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Bactérie mon amie

La peur est une des caractéristiques de notre époque, tout du moins dans les pays riches. Ils craignent par dessus tout d’être supplantés par les pays émergents, qui eux savent que leur tour est revenu d’être à nouveau le centre du développement de la civilisation. La Chine attend ce moment depuis près de 800 ans, depuis qu’elle a perdu sa splendeur en tombant sous la domination de l’empire Mongol, l’Inde depuis près de 1 400 ans, depuis qu’elle a vu sa culture tomber sous l’influence des musulmans. Ces pays qui voient leur conditions de vie s’améliorer ont maintenant confiance en eux et en l’avenir, et nous, nous avons peur d’eux.

Ce sentiment est renforcé par le fait que nous ne connaissons pas leur mode de fonctionnement, aussi les voyons nous comme une menace. Le même mécanisme est à l’œuvre lorsqu’on évoque les bactéries, elles suggèrent inévitablement la maladie, la peste susceptible de ravager la civilisation en trois coups de cuiller à pot. C’est oublier que l’écrasante majorité d’entre elles est parfaitement inoffensive et que certaines nous sont très utiles et même indispensables à notre survie. 100 000 milliards d’entre elles, soit plus que le nombre de cellules de notre corps, vivent sur les parois de notre intestin pour notre plus grand bénéfice. Sans elles nous serions incapables de digérer quoi que ce soit. Leur poids est équivalent à celui de notre cerveau qui est lui chargé de digérer les informations. En apprenant à les connaître, nous nous apercevrons qu’elles pourraient bien être la solution qui résoudra une grande partie de nos problèmes, cela apaisera d’autant nos angoisses. Les cyanobactéries sont une des espèces qui devrait nous y aider.

Les cyanobactéries sont des procaryotes, le premier type de cellules vivantes apparues sur Terre. Cela signifie que leur matériel génétique ne se trouve pas confiné dans un noyau comme chez les eucaryotes, mais qu’il se trouve à l’état diffus dans toute la cellule; l’évolution de la vie et celle de l’histoire humaine semblent aller dans le même sens, celui de l’entropie, de la complexification au sein des systèmes fermés. Il y a une autre différence notable entre les deux types de cellules, les procaryotes produisent elles-mêmes l’énergie dont elles ont besoin pour vivre tandis que les eucaryotes ont délégué cette fonction à des organites qu’ils abritent, les chloroplastes chez les végétaux, les mitochondries chez les animaux; tous deux possèdent leur propre ADN et se reproduisent indépendamment de la division cellulaire. Aussi pense t-on que les eucaryotes sont le produit de l’endosymbiose de deux types de bactéries, l’une étant spécialement efficace dans son adaptation aux changements de l’environnement protégeant l’autre, spécialement efficace dans l’utilisation de l’énergie. Chacune des deux a fini par perdre les fonctions que l’autre exerce le mieux et chacune peut agir sur l’expression du génome de l’autre par un système de feed back en fonction de ses propres besoins. (un chercheur a émis l’hypothèse que tous les cancers pourraient avoir pour origine un dysfonctionnement de ce système de cohabitation, toutes les cellules cancéreuses ayant pour particularité d’avoir un rendement énergétique dix fois inférieur à celui des cellules saines. S’il a raison, la découverte du médicament qui ferait revenir le processus énergétique à la normale pourrait guérir toutes les formes de cancer sans exception alors qu’en ce moment on se dirige plus vers des traitements qui sont non seulement spécifiques à un type de cancer donné mais aussi fonction de l’individu concerné. Les deux voies méritent d’être explorées.) Les bactéries, toutes procaryotes, sont quant à elles capables d’échanger du matériel génétique entre elles par l’intermédiaire de plasmides, des petits morceaux d’ADN généralement circulaires distincts de l’ADN chromosomique mais qui peuvent parfois s’y intégrer, non seulement entre individus d’une même espèce mais aussi entre individus d’espèces différentes, ce qui augmente leurs chances de s’adapter à un environnement hostile. (dans ce cas les mécanismes qui empêchent d’habitude les mutations génétiques pour garantir la survie de l’espèce sont suspendus, ce qui donne lieu à l’apparition de « monstres » qui ne sont pas viables mais optimise aussi les chances de trouver la parade au changement de l’environnement. Ceci explique que les bactéries deviennent si rapidement résistantes aux antibiotiques, non seulement une espèce pathogène peut elle trouver toute seule les moyens de survivre et les transmettre à ses congénères, mais une bactérie tout à fait inoffensive qui nous est au contraire indispensable,par exemple pour digérer les aliments, peut aussi transmettre les gènes de résistance à l’espèce nuisible. Voilà pourquoi il ne faut pas consommer d’antibiotiques lorsque ce n’est pas absolument indispensable.) Les eucaryotes ont par contre besoin d’utiliser les services des virus pour effectuer cet échange d’informations génétiques, ils sont aussi, voire plus utiles que dangereux pour notre santé. (une piste intéressante pour remplacer les antibiotiques devenus inefficaces est celle des phages, les virus de bactéries, inoffensifs pour nous, spécifiques d’une espèce et mortels pour elles. L’avantage est que les deux types d’organismes évoluent en même temps, le médicament s’adapte tout seul à sa cible. De prometteuses études à ce sujet ont été menées dans les pays de l’est à l’époque soviétique, en particulier à l’université de Tbilissi en Géorgie, mais le financement de la poursuite de ces recherches a connu de nombreux problèmes pour de sombres histoires de brevet et d’exclusivité.)

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