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Tous aux abris!

Pour commencer à imaginer à quoi pourrait ressembler le  monde vers lequel nous nous dirigeons, nous avons tout d’abord besoin d’un nouveau matériau. Cela ne peut être que le carbone, le composant essentiel de toutes les manifestations de vie que nous connaissons. Il a des propriétés pour le moins extraordinaires lorsqu’il se retrouve sous certaines formes telles que le graphène, feuillet bidimensionnel composé de molécules hexagonales de carbone pur, ou les nanotubes, qui sont l’enroulement tridimensionnel d’un ou plusieurs feuillets de graphène.

C’est ce qui l’a fait choisir pour mener à bien la mission Solar Probe prévue par la NASA à l’horizon 2018. Elle aura pour objet l’étude du soleil, elle devrait entre autres permettre de comprendre les mécanismes qui font que la température de son atmosphère peut s’élever à près de 2 millions de degrés alors que celle de sa surface n’est que de 60 000 degrés. Elle devra pour ce faire s’approcher le plus possible de notre étoile, elle passera à 7 millions de kilomètres à peine de sa surface (à cette distance, la lumière émise par le soleil ne mettra que 25 secondes pour l’atteindre alors qu’il lui faut 8 minutes pour arriver su Terre), elle sera alors soumise à une température de 1 400°C ainsi qu’à d’intenses radiations. Le challenge consiste à concevoir un bouclier capable de résister à de telles conditions de manière à éviter que les instruments embarqués soient irrémédiablement détruits. Le carbone était tout désigné pour réaliser cet exploit technique, non seulement possède t-il toutes les qualités mécaniques requises, mais il a de plus une grande qualité que les métaux n’ont pas: la légèreté. A volume égal, le carbone est en effet 6 fois plus léger et 100 fois plus résistant que l’acier, un rêve pour tous les ingénieurs, en particulier pour les militaires. Sans parler de ses propriétés électriques, qui permettent de nombreuses applications en électronique, ainsi que thermiques; le carbone est un excellent conducteur dans les deux cas.

 

 

La production en masse de matériaux à base de carbone pourrait bien marquer un tournant dans l’équilibre de la terreur instauré par la guerre froide qui reposait sur destruction mutuelle assurée. Jusqu’ici la course à l’arme atomique a consisté à se pourvoir d’un grand nombre de bombes, mais aussi à démontrer qu’on était capable de les envoyer n’importe où, à n’importe quel moment, de manière à prouver qu’on serait en mesure de détruire totalement l’adversaire en cas d’attaque de l’autre camp. Mais la donne a changé depuis la chute du mur de Berlin. Les états tels que le Pakistan, la Corée du Nord ou l’Iran qui se sont dotés ou qu’on soupçonne de vouloir se doter de la bombe atomique ne sont pas en capacité de fabriquer ces armes en grandes quantités, aussi la réponse par l’annihilation de leurs populations serait-elle disproportionnée si l’un d’eux se décidait à l’utiliser. L’emploi massif de la dissuasion nucléaire relèverait alors du crime de guerre (le président Jacques Chirac a dit à ce sujet que la menace iranienne n’avait rien d’inquiétant, que ce pays serait rayé de la carte dans les minutes suivant l’emploi de leur bombe), au même titre que les largages de bombes incendiaires sur les populations civiles de Dresde ou Tokyo pendant la seconde guerre mondiale (le général Curtis LeMay qui a commandé le raid au napalm sur cette dernière ville qui a fait 100 000 morts en une seule nuit a lui-même reconnu qu’il aurait été traduit en cour martiale si les Etats-Unis avaient perdu la guerre).

 

On ne peut pas pour autant prendre le risque de voir des centaines de milliers de gens mourir suite à l’explosion d’une bombe atomique sur une grande ville dans un acte de terrorisme d’état désespéré qui n’est pas à exclure. Fidel Castro a bien avoué qu’il avait encouragé l’URSS à utiliser l’arme nucléaire lors de la crise des missiles de Cuba de 1962, bien qu’il ait été conscient que la disparition de son île et de son peuple en résulterait immanquablement; le martyr n’est pas l’apanage des seuls régimes islamistes, nul ne sait ce que l’avenir nous réserve. La seule solution consiste alors à concevoir un dispositif qui nous protègerait des effets dévastateurs de ces armes surpuissantes, soit un énième épisode dans l’éternelle lutte entre le glaive et le bouclier. Cela revient à bâtir à nouveau des villes fortifiées capables de résister à un siège de longue durée sans qu’aucune arme connue ne puisse abattre ses remparts comme on le faisait depuis l’antiquité. Les matériaux en carbone devraient peut être permettre de réaliser cette prouesse.

Il ne faut pas croire pour autant que ces villes seraient invulnérables, l’arme bactériologique représente un grand danger pour ce genre de structures fermées et bien qu’elle soit interdite, la recherche continue sous prétexte qu’il faudrait pouvoir se prémunir de ses effets au cas ou quelqu’un violerait cette interdiction, qu’il faut donc disposer des souches offensives -qu’on n’utilisera pas, c’est juré- pour élaborer un antidote. (Nous ne sommes malheureusement pas à l’abri d’une fuite d’agents infectieux, comme ce fût le cas à Sverdlovsk en 1979) La grande peste qui a ravagé l’Europe entre 1348 et 1352 trouve en partie son origine dans le siège de Caffa en Crimée par les Tartares qui n’ont rien trouvé de mieux que de balancer les cadavres de leurs soldats morts de cette terrible maladie derrière les murs de la cité pour la soumettre. 30 à 50% de la population européenne y a laissé la vie. Le manque de main d’œuvre qui s’ensuivit a permis aux serfs de revendiquer plus de droits et favorisé l’avènement de la Renaissance. (certains chercheurs expliquent même une meilleure résistance des Européens au virus du SIDA par la sélection due à cette hécatombe. Cela reste à démontrer.)

 

Avec les guerres d’Irak et d’Afghanistan, l’histoire récente nous a montré qu’il était dorénavant relativement facile de s’emparer d’une ville pour une armée bien équipée, mais qu’il est autrement plus compliqué d’en garder le contrôle à long terme. Nous avons pu constater que paradoxalement, le vainqueur se retrouve rapidement en position d’assiégé alors que le vaincu est lui toujours libre de ses mouvements. Au final, le résultat est à peu près le même que celui des bombardements massifs de la seconde guerre mondiale. La population finit par nourrir un fort ressentiment face à l’adversaire au lieu de se plier à sa volonté (même en France, la présence des libérateurs a fini par agacer en 1945, ils ont été envoyés vers l’Allemagne le plus vite possible). Le risque est dans ce cas de voir émerger un gouvernement hostile lors du retrait des troupes. La démonstration de l’incapacité de l’occupant à faire régner sa loi autrement que ponctuellement n’est plus à faire.

 

Dès lors, on ne peut que constater que les USA ont échoué dans le rôle de gendarmes du monde que la communauté internationale leur avait attribué, ils sont en effet toujours encore en mesure de gagner la guerre face à une armée régulière mais ils se sont avérés impuissants à gagner la paix. Forts de cette expérience, des gouvernements dont la sécurité de l’approvisionnement en pétrole ne dépend pas des Etats-Unis (comme c’est le cas pour les pays occidentaux, mais aussi pour l’Inde et même la Chine), tels l’Iran ou le Vénézuela, n’hésitent plus à les défier ouvertement, ce qui les met potentiellement dans une position de faiblesse comparable à celle de l’URSS en son temps; si les états producteurs décidaient de fermer le robinet, l’économie américaine serait réduite à néant. Sa réaction risquerait alors d’être de se lancer dans une guerre, certes destructrice pour l’adversaire mais perdue d’avance. Le système de l’accaparement des richesses en contrepartie de la protection face à un régime totalitaire issu de la seconde guerre mondiale est au bord de la rupture. La conclusion peut paraître brutale, mais il vaut mieux être prévenu plutôt que de se voiler la face; ne pas être surpris permet d’éviter la panique quand la situation se présente, d’anticiper rationnellement.

Pour cela il faudra non seulement construire des villes capables de résister au péril atomique, mais aussi être en mesure de nourrir les habitants qui s’y retrouveront enfermés pendant longtemps sans pouvoir être approvisionnés, ainsi que de leur fournir l’énergie dont ils auront besoin.

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