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Progrès mes fèces!

L’automatisation des moyens de production, non seulement des produits manufacturés, mais aussi des services pose bien évidemment le problème de la disparition des emplois salariés. Dans son livre « The lights in the tunnel », Martin Ford nous promet que 70% des emplois actuels disparaîtront dans les 30 ans à venir pour ces raisons. On peut bien sûr y apporter une réponse purement politique axée sur une répartition équitable de la richesse produite ou continuer à vanter les mérites de la compétition qui est censée stimuler la créativité, mais étant donnés les massacres qui ont résulté de la lutte entre ces deux idéologies au XX ème siècle, mieux vaut ne pas s’aventurer sur ce terrain, chacun est libre de ses opinions, tâchons d’éviter l’évangélisation forcée et les guerres de religion.

 

Partant du constat que l’accroissement des inégalités entre les plus pauvres et les plus riches pousse ces derniers à s’isoler de plus en plus du reste de la population en s’installant dans des quartiers ultra-sécurisés inaccessibles au commun des mortels (au Brésil les riches volent même en hélicoptère de leur lieu de résidence jusque sur le toit de leur lieu de travail pour éviter les risques d’enlèvement avec demande de rançon pendant le trajet par la route), ils seraient sans doute les premiers clients pour le type de quartier autonomes tels que la pyramide de Shimizu, ce sont d’ailleurs les seuls qui auront les moyens de se le payer. Le projet Lilypad de Vincent Callebaut se propose généreusement d’accueillir les futurs réfugiés climatiques victimes de la montée des eaux, mais son coût risque fort de le laisser hors de portée des pays, comme le Bangladesh, qui en auraient le plus besoin. Il abritera plutôt les nantis en mal de sécurité dans la baie de Rio de Janeiro ou en villégiature à Monaco s’il est un jour réalisé. Mais, soyons optimistes, les riches supporteront alors le coût de son développement, ce qui ouvrira peut être la voie de sa fabrication en série, comme ce fut par exemple le cas pour l’automobile.

 

Lilypad City: The floating city

 

 

On peut en effet faire deux objections qui s’opposent à l’édification de constructions gigantesques faites d’immeubles reliés entre eux qui assureraient à la fois le gîte et la production de biens de consommation, de nourriture et d’énergie dans lesquelles on ne toucherait plus jamais le plancher des vaches, la première est celle que personne n’aura les moyens d’y vivre, sauf quelques privilégiés, et la seconde est celle que personne n’aura envie de s’y installer. La réponse à la première se trouve déjà dans le paragraphe précédent, la peur pousse les riches à éviter de fréquenter les pauvres, s’ils peuvent en plus s’affranchir du besoin de main d’œuvre pour produire leur richesse, ils n’hésiteront pas devant la dépense. Et pour la seconde, je dirai qu’un paysan qui a l’habitude de vivre au grand air en profitant d’un paysage ouvert n’a pas non plus envie de s’installer dans une ville puante où l’horizon est partout bouché par des constructions, pas plus d’ailleurs qu’un chasseur cueilleur n’a envie de se sédentariser pour devenir paysan. Pour imaginer qui aura envie de vivre dans un tel environnement, il faut penser aux enfants qui y naîtront, qui n’auront jamais connu autre chose et n’auront par conséquent pas besoin de s’adapter à ce nouveau mode de vie, ils y seront aussi à l’aise que nous dans nos villes ou dans nos campagnes. Le développement de notre cerveau dépend beaucoup de l’environnement dans lequel nous grandissons comme c’est le cas pour l’expression de nos gènes. La représentation mentale du monde des gens qui auront évolué toute leur vie dans une ville auto-suffisante en trois dimensions sera donc radicalement différente de la nôtre.

 

Pour faire en sorte qu’une grande partie de la population intègre les grands ensembles arcologiques, on ne peut compter ni sur la philanthropie des riches, ni sur l’attrait irrésistible qu’ils pourraient exercer sur les pauvres mais sur les machines elles-mêmes. Cela devrait être possible si elles ont autant besoin de nous pour assurer la croissance de la ville que nous avons besoin d’elles pour assurer notre bien être, selon le principe de la symbiose, de la même manière que nous vivons grâce aux bactéries que nous abritons dans nos intestins.

 

Au total, les 100 000 milliards d’individus la flore intestinale pèsent 1,5 kg soit à peu près autant que notre cerveau. Ces deux « organes » ont non seulement le même poids, mais ils remplissent en plus des fonctions similaires. Les bactéries décomposent les aliments que nous ingérons pour que nous soyons en mesure de les utiliser, à la fois comme source d’énergie et de matériaux pour constituer notre corps lorsque nous sommes enfants, l’entretenir une fois que nous sommes devenus adultes, le cerveau quant à lui décompose les informations dans le même but. Dans le premier cas il en résulte que nous excrétons de la matière fécale après digestion, dans le second nous produisons des idées qui s’expriment sous forme de discours. En analysant l’une et l’autre, il est possible de déduire la nature de ce que nous avons avalé à l’origine.

 

Il vaut donc mieux être vigilant sur la qualité des informations que nous ingurgitons que sur la qualité des aliments que nous ingérons, leurs conséquences sur notre santé est tout aussi importante. La manière dont elles sont produites est d’ailleurs comparable aux méthodes productivistes employées dans l’agriculture. On les bourre d’engrais pour qu’elles grossissent le plus vite possible, elles n’ont plus aucun goût et elles ne contiennent presque plus aucun des nutriments indispensables à notre équilibre. Seul leur aspect compte pour allécher le client. Les médias ressemblent de plus en plus à des fast foods, les repas qu’ils nous proposent sont bourrés de mauvaises graisses et de sucres rapides qui sont aussi nocifs pour le cerveau que les menus maxis de « Super size me ». Mais elles sont copieusement imbibées d’exhausteurs de goût, mis au point par les publicitaires et autres gourous du marketing, pour nous rendre totalement accros. Elles sont à ce point saturées de conservateurs qu’elles ne se décomposent même plus lorsqu’on les laisse à l’air libre comme dans l’expérience de la photographe Sally Davies. Même les meilleurs cuisiniers ne peuvent faire de miracle avec des ingrédients de merde, il n’est dès lors pas étonnant que n’importe quel pèlerin puisse avoir la prétention de se prendre pour un grand chef, mais rares sont ceux qui ont le courage d’aller aussi loin que Denis Robert ou Roberto Saviano pour faire leur marché. Les effets délétères de ce type d’alimentation seront bientôt aussi préoccupants que ceux l’obésité morbide chez nos amis américains, la plupart des programmes que nous suivons devrait être précédé des mêmes avertissements que les publicités pour la bouffe industrielle, pour votre santé pratiquez 30 minutes d’exercice physique serait remplacé par éteignez votre télé et lisez un bouquin, mangez 5 fruits et légumes par jour par informez-vous de l’actualité d’au moins 5 pays étrangers pour ne pas mourir idiot.

 

Les machines devront utiliser ces deux types de déchets pour qu’il y ait symbiose entre elles et nous. Nos excréments pourront servir à produire un peu d’énergie grâce aux biopiles, mais ce ne sera pas leur fonction essentielle, ils ne seront qu’un appoint à faible rendement comparable à la fermentation lactique de nos muscles qui n’a lieu que lorsque nous produisons un effort inhabituel. Par contre, ils devraient trouver toute leur utilité dans le recyclage des nutriments sous forme d’engrais destiné aux plantes et aux microalgues dont les robots auront besoin comme source de carbone pour fabriquer le graphène ou les nanotubes qui constitueront le corps, le tronc de l’organisme que nous habiteront. Seuls les végétaux sont capables de fixer le carbone de l’atmosphère, pour cela ils ont besoin de lumière, mais aussi d’azote sous forme de nitrates, de phosphates et de divers autres minéraux qui ne devront pas être perdus pour assurer la pérennité du processus. En tant qu’omnivores situés au sommet de la chaîne alimentaire nous sommes les plus à même de remettre tous ces éléments dans la chaîne de production. Nous remplirions alors le rôle essentiel dévolu aux vers de terre dans la nature, garder les nutriments dans l’humus afin que les plantes puissent en disposer.

 

N’importe quel autre animal suivant ce même régime pourrait remplir cette fonction, par exemple les porcs que nous élèverons (voir La pyramide de Shimizu…§6), mais ils n’ont pas notre capacité à produire l’autre déchet indispensable à la bonne santé du système: les idées, les informations qui constitueront son patrimoine génétique et lui permettront de s’adapter à toutes les situations. Nous pourrions être le facteur déterministe chargé d’orienter les mutations plus efficacement que le hasard. Ces deux types de dépendance des robots vis à vis des humains devrait les inciter à bien prendre soin de nous, peut être sauront-ils nous inciter à une répartition plus équitable des richesses produites (ce qui ne veut pas dire égale pour tous, mais que l’écart entre les riches et les pauvres sera réduit par rapport à ce que nous connaissons actuellement et que la distinction sera basée sur l’importance de la contribution de chacun à la prospérité de la communauté), ne serait-ce que pour assurer une croissance optimale à l’organisme-ville qui se retrouvera en concurrence avec les autres entités du même type. Si la santé des villes devait dépendre du bien être de ses habitants, mesuré à l’aune de leurs déjections comme le faisaient les médecins d’antan, nul doute qu’elles feraient tout pour les retenir afin d’éviter qu’ils ne soient tentés de migrer vers une cité rivale.

 

Bien que cette description soit très imparfaite, il me semble que l’exploration de la voie symbiotique est la meilleure à suivre si nous voulons continuer à prospérer, les bactéries qui ont quelques centaines de millions d’années d’évolution d’avance sur nous n’ont pas procédé autrement pour conquérir le monde, elles ont même fini par nous inventer pour recycler leurs déchets et nous habiter. Essayons de les imiter.

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