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La révolution bleue

Les cyanobactéries, aussi appelées algues bleues en raison de la couleur qu’elles prennent une fois mortes, sont apparues il y a 3,5 milliards d’années. Elles ont joué un rôle majeur qui a permis l’apparition du règne végétal et animal. Ce sont les premiers organismes dotés de chlorophylle, donc capables de pratiquer la photosynthèse. Elles sont responsables de la Grande Oxydation qui a enrichi l’atmosphère en oxygène il y a 2,4 milliards d’années alors qu’il en contenait très peu à cette lointaine époque. Jusque là, l’oxygène qu’elles libéraient dans l’eau réagissait immédiatement avec le fer dissous. Aujourd’hui encore, le phytoplancton ,qui ne représente qu’un pour cent de la biomasse photosynthétique, produit près de la moitié de l’oxygène que respire l’ensemble des êtres vivants. Ce gaz indispensable à notre respiration est d’ailleurs un poison mortel pour les cyanobactéries, aussi la grande majorité de celles qui ont survécu jusqu’à aujourd’hui vivent-elles en symbiose, abritées de l’air derrière la paroi d’un autre organisme, par exemple avec certaines espèces de corail. Nous ne sommes pas les seuls à avoir pollué notre environnement au point de le rendre hostile à notre développement.

 

En fixant le carbone contenu dans l’eau, elles ont participé à la désacidification des océans. Les pluies diluviennes, qui se sont abattues pendant des centaines de millions d’années suite au refroidissement de la planète pour finir par former les océans, étaient fortement acides en raison des 10 à 15% de CO2 que contenait l’atmosphère primaire. En ruisselant sur le sol elles dissolvaient le calcium sous forme de CaCO3, ce qui a permis aux cyanobactéries de se doter d’une coquille calcaire dont l’accumulation a fini par donner des roches parfois épaisses de plusieurs kilomètres, les stromatolithes. Les microalgues eucaryotes qui les ont supplantées à partir du Trias il y a 251 millions d’années, les cocolithes, ont fini par forger les falaises de craie blanche qui ont donné son nom au Crétacé (-145,5 à -65,5 millions d’années) et à la perfide Albyon par la même occasion.

En consommant le gaz carbonique régurgité en quantités astronomiques dans l’atmosphère par les volcans, les algues bleues ont contribué à la diminution de l’effet de serre et à faire baisser la température de l’air. L’oxygène qui a pris sa place a permis la formation de la couche d’ozone qui les à protégées du rayonnement UV délétère, elles ont donc pu s’approcher de la surface sans risque d’être détruites.

 

Tout ce processus les a invitées à inventer le prototype du mécanisme que les être humains ont développé plus que toute autre espèce, celui de la prévision. En effet, l’énergie qui leur permettait de pratiquer la photosynthèse se trouve à proximité de la surface, seulement pendant le jour, mais les minéraux indispensables à l’élaboration des molécules organiques se trouvaient quant à eux plutôt en profondeur. Aussi celles qui ont supplanté les autres étaient-elles équipées d’une horloge interne qui mettait en sommeil la machinerie de la photosynthèse durant la nuit, permettant par là même la réparation des dommages occasionnés par la lumière, et les incitait en même temps à se diriger vers les abysses pour faire le plein d’oligoéléments de manière à être le plus performantes possible le jour suivant. Les cyanobactéries ont tout inventé bien avant nous, ce sont des déesses préhistoriques qui nous ont faits à leur image, elles méritent toute notre vénération pour cela.

 

De nos jours, nous redécouvrons leurs grande utilité par l’intermédiaire d’un complément alimentaire aux nombreuses vertus, essentiellement destiné aux peuples qui souffrent de malnutrition, la spiruline (qui a pour nom scientifique Arthrospira. Spirulina existe aussi, mais elle n’est pas comestible). Non seulement est-elle source de protéines, de 55 à 65% de sa masse sèche, mais elle contient de plus de nombreuses vitamines (A,B1,B2,B3,B6,B7,B8,D,E,K et du bêta carotène) mais encore des oligoéléments indispensables à notre équilibre alimentaire (calcium, phosphore, fer, zinc, cuivre, manganèse, chrome, sodium, potassium et sélénium) et aussi des acides gras polyinsaturés (des Oméga-6 rendus célèbres pour leurs propriétés anti-cholestérol). Elle pourrait s’avérer aussi utile pour les explorations spatiales de longue durée que l’ont été les agrumes qui protégeaient les navigateurs d’antan du risque de scorbut. (Ceux qui se résolvaient à manger les rats n’en souffraient pas car ces petits rongeurs de mauvaise réputation ont la faculté de synthétiser leur propre vitamine C; les Chinois avaient quant à eux résolu le problème en emportant des graines de soja qu’ils faisaient germer tout au long du voyage, les plantules en regorgent) Faire en sorte que les futurs astronautes arrivent en bonne santé de manière à ce qu’ils soient aptes à fournir des efforts physiques est en effet un problème majeur. Les pertes de masses musculaires et osseuses constatées sur ceux ayant effectué un long séjour sur une station spatiale sont plus qu’alarmantes malgré les exercices quotidiens qui leur sont imposés; Même si le seul remède à ce mal consiste à recréer une certaine gravité, il ne faudrait pas qu’ils souffrent en plus de carences.

 

La spiruline a été (re)découverte au Tchad au cours des années 1950 par Jean Léonard, un botaniste Belge, là où elles s’épanouissent dans des lacs de faible profondeur au pH basique (>7) riches en oligoéléments. Il avait constaté que les peuplades qui vivaient sur leurs bords et qui consommaient cette « algue » depuis la nuit des temps étaient en bien meilleur santé que celles qui vivaient ailleurs dans la région sans avoir cette habitude. Le même phénomène avait déjà été observé au XVI ème siècle en Amérique du sud, là où les Aztèques avaient pour coutume de se nourrir de gâteaux à base de ces mêmes « algues » microscopiques. La culture des différentes espèces d’Arthrospira a connu son essor dans la décennie 1970 dans de nombreux pays pauvres du sud où elles sont surtout utilisées comme complément alimentaire destiné au bétail. Sa culture à grande échelle pourrait être une bonne alternative à celle du soja en des temps où de plus en plus de gens aspirent à consommer de la viande grâce à l’augmentation de leurs revenus, à l’heure où les terres arables commencent à se faire rares. Cela permettra peut être d’éviter une forte augmentation des prix due à la concurrence pour s’approprier cette denrée, ce qui pourrait être source de conflits armés. Dans les pays pauvres mieux vaut posséder une kalachnikov que des terres pour manger à sa faim.

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