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Archive for février 2011

Progrès mes fèces!

L’automatisation des moyens de production, non seulement des produits manufacturés, mais aussi des services pose bien évidemment le problème de la disparition des emplois salariés. Dans son livre « The lights in the tunnel », Martin Ford nous promet que 70% des emplois actuels disparaîtront dans les 30 ans à venir pour ces raisons. On peut bien sûr y apporter une réponse purement politique axée sur une répartition équitable de la richesse produite ou continuer à vanter les mérites de la compétition qui est censée stimuler la créativité, mais étant donnés les massacres qui ont résulté de la lutte entre ces deux idéologies au XX ème siècle, mieux vaut ne pas s’aventurer sur ce terrain, chacun est libre de ses opinions, tâchons d’éviter l’évangélisation forcée et les guerres de religion.

 

Partant du constat que l’accroissement des inégalités entre les plus pauvres et les plus riches pousse ces derniers à s’isoler de plus en plus du reste de la population en s’installant dans des quartiers ultra-sécurisés inaccessibles au commun des mortels (au Brésil les riches volent même en hélicoptère de leur lieu de résidence jusque sur le toit de leur lieu de travail pour éviter les risques d’enlèvement avec demande de rançon pendant le trajet par la route), ils seraient sans doute les premiers clients pour le type de quartier autonomes tels que la pyramide de Shimizu, ce sont d’ailleurs les seuls qui auront les moyens de se le payer. Le projet Lilypad de Vincent Callebaut se propose généreusement d’accueillir les futurs réfugiés climatiques victimes de la montée des eaux, mais son coût risque fort de le laisser hors de portée des pays, comme le Bangladesh, qui en auraient le plus besoin. Il abritera plutôt les nantis en mal de sécurité dans la baie de Rio de Janeiro ou en villégiature à Monaco s’il est un jour réalisé. Mais, soyons optimistes, les riches supporteront alors le coût de son développement, ce qui ouvrira peut être la voie de sa fabrication en série, comme ce fut par exemple le cas pour l’automobile.

 

Lilypad City: The floating city

 

 

On peut en effet faire deux objections qui s’opposent à l’édification de constructions gigantesques faites d’immeubles reliés entre eux qui assureraient à la fois le gîte et la production de biens de consommation, de nourriture et d’énergie dans lesquelles on ne toucherait plus jamais le plancher des vaches, la première est celle que personne n’aura les moyens d’y vivre, sauf quelques privilégiés, et la seconde est celle que personne n’aura envie de s’y installer. La réponse à la première se trouve déjà dans le paragraphe précédent, la peur pousse les riches à éviter de fréquenter les pauvres, s’ils peuvent en plus s’affranchir du besoin de main d’œuvre pour produire leur richesse, ils n’hésiteront pas devant la dépense. Et pour la seconde, je dirai qu’un paysan qui a l’habitude de vivre au grand air en profitant d’un paysage ouvert n’a pas non plus envie de s’installer dans une ville puante où l’horizon est partout bouché par des constructions, pas plus d’ailleurs qu’un chasseur cueilleur n’a envie de se sédentariser pour devenir paysan. Pour imaginer qui aura envie de vivre dans un tel environnement, il faut penser aux enfants qui y naîtront, qui n’auront jamais connu autre chose et n’auront par conséquent pas besoin de s’adapter à ce nouveau mode de vie, ils y seront aussi à l’aise que nous dans nos villes ou dans nos campagnes. Le développement de notre cerveau dépend beaucoup de l’environnement dans lequel nous grandissons comme c’est le cas pour l’expression de nos gènes. La représentation mentale du monde des gens qui auront évolué toute leur vie dans une ville auto-suffisante en trois dimensions sera donc radicalement différente de la nôtre.

 

Pour faire en sorte qu’une grande partie de la population intègre les grands ensembles arcologiques, on ne peut compter ni sur la philanthropie des riches, ni sur l’attrait irrésistible qu’ils pourraient exercer sur les pauvres mais sur les machines elles-mêmes. Cela devrait être possible si elles ont autant besoin de nous pour assurer la croissance de la ville que nous avons besoin d’elles pour assurer notre bien être, selon le principe de la symbiose, de la même manière que nous vivons grâce aux bactéries que nous abritons dans nos intestins.

 

Au total, les 100 000 milliards d’individus la flore intestinale pèsent 1,5 kg soit à peu près autant que notre cerveau. Ces deux « organes » ont non seulement le même poids, mais ils remplissent en plus des fonctions similaires. Les bactéries décomposent les aliments que nous ingérons pour que nous soyons en mesure de les utiliser, à la fois comme source d’énergie et de matériaux pour constituer notre corps lorsque nous sommes enfants, l’entretenir une fois que nous sommes devenus adultes, le cerveau quant à lui décompose les informations dans le même but. Dans le premier cas il en résulte que nous excrétons de la matière fécale après digestion, dans le second nous produisons des idées qui s’expriment sous forme de discours. En analysant l’une et l’autre, il est possible de déduire la nature de ce que nous avons avalé à l’origine.

 

Il vaut donc mieux être vigilant sur la qualité des informations que nous ingurgitons que sur la qualité des aliments que nous ingérons, leurs conséquences sur notre santé est tout aussi importante. La manière dont elles sont produites est d’ailleurs comparable aux méthodes productivistes employées dans l’agriculture. On les bourre d’engrais pour qu’elles grossissent le plus vite possible, elles n’ont plus aucun goût et elles ne contiennent presque plus aucun des nutriments indispensables à notre équilibre. Seul leur aspect compte pour allécher le client. Les médias ressemblent de plus en plus à des fast foods, les repas qu’ils nous proposent sont bourrés de mauvaises graisses et de sucres rapides qui sont aussi nocifs pour le cerveau que les menus maxis de « Super size me ». Mais elles sont copieusement imbibées d’exhausteurs de goût, mis au point par les publicitaires et autres gourous du marketing, pour nous rendre totalement accros. Elles sont à ce point saturées de conservateurs qu’elles ne se décomposent même plus lorsqu’on les laisse à l’air libre comme dans l’expérience de la photographe Sally Davies. Même les meilleurs cuisiniers ne peuvent faire de miracle avec des ingrédients de merde, il n’est dès lors pas étonnant que n’importe quel pèlerin puisse avoir la prétention de se prendre pour un grand chef, mais rares sont ceux qui ont le courage d’aller aussi loin que Denis Robert ou Roberto Saviano pour faire leur marché. Les effets délétères de ce type d’alimentation seront bientôt aussi préoccupants que ceux l’obésité morbide chez nos amis américains, la plupart des programmes que nous suivons devrait être précédé des mêmes avertissements que les publicités pour la bouffe industrielle, pour votre santé pratiquez 30 minutes d’exercice physique serait remplacé par éteignez votre télé et lisez un bouquin, mangez 5 fruits et légumes par jour par informez-vous de l’actualité d’au moins 5 pays étrangers pour ne pas mourir idiot.

 

Les machines devront utiliser ces deux types de déchets pour qu’il y ait symbiose entre elles et nous. Nos excréments pourront servir à produire un peu d’énergie grâce aux biopiles, mais ce ne sera pas leur fonction essentielle, ils ne seront qu’un appoint à faible rendement comparable à la fermentation lactique de nos muscles qui n’a lieu que lorsque nous produisons un effort inhabituel. Par contre, ils devraient trouver toute leur utilité dans le recyclage des nutriments sous forme d’engrais destiné aux plantes et aux microalgues dont les robots auront besoin comme source de carbone pour fabriquer le graphène ou les nanotubes qui constitueront le corps, le tronc de l’organisme que nous habiteront. Seuls les végétaux sont capables de fixer le carbone de l’atmosphère, pour cela ils ont besoin de lumière, mais aussi d’azote sous forme de nitrates, de phosphates et de divers autres minéraux qui ne devront pas être perdus pour assurer la pérennité du processus. En tant qu’omnivores situés au sommet de la chaîne alimentaire nous sommes les plus à même de remettre tous ces éléments dans la chaîne de production. Nous remplirions alors le rôle essentiel dévolu aux vers de terre dans la nature, garder les nutriments dans l’humus afin que les plantes puissent en disposer.

 

N’importe quel autre animal suivant ce même régime pourrait remplir cette fonction, par exemple les porcs que nous élèverons (voir La pyramide de Shimizu…§6), mais ils n’ont pas notre capacité à produire l’autre déchet indispensable à la bonne santé du système: les idées, les informations qui constitueront son patrimoine génétique et lui permettront de s’adapter à toutes les situations. Nous pourrions être le facteur déterministe chargé d’orienter les mutations plus efficacement que le hasard. Ces deux types de dépendance des robots vis à vis des humains devrait les inciter à bien prendre soin de nous, peut être sauront-ils nous inciter à une répartition plus équitable des richesses produites (ce qui ne veut pas dire égale pour tous, mais que l’écart entre les riches et les pauvres sera réduit par rapport à ce que nous connaissons actuellement et que la distinction sera basée sur l’importance de la contribution de chacun à la prospérité de la communauté), ne serait-ce que pour assurer une croissance optimale à l’organisme-ville qui se retrouvera en concurrence avec les autres entités du même type. Si la santé des villes devait dépendre du bien être de ses habitants, mesuré à l’aune de leurs déjections comme le faisaient les médecins d’antan, nul doute qu’elles feraient tout pour les retenir afin d’éviter qu’ils ne soient tentés de migrer vers une cité rivale.

 

Bien que cette description soit très imparfaite, il me semble que l’exploration de la voie symbiotique est la meilleure à suivre si nous voulons continuer à prospérer, les bactéries qui ont quelques centaines de millions d’années d’évolution d’avance sur nous n’ont pas procédé autrement pour conquérir le monde, elles ont même fini par nous inventer pour recycler leurs déchets et nous habiter. Essayons de les imiter.

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La pyramide de Shimizu, l’exemple d’une possible alliance entre l’architecture et l’écologie

Envisager la construction d’une colonie martienne par des robots peut peut passer pour un projet complètement fou, mais il ne l’est pas beaucoup plus que celui de la Pyramide de Shimizu.

Pour faire face à l’accroissement de la population et au manque de place chronique de l’agglomération tokyoïte coincée entre la mer et la montagne, l’architecte japonais a imaginé de construire une pyramide tubulaire de 2004m de haut qui pourrait accueillir 750 000 habitants dans la baie de Tokyo. Pour ce faire des dizaines de buildings de 80 étages chacun devraient être suspendus à l’intérieur de la structure. Aucunes fondations ne pourraient supporter son poids si elle devait être construite avec des matériaux tels que l’acier et le béton, aussi envisage t-on d’utiliser le carbone sous forme de nanotubes, elle serait alors 100 à 200 fois plus légère. Son édification devrait être confiée à des robots qui produiront les nanotubes et les tisseront sur place, à la manière des araignées.

Si le problème de la croissance démographique ne se pose plus vraiment pour le Japon qui devrait voir sa population diminuer au cours du XXI ème siècle, le projet pourrait bien être repris à leur compte par l’Inde ou la Chine qui s’attendent chacun à ce que 300 à 400 millions de ruraux viennent peupler leurs villes déjà tentaculaires au courant des 30 à 50 prochaines années. Pour eux, le problème est bien plus concret que celui d’une éventuelle colonisation martienne à une date indéterminée, mais la structure qu’il faut mettre en place est relativement similaire. Si nous voulons continuer à avoir quelque chose à leur vendre, nous ferions bien de nous intéresser à ce dont ils auront besoin dans un proche avenir.

Ce nouveau type de construction ne vise pas seulement à résoudre le problème du manque de surface disponible pour l’extension des villes, mais aussi celui du déplacement en réduisant les distances à parcourir et donc le temps passé dans les transports en commun. L’édifice ne devrait en effet pas se réduire à un quartier d’habitation, mais il devrait comporter tout ce qui fait une ville avec ses administrations, ses locaux professionnels, essentiellement des bureaux, ses espaces commerciaux, ainsi que des complexes de loisir. Pour relier tous ces différents lieux de vie entre eux, 140 km de passerelles couvertes sont prévus, parmi lesquels des ascenseurs verticaux tels que nous les connaissons, mais aussi d’autres qui se déplaceront en diagonale entre les immeubles proches des différents étages, tous ceux qui ont un souvenir du théorème de Pythagore savent que la diagonale est plus courte que l’addition des côtés de l’angle droit, des trottoirs roulants rapides pour relier les bâtiments d’un même étage et des installations sur la structure même de la pyramide qui pourront accueillir des transports en commun ou des cabines individuelles automatiques pour parcourir plusieurs étages en perdant le moins de temps possible. Tous ces moyens de locomotion fonctionneront à l’électricité, il n’y aura donc pas de pollution due aux gaz d’échappement, la qualité de l’air devrait s’en trouver améliorée.

L’énergie nécessaire à son fonctionnement est un autre problème qu’il faut résoudre dans ce genre de structure. Elle a été pensée avec l’objectif d’assurer au maximum son autosuffisance. Pour cela, elle devrait être dotée de plusieurs moyens de production novateurs. Outre les éoliennes, la pyramide située en mer pourrait aussi bénéficier de la récupération de l’énergie des vagues. Plusieurs dispositifs qui vont dans ce sens ont été étudiés, dont le Searev de l’école centrale de Nantes, le Pelamis mis au point par une société écossaise a même fait l’objet d’une tentative d’exploitation commerciale en 2008 mais il n’a fonctionné que deux mois avant de tomber en panne. Pelamis Wave Power espère que ces problèmes techniques seront résolus avec Pelamis 2. Les hydroliennes sont une autre voie pour récupérer l’énergie des océans, elles utilisent quant à elles les courants marins à la façon des éoliennes.

En plus de ces procédés, il devrait être possible de produire de l’électricité en épurant les eaux usées par la même occasion, et ce grâce aux bactéries (voir aussi La production d’électricité à partir d’eaux usées n’a plus de limite – futura-sciences.com le 5 mars 2012- et Une pile microbienne à plantes pour l’électricité de demain ? -futura-sciences.com le 27 novembre 2012). Lorsqu’elles dégradent de la matière organique, des sucres, des lipides ou de l’alcool, les bactéries telles qu’Escherichia Coli produisent des électrons dont elles doivent se débarrasser. Ordinairement elles les transmettent à l’oxygène de l’air qui va réagir avec de l’hydrogène pour donner de l’eau. Toute l’astuce consiste à obliger les électrons à passer dans un circuit pour rejoindre l’oxygène, soit à délocaliser la réaction comme le fait la chlorophylle avec les électrons arrachés par la lumière. Pour cela, il suffit que le milieu de culture des bactéries ne contienne pas d’oxygène mais qu’il se trouve dans un autre compartiment relié par un fil électrique. Le voyage des électrons entre les deux compartiments produit le courant. La difficulté consiste à concevoir l’électrode à laquelle les bactéries doivent transmettre les électrons qu’elles produisent qui doit avoir une grande surface (une anode fractale serait éventuellement une solution) et qui a tendance à s’encrasser rapidement lorsqu’elle est uniquement composée de métal, il faut la recouvrir d’un polymère. En 2003, Uwe Schröder de l’université de Greiswald a ainsi réussi à produire un courant de 1,5mA/cm2 alors que la performance se limitait auparavant à quelques microampères.

Le dernier défi que se doit de relever la Pyramide de Shimizu est celui de la production des aliments pour nourrir ses habitants. Une partie du problème pourrait être réglé par des fermes verticales dans lesquelles seraient cultivées des céréales ainsi que des fruits et des légumes. On pourrait encore y pratiquer l’élevage de porcs, de volailles et de poissons qui seraient nourris avec les végétaux produits sur place, voire avec des protéines issues d’élevages d’insectes qu’ils auront moins de réticence à ingérer que les humains. Leurs déjections pourraient être reconverties en engrais pour fertiliser les plantations ou alors venir alimenter les piles à bactéries qui ont été évoquées plus haut. L’avantage du système est qu’il réduit à la fois la consommation d’énergie nécessaire au transport et au stockage des produits frais. Par contre le risque de pandémie est élevé dans cet environnement clos, mais il l’est aussi dans les élevages intensifs ainsi que pour les cultures hydroponiques qui se font sous serre ou les champs où se pratique la monoculture. C’est pourquoi il faudra contrôler sévèrement tout ce qui y entrera et bien séparer chaque activité. En complément, chacun pourrait avoir chez soi un potager domestique composé de plantes, d’algues et de poissons, alimenté par nos propres déchets organiques, comme se propose de le faire l’unité de « home farming » présentée par Philips en 2009.

Si les villes, qui abritent aujourd’hui déjà plus de la moitié de le population mondiale, parvenaient par ces moyens à assurer leur autosuffisance alimentaire, cela permettrait de relâcher la pression exercée sur le milieu naturel et aux paysans de pratiquer une agriculture qui viserait à produire de la qualité plutôt que de la quantité, comme ce fut le cas pour les viticulteurs qui ont dû se tourner vers la production de vins plus sophistiqués au fur et à mesure que la consommation diminuait. Leurs revenus s’en sont trouvés améliorés. L’autre intérêt est stratégique, en cas de conflit, il deviendrait plus difficile d’affamer la population comme cela s’est par exemple passé pour Leningrad lors de la seconde guerre mondiale.

Récemment, Shimizu a présenté un autre projet futuriste: Green Float.

Fondation

L’établissement d’une colonie humaine sur une autre planète devrait s’inspirer du mécanisme qui préside à la croissance d’une fourmilière (ou à une plante de se développer à partir d’une graine), les humains prenant le rôle du champignon nourricier ou des pucerons, les robots celui des fourmis. Ou, pour revenir à un modèle qui ne donne pas l’impression que nous allons servir de nourriture aux infâmes machines, que les robots se chargent d’élaborer un corps accueillant pour nous abriter d’un environnement hostile comme nous le faisons pour les bactéries que nous hébergeons. (dans le même genre d’interdépendance, je pense depuis longtemps que les céréales nous exploitent pour que nous éliminions la concurrence, ce qui assure leur prospérité. Le plus intelligent n’est pas forcément celui qu’on croit, le génome du riz est beaucoup plus riche que celui de l’Homme). La relation que nous entretiendrons avec eux reposera essentiellement sur l’échange d’informations, comme ce fut le cas pour Deep Space-1 lors de la panne de son système de navigation et de sa reprogrammation en cours de mission. Il s’agit d’implanter profondément en eux les lois de la robotique édictées par Isaac Asimov dans « Les Robots »:

1- Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger.

2- Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la Première Loi.

3-Un robot doit protéger son existence dans la mesure ou cette protection n’entre pas en contradiction avec le Première ou la Deuxième Loi.

Il a ultérieurement ajouté une quatrième loi dans « Les Robots et l’Empire », intitulée Loi Zéro: Un robot ne peut ni nuire à l’humanité ni, restant passif, permettre que l’humanité souffre d’un mal.

 

 

On peut alors imaginer que des robots soient en charge de préparer l’arrivée des humains dans une colonie martienne. L’engin qui se poserait, que nous appellerons Eve, le vaisseau mère, la reine ou la graine, en fait une petite usine qui devra être capable de fabriquer tous les éléments pour construire des machines sur place, devrait contenir non pas un mais deux rovers, Abel et Caïn. Ils auraient pour mission de ramener les matières premières qui permettront l’évolution de la colonie. Dans un premier temps ils seraient chargés de récupérer tout ce que les hommes ont déjà envoyé sur la planète qu’ils seraient en mesure de transporter, les matériaux envoyés pour préparer leur mission, mais aussi les rovers et les composants électroniques des aterrisseurs ainsi que les panneaux solaires des missions précédentes, soit les Adams qui n’attendaient qu’Eve pour briser leur solitude en ce monde hostile et froid. Ils devront coopérer pour accomplir ce travail. Tout cela dans le but qu’Abel puisse tuer Caïn, ce qui ne veut pas dire qu’il devra l’éliminer, mais le modifier grâce aux éléments qu’ils auront rapporté pour le rendre plus fort, apte à ramener des objets plus gros qui lui permettront de modifier Abel à son tour.

 

Comme il n’y aura vraisemblablement plus d’éléments d’origine terrestre à leur portée, les modifications qu’Abel subira seront différentes de celles de son frère, à l’instar des premières feuilles d’une plantule qui ne sont qu’une ébauche de la forme définitive qu’elles prendront une fois le végétal parvenu à maturité. Abel devra alors être en mesure d’exploiter les matières premières à sa disposition sur la planète, du carbone qu’il devra transformer en nanotubes ou en graphène, ainsi que divers  métaux, afin de fournir à Eve les éléments qui lui permettront de lui fabriquer des petits frères identiques à lui-même. Elle commencera plus modestement par les outils qui font défaut à Caïn. Ce n’est qu’une fois arrivé à ce niveau de développement qu’Eve pourra commencer à grossir comme une reine termite. Et ce n’est que lorsqu’elle aura réussi à fournir toutes les pièces nécessaires à la fabrication d’un troisième robot ouvrier, assemblé par ses frères, que l’un des membres de la famille pourra commencer à se consacrer à la mission que nous lui auront confié: construire le nid douillet pour nous accueillir. Soit un abri pour nous protéger du froid, mais aussi mettre en culture les bactéries qui nous fournirons de l’oxygène à respirer et des protéines que nous pourrons manger.

 

Par la suite, lorsque la population de robots aura atteint un nombre suffisant, c’est à dire quand l’organisme pourra survivre à la perte d’une partie des individus sans mettre sa survie en danger tout comme un arbre peut être amputé d’une branche sans que sa croissance ne soit compromise, le mécanisme des mutations pourra entrer en jeu. Elles seront de deux types, l’un purement aléatoire due aux erreurs qu’Eve ne manquera pas de commettre mais qui persistera si elle s’avère efficace, si le robot ramène plus de matières premières, consomme moins d’énergie ou construit plus vite que ses congénères, et l’autre directement contrôlée par les humains qui seront capables d’imaginer des outils radicalement différents de ceux fabriqués. Eve sera incapable de faire la distinction entre ces deux modes.

 

Ce n’est évidemment pas pour demain, mais avec l’automatisation de plus en plus poussée de l’industrie, Martin Ford nous prédit la perte de 70% des emplois actuels dans « The lights in the tunnel » l’exploitation minière des astéroïdes qu’on nous promet et les progrès de l’intelligence artificielle, cela pourrait bien devenir un jour réalité. Lorsqu’on prolonge les courbes des progrès de la science et celle des progrès techniques, la seconde devrait dépasser la première dans les 30 à 50 prochaines années pour donner lieu à une singularité dont on ne peut pas prédire les conséquences. Elle pourrait bien prendre cette forme, l’avènement d’un organisme autonome qui nous abriterait en son sein, à la manière dont nous abritons la population de bactéries de nos intestins.

Les robots du futur s’inspireront des insectes sociaux

Jusqu’à présent les travaux en matière de robotique ont surtout porté sur la réalisation d’un robot humanoïde qui serait capable de remplir les mêmes tâches que nous; sans doute parce qu’il correspond à l’image que nous en avons au travers de la fiction et que nous n’avons de cesse de vouloir égaler nos dieux. C’est le cas de Robonaut-2, la machine conçue par la Nasa et General Motors pour aider les astronautes à accomplir leurs tâches (voir Mars nostrum), et c’est aussi l’objet du concours lancé par le gouvernement japonais dans les années 1990 pour lequel les firmes de ce pays se livrent à une concurrence acharnée. Cela donne des machines lourdes et extrêmement compliquées à réaliser, ce n’est peut être pas la meilleure voie.

Depuis quelques temps une autre idée à émergé, confier des tâches complexes non pas à une seule grosse machine, elle aussi complexe, mais à un essaim de petites machines relativement simples, tant au niveau de la conception que de la programmation, et de les doter de la capacité à communiquer entre elles (voir Une armée de robots pour remplacer nos agriculteurs? Futura-sciences 09/01/2012). Ce principe s’inspire directement de ce que font les insectes sociaux comme les fourmis, les termites, les abeilles ou encore les coraux qui sont les organismes qui ont érigé la plus grande structure jamais construite par des être vivants grâce aux micro-algues avec lesquelles ils sont en symbiose (voir La révolution bleue et Retour aux sources), la grande barrière de corail australienne.(visible depuis l’espace contrairement à la grande muraille de Chine, qui bien que très longue n’est pas large, donc pas plus distinguable qu’un cheveu à 100m)

Prenons les fourmis comme exemple. Une fourmi seule serait assurément incapable de construire une fourmilière, tout au plus pourrait-elle s’abriter dans un trou agrémenté de quelques brindilles comme le font ses ancêtres, les guêpes solitaires. Elle devrait à la fois chercher sa nourriture, s’occuper de sa progéniture et se défendre des prédateurs, bref, elle ne serait pas très efficace, plutôt vulnérable. Sa force réside dans le nombre et la coopération avec ses congénères. Pour assurer sa prospérité, elle s’est spécialisée dans un domaine et a abandonné toutes les autres fonctions pour les déléguer à d’autres en toute confiance. Tant et si bien qu’au stade d’évolution où elle est parvenue, on ne peut plus la considérer comme un individu à part entière mais comme un organe faisant partie d’une entité plus complexe: la fourmilière. La trophallaxie est la meilleure preuve qu’elle ne se considère plus comme un être indépendant. Lorsqu’une fourmi partie en expédition loin de son nid commence à manquer d’énergie, elle n’a pas besoin de rentrer pour faire le plein, il lui suffit de solliciter une de ses consœurs qui se fera un plaisir de la ravitailler pour peu qu’elle transporte assez de nourriture dans son jabot social. Elle pourra alors continuer de vaquer tranquillement à ses occupations jusqu’à ce qu’elle trouve de quoi contribuer au bien être de la communauté, par exemple des feuilles dans le cas des atta, les fourmis champignonnistes.

Cette espèce est particulièrement intéressante, elle ne se contente pas de faire des stocks de nourriture, elle ne mange pas de feuilles, mais elle se se nourrit d’un champignon qu’elle cultive amoureusement au plus profond de son nid sur un substrat composé des végétaux qu’elle y amène, elle pratique l’agriculture. (d’autres espèces, plus communes sous nos latitudes, pratiquent l’élevage des pucerons qu’elles déplacent en fonction de la santé des plantes et les protègent férocement contre les prédateurs; elles se nourrissent du miellat qu’excrète le parasite comme nous du lait des vaches. Il existe même des amibes qui elles aussi pratiquent l’élevage de bactéries pour les manger. Nous n’avons rien inventé.)

Le fonctionnement de leur société nécessite 4 types d’organites différents plus un qui n’est présent qu’en période de reproduction. Il y a les ouvrières chargées de rechercher les végétaux nécessaires au développement du champignon et de construire le nid, les intermédias, ce sont les plus nombreuses; les ouvrières chargées d’assurer les meilleures conditions de pousse au mycélium, les minimas, deuxièmes en nombre, plus petites que les précédentes. Outre leur taille, une autre caractéristique les distingue, elles sont recouvertes d’une substance blanchâtre qui leur donne un aspect floconneux qui s’est avéré être composée de bactéries. Son analyse a permis de répondre à une question que les scientifiques se posaient depuis longtemps: « comment se fait-il que le champignon ne soit jamais malade? ». Les bactéries qui s’épanouissent sur leur dos produisent en fait des antibiotiques qui assurent la santé du précieux aliment en empêchant les bactéries mycophages de se développer. Comme ces microorganismes évoluent en même temps que les potentiels agents infectieux, les antibiotiques sécrétés varient en concomitance. Aussi sont-ils toujours efficaces sans que n’apparaisse de résistance au bout d’un moment. Ce système fonctionne depuis plusieurs millions d’années (voir Eros et Thanatos).

Il y a encore les soldats ou maximas, chargées de la défense de leurs congénères, géantes par rapport aux deux autres mais en faible quantité, 2 à 5% de la population seulement et finalement la reine, unique, chargée de garder des proportions constantes entre les 3 autres castes grâce aux informations qui lui sont transmises. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la reine ne dirige pas la colonie à la manière d’un tyran tout puissant, le choix du type d’individus qu’elle engendre dépend directement des informations dont elle dispose par l’intermédiaire de ses sujets. Même si elle vit infiniment plus longtemps qu’eux (jusqu’à 30 ans), elle est leur esclave.

En période de reproduction, elle engendre aussi des mâles et de nouvelles reines, tous deux ailés, appelés à quitter la colonie pour aller en fonder une autre ailleurs. Princes et princesses s’envolent donc, chacune des femelles ayant pris soin d’emporter un petit bout de mycélium dans leur jabot social, puis elles s’accouplent en vol avec une multitude de mâles issus d’autres colonies pour assurer un bon brassage génétique; ceux-ci mourront quelques heures après avoir accompli leur devoir s’ils n’ont pas été dévorés par quelque prédateur en cours de route.

Une fois fécondées, les nouvelles reines survivantes vont chercher un endroit propice à la fondation d’une nouvelle colonie. Elles vont creuser un trou à proximité d’un arbre après s’être séparé de leur ailes devenues inutiles. Elles régurgitent alors le champignon puis elles chient dessus, histoire de le fertiliser et de le protéger grâce aux bactéries produisant les antibiotiques. Elles mélangent le tout aux radicelles à sa portée, d’où l’intérêt de s’établir sous un arbre, et elles attendent que le champignon soit suffisamment développé pour nourrir sa progéniture avant de pondre une vingtaine d’œufs qui donneront tous des minimas, dans un souci d’économie d’énergie. Elles nourrissent les larves avec le champignon jusqu’à maturité sans en consommer elles mêmes. Les ouvrières prennent alors le relais de la culture du mycélium.

La reine peut alors se consacrer entièrement à sa vocation: pondre. (chez d’autres espèces carnivores, la genèse est plus cruelle, la reine pond tout de suite quelques œufs qui donneront des ouvrières chétives chargées de ramener immédiatement un peu de nourriture. Une fois leur mission accomplie, les avortons seront dévorés tout crus par leur mère, toujours pour économiser de l’énergie et recycler les précieuses protéines qui serviront à donner naissance à des ouvrières en pleine santé. Cela ressemble étrangement aux légendes de la mythologie dans lesquelles Cronos dévore ses enfants l’un après l’autre) Lorsque la production atteint une quantité satisfaisante, les intermédias, qui creusaient juqu’alors une nouvelle chambre pour accueillir la production de l’aliment, vont sortir en quête de végétaux pour fournir plus de substrat. Ce n’est que lorsque la population aura atteint 200 à 300 ouvrières que naîtront des soldats. A ce moment, l’expansion de la colonie atteint une croissance exponentielle jusqu’à son point d’équilibre déterminé par la ressource végétale environnante. Moins d’une colonie sur dix parvient à ce stade de développement, le reste périclite avant, de la même manière que seule une infime partie des graines qui germent finissent par donner une plante adulte. La conquête de Mars par les humains suivra certainement un schéma similaire.