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SPQR: le Sénat et le Peuple Romain

Au deuxième siècle avant Jésus-Christ, l’empire Perse des Séleucides n’en finit pas d’agoniser. Ecrasé par la dette contractée après la défaite de Magnésie contre les Romains qui a provoqué indirectement la révolte des Maccabées en Judée, la dynastie a sombré dans des querelles de succession meurtrières.

En 145 av JC, Démétrios II aidé du pharaon Ptolémée VI, dont il a épousé la fille Cléopâtre Théa pour sceller l’alliance, a vaincu et tué l’usurpateur du trône Alexandre Ier Balas à Oronte, mais il doit pourtant continuer à se battre contre Diodote Tryphon pour retrouver toute sa légitimité. Le général d’Alexandre Balas n’a en effet pas déposé les armes et s’est emparé du pouvoir en mettant en place Antiochos VI, fils du défunt roi et de son union temporaire avec Cléopâtre Théa, alors âgé de deux ans seulement; il fera assassiner l’enfant en 142 av JC pour asseoir son autorité, juste avant d’être définitivement battu par Démétrios. Celui-ci doit alors se rendre à l’est de son empire pour combattre l’invasion du roi Parthe Mithridate Ier en Babylonie et en Médie. Il parvient momentanément à reprendre le contrôle de ces provinces, mais il est bientôt fait prisonnier par les Parthes qui le prennent en otage et l’envoient en Hyrcanie. Traité avec tous les égards dus à son rang, il finit par épouser la fille de Mithridate, Rhodogune. Cléopâtre Théa en est outrée, elle épouse le frère de Démétrios, Antiochos VII et le fait monter sur le trône. Après avoir éliminé ce qu’il reste des troupes de Diodote Tryphon et tué ce dernier en 138 av JC, Antiochos entreprend avec succès de reconquérir les territoires perdus au profit des Parthes. Mais ses exigences empêchent les négociations avec Phraatès II, le successeur de Mithridate décédé en 135 av JC, d’aboutir. En réponse, le roi parthe libère Démétrios et le met à la tête d’une armée pour qu’il soit en mesure de reprendre sa charge. En 129 av JC, Antiochos est tué au cours d’une bataille, en 127 Démétrios retrouve sa couronne, mais il est rapidement renversé par Alexandre II Zabinas qui a le soutien des Lagides, puis assassiné en 125 à l’initiative de Cléopâtre Théa, qui détient réellement le pouvoir, alors qu’il tentait de s’enfuir. Elle fera encore poignarder son propre fils Séleucos V qui voulait prendre la succession de son père en 124, puis, en 121, tentera d’empoisonner son autre fils né de Démétrios, Antiochos VIII, qui a réussi à renverser puis à tuer Alexandre II en 122, mais celui-ci lui fera absorber la mixture qu’elle lui réservait.

Et dire qu’on essaye de nous vendre la supposée douceur des femmes dirigeantes. Bullshit, lorsqu’elles sont au pouvoir elles sont au moins aussi violentes que les hommes. Les exemples ne manquent pas: Isabelle la Catholique, Catherine de Médicis, Victoria du Royaume-Uni ou plus près de nous Margaret Thatcher; que des femmes qui ont su aussi bien que certains hommes exercer une influence déterminante sur leur époque. Nous sommes tout simplement égaux face au pouvoir. Les larmes de Martine Aubry devant les images de DSK ne signifient rien quant à sa capacité d’exercer des responsabilités politiques du plus haut niveau, Napoléon aussi s’émouvait lorsqu’il voyait ses hommes massacrés après la bataille.

Le nouveau roi parthe, Artaban II, profite du chaos à la tête de l’état séleucide pour reprendre la Médie et la Babylonie, l’empire ne retrouvera jamais sa splendeur d’antan; les rois de Syrie vont se succéder à un rythme effréné jusqu’à la fin de la dynastie en 64 av JC. A ce moment les querelles intestines ont aussi gagné la Judée des hasmonéens qui se déchire entre partisans des pharisiens et des saducéens. Son indépendance n’aura pas duré un siècle; de nos jours Israël vit dans la crainte de voir le même schéma se reproduire. La région est donc devenue l’enjeu d’une lutte stratégique entre l’empire Parthe et Rome.

Malgré ses nombreuses victoires et l’expansion continue de son territoire, la République Romaine et ses institutions sont elles aussi mal en point. La crise trouve s’est nouée dans la question agraire autour de la propriété des terres qui a fini par creuser un énorme fossé entre riches et pauvre. Depuis l’origine, l’armée de la république était composée de ceux qui avaient les moyens de se payer un équipement militaire, essentiellement des paysans qui se faisaient un devoir de protéger les terres dont ils étaient propriétaires des invasions étrangères; ce qui leur donnait le titre de citoyen. Cette organisation date du règne de Servius Tullius, un étrusque, avant dernier roi de Rome de 578 à 534 av JC. La République a pu voir le jour grâce à cette réforme en fournissant des armes à une partie de la population, que nous qualifierions aujourd’hui de « bourgeois », qui a ainsi pu s’opposer à l’aristocratie jusqu’à la chute de Tarquin le Superbe en 509 av JC. L’aspect financier de l’incorporation a eu pour conséquence l’instauration de plusieurs classes de soldats. Tout en haut de la hiérarchie se trouvaient les cavaliers dont la fortune leur permettait d’entretenir une monture, puis venaient les fantassins, eux mêmes divisés en deux catégories selon qu’ils pouvaient s’offrir ou pas l’intégralité de l’équipement composé d’une lance, d’un glaive, d’un bouclier,d’un casque, d’une cuirasse et de jambières, tous trois en bronze. Il y avait encore les vélites qui ne disposaient que d’un lance pierre et d’une lance pour harceler l’ennemi et enfin les porteurs, trop pauvres pour s’acheter quelqu’équipement que ce soit mais qui, en tant que citoyen propriétaire, devaient quand même servir. Une autre distinction avait cours en fonction de l’âge, les iuniores entre 17 et 45 ans se trouvaient en première lignes et partaient en campagne, tandis que les seniores entre 46 et 60 ans se tenaient à l’arrière seulement dans le cas où il s’agissait de défendre le territoire d’une attaque.

Ce système s’est perpétué tant bien que mal au cours de trois siècles, mais la deuxième guerre punique (218-202 av JC), restée célèbre pour la campagne menée par Hannibal et ses éléphants, a fini par le déséquilibrer complètement. La guerre a été très longue, aussi les soldats sont-ils restés longtemps éloignés de leurs domaines; pendant tout ce temps les rendements ont baissé et certains se sont retrouvés endettés à leur retour, car ils avaient de surcroît subi la baisse des prix du blé à cause de la concurrence déloyale des grandes exploitations siciliennes que les oligarques s’étaient partagés après la première guerre punique et qui pratiquaient la monoculture. De plus, elle a été particulièrement meurtrière au cours des deux premières années. Près de 100 000 légionnaires trouvent la mort dans les différentes batailles et de nombreux sénateurs y ont eux aussi laissé la vie, 80 rien qu’à Cannes. Pour finir, elle a coûté très cher et l’état romain a dû s’endetter auprès des citoyens les plus riches. Cela a totalement bouleversé la société. D’une part, les plus nantis ont racheté a bon compte les fermes des citoyens qui ne pouvaient plus faire face à leurs créances, et d’autre part l’ager publicus, les pâturages à disposition de la communauté, leur a été concédé le temps du remboursement de la dette de l’état, ils ne le rendront jamais. Le paysage rural en a été considérablement modifié, la mosaïque de petites fermes qui s’adonnaient à la polyculture a été transformé en grandes exploitations axées sur un seul type de production agricole, les latifundias, où la main d’œuvre était en majorité composée d’esclaves. Les rendements étaient moins bons, mais le coût de production très faible venait compenser la perte et permettait des prix imbattables. Par conséquent de nombreux paysans sont venus chercher du travail dans les villes comme ouvriers et le nombre de citoyens a fortement diminué durant cette période. Le pouvoir de la nobilitas, des plus fortunés, en a été considérablement renforcé. Les guerres se sont alors succédées sans discontinuer jusqu’à la chute de la République.

De nos jours, avec les délocalisations, la crise financière, les restrictions budgétaires et les privatisations préconisées pour y remédier, sans oublier l’achat de vastes étendues de terre par des groupes financiers dans les pays les plus pauvres de la planète pour compenser leurs pertes (ce qui nous promet que le pire est encore à venir), nous sommes confrontés à une situation relativement similaire. A Pâques (la fête de la parole libre retrouvée pour les juifs), Malek Chebel disait à fort juste titre à Marie Drucker dans 13h15 le dimanche qu’il fallait connaître les raisons de la chute de l’empire romain (ce sera l’objet d’un prochain article) pour être en mesure de décider pour quel candidat voter aux prochaines élections présidentielles (pour une fois que les médias ne nous présentent pas les arabes comme des intégristes assoiffés de sang qui maltraitent leurs femmes et qu’on peut entendre la voix d’un musulman aussi épris de liberté et de connaissance que les philosophes des lumières alors que la France est en train de sombrer dans un obscurantisme nationaliste de fort mauvais augure. Je voterais bien pour vous, Monsieur Chebel.), mais aucune situation historique n’est exactement comparable à une autre aussi vaut-il mieux en connaître le plus possible pour déterminer la meilleure voie à suivre. Gary Kasparov ne faisait pas autrement pour battre ses adversaires aux échecs. Après lui avoir collé des électrodes sur le crâne, des chercheurs ont découvert qu’il ne se contentait pas de comparer la partie qu’il jouait à celle qui lui ressemblait le plus, mais qu’il utilisait sa mémoire à long terme et qu’il la comparait en même temps avec toutes les parties qu’il avait déjà jouées ou qu’il connaissait. Il pouvait donc mieux improviser que les autres car il était plus libre qu’eux. Voilà le secret qui fait le Grand Maître.

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  1. 08/06/2011 à 14:50
  2. 31/03/2012 à 13:53

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