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Premiers pas vers le monothéisme

Pour certains archéologues comme Jacques Cauvin ou Ian Hodder, le passage d’une société de chasseurs/cueilleurs à la sédentarité organisée autour de l’agriculture s’explique avant tout par un bouleversement culturel et non par une évolution de la technique. Cette approche met en exergue l’aspect subjectif des recherches au lieu de s’attacher uniquement aux preuves matérielles (démarche à laquelle je ne puis que souscrire, le manque d’informations concernant la préhistoire et l’antiquité laisse forcément place à une interprétation personnelle de l’histoire. Le problème est le même avec la surabondance de témoignages de notre époque, il n’y a qu’à voir le volume délirant de documents à propos de l’assassinat de J.F Kennedy ou le 11 septembre 2001 pour être convaincu qu’il est impossible de prétendre à une vérité absolue. La fiction est alors le meilleur moyen pour se faire une idée, James Ellroy avec sa trilogie « Underworld USA » ou Don DeLillo avec « Libra » ont fait un travail remarquable en ce qui concerne les enjeux des années 1960; nous n’avons pas encore assez de recul pour 2001. Le Moyen Age est la période la plus facile à étudier, il y avait assez de supports d’écriture pour garder tous les documents important, mais pas suffisamment pour vouloir conserver les faits insignifiants.) Comme je l’ai dit dans « la domestication: un processus d’apprivoisement mutuel », les humains savaient depuis belle lurette qu’il faut semer une graine pour obtenir une nouvelle plante ou bouturer un arbre pour avoir des fruits identiques, mais cela n’était pas au centre de leur conception du monde comme en témoignent les peintures rupestres qui représentent essentiellement des scènes de chasse où les animaux tiennent la vedette. Leur affirmation se base sur la découverte de statuettes féminines qui précèdent les premières traces d’agriculture de plusieurs siècles. Elles sont les premiers témoignages connus de la cuisson de l’argile bien avant que cette technique ne serve à fabriquer des objets utilitaires. La statue de la « déesse mère » de Çatal Höyük, en Anatolie, dans l’actuelle Turquie, en est un exemple. Les représentations de « vénus paléolithiques » existaient déjà depuis des dizaines de milliers d’années, mais elles semblent devenir l’objet d’un culte exclusif lors de la transition vers le néolithique. Elles sont accompagnées par une représentation masculine incarnée par des crânes d’aurochs ou bucranes.

 

Cette approche ne manque pas d’intérêt, mais elle ne fait qu’entretenir un débat stérile qui ressemble à celui entre l’inné et l’acquis alors que ce ne sont que les deux faces d’une seule et même dynamique, celle de l’information. De plus, cela laisse croire que le passage du culte des forces naturelles au profit de celui de l’esprit humain qui se doit de se les approprier pourrait être dû à une certaine forme de révélation divine faite à une seule personne qui se serait répandue par la suite grâce à sa supériorité manifeste. C’est d’autant plus étonnant que le mouvement « post-processualiste » ne cache pas qu’il trouve son inspiration dans les travaux des anthropologues marxistes français pour qui la religion représente « l’opium du peuple » (ou alors cela ne l’est pas car cela confirme que le marxisme est un succédané de religion en plus d’être une théorie économique). Revenons donc sur la genèse des saintes écritures à l’origine des monothéismes pour constater qu’elles n’ont pas été révélées d’un seul coup mais qu’elles ont évolué au fil du temps en fonction des circonstances, le mécanisme qui a présidé au passage de l’animisme au polythéisme doit être relativement similaire à celui qui a conduit du polythéisme au monothéisme, seuls les humains étant restés les mêmes entre ces deux époques. Nous sommes encore les mêmes aujourd’hui car depuis la révolution néolithique nous n’avons plus besoin d’évoluer pour nous adapter au changements du monde, c’est nous qui le changeons pour qu’il s’adapte à nous. Avec la révolution industrielle nous avons peut être poussé le bouchon un peu trop loin, aussi devrons nous le laisser vivre sa vie indépendamment en nous isolant dans des structures telles que la pyramide de Shimizu ou les Lilypads si nous voulons continuer à aller de l’avant et non retourner à l’âge de pierre.

 

La première tentative d’instaurer un monothéisme remonte à 1350 ans av-JC avec le culte d’Aton voulu par Aménophis IV, qui se fera alors appeler Akhénaton, en Egypte, à la suite des réformes entreprises par son père Aménophis III pour s’affranchir de la tutelle des prêtres de Thèbes. Aton a alors été placé au dessus des autres Dieux, il suffisait de trouver sous le soleil pour pratiquer son culte, il n’y avait plus besoin de rendre au temple et de faire des offrandes pour lui demander ses faveurs. Ce qui n’empêchera pas Akhénaton de dépenser des fortunes pour ériger de nouveaux temples dans le but d’imposer le nouveau culte d’état et même de déplacer la capitale pour affirmer sa puissance. Toutes ces réformes finiront par le rendre très impopulaire. Cela n’a pas duré bien longtemps, moins de vingt ans, les prêtres n’étant pas prêts à abandonner leurs pouvoirs d’intercession avec les différents Dieux, et les richesses qui vont de pair, au profit du seul Pharaon, et de sa femme, en l’occurrence Néfertiti, une autre nouveauté. (l’art égyptien de cette époque est lui aussi atypique, la courte période amarnienne se caractérise par une grande volonté de réalisme alors que l’art traditionnel représente toujours les personnages d’une manière idéalisée). Les cathares ont eu le même genre de problèmes lorsqu’ils ont voulu s’affranchir du pouvoir de l’Eglise et du Pape, il faudra attendre la Réforme pour voir émerger une organisation décentralisée de la religion chrétienne avec le succès qu’on lui connaît, surtout en matière de colonisation.

 

Si cette nouvelle religion n’a pas rencontré le succès escompté en Egypte, elle a pu inspirer les tribus israélites, la première mention d’Israël datant d’une centaine d’années après le règne d’Aménophis IV sur la stèle de Mérenptah qui fait état de sa victoire sur les peuples du pays de Canaan aux alentours de 1200 av JC. Israël désignait alors plutôt un ensemble de tribus nomades plus qu’un lieu géographique. Il n’était alors pas rare qu’elles migrent vers la fertilité du delta du Nil lorsque la famine sévissait au pays de Canaan. Ce n’est qu’à cette époque qu’on retrouve les premières traces de sédentarisation de ces groupes sur les hautes terres de Cisjordanie, lors de leurs installations précédentes ils avaient toujours fini par reprendre un mode de vie nomade, certainement à cause des variations climatiques. Ils n’adoraient pas encore tous le même Dieu, ils pratiquaient le culte de Dieux cananéens tel que Baal, mais aussi celui de Dieux locaux rattachés à des éléments du paysage comme une rivière ou une montagne. Par contre, ils avaient déjà en commun de ne pas consommer de viande de porc, contrairement aux Philistins qui peuplaient alors les basses terres de la côte. Cette coutume indique une volonté de leur part de se distinguer du reste de la population cananéenne qu’ils jugeaient certainement corrompue par le commerce auquel elle se livrait avec l’occupant égyptien. Le culte de l’une de ces divinités locales, YHWH soit Yahvé pour les chrétiens, va prendre de l’ampleur au fur et au mesure que les cités états cananéennes vont péricliter. Il semble que cette nouvelle religion ait été adoptée par deux modestes royaumes aux alentours de 900 av JC, Israël et Juda, mais aucune donnée archéologique ne vient confirmer leur unification sous l’égide du roi David, pas plus qu’il n’a été retrouvé de vestiges de constructions qui pourraient être attribuées sans conteste à son fils Salomon. L’adoption du même alphabet un siècle plus tard témoigne toutefois du rapprochement entre les deux communautés. Il faut attendre 700 av JC pour que Jérusalem devienne un centre important dans la région.

 

Les enjeux politiques actuels rendent difficile l’étude de cette période. De nombreux faux qui se voulaient de confirmer les récits bibliques ont été produits, ils ont pendant un temps trompé les meilleurs experts mondiaux avant que la supercherie ne soit découverte. « Les marchands d’histoire » est un documentaire qui vient en faire la démonstration.

 

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Le livre de Marek Halter, « Les mystères de Jérusalem », est aussi très utile pour comprendre que la recherche à ce sujet est sous l’influence de plusieurs parties aux intérêts divergents. Pour couper court à toute polémique, il est absurde de chercher une quelconque légitimité à l’état d’Israël dans une occupation antique du territoire ou de vouloir démontrer que le peuple juif n’est pas à l’origine du monothéisme pour le discréditer. Il est tout aussi absurde de chercher l’origine de la France dans la résistance de Vercingétorix aux troupes romaines et de se voir comme descendant direct des gaulois ou même de s’imaginer successeur de ceux qui ont bouté l’anglois hors de France avec Jeanne d’Arc. L’unité actuelle de la France remonte au mieux à la « patrie en danger » de 1792, mais plus sûrement encore aux combats dans les tranchées de 1914-1918 auxquels ont participé ensemble les appelés venus de toutes les régions de l’hexagone. Le coq gaulois descend en ligne directe des dinosaures mais il est vain de chercher l’explication de son comportement dans celui des « terribles lézards ».

Israël tient sa légitimité incontestable de sa victoire militaire face aux troupes arabes coalisées en 1948 à laquelle personne ne croyait. Sa constitution guerrière est similaire à celle de la plupart des états dans le monde (par exemple les Francs qui ont donné leur nom à la France sont à l’origine des peuples germaniques qui ont conquis une partie du territoire de la Gaule alors sous le contrôle de Rome). Cela ne justifie pas pour autant sa politique de colonisation ultérieure, condamnée par les institutions mondiales. La survie à long terme de l’état d’Israël est loin d’être garantie, cette région à la jonction des continents européen, asiatique et africain est en proie à l’instabilité depuis des milliers d’années, elle à tour à tour été occupée par les peuples de la mer ou Phéniciens qui donneront les Cananéens, les Egyptiens, les Hébreux, les Assyriens, les Perses, les Grecs, les Romains, les Byzantins, les Arabes, Les Croisés, les Ottomans et les Britanniques. Tous les grands empires sont passés sur le corps de cette pauvre terre, Israël n’en est pas responsable. Si cet état arrivait à stabiliser la région durablement, ce serait un grand progrès pour l’humanité toute entière. Cela ne se fera que grâce au dialogue et non par la violence, ce qui restera extrêmement compliqué tant que les pays arabes voisins verront en Israël la source de tous leurs maux car pour dialoguer il faut être deux. Le printemps arabe que nous vivons leur ouvrira peut être les yeux. En attendant, le peuple palestinien souffre terriblement de cette situation inextricable.

 

Le judaïsme ne prendra sa forme définitive que lorsqu’il sera devenu la première religion du Livre, certains de ses chapitres les plus importants seront écrits après la victoire de Nabuchodonor II sur le royaume de Juda vers 600 av JC, pendant l’exil à Babylone. Là, les israélites rencontreront d’autres pionniers du monothéisme qui ont pu avoir vent de l’expérience égyptienne, les disciples de Zarathoustra… (suite au prochain article)

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