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Eros et Thanatos

Les considérations stratégiques évoquées dans l’article précédent ne soulèveront certainement pas l’enthousiasme des foules. Nous n’avons plus peur d’une guerre atomique globale et la victoire de l’occident sur le bloc communiste n’a pas été obtenue après une boucherie comme celle de la première guerre mondiale, nous ne sommes donc pas tentés de nous barricader derrière une ligne Maginot pour nous protéger d’une menace que nous n’imaginons pas. (dans King-Kong on peut mesurer la trouille des gens, ressentir l’importance de la menace qu’ils redoutent, à la taille démesurée des remparts qui entourent le village, bien avant d’avoir vu le monstrueux gorille) Dans ces conditions, faire appel à la part de thanatos qui, d’après ce que nous avons appris de la psychologie humaine au siècle dernier, joue un grand rôle dans nos prises de décision, ne s’avère pas très efficace pour convaincre qu’il est indispensable d’agir car nous préférons l’ignorer jusqu’à ce que la situation devienne catastrophique.

 

(Une séquence d’un documentaire sur la panique captée par les caméras de surveillance d’un grand magasin illustrent particulièrement bien cet état de fait. On y voit un portique de vêtements prendre feu. Au début, les flammes sont assez petites, il suffirait de renverser le portique et de se servir des vêtements, voire de retirer les articles qui brûlent et de les piétiner pour étouffer l’incendie. L’attitude adoptée par les clients est alors totalement stupéfiante. Non seulement aucun d’entre eux ne prend l’initiative d’agir, mais ils paraissent complètement indifférents au drame qui est entrain de se nouer, ils continuent paisiblement à effectuer leurs achats comme s’ils n’étaient pas concernés par la situation. Seul l’un d’entre eux paraît par son agitation se rendre compte du danger. Il disparaît précipitamment pour donner l’alarme. Ce n’est qu’à partir du moment où les flammes dépassent le portique d’un mètre et mettent le feu aux rayons voisins que subitement les gens réagissent alors qu’il n’y a déjà plus rien à faire. C’est la panique générale. La minute qui aurait permis de maîtriser la situation ou d’évacuer dans le calme a été perdue. Sidérant. J’ai moi-même vécu un épisode similaire bien qu’infiniment moins dangereux. Un passager du bus dans lequel je me trouvais avait l’air passablement énervé, il fait usage d’un spray en sortant. Aussitôt je me mets en apnée et je me lève pour évacuer, ni mon voisin qui me bloque le passage ni les autres passager ne comprennent ma précipitation; il faut attendre qu’ils sentent le gaz lacrymogène pour qu’ils se ruent vers la sortie. L’expérience de Milgram sur la soumission à l’autorité donne à peu près les mêmes résultats. Dans l’expérience originale, seule une jeune femme, dont la famille avait été exterminée dans les camps nazis, a refusé d’emblée d’y participer. Je dois être un peu paranoïaque et rebelle à l’autorité. Parfois c’est utile, en général, c’est une énorme source d’emmerdements.)

 

N’est-ce pas pour cette raison que la conquête spatiale nous a été présentée comme une grande aventure scientifique et humaine plutôt que comme une démonstration de force destinée à terroriser l’ennemi? Aussi convient-il de s’attacher à la part d’eros que contient le projet. La transformation de notre environnement qu’engendrerait une manière différente d’envisager la ville pour notre protection n’en est pas dépourvue, elle s’inscrit dans le cadre de la transition de la société de la technologie inerte dans laquelle nous vivons vers une société basée sur un modèle de technologie bio-logique. Il ne s’agit pas de faire l’apologie de l’harmonie qui règne supposément entre les gentils chtis nanimos et l’environnement par opposition aux ravages causés ces créatures malfaisantes que sont les humains, mais de tenir compte de l’avancée de la science qui est passée de la chimie à la physique et qui s’attache à présent à décrire le fonctionnement des systèmes vivants. La vie n’est qu’un état particulier de la matière, comme liquide, solide, gazeux ou plasmatique. Cela lui confère des propriétés dont nous pourrons certainement tirer avantage à conditions que nous soyons capables de nous inspirer de ses règles d’organisation.

 

Ce modèle va à l’encontre d’un article paru dans un magazine de vulgarisation scientifique il y a quelques années qui m’avait beaucoup énervé. L’auteur y comparait le rôle que les fourmis jouent dans l’écosystème terrestre et celui de l’Homme. Il disait en substance que la disparition des fourmis serait catastrophique pour la planète, tandis que celle des êtres humains serait au contraire une bénédiction. S’il n’a pas tort dans l’absolu, la comparaison m’est apparue absurde à deux titres au moins. Primo, il n’envisage pas une seconde le bouleversement qu’ont subi les espèces qui dominaient le monde lors de l’apparition des ces nouveaux insectes sociaux, elles l’auraient certainement envisagée comme un cataclysme sans précédent si elles avaient eu une conscience; et secundo, il ne tient pas compte de l’énorme différence de temps qu’il y a entre l’émergence du genre myrmicéen qui a eu lieu il y a plus de 100 millions d’années et celle du genre humain qui date au plus de 2,8 millions d’années avec les premiers homos habilis, homo sapiens dont nous sommes les représentants ne datant lui que de 200 000 ans à peine. La conclusion que l’Homme est nuisible à la vie me paraît donc quelque peu hâtive alors que notre espèce a disposé de 500 fois moins de temps que les fourmis pour se rendre indispensable. Cet article qui s’inscrit dans une démarche proche de celle du « Malleus Maleficarum » était tout au plus digne d’une publication dans un journal à sensation, mais il n’a absolument pas sa place dans une revue aux prétentions scientifiques. Et ce n’étaient que les prémisses du dogme « nous devons agir pour sauver la planète », avant qu’on nous serve le réchauffement climatique (dont nous, les riches occidentaux consommateurs de pétrole, sommes certainement en partie responsables. Je répète que je ne nie ni l’un ni l’autre de ces faits, mais je doute que nous soyons capables de réparer un système aussi complexe que nous ne comprenons que très imparfaitement, aussi devrions nous avant tout penser à nous protéger le mieux possible de ses conséquences) à toutes les sauces pour nous culpabiliser. Depuis j’ai même entendu à la télévision un « expert », membre d’un think tank influent, dire que le rôle des scientifiques était de faire peur. Ce genre de dérive est tout bonnement intolérable, la science n’a pas à désigner qui est bon et qui est mauvais mais à comprendre comment les choses se passent, les activités des alchimistes n’ont été tolérées que parce qu’ils refusaient de se prononcer sur ce la nature divine ou satanique de leurs recherches.

Revenons à la colonisation de Mars et nous verrons qu’il n’y a pas de raison d’opposer technologie et protection de l’environnement. Ce sera l’objet des articles suivants.

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  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. 01/02/2011 à 12:00

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