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La révolte des Maccabées

Une période de troubles débute en Judée en 175 av JC avec la nomination de Jason au poste de Grand Prêtre à la place de son frère Onias III. Elle n’a pris fin qu’en 140 av JC, à l’avènement de la dynastie des Hasmonéens. Jason n’a pas obtenu sa charge avec l’assentiment de la communauté juive comme cela devait certainement se pratiquer depuis l’époque de la Grande Assemblée, il a directement manoeuvré auprès de son suzerain, Antiochos IV, pour que cela se fasse. A priori on pourrait penser qu’il n’a agi que par ambition personnelle, mais à sa décharge, son frère Onias avait mis la Judée dans une position très délicate après qu’il ait refusé de contribuer plus fortement au remboursement de la dette astronomique contractée après la défaite perse à Magnésie contre les troupes romaines. Onias était en effet soupçonné de détenir une grosse somme déposée dans les caisses du Temple par Hyrcan le Tobiade, un opposant favorable aux Lagides égyptiens. Il ne faut pas oublier que le refus de s’acquitter de l’impôt réclamé par la puissance dominante avait eu pour conséquence l’exil à Babylone quelques siècles auparavant. De plus, Héliodore, le ministre chargé du recouvrement, venait d’assassiner le roi Séleucos III, le frère d’Antiochos, juste à son retour de Judée et sa fortune faite. Cela ne pouvait qu’alimenter l’idée d’un complot entre Onias et Héliodore pour s’emparer du pouvoir. Le coup d’état s’étant soldé par un échec, l’intervention du nouveau souverain dans les affaires de la Judée devait sembler inévitable. Dans cette situation, Jason ne pouvait faire autrement que de prouver son allégeance au pouvoir séleucide perse. Aussi Jason et Onias, qui ne devait certainement pas se faire beaucoup d’illusions quant à son avenir politique, ont-ils peut être opté pour ce qu’ils pensaient être le moindre mal, à savoir l’éviction d’Onias, l’augmentation de la contribution de la Judée au remboursement de la dette et la transformation de Jérusalem en polis sur le modèle grec, ce qui devait lui garantir son autonomie.

Mais, comme la politique est un art qui a toujours été compliqué, Jason s’est attiré les foudres d’une partie de la population de Judée par ses décisions. D’une part, encore aujourd’hui personne n’aime voir ses impôts augmenter, d’autant plus s’il s’agit de financer l’étranger, il n’y a qu’à voir la réaction initiale des allemands lorsqu’il a fallu mettre en place le plan de sauvetage de la Grèce. Et d’autre part, l’hellénisation de Jérusalem, la construction d’un gymnase et d’un éphébéion, le lieu de formation des futurs citoyens de la polis, a eu l’heur de déplaire à la frange la plus radicale qui craignait de voir la culture juive se dissoudre dans le paganisme, certains ayant renoncé à la circoncision de leurs fils pour qu’ils n’aient pas à se fabriquer de prépuce pour fréquenter le gymnase, la porte d’accès à la citoyenneté. Toutefois, la majorité des judéens trouvait avantage à adopter les mœurs de la culture grecque qu’ils admiraient et à l’ouverture sur le monde qu’elle leur procurait, sans pour autant renier leur religion. La discorde est venue de la manière dont Jason est parvenu à son poste. Elle a réveillé les ambitions de quelques individus dont la naissance leur en interdisait jusqu’alors l’accès, de Ménélas en particulier. En 172 av JC, ce dernier intervient auprès d’Antiochos en lui promettant d’être un helléniste encore plus zélé que Jason et bien sûr de le rétribuer en échange de ses faveurs, ce qui lui vaut sa nomination immédiate. Il fait alors assassiner Onias. Il s’ensuit une guerre civile entre les factions de Ménélas et de Jason dont le peuple est la principale victime, comme toujours.

Des gens fuient la région. D’autres fomentent une révolte scandalisés par le fait que Lysimachus, le frère de Ménélas, ait volé des objets sacrés au Temple avec l’assentiment du Grand Prêtre. Lysimachus s’est fait lyncher par la foule en colère après avoir été démasqué et son frère a été traduit en justice devant Antiochos, mais il a réussi à se faire libérer moyennant finances. Ménélas en a alors été réduit à faire appel aux troupes perses pour tenter de rétablir l’ordre. Antiochos qui n’avait d’autre intérêt que de faire rentrer le maximum d’argent dans ses caisses ne s’intéressait guère aux affaires internes de la Judée, mais il commence à s’inquiéter des troubles qui l’agitent car il projette d’attaquer l’Egypte en 169 av JC; il ne peut donc pas se permettre de prendre le risque de voir ses lignes d’approvisionnement coupées par les rebelles juifs. (cette campagne a été couronnée de succès, mais Antiochos s’est mis Rome à dos. Le Sénat ne supportait pas de voir s’installer la volatilité des prix des marchandises agricoles dans son grenier à blé. Aussi dût-il rapidement se retirer sous la menace de la puissance romaine devenue dominante grâce à la supériorité de sa machine de guerre.) Malgré cela, Jason revient au poste de Grand Prêtre en 168 av JC. Frustré de voir son poulain Ménélas évincé et comme il ne comprenait rien à la situation, Antiochos a pris une décision classique lorsqu’il y avait du désordre dans une province sous domination des hellènes: abolir la loi locale et imposer la loi grecque. Mais dans ce cas cela revenait aussi à interdire toutes les pratiques religieuses du peuple hébreux, c’est à dire l’abattage rituel des animaux, la circoncision et même le Shabbat ainsi les fêtes. Il est allé jusqu’à piller le temple et le faire consacrer à Zeus. La population, jusqu’alors relativement passive, s’insurge contre le diktat grec et de nombreuses personnes n’hésitent pas à s’offrir au martyr en continuant à suivre les prescriptions de la Loi de la Torah.

En conséquence, Mattathias prend la tête de ce que nous connaissons comme la Révolte des Maccabées, du surnom donné à la famille de son organisateur. Ses troupes combattent à la fois tous les Juifs partisans de l’hellénisation et les armées perses; elles mènent avant tout une guérilla urbaine contre laquelle les armées classiques, qui ont l’habitude de se battre en formation en rase campagne, sont démunies. Les américains ont été récemment confrontés au même problème en Somalie, en Irak et en Afghanistan. Mattathias meurt en 166 av JC, son fils Judas Maccabée prend sa relève alors que les révoltés commencent à remporter des victoires à Beth Horon et à Emmaüs. En décembre 165 av JC, ils reprennent le Temple de Jérusalem et le rendent au culte de YHWH, ce qui est à l’origine de la fête de Hanoucca, célébrée pour la première fois l’année suivante. Les troupes perses continuent cependant à occuper la citadelle de la ville, elles empêchent que les Juifs hellénisants soient persécutés; elles ne la quitteront qu’en 141 av JC. En 164, Antiochos IV meurt à son tour, son fils âgé de neuf ans Antiochos V lui succède, ce qui attise à nouveau les querelles de succession et sème la discorde chez les Séleucides. Le régent, Lysias, ouvre alors des négociations avec Judas qui a réussi de son côté à obtenir le soutien diplomatique des Romains; il obtient l’abrogation du décret qui interdisait les lois juives mais les combats ne cessent pas pour autant en Judée. En 161 av JC, Judas est tué à la bataille d’Elasa, son frère Jonathan le remplace; il s’emploie à renforcer ses liens avec les Romains pour contrer le général Bacchidès qui avait repris Beth Horon et Emmaüs et mis en place Alcide, un hellénisant modéré, comme Grand Prêtre depuis 162 av JC.

Pendant ce temps, Démétrios Ier, fils de Séleucos IV, est revenu de Rome où il était détenu en otage, ce qui avait permis à son oncle Antiochos IV de monter sur le trône à sa place, et il fait assassiner le jeune Antiochos V pour pouvoir régner. Il ne parvient pas plus que ses prédécesseurs à faire cesser les troubles en Judée jusqu’en 152 av JC. Jonathan profite alors de la déliquescence à la tête de l’état séleucide pour se faire nommer Grand Prêtre, poste laissé vacant depuis la mort d’Alcime en 159 av JC. Démétrios doit en effet faire face à Alexandre Ier Balas qui prétend être le fils d’Antiochos IV. Ce dernier est l’instrument du pouvoir lagide égyptien qui profite de la situation pour prendre l’avantage sur son ennemi séleucide. Dans un premier temps, Démétrios a passé un accord avec Jonathan qui lui permet de retourner à Jérusalem et d’avoir une armée, mais Jonathan se retourne contre Démétrios après que le pharaon Ptolémée VI lui ait fait une offre encore plus avantageuse. Démétrios Ier est tué par la coalition formée par l’Egypte en 150 av JC, mais Jonathan est fait prisonnier puis assassiné par Diodote Tryphon, un général d’Alexandre Ier Balas, sous prétexte d’avoir refusé de payer l’impôt; son frère Simon prend sa suite. Alexandre Ier Balas tombe rapidement en disgrâce auprès des égyptiens qui soutiennent dorénavant Démétrios II, le fils de Démétrios Ier. La Judée peut alors être considérée comme un état indépendant dirigé par Simon, le premier représentant de la dynastie hasmonéenne, bien qu’elle ne sera effective qu’en 140 av JC avec la nomination de Simon au poste de Grand Prêtre, stratège et ethnarque à titre héréditaire. Elle se perpétuera jusqu’en 40 av JC après être elle aussi tombée dans le travers grec des querelles de succession. Les revendications autour de l’héritage de De Gaulle et Mitterrand ne laissent rien présager de bon.


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  1. 13/08/2011 à 10:43

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