a réussi à rejoindre le Pont et s’est retranché à Cabeira, dans une vallée facilement défendable. Le consul romain entreprend de le poursuivre sans se donner la peine de soumettre les villes sur son passage. Cela provoque la colère de ses soldats qui se retrouvent ainsi privés de butin. Aussi décide t-il de s’arrêter pour faire le siège d’Amisus durant l’hiver 73 av JC, ce qui laisse le temps à Mithridate de se fortifier. Lorsque Lucullus arrive aux environs de Cabeira au printemps de 72 av JC, la cavalerie pontique lui inflige une défaite. Il passe le reste de l’année sur les hauteurs de la ville sans livrer de grande bataille. Au printemps suivant, la situation tourne en sa faveur, il défait à plusieurs reprises les armées adverses qui tentaient d’attaquer ses lignes de ravitaillement. Accusant de lourdes pertes et se voyant coincé, Mithridate décide à nouveau de prendre la fuite pour rejoindre le roi Tigrane, son beau fils, en Arménie. Lucullus pense à ce moment qu’il a gagné la guerre car Tigrane a jusqu’à présent refusé de se joindre à son beau-père alors que l’armée de ce dernier était puissante, aussi ne voit-il pas de raison qu’il s’implique dans les hostilités maintenant que Mithridate est affaibli. Il écrit par conséquent au Sénat pour refuser les renforts qui devaient lui être envoyés et il s’occupe de soumettre les villes du Pont qui lui ont résisté, ce qui lui permet de s’enrichir considérablement. Il n’en oublie pas pour autant de faire régner la justice, fait baisser de manière drastique le taux d’usure et allège l’impôt. Il en profite également pour ouvrir des négociations avec les Parthes, mais elles n’aboutissent pas, ceux-ci proposant dans le même temps une alliance à Tigrane en échange de la Mésopotamie. Il se prépare donc à leur faire tâter du glaive à leur tour.

Mais contre toute attente, les deux rois se réconcilient et mettent sur pied une nouvelle armée pour contre attaquer. Le général romain ne les attend pas, au contraire, il se met en route pour l’Arménie où il entreprend d’assiéger la capitale, Tigranocerte. Les troupes arméniennes, bien plus nombreuses que les légions romaines, arrivent pour secourir la ville, mais Lucullus prend l’offensive semant le désordre dans les rangs ennemis et leur inflige un sévère défaite. Il poursuit son avancée jusqu’à Artaxate où il bat à nouveau Tigrane. Ce sera pourtant sa dernière grande victoire, ses troupes sont lasses d’une si longue campagne et du peu de reconnaissance de leur chef; elles n’aspirent plus qu’à retrouver leurs foyers après les 6 années passées à guerroyer en Asie. Sous leur pression, il doit alors renoncer à poursuivre ses ennemis plus avant et est obligé de se retirer d’Arménie tout en pillant Nisibe au passage. Il en profite également pour mettre Antiochos XIII sur le trône de Syrie, un Séleucide dont la famille en avait été chassée par les syriens eux-mêmes au profit de Tigrane, à cause des luttes incessantes pour le pouvoir. Au printemps suivant, la sédition est encore plus forte, les soldats refusent carrément de marcher contre Tigrane et même contre Mithridate qui a entrepris de reconquérir son royaume. Il faut que Fabius soit battu et que Triarius perde plus de 7 000 légionnaires sur le champ de bataille pour que l’armée de Lucullus se décide à intervenir. Elle se contente de porter secours aux unités en danger mais s’abstient de toute autre action, ce qui laisse le champ libre à Tigrane en Cappadoce et à Mithridate de s’emparer de la Petite-Arménie. Ces évènements finissent par convaincre le Sénat de laisser Pompée prendre la direction des opérations bien qu’il se méfie de lui au plus haut point. Lucullus est renvoyé à Rome sans ménagement avec seulement 1 600 hommes pour l’accompagner. Il obtient quand même le triomphe malgré l’opposition de Caïus Memmius. Par la suite, Lucullus se retire de la vie publique alors que les sénateurs comptaient sur lui pour faire contrepoids au risque de tyrannie de Pompée lorsqu’il reviendrait d’Asie couvert de gloire. Lucullus passe alors le reste de ses jours dans un luxe devenu légendaire, à donner des fêtes dont le raffinement culinaire lui vaut d’être encore aujourd’hui célèbre.

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