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L’Histoire du Moyen-Orient: une tragédie grecque qui prend racine dans l’Antiquité

La tolérance religieuse voulue par la dynastie perse des achéménides a continué sous le règne des Grecs Séleucides puis des Parthes. Elle a pris fin avec l’avènement des Sassanides (de 224 ap JC jusqu’à l’invasion arabe de 651) qui se sont employés à unifier le clergé alors que le zoroastrisme était officiellement devenu religion d’état. Les juifs, chrétiens, manichéens et autres membres de religions dissidentes ont par conséquent été persécutés par le pouvoir en place sous leur autorité. Toutes les religions sans exception sont passées par des phases d’intolérance à l’encontre des autres croyances, particulièrement lorsque le pouvoir politique se trouve en état de faiblesse, comme c’est le cas en ce moment. (pouvoir fort ne veut pas dire autoritaire mais qui sait assurer le développement de toutes les régions qu’il contrôle lorsque le pays est prospère et qui sait redistribuer équitablement les ressources pour permettre à chacun de survivre en période de pénurie. Le pouvoir ne devient autoritaire que lorsqu’il est en état de faiblesse.)

                                                                                                                                                      Mais la tolérance est encore de mise lorsqu’Alexandre le Grand envahit le pays en 330 av JC alors qu’il pensait rencontrer un peuple qu’il croyait barbare suite à l’incendie d’Athènes ordonné par Xerxès Ier un siècle et demi auparavant. C’est pourquoi il a trouvé une forme de théocratie en Judée, la pays suivait à ce moment les règles édictées par les sages de la Grande Assemblée, le pouvoir s’étant retrouvé dans les mains des Grands Prêtre après l’extinction de la lignée du roi David. Ces deux civilisations vont avoir une grande influence l’une sur l’autre.

                                                                                                                                                    D’une part beaucoup de Grecs ont été séduits par le monothéisme hébraïque qui correspond mieux aux enseignements de Platon ou d’Aristote que le polythéisme et en retour beaucoup de Juifs ont accueilli très favorablement les progrès intellectuels de la philosophie grecque qui a elle même puisé son inspiration dans le zoroastrisme perse. L’échange a été particulièrement fructueux au sein de la diaspora qui se trouvait en Egypte ou à Babylone, ce qui a donné naissance au courant du judaïsme hellénistique. En revanche il a été nettement moins bien perçu en Judée encore très attachée au Temple de Jérusalem, surtout depuis qu’Ezra, de retour de son exil à Babylone en 458 av JC, a constaté que nombre de ses coreligionnaires avaient épousé des femmes païennes et les a incité à s’en séparer dans une stricte application de la loi mosaïque. Par conséquent les Grecs attirés par le judaïsme, les craignant-Dieu, ont éprouvé de grandes difficultés pour se convertir bien qu’ils aient bénéficié d’une traduction de la Torah dans leur langue commandée par le Pharaon grec Ptolémée II (283-246 av JC) connue sous le nom de Septante. Malgré cela, la circoncision restait le principal obstacle à leur intégration.

                                                                                                                                                          Les Septante porte ce nom car Ptolémée II aurait confié le soin de traduire la Torah de Moïse à 72 anciens, 6 de chacune des 12 tribus d’Israël, qui auraient tous employé exactement les mêmes mots au résultat grâce à l’inspiration divine. C’est rigoureusement impossible une traduction étant toujours une trahison, cela laisse plutôt entrevoir une volonté du souverain d’être reconnu comme tel par les immigrés juifs qui ne parlaient plus hébreu depuis belle lurette. (Suivant l’exemple de Cyrus II, le roi Perse, et dans la continuité de la politique d’Alexandre le Grand qui avait honoré les Dieux égyptiens pour renforcer son aura de libérateur du joug perse, son père, Ptolémée Ier avait quant à lui cherché à se faire accepté du peuple en restituant les objets sacrés volés dans les temples et emmenés à Babylone par Xerxès Ier lors de sa campagne de 484 av JC. Il avait aussi fait célébrer sa fête-Sed, son jubilé à la mode égyptienne; et confié à un prêtre égyptien, Manéthon, le soin d’écrire en grec l’histoire de l’Egypte en trente volumes qui recense tous les Pharaons par ordre chronologique. Cet ouvrage a plus été conçu pour correspondre à des cycles qui reflètent un ordre divin que par souci d’objectivité historique.)

                                                                                                                                                           La cohabitation entre Grecs, Lagides d’Egypte ou Séleucides de Perse, et Juifs, de la diaspora ou de Judée, se passait donc harmonieusement; jusqu’à ce que les Romains viennent semer le trouble dans la région. En effet, c’est à cette époque que Jérusalem est passée du stade de modeste village de montagne à celui de grande ville prospère grâce à l’artisanat et au commerce, que la Judée a connu son réel essor économique alors qu’elle avait été plus ou moins négligée sous la domination des Achéménides au profit des plaines côtières aux mains des Phéniciens. Mais depuis la mort d’Alexandre le Grand aucun des diadoques en charge d’administrer une partie des vastes territoires conquis ne peut prétendre à imposer son autorité sur tout l’empire. Les côtes entre le nord de l’Egypte et le sud de la Turquie qui commandent l’accès au commerce en Méditerranée sont par conséquent devenues un enjeu capital pour les deux dynasties grecques qui se disputent le contrôle de la région au cours des six guerres de Syrie qui s’étalent sur plus d’un siècle à partir de 274 av-JC. Ces conflits incessants vont contribuer à leur affaiblissement.

                                                                                                                                                           La Perse des Séleucides en a été particulièrement affectée sous le règne de Séleucos II (246-226 av JC). Il succède à son père Antiochos II, assassiné par sa mère Laodicé Ière qui a été répudiée, mais sa légitimité est contestée dans une grande partie du territoire qui lui préfère le fils de la seconde femme d’Antiochos, Bérénice Syra, sœur du Lagide Ptolémée III. Ils sont tous deux rapidement assassinés par ordre de Laodicé. Son fils reste alors l’unique héritier, mais cela provoque l’intervention du Pharaon qui déclenche la troisième guerre de Syrie. Elle se conclut en 241 av JC par un traité qui fait perdre de nombreux territoires aux Perses à l’ouest. Dans le même temps, Séleucos perd le contrôle de l’Anatolie au profit de son frère Antiochos Hiérax et il voit plusieurs régions de l’est faire sécession, telle la Bactriane et la Parthie; il tente de les recouvrer sans succès et meurt en 226 av JC après une chute de cheval. Nous avons là tous les ingrédients d’une véritable tragédie grecque. Avec la personnalisation du pouvoir à outrance, nos partis politiques subissent encore aujourd’hui les mêmes mécanismes lorsqu’aucun leader ne sait imposer son autorité, les assassinats en moins. Nos élites devraient pourtant être assez informées pour ne pas tomber dans ce piège.

                                                                                                                                          Antiochos III, second fils de Séleucos II, arrive au pouvoir en 223 av JC après la mort de son frère Séleucos III qui s’est montré tout aussi impuissant à rétablir l’intégrité de l’empire. Malgré quelques déboires, Antiochos III s’en est beaucoup mieux tiré, il a récupéré la Bactriane et la Parthie ainsi que l’Arménie, il rétablit son pouvoir en Anatolie et malgré sa défaite lors de la quatrième guerre de Syrie (221-217 av JC) face à Ptolémée IV, il dispose à nouveau d’un port dans la région. Il profite des troubles dont l’Egypte est à son tour victime, le nationalisme égyptien s’est réveillé suite à la victoire à laquelle ils ont participé et la Haute-Egypte a pris son indépendance (nous avons eu le même problème en France suite à la libération du territoire national à l’aide des troupes venues d’Afrique du Nord lors de la seconde guerre mondiale), puis de la mort de Ptolémée IV et du conflit qui s’ensuit à l’occasion de sa succession en 204 av JC pour déclencher la cinquième guerre de Syrie (202-195 av JC). Il y gagne toute la Cœlé-Syrie qui comprend la Judée où les Juifs l’ont aidé à conquérir la citadelle de Jérusalem (il rendra ces territoires a Ptolémée V lorsque celui-ci épousera sa fille Cléopâtre Ière en 193 av JC). En revanche, il a eu beaucoup moins de succès lorsqu’il s’est retrouvé confronté aux troupes romaines. Il intervient en Grèce continentale en 192 av JC suite à la défaite de son allié Philippe V de Macédoine en 196 av JC, mais il ne reçoit guère de soutien, aussi est-il battu aux Thermopyles en 191 av JC par les armées du consul Manius Acilius Glabrio et du tribun Marcus Porcius Cato et il doit se retirer en Asie, dans l’actuelle Turquie, où il subit une défaite écrasante à Magnésie face aux troupes de Scipion l’Asiatique en 189 av JC. La phalange grecque est alors totalement dépassée par la puissance de l’armée romaine. Il est donc obligé de signer la paix d’Apamée en 188 av JC; il y perd une grande partie de l’Anatolie ainsi que la quasi totalité de sa flotte et tous ses éléphants de guerre. De plus, il est contraint de livrer un tribut exorbitant de 12 000 talents d’argent, soit une bonne trentaine de tonnes payables en 12 annuités. Son second fils, le futur Antiochos IV, est alors pris en otage à Rome comme garantie du remboursement de la dette.

                                                                                                                                          Antiochos III est tué en 187 av JC alors qu’il tente de piller le trésor du temple de Belus à Elymaïs dans le but de s’acquitter de sa créance d’après l’historien grec Strabon. Son fils aîné, Séleucos IV lui succède. Tout son règne est marqué par ses difficultés à satisfaire les exigences financières romaines, tant et si bien qu’il est contraint d’envoyer son jeune fils Démétrios comme otage à Rome en remplacement de son frère Antiochos en 176/175 av JC. Il charge alors son ministre Héliodore de se rendre à Jérusalem pour prendre possession des réserves d’argent détenues au sein même du Temple par le Grand Prêtre Onias III, unique détenteur du pouvoir en Judée. Cette intervention n’arrive pas par hasard, mais après la dénonciation d’Onias par Simon le Benjamite aux représentants locaux du pouvoir séleucide; il s’était vu refuser une charge importante par le Grand Prêtre. Il avait alors affirmé qu’Onias avait reçu en dépôt des fonds du pro-lagides Hyrcan le Tobiade. A son retour auprès de Séleucos IV, Héliodore prétend ne rien avoir obtenu du Gardien du Temple de Jérusalem. Cependant Héliodore dispose d’assez d’argent pour tenter de suborner une partie de l’armée et il assassine Séleucos dans l’espoir de se faire nommer à sa place, ce qui laisse à supposer qu’il a conclu un accord secret avec Onias III. Mais sa tentative de putsch échoue et Antiochos IV prend le pouvoir, ce qui pose à nouveau un problème de légitimité, la couronne aurait dû revenir à Démétrios Ier otage à Rome. Antiochos élimine à son tour Héliodore. Dans le même temps, Onias accompagné de son frère Jason avait quant à lui décidé de se rendre à Antioche pour donner au roi sa version des faits. Au lieu de soutenir son frère, Jason va jouer sa carte personnelle pour prouver son attachement au souverain séleucide. En l’échange de sa nomination à la charge de Grand Prêtre, il propose Antiochos de transformer Jérusalem sur le modèle grec de la polis, de la cité-Etat autonome, mais surtout, il lui promet d’augmenter sa contribution financière au remboursement de la dette. Cet argument ne peut que convaincre Antiochos d’accepter la proposition. La Judée va alors sombrer dans la guerre civile…

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  1. 08/06/2011 à 14:50

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