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Mars nostrum

La concurrence entre les Etats-Unis et le Japon démontre l’importance que peut avoir le développement de machines autonomes pour affirmer la suprématie technologique d’un état sur l’autre. Dans cette optique, le président Obama a confirmé au printemps 2010 qu’il souhaitait voir des humains fouler le sol martien à l’horizon 2035, mais qu’avant cela ils se rendraient certainement sur un astéroïde pour s’y préparer. Peu de temps après ce discours, General Motors et la Nasa ont annoncé leur partenariat en ce qui concerne le développement de Robonaut-2, un robot humanoïde destiné à assister les astronautes dans leurs futures missions, les japonais poursuivent cet objectif depuis plus de 30 ans, dans le but d’assister les personnes âgées. La course est lancée. En dépit de l’évidence de l’enjeu, assurer la continuité de la production industrielle malgré le vieillissement de la population, encore une fois l’Europe tarde à relever le défi. Il y a fort à parier que la Chine, qui va rapidement se trouver confrontée au même problème en raison de sa politique de l’enfant unique, se lancera dans la bataille à corps perdu dès qu’elle en aura les moyens. Selon certains analystes, la décennie 2010-2020 devrait être celle où le marché de la robotique pourrait se démocratiser et se développer d’une manière comparable à celle de l’automobile avec la Ford T. Les militaires qui voudraient bien disposer d’une machine pour ne pas exposer la vie de leurs personnels y contribueront certainement. Les armées occidentales y ont tout intérêt pour compenser le flagrant déséquilibre numérique avec les populations des pays qui voudront affirmer leur pouvoir sur la scène mondiale, à commencer par la Chine. L’évaluation du rapport de force passe par la maîtrise des technologies qui permettront l’installation d’une colonie humaine sur Mars.

 

L’ Inde et le Brésil, les deux autres grands pays émergents, choisiront peut être de se diriger dans une voie parallèle, toute aussi indispensable à l’éventuelle conquête de Mars, la production biologique d’énergie et celle de nouveaux aliments. Ces techniques devraient permettre de rendre le séjour aussi agréable que possible aux futurs explorateurs.

 

Ce n’est qu’une fois arrivés à destination que la mission scientifique des astronautes devrait réellement commencer. Elle consistera en des analyses géologiques qui permettront de déterminer si la vie a pu se développer dans l’environnement martien par le passé et à prélever des échantillons du sous-sol pour voir si d’éventuels microorganismes n’y auraient pas trouvé refuge lorsque les conditions de surface sont devenues défavorables. Nous pourrons alors constater à quel stade de développement ils sont parvenus. Le but est de nous permettre de mieux comprendre comment la vie est apparue sur Terre. Mais la mission principale sera certainement de forer assez profondément pour trouver l’eau essentielle à l’établissement de bases permanentes, dans l’optique d’une future colonisation. Elle s’est en grande partie volatilisée dans l’espace lorsque Mars a perdu son atmosphère, mais il devrait bien en rester cachée quelque part sous la surface comme les comètes qui proviennent du réservoir de matières qui se sont agrégées pour former la planète sont pour certaines essentiellement composées de glace mélangée à de la poussière. Cette eau ne peut pas avoir totalement disparu, sa présence sous forme de glace dans la calotte polaire nord a d’ores et déjà été constatée, mais il y fait vraiment très froid, jusqu’à -140°C aux pôles en hiver pour une température moyenne de -63°C sur toute la surface de la planète, avec des écarts de plus de 60°C entre le jour et la nuit. Une mission habitée se déroulera certainement en été, il dure à peu près 6 mois terrestres, quand les températures maximales peuvent atteindre jusqu’à +25°C en journée.

Pour que les astronautes puissent mener leurs tâches à bien, il faudra que les équipements se trouvent déjà sur place, car le poids limite toujours ce qu’il est possible d’emporter en un seul voyage. Les différents modules devront donc se poser suffisamment près les uns des autres pour qu’ils soient accessibles à l’équipage. Ce n’est pas une mince affaire.

 

Les problèmes à résoudre sont du même ordre que ceux qu’ Armstrong et Aldrin ont rencontré lors de leur alunissage. En 1969, le LEM (Lunar Excursion Module) a en effet touché le sol a plus de 6 km du site prévu initialement à cause d’une défaillance du pilote automatique qui a obligé Armstrong a reprendre le contrôle manuel de l’engin.

Au moment de l’approche, le système de navigation, qui ne disposait que d’une puissance équivalente à celle de la moins évoluée des calculatrices commercialisées de nos jours, s’est retrouvé saturé par les informations envoyées par le radar. Les alarmes qui ont alors illuminé le tableau de bord tel un sapin de Noël ont distrait les deux hommes, ce qui a eu pour conséquence de leur faire rater l’instant où ils devaient effectuer la dernière correction de trajectoire. Le décalage qui s’ensuivit les a de ce fait dirigés vers une zone encombrée de rochers où il aurait été impossible d’assurer la stabilité du véhicule. Dans l’urgence, Armstrong s’est retrouvé dans l’obligation de chercher visuellement un endroit assez accueillant pour se poser. Lorsqu’il l’a enfin déniché, il ne restait plus que quelques secondes de carburant avant d’entamer les réserves indispensables pour rejoindre le module de commandement resté en orbite. Une minute de vol de plus et ils auraient irrémédiablement été coincés à 385 000 km de chez eux sans espoir de retour. (le message que le président Nixon avait enregistré au préalable dans cette éventualité a récemment été diffusé)

 

Une telle mésaventure n’est pas envisageable dans le cadre de la conquête de Mars, il est impératif que les engins arrivent précisément au point qui est prévu. En plus d’un système de navigation infaillible, cela demande à ce que le terrain soit d’abord reconnu par des rovers du même type qu’ Opportunity; il en faudra au moins 3 pour atteindre le niveau de précision requis.

De même que Deep Space 1, cette petite machine a dépassé toutes les espérances des scientifiques. Opportunity se déplace depuis plus de 2 300 jours et a parcouru plus de 20 km alors qu’il avait une durée de fonctionnement prévue de 90 jours et sa mission n’est pas encore finie à l’heure où j’écris. Spirit, son jumeau arrivé 21 jours avant lui, le 3 janvier 2004, de l’autre côté de la planète, a quant à lui parcouru 7,6 km avant de s’enliser définitivement dans du sable en avril 2009, dépassant lui aussi largement ses objectifs initiaux. Ce type d’engin devrait donc permettre d’effectuer un relevé topographique du terrain sans aucun problème. Il suffira alors de les éloigner suffisamment les uns des autres pour que les différents modules puissent trianguler leur position et se posent sans encombre en évitant les rochers trop proéminents ou les sols trop mous qui compromettraient leur stabilité. Le système de guidage testé avec les astéroïdes démontrera dans ce cas toute son utilité. Reste l’éternel problème de l’énergie.

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  1. 01/02/2011 à 12:00

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