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Après la peur de l’apocalypse nucléaire vient la peur de l’apocalypse climatique

Avec la victoire économique de Ronald Reagan, nous voilà revenus à notre point de départ: 1989. Au printemps la Hongrie ouvre ses frontières avec l’Autriche, puis Tadeusz Mazowiecki de Solidarnosc est nommé président du conseil polonais en août. En novembre, la chute du mur de Berlin sera l’évènement qui révèlera au monde l’inéluctable effondrement du bloc communiste; il est confirmé par la révolution roumaine et l’exécution de Nicolae Ceaucescu en décembre. La peur de l’apocalypse nucléaire s’est alors soudainement évanouie après avoir régné pendant 50 ans, pour laisser progressivement place à la peur d’une catastrophe naturelle toute aussi destructrice pour l’humanité. La menace de l’annihilation de l’espèce humaine ne s’est dès lors plus incarnée dans un ennemi fait de chair et de sang mais dans une entité supérieure invincible: la Nature toute puissante. En témoigne l’avalanche de films catastrophe des années ’90 comme Twister ou Armageddon, nés des progrès spectaculaires de la technique des effets spéciaux numériques. Abyss de James Cameron, pionnier en la matière, date de 1989, il attribue encore la fin du monde aux extraterrestres; Mars attacks! De Tim Burton en 1996 traite déjà le sujet sous l’angle humoristique. La guerre du Koweit de 1991 et les attentats du 11 septembre 2001 qui désignent les musulmans comme le nouvel ennemi de la civilisation n’auront été que des parenthèses dans le mouvement qui déplace notre appréhension du cataclysme du niveau politique humain vers le niveau divin surnaturel. (Yann Arthus-Bertrand s’est lui-même défini comme un croyant pour qui le doute est exclu dans « Arrêt sur image » il y a quelques années, il s’inscrit donc bien dans le registre du surnaturel ou du divin)

 

Loin de moi l’idée d’affirmer que le changement climatique n’est qu’un fantasme, au contraire, la variation caractérise bien mieux le climat que la constance, il n’a jamais cessé d’osciller entre froid et chaud, sec et humide au cours du temps. Je ne dis même pas que le réchauffement particulièrement brutal observable depuis quelques années n’est pas dû aux activités humaines, je ne voudrais pas que les nouveaux inquisiteurs me condamnent immédiatement pour hérésie. Je redis que l’Inquisition n’a pas eu que de mauvais côtés, elle a aussi été facteur de progrès pour la justice avec l’introduction de l’enquête à décharge et du jury, il en est de même pour l’écologie. Seuls les abus sont condamnables. A commencer par celui qui consiste à utiliser les enfants comme vecteur pour propager son idéologie. L’Eglise l’a fait au temps des croisades, il a fallu 800 ans pour se débarrasser de son influence, l’école laïque de Jules Ferry a servi à farcir la tête des gosses de théories racistes et nationalistes pour justifier le colonialisme, sans parler de l’endoctrinement des jeunesses hitlériennes ou communistes qui encourageaient les mômes à dénoncer les déviances de leurs parents ou voisins. Il faut toujours se méfier de ceux qui usent de ces méthodes, fussent-ils des écologistes soucieux de l’avenir des générations futures.

 

Nous avons au moins deux exemples ou des civilisations ont disparu pour ces raisons. Soit à cause d’un brusque changement des conditions, comme ce fût le cas pour les Incas qui se sont retrouvés incapables de faire face à la pénurie alimentaire certainement entraînée par une longue sécheresse, peut être en rapport avec le phénomène El Niño, qui a gravement compromis les récoltes, repoussant les habitants des villes vers la forêt plus accueillante bien que moins productive que les champs cultivés. Mais on ne peut pas dire si elle n’aurait pas fini par récupérer après cet épisode tragique comme le changement de civilisation inhabituellement fréquent dans cette partie du monde le suggère, les conquistadors espagnols ayant débarqué avant que cela ne soit possible.

Soit directement par la faute des hommes, comme ce fût le cas en Mésopotamie où l’irrigation qui avait assuré la prospérité de la région (les jardins suspendus de Babylone étaient la manifestation la plus grandiose du triomphe de l’ingéniosité humaine sur la nature hostile) a fini par rendre les sols absolument stériles à cause de l’évaporation qui entraînait une concentration de plus en plus importante des minéraux en surface, en témoigne la chute rapide des rendements agricoles vers la fin de sa domination sur le monde. (la même chose s’est aussi produit dans certaines régions d’Amérique du Nord où les indiens pratiquaient l’agriculture irriguée; alors qu’on voudrait nous faire croire qu’ils ont toujours été respectueux des cycles naturels.) Mais là aussi, ce n’est pas l’unique facteur du déclin, alors que la région regorgeait de minerai de cuivre et d’étain qui composent le bronze, elle manquait cruellement de fer, le nouveau matériau qui devait assurer la richesse des civilisations qui ont prospéré par la suite. Les habitants ont sans doute migré vers ces El Dorados en emportant leur savoir faire avec eux.

 

La menace d’une catastrophe écologique a donc de tout temps pesé au dessus de nos têtes, les glaciations -qui ont duré plus longtemps en moyenne que les périodes tempérées, on nous en annonçait d’ailleurs une nouvelle à la fin des années 1970 début ’80- ont même été des facteurs déterminants dans l’évolution de l’humanité de part l’isolement de certaines parties de la population qu’elles ont provoquées et de l’adaptation aux conditions extrêmes qu’elles ont demandées.

Une théorie attribue l’origine du mythe du déluge, déjà présent dans l’épopée de Gilgamesh avant d’être repris dans la Bible, à la fonte de la calotte glaciaire qui recouvrait le nord de l’Europe et qui a par conséquent provoqué le remplissage de la Mer Noire. Cela s’est produit il y a 7 500 ans suite à la remontée des eaux de la Méditerranée qui a submergé le barrage naturel qui obstruait le détroit du Bosphore. Les populations qui s’étaient réfugiées au fond de cette vallée au climat plus accueillant pendant les 110 000 ans qu’a duré la glaciation de Würm en auraient alors été chassées en deux années seulement et auraient répandu leur culture à la surface du globe, en commençant par leur contribution au développement des techniques agricoles dans le croissant fertile mésopotamien.

 

Plus près de nous, l’éruption du Tambora de 1815 en Indonésie a engendré ce qu’on a appelé « l’année sans été » dans l’hémisphère nord en 1816. Cette année là, les récoltes ont été particulièrement mauvaises, la famine qui s’ensuivit a fait plus de 200 000 morts en Europe et a provoqué une accélération de la migration des populations d’Amérique du Nord vers l’ouest.

Cet événement est particulièrement intéressant car ses conséquences sont comparables aux effets qu’auraient une guerre atomique, les radiations en moins. Les dispositifs qu’il convient de mettre en place pour nous préserver de ces deux terribles menaces pourraient donc bien être similaires. Ils ressemblent fort à ceux que nous devrions inventer pour nous adapter aux apocalyptiques conditions martiennes, radiations comprises.

 

La comparaison peut à priori paraître délirante, mais nous possédons déjà certaines technologies qui devraient nous permettre de nous diriger dans cette voie, il ne reste plus qu’à les développer à grande échelle pour qu’émerge le nouveau continent dont j’ai suggéré l’existence dans un article précédent.

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